Attente dans la montagne de Meng Haoran

su ye shi shan fang qi ding da bu zhi
    Le soleil couchant franchit la crête ouest.
Les ravins, soudain, sont plongés dans l’ombre.
Sous le pin, la lune naît, fraîcheur de la nuit.
Le vent dans la source emplit l’ouïe de clarté.

Les bûcherons sont presque tous rentrés.
Les oiseaux dans la brume viennent de se fixer pour dormir.
Lui qui devait venir partager la nuit,
J’attends, luth solitaire, sur le sentier aux glycines.

Poème chinois

「宿业师山房期丁大不至」
夕阳度西岭,群壑倏已暝。
松月生夜凉,风泉满清听。
樵人归欲尽,烟鸟栖初定。
之子期宿来,孤琴候萝径。

孟浩然

Explication du poème

Ce poème fut composé durant la période où Mèng Hàorán s'était retiré dans les monts Lùmén. L'année précise est impossible à déterminer, mais à en juger par l'état d'esprit du poème, il se situe après 729, soit dans la seconde moitié de sa vie, après son échec à l'examen de la capitale et son renoncement définitif à toute carrière officielle. Le « maître Ye » (Yè shī) désigne un moine de la montagne, et Dīng Dà, de son nom Dīng Fèng, était l'aîné de sa fratrie, un ami et compatriote de Mèng Hàorán, avec qui il partageait souvent festins et poèmes. Les trois mots « 期宿来 » (promis de venir passer la nuit) dans le poème révèlent qu'il s'agissait d'une conversation nocturne arrangée à l'avance dans la demeure de montagne — l'ami avait promis de venir partager la nuit au temple, et le poète l'attendait depuis le crépuscule. Pourtant, cette attente ne fut finalement pas honorée.

Il est intéressant de noter que l'image de « celui qui attend » dans ce poème est radicalement différente de celle de « celui qui pense à l'absent » dans Penser à Xīn Dà dans le pavillon Sud en été. Dans la nuit d'été du pavillon Sud, il était un solitaire qui « voulait prendre le luth pour jouer, mais déplorait de n'avoir personne pour l'apprécier », la beauté du paysage amplifiant le regret de l'absence de l'ami. Ici, dans la montagne, il attend aussi longtemps sans que personne ne vienne, mais on ne perçoit nulle trace d'impatience ou de ressentiment. Il se contente de s'asseoir en silence sous la lune et les pins, près du sentier de lianes, son luth dans les bras, transformant un rendez-vous manqué en paysage. Ce changement marque précisément la ligne de partage spirituel entre les deux phases de la vie de Mèng Hàorán. Lorsqu'il pensait à Xīn Dà dans le pavillon Sud, il hésitait encore entre carrière et retraite, et son cœur portait encore le regret de l'« âme sœur » absente. Mais l'homme des monts Lùmén, à cet instant, avait déjà conclu la paix avec le destin. Il n'attendait plus avec impatience l'arrivée de quiconque, car lui-même était déjà devenu le plus serein des hôtes de cette forêt de montagne.

Premier distique : « 夕阳度西岭,群壑倏已暝。 »
Xī yáng dù xī lǐng, qún hè shū yǐ míng.
Le soleil couchant franchit la crête occidentale,
Les vallées nombreuses, soudain, sont plongées dans l'obscurité.

Le début décrit la descente du crépuscule, mais utilise deux mots extrêmement dynamiques. Le mot « 度 » (franchir) personnifie le soleil couchant — il ne « tombe » pas, il ne « descend » pas, il « franchit » sereinement la crête, comme un voyageur lointain achevant son périple du jour. Et le mot « 倏 » (soudain) opère un brusque revirement, décrivant la rapidité avec laquelle les vallées passent de la lumière à l'ombre, c'est un changement visuel instantané, et surtout une perception poétique de l'écoulement du temps. Le poète n'est pas encore apparu, mais son regard a déjà suivi le soleil couchant par-dessus la crête, son émerveillement est déjà descendu avec l'obscurité. Les dix premiers caractères ont déjà plongé le lecteur dans cette forêt de montagne que la nuit est en train de reprendre pouce par pouce.

