À Dong le Grand I de Gao Shi

bie dong da er shou i
    Mille lis de nuages jaunes, le jour blanchi, s’assombrit.
Vent du nord qui chasse les oies sauvages, neige qui tourbillonne.
Ne t’inquiète pas, la route devant toi n’aura point d’amis :
Sous le ciel, qui donc ne te connaîtrait ?

Poème chinois

「别董大二首 · 其一」
千里黄云白日曛,北风吹雁雪纷纷。
莫愁前路无知己,天下谁人不识君。

高适

Explication du poème

Ce poème est l'œuvre de Gāo Shì, un poète de l'âge d'or de la dynastie Táng. Dans sa jeunesse, Gāo Shì, issu d'une famille pauvre et connaissant une carrière difficile, erra longtemps entre les régions de Liáng et Sòng, vivant parmi pêcheurs et bûcherons, goûtant amèrement aux souffrances de l'errance, et n'entra dans la fonction publique que vers cinquante ans. Le Grand Dǒng, c'est-à-dire Dǒng Tínglán, était un célèbre joueur de qin (cithare à sept cordes) renommé dans tout l'empire sous le règne de l'empereur Xuánzōng des Táng. Bien que d'une habileté hors pair, sa vie fut aussi très mouvementée ; malgré son talent exceptionnel au qin, il voyagea souvent, hébergé loin de chez lui, balloté par les aléas du monde. C'est à ce moment que Gāo Shì et le Grand Dǒng se rencontrèrent entre Liáng et Sòng. Deux hommes égarés aux confins du monde, l'un, bien que poète, encore inconnu et pauvre, couvert de poussière ; l'autre, malgré son talent au qin, errant aux quatre coins de l'empire. Par un jour d'hiver où de lourds nuages jaunes obscurcissaient le soleil et la neige tombait en abondance, ils se retrouvèrent brièvement avant de se séparer à nouveau. Si cela avait été d'autres lettrés, ils auraient peut-être noyé leur chagrin dans le vin, se confiant mutuellement leurs peines, mais Gāo Shì, dans ce poème d'adieu, prit un chemin différent – il ne s'attarda pas aux sentiments de séparation ordinaires, mais, avec un cœur magnanime et ouvert, réconforta son ami. Les quatorze caractères « 莫愁前路无知己,天下谁人不识君 » (Ne crains pas, sur le chemin qui s'avance, de n'avoir point d'ami intime ; / Sous le vaste ciel, qui donc ne te connaîtrait ?) sont à la fois le fruit d'une profonde connaissance de la renommée du Grand Dǒng, et l'expression de l'esprit particulier des poètes de l'âge d'or des Táng : même dans l'adversité, ils croient toujours que le talent finira par être vu du monde, et gardent une attitude de vie énergique et tournée vers le haut.

Il est à noter qu'à cette époque, Gāo Shì lui-même traversait un creux dans sa vie, mais il sut mettre temporairement de côté ses propres déceptions pour soulever de toutes ses forces la confiance de son ami. Cette générosité de « vouloir s'établir soi-même, établir aussi les autres », cette vertu de pouvoir encore donner de la lumière aux autres dans la détresse, est précisément la raison profonde pour laquelle ce poème touche d'innombrables lecteurs au-delà du temps et de l'espace. Mille ans plus tard, à sa lecture, on sent encore la poitrine emplie d'une fougue héroïque, le sang bouillonnant.

Premier distique : « 千里黄云白日曛,北风吹雁雪纷纷。 »
Qiān lǐ huáng yún bái rì xūn, běi fēng chuī yàn xuě fēn fēn.
Sur mille lieues, lourds nuages jaunes, le soleil pâlit ; Vent du nord chasse les oies sauvages, neige vole en tourbillons.

D'emblée, d'un pinceau large comme une poutre, il esquisse une vaste et sauvage scène hivernale. « 千里黄云 » (Sur mille lieues, lourds nuages jaunes) décrit à l'extrême l'immensité du ciel et de la terre, l'épaisseur des nuages ; les trois caractères « 白日曛 » (le soleil pâlit) décrivent le soleil obscurci par les nuages jaunes, l'obscurité entre ciel et terre. Le vers suivant, « 北风吹雁雪纷纷 » (Vent du nord chasse les oies sauvages, neige vole en tourbillons) : le vent du nord hurle, les oies sauvages volent péniblement vers le sud dans la tempête de neige, les flocons de neige tourbillonnent à travers le ciel. Ces « 雁 » (oies sauvages) sont à la fois une scène réelle devant les yeux, et le reflet du poète et de son ami – tous deux en route dans la tempête, tous deux sur le chemin. Les deux premiers vers sont purement descriptifs, mais ils contiennent toute la désolation de la séparation, les difficultés de la vie, accumulant une puissante tension pour le tournant héroïque des deux vers suivants.

