Première fleur de prunier de Liu Zongyuan

zao mei · liu zongyuan
    La première fleur de prunier s’ouvre sur la haute branche,
Lointaine, elle se reflète dans l’azur des cieux de Chu.
Le vent du nord disperse de nuit son parfum,
Le givre dense nourrit au matin sa blancheur.
Je voudrais l’offrir en présent, par-delà dix mille lieues.
Mais les monts et les eaux, obscurs, infinis, nous séparent.
Les fleurs glacées, assises là, se faneront et tomberont.
À quoi bon, alors, consoler l’hôte lointain ?

Poème chinois

「早梅」
早梅发高树,迥映楚天碧。
朔风飘夜香,繁霜滋晓白。
欲为万里赠,杳杳山水隔。
寒英坐销落,何用慰远客?

柳宗元

Explication du poème

Ce poème a été composé par Liǔ Zōngyuán durant son exil à Yǒngzhōu. Après l'échec de la Réforme de l'ère Yongzhen, il fut rétrogradé d'un vice-ministre des Rites à un poste subalterne à Yǒngzhōu, passant dix longues années de vie d'exil dans cette région isolée du sud du Hunan. Rejeté politiquement, ses idéaux niés, parents et amis dispersés, lettres et nouvelles coupées – telle était la vie quotidienne de Liǔ Zōngyuán à Yǒngzhōu. Pourtant, c'est précisément dans une telle situation qu'il composa cette œuvre. Le « prunier précoce » (zǎoméi) du poème est un prunier fleurissant en hiver ou au début du printemps à Yǒngzhōu. Il pousse haut sur un arbre, se détachant particulièrement sous le vaste ciel de Chu ; il diffuse un parfum subtil dans le vent du nord, et devient encore plus blanc sous le givre abondant. Le poète, touché par sa noblesse et sa pureté, souhaite en casser une branche pour l'envoyer à des parents ou amis lointains, mais ne le peut en raison des obstacles des montagnes et des rivières ; et le prunier finira par se faner, cette « fleur hivernale » (hányīng) qui ne peut être envoyée, comment pourrait-elle réconforter les anciens amis au loin ?

Ce prunier précoce est précisément la métaphore de Liǔ Zōngyuán lui-même. Il se tient seul sur un arbre élevé, ne rivalisant pas avec les autres fleurs pour le printemps ; il endure le vent et le gel, dégageant toujours son parfum ; il se trouve dans un lieu reculé, mais son cœur pense au loin. Le poète, à travers le prunier, parle de lui-même, exprimant ses aspirations par l'objet, et dans un langage clair, simple et élégant, il loge un profond sentiment sur sa vie et ses pensées pour sa patrie.

Premier vers : « 早梅发高树,迥映楚天碧。 »
Zǎo méi fā gāo shù, jiǒng yìng Chǔ tiān bì.
Le prunier précoce éclôt haut sur l'arbre, / Se détachant, il reflète l'azur du ciel de Chu.

Dès l'ouverture, un contexte vaste et lointain décrit une ambition solitaire et noble. Zǎo méi fā gāo shù (Le prunier précoce éclôt haut sur l'arbre) – le prunier pourrait pousser sur une branche basse, mais le poète le fait délibérément fā gāo shù (éclore haut sur l'arbre), soulignant ainsi son caractère noble, pur, fier et solitaire, ne se mêlant pas à la foule des autres fleurs. Ce gāo shù (arbre élevé) est à la fois une description réelle et un symbole – bien que le poète se trouve dans une position humble, son cœur et ses aspirations sont dans les hauteurs.

Jiǒng yìng Chǔ tiān bì (Se détachant, il reflète l'azur du ciel de Chu) – le mot jiǒng (se détachant, loin) exprime la visibilité et l'indépendance du prunier ; le mot yìng (refléter) exprime sa résonance avec le vaste ciel et la terre. Ce vaste ciel de Chu est précisément l'espace intérieur du poète – le corps peut être confiné à un coin, mais le cœur peut galoper entre ciel et terre. Ce vers, avec une image claire et belle, esquisse la figure noble et pure du prunier (et aussi du poète), établissant le ton pour tout le poème.