Second distique : « 松月生夜凉,风泉满清听。 »
Sōng yuè shēng yè liáng, fēng quán mǎn qīng tīng.
Le pin et la lune engendrent la fraîcheur nocturne,
Le vent et la source emplissent l'ouïe de leurs sons clairs.

Ce sont les deux vers les plus célèbres de tout le poème, et le paradigme de la poésie de paysage de Mèng Hàorán. Le mot « 生 » (engendrer) est extrêmement ingénieux — la fraîcheur nocturne n'est pas une invasion venue de l'extérieur, elle est « engendrée » par le clair de lune à travers les pins, c'est le résidu de la température que la lumière lunaire elle-même a perdue en se refroidissant. Un seul mot « engendrer » donne au changement abstrait de température une source concrète, et confère à la nuit lunaire statique un sentiment de vie. Les trois mots « 满清听 » (emplissent l'ouïe de sons clairs) sont encore plus inspirés. « Emplir » est le remplissage de l'espace, le vent est ici, la source est ici, toute la nuit de montagne est emplie de ces sons clairs et vibrants ; « ouïe claire » est la qualité de l'audition, mais aussi le reflet de l'état d'esprit. Le poète ne dit pas qu'il écoute, mais son existence s'est déjà fondue dans ce « remplissage » — il n'est pas un visiteur de la nuit de montagne, il est le réceptacle de la nuit de montagne. Ce distique constitue avec le précédent une subtile progression temporelle : le soleil couchant est la lumière qui disparaît, le pin et la lune sont la lumière qui descend ; l'obscurité est l'enfoncement du regard, le vent et la source sont l'éveil de l'ouïe. Du crépuscule à la nuit, du regard à l'ouïe, le poète pénètre ainsi pas à pas au cœur de la nuit de montagne.

Troisième distique : « 樵人归欲尽,烟鸟栖初定。 »
Qiáo rén guī yù jìn, yān niǎo qī chū dìng.
Les bûcherons sont presque tous rentrés,
Les oiseaux dans la brume commencent tout juste à se poser.

Ce distique décrit l'effacement des traces humaines, le silence des chants d'oiseaux. Les bûcherons sont les derniers acteurs diurnes de la montagne ; leur « retour presque achevé » signifie que la forêt de montagne est entièrement livrée à la nuit ; les oiseaux dans la brume sont les dernières créatures à regagner leur nid dans le crépuscule, leur « commencement à se poser » signifie que les dix mille sons vont bientôt s'éteindre. Le poète attend toujours, mais tout ce qu'il écrit est en dehors de cette attente. Il n'écrit pas « Dīng Dà n'est pas venu », il écrit seulement que les bûcherons sont presque tous rentrés, que les oiseaux dans la brume commencent à se poser — ces hommes et ces oiseaux qui ne le concernent pas accomplissent tous, selon leur propre rythme, le rituel du crépuscule. Seul celui qui attend est suspendu en dehors de tous les rythmes. Pourtant, il n'y a aucune trace d'anxiété dans le poème. Cette « écriture de ce qui n'est pas écrit » est précisément la plus profonde sérénité de Mèng Hàorán.

Quatrième distique : « 之子期宿来,孤琴候萝径。 »
Zhī zǐ qī sù lái, gū qín hòu luó jìng.
Cet homme, promis à venir passer la nuit,
Seul avec mon luth, j'attends sur le sentier de lianes.