Second distique : « 莫愁前路无知己,天下谁人不识君。 »
Mò chóu qián lù wú zhī jǐ, tiān xià shuí rén bù shí jūn.
Ne crains pas, sur le chemin qui s'avance, de n'avoir point d'ami intime ; Sous le vaste ciel, qui donc ne te connaîtrait ?

Les deux derniers vers opèrent un brusque revirement, passant de la désolation à l'héroïsme, de la description au réconfort. Les deux mots « 莫愁 » (Ne crains pas) ouvrent le vers par une forme négative, interrompant directement toute tristesse qui pourrait surgir, comme un cri qui réveille, assourdissant. « 前路无知己 » (sur le chemin qui s'avance, de n'avoir point d'ami intime) est la peur la plus profonde du voyageur, et le poète la nie résolument avec « 天下谁人不识君 » (Sous le vaste ciel, qui donc ne te connaîtrait ?). Ce « 谁人不识君 » (qui donc ne te connaîtrait) est à la fois une description factuelle de la renommée universelle du Grand Dǒng pour son qin, et plus encore une affirmation virtuelle de sa confiance absolue dans le talent de son ami. Le poète n'offre pas de larmes, mais fait don d'enthousiasme ; il n'écrit pas la tristesse de la séparation, mais la gloire du chemin à venir. Cette manière de réconforter est plus touchante que toute séparation nostalgique et languissante.

Lecture globale

C'est un poème d'adieu d'un genre particulier. Le poème entier compte quatre vers et vingt-huit caractères. Les deux premiers vers décrivent le paysage, les deux derniers expriment les sentiments, mais dans un espace extrêmement court, il accomplit une puissante transition de la désolation à l'héroïsme, révélant la vigueur caractéristique de la poésie de l'âge d'or des Táng.

Structurellement, le poème présente une nette « transition » et « conclusion ». Les deux premiers vers s'efforcent de rendre l'hostilité de l'environnement – nuages jaunes obscurcissant le soleil, vent du nord hurlant, neige tombant en abondance, créant justement une atmosphère d'oppression et de lourdeur, « comme le vent qui précède l'orage ». C'est à la fois un paysage naturel, et une métaphore de la vie : deux hommes découragés se séparent dans cette tempête de neige, l'avenir incertain. Cependant, les deux derniers vers opèrent un revirement soudain, les deux mots « 莫愁 » (Ne crains pas) jaillissent comme une épée tirée du fourreau, tranchant toute tristesse ; la phrase héroïque « 天下谁人不识君 » (Sous le vaste ciel, qui donc ne te connaîtrait) balaie d'un coup l'atmosphère d'oppression. Cette transition forte de la retenue à l'exaltation est précisément la caractéristique typique de la poésie de Gāo Shì.

Emotionnellement, l'aspect le plus touchant de ce poème réside dans la sympathie mutuelle de « ceux qui, au bout du monde, se reconnaissent comme des naufragés ». À cette époque, Gāo Shì se trouvait dans la pauvreté et l'humilité, le Grand Dǒng partait aussi découragé vers de lointains horizons ; deux hommes en difficulté se rencontrant, ils auraient pu se confier mutuellement leurs peines, mais Gāo Shì choisit l'encouragement et le vœu. Cette noblesse de « ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'on nous fasse », cette générosité de « vouloir s'établir soi-même, établir aussi les autres », est précisément le plus haut niveau de l'amitié. Le poète met temporairement de côté ses propres difficultés, et de toutes ses forces soulève la confiance de son ami ; cette amitié est plus précieuse que n'importe quel cadeau.

Du point de vue de l'atmosphère poétique, la désolation des deux premiers vers et l'héroïsme des deux derniers créent une immense tension. Sans la préparation des deux premiers vers, l'héroïsme des deux derniers paraîtrait léger ; sans le revirement des deux derniers vers, les deux premiers ne seraient qu'une tristesse ordinaire. C'est précisément cette tension qui donne au poème à la fois la lourdeur de la réalité et l'envol de l'idéal ; à la fois la désolation de la séparation et l'espoir du chemin à venir. Ce style esthétique de « tristesse mais vigueur » est précisément la caractéristique typique de la poésie de frontière de l'âge d'or des Táng.