Deuxième vers : « 朔风飘夜香,繁霜滋晓白。 »
Shuò fēng piāo yè xiāng, fán shuāng zī xiǎo bái.
Le vent du nord disperse le parfum de la nuit ; / Le givre épais nourrit la blancheur de l'aube.

Ce vers décrit la persévérance du prunier dans le froid rigoureux. Shuò fēng est le vent du nord, glacial et perçant ; fán shuāng est le givre épais, froid jusqu'aux os. Pourtant, c'est dans ce vent et ce gel que le prunier, piāo yè xiāng – disperse toujours son parfum subtil ; zī xiǎo bái – devient encore plus blanc et cristallin. Ce mot piāo (disperser) exprime la diffusion lointaine du parfum ; ce mot (nourrir) exprime la fusion du givre et de la fleur, comme si le givre froid, loin de la détruire, avait plutôt nourri sa blancheur.

Ces deux lignes, utilisent la rigueur de l'environnement pour souligner la fermeté du caractère. Plus le vent et le gel sont violents, plus le prunier est parfumé et blanc – tout comme la situation du poète est difficile, plus sa volonté et son intégrité sont fermes. C'est la confirmation par Liǔ Zōngyuán de son propre esprit : même dans le vent et le gel politiques, il conserve toujours la fragrance et la noblesse de son cœur.

Troisième vers : « 欲为万里赠,杳杳山水隔。 »
Yù wéi wàn lǐ zèng, yǎo yǎo shān shuǐ gé.
Je voudrais, pour l'offrir à dix mille lieues, / Mais montagnes et eaux, lointaines, m'en séparent.

Ce vers passe de la description du paysage à l'expression des sentiments, reprenant l'allusion de Lù Kǎi de « casser une branche de prunier pour l'offrir au loin ». Lù Kǎi avait autrefois cassé une branche de prunier au sud du fleuve pour l'envoyer à Fàn Yè à Cháng'ān, accompagné d'un poème : « Brisant une branche de prunier, je rencontre un messager, / Pour l'envoyer à l'homme du Longtou. » Liǔ Zōngyuán, en exil, pense également aux parents et amis lointains, et souhaite également leur envoyer ses sentiments à travers le prunier. Mais yǎo yǎo shān shuǐ gé (montagnes et eaux, lointaines, m'en séparent) – ces montagnes et ces eaux sont trop lointaines, ces lettres et nouvelles sont depuis longtemps coupées.

Entre yù wéi (je voudrais) et yǎo yǎo (lointaines), il y a un fossé immense entre le désir et la réalité. Plus le poète désire envoyer, plus la profondeur de sa solitude apparaît ; plus il pense à ses proches, plus il prend conscience de sa situation d'isolement. Ce vers place l'émotion personnelle dans un vaste contexte spatial, créant une forte tension entre le désir et l'obstacle.

Quatrième vers : « 寒英坐销落,何用慰远客? »
Hán yīng zuò xiāo luò, hé yòng wèi yuǎn kè?
La fleur hivernale, là, va se faner et choir ; / De quoi alors réconforter l'hôte lointain ?

Le dernier vers est le point de convergence et d'élévation de l'émotion du poème. Hán yīng (fleur hivernale) désigne le prunier, zuò xiāo luò signifie qu'il est sur le point de se faner et de tomber. Le mot zuò (être assis, là) a le sens de « sur le point de », « va », exprimant la perception aiguë du poète de l'écoulement du temps et de la fin imminente de la floraison. Aussi beau soit le prunier, il finira par se faner ; aussi ferme soit le poète, il finira par vieillir.