Ce n'est qu'au dernier vers du poème qu'apparaît le sujet de l'attente. Les deux mots « 孤琴 » (luth solitaire) sont l'œil de tout le poème. Le luth est le symbole de l'âme sœur, c'est le même luth que dans « Je voulais prendre le luth pour jouer, mais je déplorais de n'avoir personne pour l'apprécier », le luth qui n'avait pas retenti cette nuit d'été dans le pavillon Sud. Et cette nuit, le poète porte encore son luth, il attend encore seul. Mais la « solitude » de cette nuit et le « déplorer » du pavillon Sud sont deux états d'esprit radicalement différents. Le « déplorer » du pavillon Sud était le regret d'attendre sans obtenir, le silence du luth en l'absence de l'âme sœur. La « solitude » de cette nuit est la sérénité d'attendre sans se plaindre, le luth dans les bras, l'homme sur le sentier, que l'ami vienne ou non, le clair de lune et le vent dans les pins n'en sont pas affectés. Le mot « 候 » (attendre, veiller) est le point d'aboutissement de toute l'émotion du poème. Ce n'est pas « 等 » (attendre passivement) — « 等 » est passif, anxieux ; « 候 » est actif, serein, c'est se placer avec respect et sincérité au lieu convenu, puis laisser le temps s'écouler de lui-même. Le poète n'attend pas seulement Dīng Dà, il attend aussi sa propre rencontre complète avec la nuit de montagne, avec le luth, avec la solitude.

Lecture globale

Ce poème est l'expression ultime du thème de « l'attente » dans la poésie d'ermitage de Mèng Hàorán. Il transforme un « rendez-vous manqué » en plénitude. L'ami n'est pas venu, mais le poète n'a pas ressenti de perte ; le luth est seul, mais le poète n'a pas ressenti de ressentiment. Il s'est simplement assis en silence sur le sentier de lianes, laissant le soleil couchant franchir la crête, les vallées plonger dans l'obscurité, laissant le pin et la lune engendrer la fraîcheur, le vent et la source emplir l'ouïe, laissant les bûcherons presque tous rentrer, les oiseaux dans la brume se poser. Dans l'attente, il a achevé sa fusion avec toute la nuit de montagne, et l'attente elle-même est devenue le but, non le moyen d'atteindre un but.

Structurellement, le poème prend le temps comme fil conducteur implicite, du soleil couchant au pin et à la lune, du retour des bûcherons à la pose des oiseaux, le processus complet du crépuscule à la nuit profonde se déploie discrètement dans le changement des paysages. Les trois premiers distiques n'écrivent pas un seul mot sur « moi », le poète se cache derrière les paysages, regardant les dix mille êtres avec les yeux des dix mille êtres. Ce n'est qu'au dernier distique, « seul avec mon luth, j'attends sur le sentier de lianes », que le poète apparaît pour la première et unique fois. Ce report du sujet fait que l'image du poète n'est pas celle d'un « observateur » pénétrant dans la forêt de montagne, mais celle d'un « être » issu de la forêt de montagne elle-même.

Du point de vue de l'intention, le cœur de ce poème réside dans le mot « 候 » (attendre, veiller). Ce « 候 » n'est pas une attente anxieuse, mais une présence sereine à soi-même ; ce n'est pas l'attachement au résultat, mais l'immersion dans le processus. Le « déplorer » du pavillon Sud était le regret de l'absence de l'âme sœur ; la « solitude » de cette nuit est la suffisance qui n'a pas besoin d'âme sœur. Ce n'est pas une feinte largeur d'esprit, c'est un changement fondamental de l'état d'être. Le Mèng Hàorán de la nuit d'été du pavillon Sud était encore enfermé dans l'obsession de l'« âme sœur » — il avait besoin d'une autre personne pour valider sa propre existence. Mais le Mèng Hàorán des monts Lùmén n'a plus besoin de cela. Il porte son luth parce que le luth fait partie de lui-même ; il veille sur le sentier de lianes parce que veiller est la manière dont il est au monde.

D'un point de vue artistique, ce qui est le plus touchant dans ce poème réside dans l'état d'esprit unique de « transformer un rendez-vous manqué en plénitude ». Le poète n'écrit pas l'anxiété de l'attente, ni la déception du rendez-vous manqué, il consacre tout son pinceau à la beauté même de la nuit de montagne — le soleil couchant, le pin et la lune, le vent et la source, le retour des bûcherons, la pose des oiseaux. Ces paysages n'ont rien à voir avec l'homme, mais grâce au « veiller » du poète, ils acquièrent une signification d'être regardés. Lorsque l'ami ne vient finalement pas, cette nuit n'a pas été vaine, car le poète, dans sa rencontre complète avec la nuit de montagne, a trouvé une plénitude plus profonde que la « tenue du rendez-vous ».

