Le chant des bateliers de Lanxi de Dai Shulun

lan xi zhao ge
    La lune fraîche, fine comme un sourcil, se suspend sur l’anse aux saules.
Les teintes des monts de Yue, on les regarde dans le miroir de l’eau.
Trois jours de pluie sur les fleurs de pêcher à Lanxi.
Au milieu de la nuit, les carpes remontent jusqu’au banc de sable.

Poème chinois

「兰溪棹歌」
凉月如眉挂柳湾,越中山色镜中看。
兰溪三日桃花雨,半夜鲤鱼来上滩。

戴叔伦

Explication du poème

Ce poème a été composé par le poète de l'époque des Táng du milieu, Dài Shùlún, alors qu'il voyageait dans la région du Jiangnán. La Rivière Lanxi, située dans l'actuelle ville de Lánxī dans la province du Zhèjiāng, se trouve au cours moyen du fleuve Qiantang. Ses eaux sont limpides, et les paysages montagneux de ses deux rives sont pittoresques. Depuis l'antiquité, elle a toujours été un lieu où lettrés et artistes aiment séjourner. Dài Shùlún a connu une carrière officielle difficile, ayant servi comme préfet de Dōngyáng, inspecteur de Fǔzhōu, entre autres, et était particulièrement familier avec les paysages du Jiangnán. À l'époque des Táng du milieu, l'empire Táng, après la révolte d'Ān Lushān, passa de la prospérité au déclin, mais la région du Jiangnán était relativement stable, l'économie et la culture y restaient prospères, et la vie quotidienne des villages de pêcheurs des régions d'eau conservait toute sa vitalité. Le poète, dans un tel environnement, entendant le son des chants de rame, contemplant la beauté des montagnes et de l'eau, saisit alors avec une plume fraîche et vive la quiétude de la nuit de printemps à Lánxī et la joie des pêcheurs. Les « chants de rame » sont à l'origine des chants populaires entonnés par les bateliers pendant la navigation, le titre du poème indique clairement que cette œuvre a une forte couleur de ballade populaire. Dài Shùlún a délibérément étudié les techniques d'expression des ballades folkloriques de la musique bureau des dynasties du Sud, dépeignant avec un langage simple et naturel les coutumes locales, exprimant son amour pour la vie ordinaire, faisant de ce poème un modèle de l'apprentissage des ballades populaires par les lettrés de l'époque Táng.

Premier distique : « 凉月如眉挂柳湾,越中山色镜中看。 »
Liáng yuè rú méi guà liǔ wān, Yuè zhōng shān sè jìng zhōng kàn.
Une lune fraîche comme un fin sourcil se suspend au bras d'eau aux saules ; Les couleurs des montagnes de Yue se contemplent dans le miroir.

Le premier vers, « 凉月如眉 » (la lune fraîche comme un sourcil), est un véritable trait de génie. Le poète compare le croissant de lune naissante aux fins sourcils arqués d'une femme, décrivant ainsi la finesse et la grâce de la forme lunaire, tout en dotant la clarté lunaire d'une douceur émotionnelle. Le mot « 凉 » (frais) est à la fois une sensation tactile réelle de la fraîcheur légère de la nuit de printemps, et une expérience psychologique sous l'influence de la lumière lunaire – cette « fraîcheur » n'est pas une froideur glaciale, mais la fraîcheur rafraîchissante après une pluie de printemps, la clarté fraîche particulière à la nuit des régions d'eau. Les trois mots « 挂柳湾 » (se suspend au bras d'eau aux saules) sont particulièrement ingénieux : la lune est dans le ciel, mais semble suspendue aux branches de saules, comme si la main de la nature l'avait délicatement placée, fusionnant ainsi le ciel et les saules de la rive.