Hé yòng wèi yuǎn kè? (De quoi alors réconforter l'hôte lointain ?) – cette question s'adresse à la fois au prunier et à lui-même : après la chute du prunier, avec quoi réconforter les parents et amis lointains ? Avec quoi prouver ma propre existence ? Avec quoi déposer mes pensées ? Ces deux mots hé yòng (de quoi) entrelacent l'impuissance personnelle et l'impermanence de la vie, laissant le poème se conclure dans une mélancolie diffuse, mais avec une longue résonance.

Lecture globale

Ce poème sur l'objet, utilisant le prunier pour décrire l'homme, fusionnant l'objet et le moi. Les deux premiers vers décrivent la noblesse et la fermeté du prunier, les deux derniers vers décrivent le désir d'offrir qui ne peut aboutir, le regret de ne pouvoir retenir ce qui va se faner. De l'objet à l'homme, du paysage au sentiment, la progression se fait par couches, s'approfondissant à chaque pas.

Le poème entier est riche en images claires et belles, profond en émotion. Des images comme zǎo méi (prunier précoce), gāo shù (arbre élevé), Chǔ tiān (ciel de Chu), shuò fēng (vent du nord), fán shuāng (givre épais) construisent un monde froid et vaste ; des termes émotionnels comme wàn lǐ zèng (offrir à dix mille lieues), shān shuǐ gé (montagnes et eaux séparent), xiāo luò (se faner et choir), wèi yuǎn kè (réconforter l'hôte lointain) présentent un à un la solitude, la nostalgie, l'impuissance et l'affliction intérieures du poète. Le poète n'exprime pas directement ses sentiments, mais laisse l'émotion s'écouler naturellement dans la description du paysage, atteignant le niveau de « ne pas écrire un seul mot, mais en obtenir tout le charme ».

Comparé aux poèmes qui expriment directement l'indignation, ce poème est plus retenu, intériorisé, et aussi plus émouvant par sa tristesse claire. La persévérance de shuò fēng piāo yè xiāng (le vent du nord disperse le parfum de la nuit), le désir de yù wéi wàn lǐ zèng (je voudrais, pour l'offrir à dix mille lieues), l'impuissance de hé yòng wèi yuǎn kè? (de quoi alors réconforter l'hôte lointain ?) forment ensemble un monologue de l'âme d'un solitaire, permettant aux lecteurs même après des millénaires de ressentir cette tristesse et cette noblesse traversant le temps et l'espace.

Spécificités stylistiques

  • Exprimer ses aspirations à travers l'objet, union de l'objet et du moi : Le poème entier utilise le prunier précoce comme métaphore de soi, le caractère du prunier est le caractère de l'homme, le destin du prunier est le destin de l'homme, l'objet et le moi fusionnent en un tout harmonieux.
  • Images claires et belles, ambiance vaste et lointaine : La vastitude de jiǒng yìng Chǔ tiān bì (Se détachant, il reflète l'azur du ciel de Chu), la rigueur de shuò fēng (vent du nord) et fán shuāng (givre épais), la pureté subtile de yè xiāng (parfum de la nuit) et xiǎo bái (blancheur de l'aube) construisent ensemble un monde poétique froid et vaste.
  • Utilisation naturelle de l'allusion, approfondissement de l'émotion : Reprenant l'allusion de Lù Kǎi de « casser une branche de prunier pour l'offrir au loin », mais sans laisser de trace, intégrant la nostalgie personnelle à la tradition historique, donnant à l'émotion une connotation plus profonde et plus large.
  • Conclusion par une question, résonance longue : Se concluant par hé yòng wèi yuǎn kè? (de quoi alors réconforter l'hôte lointain ?), concentrant l'impuissance et le regret en une question, ne répondant pas mais répondant quand même, laissant une saveur durable.