Spécificités stylistiques

  • Commence par le paysage pour évoquer, fusion du paysage et des sentiments : Les deux premiers vers décrivent le paysage, mais chaque phrase contient des sentiments. Nuages jaunes, soleil pâle, vent du nord, neige volante, oies sauvages migrantes, tous sont la projection des émotions intérieures du poète. Le paysage est créé pour les sentiments, les sentiments naissent du paysage.
  • Transition puissante, souffle héroïque : Les deux derniers vers opèrent un revirement soudain, utilisant « 莫愁 » (Ne crains pas) pour trancher la tristesse du chemin à venir, et « 谁人不识 » (qui donc ne connaîtrait) pour dissiper les doutes sur l'avenir. Cette transition forte est précisément le style typique de la poésie de Gāo Shì.
  • Langage concis, sens riche : Le poème entier ne comporte pas un mot ou une phrase difficile, mais fusionne le sentiment de séparation, l'intention de réconfort et l'héroïsme. Dans la simplicité apparaît l'extraordinaire, dans la légèreté apparaît la profondeur.
  • Décrire le réel par le virtuel, horizon élevé et lointain : « 天下谁人不识君 » (Sous le vaste ciel, qui donc ne te connaîtrait) est une exagération, mais elle est plus vraie que n'importe quelle description réaliste – elle décrit la reconnaissance inévitable du talent, la découverte finale de la valeur. Cette technique romantique donne au poème une force qui transcende la réalité.
  • Sentiments sincères, grandeur d'âme : Le poète, dans l'adversité, peut réconforter son ami avec de telles paroles héroïques, ce qui montre pleinement l'ouverture de son esprit, la grandeur de son âme. Cet esprit de « dans l'adversité, se renforcer, ne pas renoncer à ses hautes aspirations » est précisément le cœur de l'esprit de l'âge d'or des Táng.

Éclairages

Ce poème, à travers une séparation dans la tempête de neige, exprime l'amitié et la foi les plus précieuses dans l'adversité, offrant des éclairages profonds aux générations futures. Tout d'abord, il nous apprend : la véritable amitié, c'est de pouvoir encore donner confiance et force à l'autre lorsque l'on est soi-même dans la difficulté. Gāo Shì et le Grand Dǒng, deux hommes découragés se rencontrant dans la tempête de neige pour se séparer. Gāo Shì ne s'attarda pas à s'apitoyer sur lui-même, ni ne s'effondra en larmes avec son ami, mais avec la phrase héroïque « 天下谁人不识君 » (Sous le vaste ciel, qui donc ne te connaîtrait), il souleva la confiance de son ami. Cette générosité de « vouloir s'établir soi-même, établir aussi les autres » est précisément la forme la plus pure de l'amitié. Il nous rappelle : quand un ami est au plus bas, ce dont il a le plus besoin n'est pas la compassion, mais la certitude qu'il pourra finalement sortir de ce creux.

Les paroles de réconfort dans le poème, « 莫愁前路无知己 » (Ne crains pas, sur le chemin qui s'avance, de n'avoir point d'ami intime), montrent une attitude héroïque face à l'adversité. **L'avenir est incertain, la tempête de neige fait rage, c'est un moment qui pourrait naturellement remplir de tristesse. Mais le poète, avec les deux mots « 莫愁 » (Ne crains pas), nie résolument cette tristesse, illuminant le chemin à venir avec la foi de « 天下谁人不识君 » (Sous le vaste ciel, qui donc ne te connaîtrait). Cette confiance et cet enthousiasme maintenus même dans l'adversité sont précisément le plus précieux héritage spirituel que les poètes de l'âge d'or des Táng ont légué à la postérité. *Il nous éclaire : on ne peut choisir les difficultés de la vie, mais on peut choisir l'attitude face à l'adversité. Plutôt que de sombrer dans la tristesse, il vaut mieux avancer avec foi.*

Plus profondément, ce poème nous fait aussi réfléchir à la relation entre la « valeur » et le « temps ». Le Grand Dǒng était renommé dans tout l'empire pour son qin, donc « 天下谁人不识君 » (Sous le vaste ciel, qui donc ne te connaîtrait). Mais cette « connaissance », il l'avait acquise par des années de maîtrise et de persévérance. Il nous dit : la véritable valeur ne sera pas enterrée par une difficulté temporaire ; le véritable talent finira par être vu dans le long cours du temps. Pour quiconque chemine dans la tempête de neige, c'est sans aucun doute le plus puissant réconfort.

À notre époque pleine d'incertitudes, ce poème conserve encore une forte signification actuelle. Il nous rappelle : quel que soit le chemin difficile qui s'avance, il faut, comme Gāo Shì, garder un cœur héroïque ; quelle que soit la situation, il faut, comme croire en le Grand Dǒng, croire en sa propre valeur et en celle des autres.

À propos du poète

Gao Shi

Gao Shi (高适 704 - 765) Originaire du district de Jingxian, dans la province du Hebei, fut un poète représentatif de l'École de la poésie des frontières à l'apogée de la dynastie Tang. Dans sa jeunesse, il vécut dans la pauvreté et l'adversité, et fréquenta Li Bai et Du Fu. Passé la cinquantaine, il gravit les échelons administratifs, passant de gouverneur de Songzhou à secrétaire général de la cavalerie, et fut nommé marquis du comté de Bohai. Gao Shi excellait dans les compositions poétiques heptasyllabiques, avec un style vigoureux et solennel. Il ouvrit une nouvelle dimension dans la poésie des frontières en y intégrant des perspectives politiques et militaires, exerçant une profonde influence sur la poésie des frontières des Tang moyens et tardifs, ainsi que sur des poètes patriotiques comme Lu You.

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