Spécificités stylistiques

  • Narration implicite du temps : Le poème prend « soleil couchant — pin et lune — retour des bûcherons — pose des oiseaux » comme coordonnées temporelles implicites, marquant clairement le processus complet du crépuscule à la nuit profonde. Le poète n'écrit pas combien de temps il a attendu, mais l'écoulement du temps est entièrement contenu dans le changement des paysages.
  • Immersion sensorielle progressive : Le premier distique est visuel (soleil couchant, vallées), le second est tactile et auditif (fraîcheur nocturne, vent et source), le troisième est l'effacement des voix humaines et des chants d'oiseaux, le quatrième est la fixation de l'état d'esprit. Le poème entier, de l'extérieur à l'intérieur, du mouvement au calme, guide le lecteur pas à pas vers le cœur de la coexistence du poète avec la nuit de montagne.
  • Report et suspension du sujet : Les trois premiers distiques n'écrivent pas un seul mot sur « moi », ce n'est qu'au dernier distique, « seul avec mon luth, j'attends sur le sentier de lianes », que le poète apparaît pour la première et unique fois. Ce report du sujet fait que l'image du poète n'est pas celle d'un « observateur » pénétrant dans la forêt de montagne, mais celle d'un « être » issu de la forêt de montagne elle-même.
  • Transformation émotionnelle de l'image du luth : De « Je voulais prendre le luth pour jouer, mais je déplorais de n'avoir personne pour l'apprécier » dans Penser à Xīn Dà dans le pavillon Sud en été, à « seul avec mon luth, j'attends sur le sentier de lianes » dans ce poème, le même luth accomplit une transformation émotionnelle du « regret » à la « sérénité ». Ce n'est pas seulement un écho d'images poétiques, c'est la boucle complète de l'attitude du poète envers la vie.

Éclairages

Ce poème ne nous apprend pas comment attendre un ami, mais comment attendre la vie. Nous sommes tous, d'une certaine manière, des « attendeurs » — nous attendons une opportunité, une reconnaissance, l'arrivée de quelqu'un, la récompense que la vie devrait nous donner. La plupart des attentes sont anxieuses, car nous plaçons tout le sens de notre existence dans le point d'arrivée de l'attente ; nous craignons le vide, le rendez-vous manqué, que tous nos préparatifs n'aboutissent finalement qu'à ces deux mots : « n'est pas venu ». Et Mèng Hàorán, dans ce poème, offre une autre possibilité d'attente : vivre l'attente elle-même comme un sens.

Il veille sur le sentier de lianes, non pour prouver que Dīng Dà viendra, mais pour vivre pleinement cette nuit de montagne. Le pin et la lune sont nés pour lui, le vent et la source ont retenti pour lui, les bûcherons et les oiseaux dans la brume ont accompli pour lui le rituel du crépuscule — même si Dīng Dà n'est finalement pas apparu, cette nuit n'a pas été vaine. Il en va de même pour la vie. Le but vers lequel nous courons ne sera peut-être jamais atteint, la personne que nous attendons ne viendra peut-être jamais, mais cette course, cette attente elles-mêmes constituent déjà le contenu le plus réel de notre vie. L'important n'est pas d'avoir traversé ou non, mais de savoir quel genre de personne tu es devenu en te tenant sur la rive.

Cette nuit-là, il y a mille ans, Dīng Dà est-il finalement venu ou non ? Nous ne le saurons jamais. Mais ce luth solitaire, ce sentier de lianes, ce pin et cette lune sont devenus depuis la preuve la plus douce de l'histoire de la littérature chinoise : il existe une plénitude qui ne réside pas dans la fin, mais dans le chemin.

À propos du poète

Meng Hao-ran

Meng Haoran (孟浩然), 689 - 740 après J.-C., originaire de Xiangyang, Hubei, était un célèbre poète de la dynastie Sheng Tang. Meng Haoran, poète exceptionnel sous le règne de l'empereur Kaiyuan, a composé un grand nombre de paysages et de poèmes idylliques afin d'enrichir le sujet de sa poésie.

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