Ballade de la frontière du nord de Gao Shi

yan ge xing
Au nord-est se répandent fumées et poussières,
Le général part chasser l’ennemi.
Les guerriers se battent là si nécessaire,
L 'empereur loue leur service accompli.
Battant tambours et gongs, on descend vers la Passe,
Les bannières serpentent dans les monts pierreux.
Des messages volent sur le désert en masse,
Sur le mont des Loups s ’enflame l'alarme en feux.
Monts et fleuves s 'étendent désolés aux frontières,
En tempête viennent les cavaliers du Nord.
Une moitié de soldats sont tués sur la terre;
Les belles sous la tente chantent et dancent encore.
Dans le désert l’automne avance et l’herbe flétrit,
Le couchant voit tant de soldats hors de combat.
Orgueilleux, on sous-estime les ennemis
Nous assiégeant malgré les efforts de nos soldats.
Longtemps sous l'armure de fer, ils sont fatigués,
Que de pleurs leurs femmes ont répandu en fête!
Au Sud, elles se sentent le cœur brisé,
Au Nord, les soldats tournent en vain la tête.
La frontière en danger, il faut la défendre;
De quoi se sert-on au désert où rien n est en vue?
Par nuit le gong refroidit le cœur à entendre;
Par jour la bataille s 'évapore en nues.
On voit les épées des soldats rougis de sang.
Songent-ils, devant la mort, à la gloire?
Ne sait-on pas la souffrance de bataille sur le champ?
Pourrait-on oublier le général Li et sa victoire?

Poème chinois

「燕歌行」
汉家烟尘在东北,汉将辞家破残贼。
男儿本自重横行,天子非常赐颜色。
摐金伐鼓下榆关,旌旆逶迤碣石间。
校尉羽书飞瀚海,单于猎火照狼山。
山川萧条极边土,胡骑凭陵杂风雨。
战士军前半死生,美人帐下犹歌舞。
大漠穷秋塞草腓,孤城落日斗兵稀。
身当恩遇常轻敌,力尽关山未解围。
铁衣远戍辛勤久,玉箸应啼别离后。
少妇城南欲断肠,征人蓟北空回首。
边庭飘飖那可度,绝域苍茫无所有。
杀气三时作阵云,寒声一夜传刁斗。
相看白刃血纷纷,死节从来岂顾勋!
君不见沙场征战苦,至今犹忆李将军。

高适

Explication du poème

Ce poème a été écrit en 738, pendant la période de défense militaire de la dynastie Tang contre les minorités ethniques du nord. À cette époque, les conflits frontaliers étaient fréquents, les soldats stationnés à la frontière enduraient des conditions de vie difficiles et les batailles étaient sanglantes. Touché par la bravoure et les souffrances des soldats, le poète a écrit ce poème, exprimant à la fois la loyauté et l'intrépidité des soldats frontaliers, mais aussi dénonçant la réalité cruelle des commandants arrogants et luxurieux qui ne se souciaient pas de leurs hommes.

Premier distique : "汉家烟尘在东北,汉将辞家破残贼。"
Hàn jiā yān chén zài dōng běi, hàn jiàng cí jiā pò cán zéi.
La guerre fait rage à la frontière nord-est, les généraux quittent leur foyer pour aller combattre les ennemis.

Ce distique situe d'emblée le lieu de la guerre (le nord-est) et sa nature (combattre les ennemis), puis utilise les mots "辞家" (quitter son foyer) pour montrer l'attachement et le sens du devoir des soldats, créant une atmosphère de guerre imminente.

Deuxième distique : "男儿本自重横行,天子非常赐颜色。"
Nán ér běn zì zhòng héng xíng, tiān zǐ fēi cháng cì yán sè.
Les hommes se glorifient de parcourir les champs de bataille, et l'empereur leur accorde des faveurs spéciales.

"重横行" (se glorifier de parcourir les champs de bataille) montre que les hommes considèrent comme un devoir de se battre sur le front, reflétant leur esprit héroïque. "赐颜色" (accorder des faveurs) montre les faveurs spéciales de l'empereur, ce qui est un honneur, mais suggère aussi l'arrogance des commandants.