Le second vers, « 越中山色镜中看 » (les couleurs des montagnes de Yue se contemplent dans le miroir), passe de l'observation vers le haut à l'examen vers le bas. Le poète ne décrit pas directement la verdure des montagnes ou l'émeraude de l'eau, mais compare l'eau de la rivière à un « miroir », suggérant ainsi sa tranquillité et sa limpidité. Les trois mots « 镜中看 » (se contemplent dans le miroir) contiennent un double intérêt : d'une part, le reflet des montagnes dans l'eau, réalité et reflet se répondent, la vraie montagne et son image inversée créant une beauté symétrique onirique ; d'autre part, le sujet de « 看 » (contempler) peut être le poète, mais aussi la lune dans l'eau, les personnes dans l'eau, voire le lecteur lui-même – cette ouverture de perspective permet à chacun de se sentir comme au bord de la rivière, concentré sur ce paysage lavé par la clarté lunaire. Les deux premiers vers décrivent purement le calme, mais un calme en mouvement : la lune suspendue au bras d'eau aux saules est une scène statique, tandis que « 镜中看 » implique subtilement le déplacement du regard et l'errance de l'esprit.

Second distique : « 兰溪三日桃花雨,半夜鲤鱼来上滩。 »
Lán xī sān rì táo huā yǔ, bàn yè lǐ yú lái shàng tān.
Trois jours de pluie aux fleurs de pêcher sur la Rivière Lanxi ; Au milieu de la nuit, des carpes montent sur le banc de sable.

Les deux derniers vers passent du calme au mouvement, l'image s'anime soudainement. Les trois mots « 桃花雨 » (pluie aux fleurs de pêcher) indiquent à la fois la saison, le plein printemps où les pêchers sont en fleur, et évoquent subtilement la sagesse populaire de la « crue des fleurs de pêcher » – la pluie de printemps fait monter l'eau, la montée des eaux attire les poissons qui sautent. Le poète ne dit pas « les eaux de printemps montent » mais « pluie aux fleurs de pêcher », fusionnant ainsi le phénomène naturel et la beauté des signes saisonniers, dotant la pluie de couleur et de poésie.

Le plus merveilleux est dans « 半夜鲤鱼来上滩 » (au milieu de la nuit, des carpes montent sur le banc de sable). Au plus profond de la nuit, lorsque tout est silence, le bruit des carpes jaillissant de l'eau est comme une pierre jetée dans un lac calme, brisant le silence nocturne et animant toute la scène. Les deux mots « 上滩 » (monter sur le banc de sable) sont extrêmement dynamiques et visuels : on peut presque voir les écailles argentées des poissons scintiller sous la lune, entendre le clapotis clair de l'eau, ressentir cette force de vie irrépressible dans le bouillonnement des eaux printanières. Le poète n'écrit pas sur le pêcheur, mais la joie de celui-ci au petit matin est déjà contenue ; il n'écrit pas sur la vitalité, mais elle jaillit d'entre les lignes.

En considérant l'ensemble du poème, les deux premiers vers sont un « état de calme », formant une peinture à l'encre avec la lune, les saules, les montagnes et l'eau ; les deux derniers vers sont un « état de mouvement », composant un chant joyeux de vie avec la pluie, les poissons, le banc de sable et la nuit. Le calme est le fond de la nuit à Lánxī ; le mouvement est l'éclat du rythme naturel. Entre calme et mouvement, le poète accomplit un pèlerinage vers la beauté des paysages, et aussi un hommage à la force de la vie.

Lecture globale

Ceci est une peinture fraîche et élégante d'une région d'eau, tracée par le pinceau du poète de l'époque des Táng du milieu, Dài Shùlún. Le poème entier commence avec la « lune » et se termine avec les « poissons ». En seulement quatre vers et vingt-huit caractères, il esquisse à la fois la sereine beauté de la nuit de printemps à Lánxī et saisit la vitalité débordante des rythmes naturels. Sa lecture ressemble à une ballade où coulent le son de l'eau et la clarté lunaire. Avec un pinceau extrêmement sobre, le poète construit un monde artistique où réel et virtuel s'engendrent, où calme et mouvement s'entrelacent, permettant au lecteur, en quelques mots, de savourer le charme unique et la vitalité des régions d'eau du Jiangnán.