Éclairages

Ce poème nous enseigne d'abord comment, dans l'adversité, maintenir la fermeté de l'esprit. Shuò fēng piāo yè xiāng, fán shuāng zī xiǎo bái (Le vent du nord disperse le parfum de la nuit ; / Le givre épais nourrit la blancheur de l'aube) – plus le vent et le gel sont violents, plus le prunier est parfumé et blanc. Cette posture de dégager toujours son parfum dans l'adversité est précisément le portrait de la personnalité de Liǔ Zōngyuán. Elle nous dit : l'environnement peut détruire notre corps, mais il ne peut détruire notre caractère ; tant que notre cœur est assez fort, le vent et le gel les plus rigoureux peuvent au contraire devenir la nourriture qui alimente notre esprit.

L'impuissance de yù wéi wàn lǐ zèng, yǎo yǎo shān shuǐ gé (Je voudrais, pour l'offrir à dix mille lieues, / Mais montagnes et eaux, lointaines, m'en séparent) nous invite aussi à réfléchir à l'éternelle contradiction entre la nostalgie et l'obstacle. Liǔ Zōngyuán veut casser une branche de prunier pour l'offrir au loin, mais ne le peut en raison de l'obstacle des montagnes et des eaux. Ce regret de « vouloir offrir mais ne pas pouvoir » est une expérience familière même pour l'homme moderne – nous et ceux que nous aimons sommes souvent séparés par le temps et l'espace ; nos sentiments, souvent, ne peuvent arriver. La poésie de Liǔ Zōngyuán nous éclaire : la nostalgie elle-même est une forme d'arrivée. Cette branche de prunier qui n'a pas pu être envoyée, ce sentiment qui n'a pas pu être transmis, sont préservés pour toujours dans le poème, devenant une résonance spirituelle à travers les millénaires.

La question de hán yīng zuò xiāo luò, hé yòng wèi yuǎn kè? (La fleur hivernale, là, va se faner et choir ; / De quoi alors réconforter l'hôte lointain ?) nous invite aussi à réfléchir à la finitude de la vie et l'immortalité de l'esprit. Le prunier finira par se faner, le poète finira par vieillir, ces sentiments de yù wéi (vouloir offrir) finiront par disparaître avec la vie. Pourtant, Liǔ Zōngyuán a écrit ce poème, faisant fleurir pour toujours ce prunier précoce dans les mots, faisant demeurer pour toujours ce sentiment de yù wéi dans le cœur des lecteurs. Cela nous éclaire : le corps physique peut disparaître, mais l'esprit peut être immortel. Tant que nous préservons nos pensées et nos sentiments sous une forme quelconque (mots, art, action), nous pouvons transcender la finitude de la vie, atteindre une forme d'éternité.

Ce prunier précoce qui fā gāo shù (éclôt haut sur l'arbre) est particulièrement émouvant. Il ne rivalise pas avec les autres fleurs pour le printemps, ne change pas de couleur à cause du vent et du gel, fleurit seul dans les hauteurs, se détachant particulièrement sous le vaste ciel de Chu. Cette posture de noblesse solitaire sans solitude, d'indépendance sans isolement est l'héritage spirituel le plus précieux que Liǔ Zōngyuán nous ait légué. Elle nous enseigne : la vraie force n'est pas l'absence de faiblesse, mais de se tenir debout malgré la faiblesse ; la vraie beauté n'est pas l'absence de blessures, mais de fleurir malgré les blessures.

À propos du poète

liu zong yuan

Liu Zongyuan (柳宗元 773 - 819), originaire de Hedong (aujourd'hui Yuncheng, dans la province du Shanxi), il fut un éminent promoteur du Mouvement pour la prose ancienne sous la dynastie des Tang. Il obtint le titre de jinshi (docteur) la neuvième année de l'ère Zhenyuan. Sa prose se distingue par un style vigoureux et épuré, tandis que sa poésie est marquée par une sobriété et une mélancolie singulière. Avec Han Yu, il forme le duo célèbre "Han-Liu" et figure parmi les "Huit grands maîtres des dynasties Tang et Song". La postérité loue en lui l'adage : "Son écriture reflète sa personnalité : sobre, raffinée et profonde."

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