Troisième distique : "摐金伐鼓下榆关,旌旆逶迤碣石间。"
Chuāng jīn fá gǔ xià yú guān, jīng pèi wēi yí jié shí jiān.
Les tambours résonnent, l'armée avance vers la passe de Yu, les bannières ondulent entre les montagnes de Jieshi.

Ce distique décrit la scène grandiose de l'armée en marche, "摐金伐鼓" (les tambours résonnent) montre la détermination des soldats.

Quatrième distique : "校尉羽书飞瀚海,单于猎火照狼山。"
Xiào wèi yǔ shū fēi hàn hǎi, chán yú liè huǒ zhào láng shān.
Des messages urgents arrivent de la frontière, les feux de chasse du chef Xiongnu illuminent le mont Lang.

"羽书" (messages urgents) souligne l'urgence de la situation ; "猎火" (feux de chasse) symbolise l'action militaire des Xiongnu, montrant que l'ennemi approche et que la guerre est imminente.

Cinquième distique : "山川萧条极边土,胡骑凭陵杂风雨。"
Shān chuān xiāo tiáo jí biān tǔ, hú qí píng líng zá fēng yǔ.
La frontière est désolée et désertique ; les cavaliers Xiongnu attaquent comme une tempête.

Ces deux vers utilisent un paysage désolé pour montrer la dangerosité de la guerre, avec l'ennemi attaquant comme une tempête.

Sixième distique : "战士军前半死生,美人帐下犹歌舞。"
Zhàn shì jūn qián bàn sǐ shēng, měi rén zhàng xià yóu gē wǔ.
Les soldats se battent à mort sur le front, tandis que les belles dansent dans la tente du général.

Ce distique utilise un contraste frappant pour dénoncer l'incompétence et la luxure des commandants, avec une critique forte.

Septième distique : "大漠穷秋塞草腓,孤城落日斗兵稀。"
Dà mò qióng qiū sài cǎo féi, gū chéng luò rì dòu bīng xī.
En plein automne dans le désert, l'herbe est fanée, la ville frontalière solitaire sous le soleil couchant, les soldats se font rares.

"斗兵稀" (les soldats se font rares) montre la férocité des combats et les lourdes pertes, accentuant l'atmosphère de désespoir.

Huitième distique : "身当恩遇常轻敌,力尽关山未解围。"
Shēn dāng ēn yù cháng qīng dí, lì jìn guān shān wèi jiě wéi.
Le commandant, favorisé par l'empereur, sous-estime l'ennemi, les soldats épuisés ne peuvent briser l'encerclement.

Ce distique révèle la raison de la défaite : l'arrogance et la sous-estimation de l'ennemi par le commandant, tandis que les soldats se battent en vain.

Neuvième distique : "铁衣远戍辛勤久,玉箸应啼别离后。"
Tiě yī yuǎn shù xīn qín jiǔ, yù zhù yīng tí bié lí hòu.
Les soldats en armure gardent la frontière depuis longtemps, leurs épouses ont sûrement versé toutes leurs larmes.

"铁衣" (armure) montre les années de labeur des soldats, "玉箸" (larmes de jade) symbolise la tristesse des épouses, avec des émotions sincères.

Dixième distique : "少妇城南欲断肠,征人蓟北空回首。"
Shào fù chéng nán yù duàn cháng, zhēng rén jì běi kōng huí shǒu.
Les jeunes épouses souffrent à la maison, les soldats au nord regardent en arrière en vain.

Cette description de la séparation montre la douleur et l'impuissance de l'éloignement.

Onzième distique : "边庭飘飖那可度,绝域苍茫无所有。"
Biān tíng piāo yáo nà kě dù, jué yù cāng máng wú suǒ yǒu.
La frontière est dangereuse et désolée, un désert sans fin.

La difficulté de la frontière et le désespoir des soldats sont bien exprimés.

Douzième distique : "杀气三时作阵云,寒声一夜传刁斗。"
Shā qì sān shí zuò zhèn yún, hán shēng yī yè chuán diāo dǒu.
L'atmosphère de mort plane du matin au soir ; toute la nuit, le son froid des cloches d'alarme résonne.