Spécificités stylistiques

  • Images fraîches et vives, métaphores naturelles et spontanées : « 凉月如眉 » (la lune fraîche comme un sourcil) transforme un phénomène astronomique en une image esthétique proche et familière, à la fois figurative et appropriée, pleine de tendresse et de douceur. « 镜中看 » (se contemplent dans le miroir) utilise un objet quotidien comme métaphore d'un paysage naturel, rendant la beauté abstraite des couleurs montagneuses tangible et perceptible. Ces métaphores, non affectées, sont pourtant précises et évocatrices, reflétant la capacité exceptionnelle du poète à capturer l'esprit de la nature.
  • Interaction dynamique entre calme et mouvement, richesse des couches de l'image : Les deux premiers vers décrivent extrêmement le calme, les deux derniers basculent soudain vers l'animation. Mais en y goûtant finement, le calme contient du mouvement (« 镜中看 » implique subtilement le déplacement du regard), et le mouvement contient du calme (« 半夜 » indique le moment du silence nocturne). Cette relation dialectique entre calme et mouvement permet au poème de maintenir l'harmonie de l'atmosphère globale, tout en créant une beauté de tension interne.
  • Exprimer l'émotion à travers le paysage, le non-dit engendre la résonance : Le poème entier ne comporte pas un mot décrivant directement les personnes, mais leur présence est partout. La douce beauté de la lune est la douce beauté projetée par le cœur humain, l'exubérance des poissons est l'exubérance attendue par le cœur humain. Le poète cache complètement ses propres émotions derrière le paysage, faisant du paysage lui-même le vecteur de l'émotion, permettant au lecteur, en savourant le paysage, de faire naturellement naître en lui l'aspiration et l'amour pour la vie des pêcheurs, pour la beauté de la nature.
  • Langage simple et fluide, forte saveur de ballade populaire : Les « chants de rame » étaient à l'origine des chants entonnés par les bateliers pendant la navigation, ayant une couleur marquée de littérature populaire. Le langage de ce poème est frais et naturel, la structure des vers est variée et harmonieuse, la lecture en est fluide et mélodieuse, alliant à la fois la retenue et l'élégance de la poésie lettrée, et conservant la vivacité et la spontanéité des ballades populaires, pouvant être considéré comme un modèle de fusion parfaite entre création lettrée et tradition populaire.

Éclairages

Ce poème nous révèle une vérité simple mais profonde : la poésie n'est pas loin, elle se cache dans les coins les plus ordinaires de la vie quotidienne. Ce croissant de « lune fraîche », cette « pluie aux fleurs de pêcher », ces carpes montant sur le banc de sable au milieu de la nuit, sont des phénomènes et des paysages tout à fait banals des régions d'eau. Pourtant, aux yeux du poète, ils constituent un monde poétique complet et autonome. Cela nous éclaire : le cœur de la capacité esthétique n'est pas de chercher des paysages rares, mais d'apprendre à contempler tout ce qui nous entoure avec des yeux qui découvrent la beauté. Pourquoi la lune est-elle belle ? Non pas à cause de sa clarté, mais parce que sa courbe en forme de sourcil éveille en nous des sentiments de tendresse. Pourquoi les poissons sont-ils intéressants ? Non pas à cause de leur rareté, mais à cause de l'élan de vie qui jaillit à l'instant où ils bondissent hors de l'eau.

À un niveau plus profond, ce poème nous apprend aussi à comprendre la relation entre l'homme et la nature. L'homme dans le poème n'apparaît jamais, et pourtant il est partout – la lune est celle que l'homme contemple, la montagne est celle que l'homme voit, le poisson est celui que l'homme espère. Ce « non-dit de l'écriture » exprime justement le niveau suprême de l'unité entre l'homme et le ciel dans l'esthétique traditionnelle chinoise : l'homme n'est pas le conquérant de la nature, ni un simple observateur, il fait partie de la nature ; les émotions humaines et les rythmes naturels se répondent, s'accomplissent mutuellement.

La vraie poésie n'appartient jamais au lointain, mais à ces âmes qui, dans l'ordinaire, sont prêtes à découvrir l'extraordinaire.

À propos du poète

Dai Shulun (戴叔伦 732 - 789) Originaire de Jintan, dans la province du Jiangsu. Dans sa jeunesse, il étudia auprès de Xiao Yingshi, dont il devint le plus éminent disciple. Lorsque éclata la rébellion d'An Lushan, il se réfugia à Poyang, où il vécut reclus, se consacrant à la lecture. Au début de l'ère Dali, il fut invité par Liu Yan à servir au sein du bureau des transports. La poésie de Dai Shulun exprime souvent les loisirs et la sérénité de la vie recluse, mais on trouve également chez lui des œuvres qui dénoncent les contradictions sociales et reflètent les souffrances du peuple, témoignant ainsi d'une thématique plus étendue. Son style poétique est doux, délicat et élégant.

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