Où se trouve le temple du Statège?
Entouré de cyprès, voilà son siège.
L’herbe envahit en vain les beaux perrons
Le loriot chante aux feuilles, à quoi bon?
De ses conseils il aidait l’empereur;
Sous deux règnes il servait de tout cœur.
Mais sa mort avant la victoire aux armes
Fait les héros pleurer à chaudes larmes.
Poème chinois
「蜀相」
杜甫
丞相祠堂何处寻?锦官城外柏森森,
映阶碧草自春色,隔叶黄鹂空好音。
三顾频烦天下计,两朝开济老臣心。
出师未捷身先死,长使英雄泪满襟。
Explication du poème
Ce poème fut composé au printemps 760, sous le règne de l'empereur Suzong des Tang, peu après que Du Fu se fut installé près du ruisseau Huanhua à Chengdu. La révolte d'An Lushan durait depuis cinq ans. Bien que les deux capitales eussent été reprises, le désordre n'était pas apaisé, la situation du pays était chancelante. Le poète, portant l'ambition de « porter son souverain au-dessus de Yao et Shun », était parvenu au Shu après bien des vicissitudes. Dans son errance, il visita le temple de Zhuge Liang dans la banlieue sud de Chengdu. Alors qu'il le contemplait, l'image loyale de Zhuge Liang, « se consacrant corps et âme jusqu'au dernier souffle », et son éternel regret d'« être mort avant d'avoir pu mener à bien l'expédition », touchèrent profondément le cœur de Du Fu, soucieux de son pays, blessé par le temps. Ce poème fut ainsi composé, à la fois un profond hommage à un grand homme historique, et aussi l'écho douloureux, dans le temple spirituel, entre un poète des générations postérieures et un ancien ministre sage.
Premier couplet : 丞相祠堂何处寻?锦官城外柏森森。
chéng xiàng cí táng hé chù xún? jǐn guān chéng wài bǎi sēn sēn.
Le temple du ministre, où le chercher ? Hors les murs de la Cité de Brocart, cyprès, sombre, dense.
Il commence par une question, faisant naître aussitôt un sentiment de recherche, d'admiration. « Où le chercher ? » ne signifie pas ignorer l'emplacement, mais révèle le cœur de visite pieuse, solennelle du poète. La réponse, « cyprès, sombre, dense », répond par une image visuelle. Elle indique à la fois l'emplacement du temple, et plus encore, par la vigueur, la solennité, l'aspect sombre des anciens cyprès, crée l'atmosphère historique digne et austère, symbolisant l'esprit et l'œuvre immortels de Zhuge Liang, établissant aussi pour tout le poème le ton de vénération et de gravité.
Deuxième couplet : 映阶碧草自春色,隔叶黄鹂空好音。
yìng jiē bì cǎo zì chūn sè, gé yè huáng lí kōng hǎo yīn.
Reflété sur les degrés, l'herbe verte, de soi-même, couleur de printemps ; À travers les feuilles, le loriot, en vain, belle voix.
Ce couplet décrit le paysage proche à l'intérieur du temple, le trait est subtil, l'émotion profonde et douce. « De soi-même, couleur de printemps », « en vain, belle voix » sont les yeux du poème. Les mots « de soi-même » et « en vain » forment un contraste aigu entre la fraîcheur et la clarté vives des éléments naturels et l'état d'âme subjectif, solitaire et triste, du poète : l'herbe est sans sentiment, toujours verte ; le chant du loriot est agréable à l'oreille, mais personne n'a le cœur de l'apprécier. Cette couleur de printemps qui « d'elle-même naît, d'elle-même croît » et cette belle voix qui « en vain se retourne, en vain chante » font ressortir, par contraste, la froideur et la solitude du temple, le silence de l'histoire, et l'infini chagrin du poète pour la solitude posthume de Zhuge Liang. Écrire la tristesse par une scène joyeuse, l'émotion en est plus triste.
Troisième couplet : 三顾频烦天下计,两朝开济老臣心。
sān gù pín fán tiān xià jì, liǎng cháo kāi jì lǎo chén xīn.
Trois visites, maintes fois, plan pour l'empire ; Deux règnes, ouvrir, secourir, cœur de vieux ministre.
Du paysage, on passe à la narration, d'un trait d'historien hautement concentré, il résume l'œuvre d'une vie et le caractère de Zhuge Liang. « Trois visites, maintes fois » montre la sincérité de la reconnaissance de Liu Bei et la hauteur du talent de Zhuge Liang ; « deux règnes, ouvrir, secourir » montre le poids de la charge reçue, sa loyauté envers l'État, et la difficulté de fonder et de maintenir l'œuvre. « Plan pour l'empire » montre son grand talent et ses vastes plans, « cœur de vieux ministre » montre sa loyauté et son assiduité. Quatorze mots contiennent les grands principes de sa vie, pleins d'une admiration infinie, le parallélisme est rigoureux, la force du pinceau pèse mille livres.
Quatrième couplet : 出师未捷身先死,长使英雄泪满襟。
chū shī wèi jié shēn xiān sǐ, cháng shǐ yīng xióng lèi mǎn jīn.
Sortir l'armée, pas encore victorieux, le corps d'abord meurt ; Longuement faire, héros, larmes emplir le sein.
Une triste exclamation profonde conclut le poème, devenant un chant éternel. « Pas encore victorieux » et « le corps d'abord meurt » forment le paradoxe le plus cruel de la vie, condensant en sept mots la lutte de Zhuge Liang, « se consacrant corps et âme jusqu'au dernier souffle », et l'issue tragique du « mandat du Ciel difficile à suivre », saisissant le cœur. « Longuement faire, héros, larmes emplir le sein », « longuement faire », deux mots, poussent la douleur personnelle dans la profondeur historique, signifiant que cette tragédie de l'ambition non réalisée a un pouvoir de contagion transcendant l'époque, pouvant susciter la résonance profonde de tous les « héros » ayant l'idéal au cœur mais rencontrant des difficultés. La douleur personnelle et les soucis pour la famille et le pays de Du Fu lui-même sont aussi tout entiers dans ces larmes.
Analyse globale
Ce poème est le sommet des poèmes méditant sur l'histoire de Du Fu. Son succès réside dans l'« unité suprême de la visite de l'antiquité et de la douleur du présent, la fusion parfaite de la description, de la narration et de l'expression lyrique ». Tout le poème commence par la « recherche » du temple, se conclut par les « larmes » sur le sein, au milieu, des cyprès sombres et denses, du paysage silencieux, on passe naturellement à l'œuvre retentissante, au regret lointain, la structure est rigoureuse, l'atmosphère profonde.
Le poète ne médite pas objectivement, mais investit sa forte préoccupation pour le présent dans la situation historique. L'« ouvrir, secourir » des deux règnes des Shu-Han et le désir de redressement des Tang, le « pas encore victorieux » de Zhuge Liang et l'absence de porte pour servir le pays de Du Fu (et des hommes de bien de la même époque) forment une correspondance profonde traversant le temps et l'espace. Ainsi, la douleur de ces « larmes emplissant le sein » est à la fois pour Zhuge Liang, et aussi une douleur pour l'époque, une douleur pour soi-même. Cela donne à ce poème méditatif une forte orientation réaliste et une signification profonde de philosophie de la vie, dépassant le commentaire sur des faits historiques spécifiques, s'élevant en un hommage à la personnalité idéale et une tristesse douloureuse sur le destin historique.
Caractéristiques stylistiques
- Paysage et émotion fusionnés, contraste intense
Le deuxième couplet « Reflété sur les degrés, l'herbe verte, de soi-même, couleur de printemps ; à travers les feuilles, le loriot, en vain, belle voix », utilisant un paysage printanier clair pour faire ressortir la froideur et la solitude du temple et la tristesse intérieure, « écrire la tristesse par une scène joyeuse », obtient l'effet artistique de multiplier la tristesse, c'est un modèle de fusion paysage-émotion. - Résumé précis et rigoureux, connaissance historique exceptionnelle
Le couplet « Trois visites, maintes fois, plan pour l'empire ; deux règnes, ouvrir, secourir, cœur de vieux ministre », en quatorze mots, résume avec précision la rencontre, l'œuvre et le noyau spirituel les plus importants de la vie de Zhuge Liang, illustrant la perspicacité historique profonde et la grande capacité de synthèse langagière du poète. - Émotion grave, résonance profonde et lointaine
Le dernier couplet « Sortir l'armée, pas encore victorieux, le corps d'abord meurt ; longuement faire, héros, larmes emplir le sein », par des larmes personnelles, dit la douleur commune à tous les héros de tous les temps de l'ambition difficile à réaliser, l'émotion est grave et heurtée, a un pouvoir de contagion universel traversant le temps et l'espace, pouvant ainsi devenir un vers célèbre largement célébré. - Structure rigoureuse, transition naturelle
Les quatre couplets du poème commencent par la recherche du temple (question), s'appuient sur la contemplation du paysage (vue), tournent vers la méditation sur l'antiquité (souvenir), s'achèvent par l'émotion (soupir), l'enchaînement et la transition sont naturels et fluides, illustrant la haute maturité de Du Fu dans l'art de la composition des sept mots réguliers.
Réflexions
Le ministre de Shu n'est pas seulement un poème méditant sur l'histoire, c'est aussi un miroir spirituel reflétant l'idéal, le destin et le sens des responsabilités. Il nous révèle la proposition historique que « la grande vie s'accompagne souvent d'un immense regret ». Le « pas encore victorieux, le corps meurt » de Zhuge Liang n'est pas une diminution de valeur, c'est précisément parce qu'il a fait tout son possible mais que le mandat du Ciel ne l'a pas aidé, que sa loyauté et sa persévérance brillent d'une lumière humaine plus tragique et grandiose.
L'enseignement central de ce poème pour la postérité est que : La valeur de la vie ne réside pas seulement dans la réalisation de l'objectif, mais plus encore dans la loyauté, la sagesse et l'effort inlassable montrés dans le processus de la poursuite de l'idéal. Même en sachant clairement que la voie est dangereuse, l'issue difficile à prévoir, pouvoir encore « se consacrer corps et âme jusqu'au dernier souffle », cet esprit lui-même suffit à « longuement faire, héros, larmes emplir le sein », encourager d'innombrables hommes de bien et personnes résolues des générations postérieures à persévérer dans l'adversité. Par l'histoire de Zhuge Liang, Du Fu établit pour nous un modèle de personnalité intégrant le destin personnel dans la grande œuvre de la famille et du pays, persistant encore à lutter dans une situation tragique.
Traducteur de poésie
Xu Yuanchong(许渊冲)
À propos du poète

Du Fu (杜甫), 712 - 770 après J.-C., originaire de Xiangfan, dans la province de Hubei, est un grand poète réaliste de l'histoire chinoise. Du Fu a eu une vie difficile, et sa vie de troubles et de déplacements lui a fait ressentir les difficultés des masses, de sorte que ses poèmes étaient toujours étroitement liés aux événements actuels, reflétant la vie sociale de l'époque d'une manière plus complète, avec des pensées profondes et un horizon élargi.