"杀气" (atmosphère de mort) renforce l'ambiance sinistre du champ de bataille, "刁斗" (cloches d'alarme) ajoute de la tension et de la peur.

Treizième distique : "相看白刃血纷纷,死节从来岂顾勋!"
Xiāng kàn bái rèn xuè fēn fēn, sǐ jié cóng lái qǐ gù xūn!
Face aux épées sanglantes, les soldats font face à la mort sans se soucier de la gloire.

Ces deux vers montrent le courage et le sacrifice des soldats, avec un profond respect.

Quatorzième distique : "君不见沙场征战苦,至今犹忆李将军。"
Jūn bù jiàn shā chǎng zhēng zhàn kǔ, zhì jīn yóu yì lǐ jiāng jūn.
N'as-tu pas vu la souffrance des champs de bataille ? On se souvient encore du général Li.

La dernière ligne utilise la référence au "général Li" pour critiquer l'absence de commandants compétents, laissant les soldats se battre seuls.

Analyse globale

Le poème utilise une progression par étapes, décrivant d'abord la scène de départ, puis la férocité des combats et les souffrances des soldats, ensuite la séparation douloureuse entre les épouses et les soldats, et enfin le sacrifice héroïque et le souvenir du général Li. Le poème est rempli de compassion pour les soldats frontaliers, de critique envers les commandants arrogants, et de regret pour les généraux compétents non utilisés, avec un thème profond.

Caractéristiques de l'écriture

  1. Contraste frappant, émotions fortes : "战士军前半死生,美人帐下犹歌舞" (les soldats se battent à mort sur le front, tandis que les belles dansent dans la tente du général) montre le contraste frappant entre les commandants qui profitent et les soldats qui souffrent.
  2. Utilisation habile des références, signification profonde : Les références à "燕然未勒" (les mérites non établis) et "李将军" (le général Li) renforcent la critique des commandants incompétents.
  3. Grandiose, puissance d'écriture : Le poème, des feux de guerre à la souffrance des soldats et à la tristesse de la séparation, montre la beauté tragique de la poésie frontalière.

Réflexion

Ce poème, avec une écriture profonde, décrit le courage et le sacrifice des soldats frontaliers, dénonçant la réalité des commandants arrogants et négligents qui ont conduit à la défaite. Les soldats, sur le champ de bataille, versent leur sang pour leur pays, mais personne ne se soucie de leur vie ; tandis que les commandants, favorisés par l'empereur, se livrent au plaisir et sous-estiment l'ennemi, entraînant finalement de lourdes pertes. Ce contraste frappant révèle que les dirigeants qui ignorent les souffrances des soldats et se livrent au plaisir sont souvent la cause des défaites.

La référence finale au "général Li" souligne l'importance d'un commandant compétent. Li Guang, connu pour sa discipline et son attention envers ses soldats, représente un idéal de commandant — intelligent, courageux, strict envers lui-même et bienveillant envers les autres, se souciant véritablement du bien-être de ses hommes. Le poète utilise cela pour critiquer l'arrogance et la négligence des commandants réels, regrettant que les généraux compétents ne soient pas utilisés, laissant les soldats se battre seuls dans des conditions difficiles et mourir en vain.

Ce poème nous enseigne que la sécurité d'un pays dépend non seulement de la bravoure des soldats, mais aussi de la responsabilité et du sens du devoir des dirigeants et des commandants. Un véritable leader doit non seulement avoir un talent de commandement exceptionnel, mais aussi savoir prendre soin de ses soldats et de son peuple, afin de rassembler les forces et de mener à la victoire. En même temps, la description des souffrances des soldats et de leurs épouses nous rappelle de chérir la paix, de reconnaître les traumatismes causés par la guerre aux familles et à la société, et de réfléchir à la manière d'éviter de répéter les erreurs de l'histoire.

Traducteur de poésie

Xu Yuan-chong (许渊冲)

À propos du poète

Gao Shi (高适), 706 - 765 après J.-C., était originaire du comté de Jing, dans la province du Hebei. Dans ses jeunes années, sa famille était pauvre et il perdit sa carrière, et il eut des contacts avec Li Bai et Du Fu. Gao Shi était célèbre pour ses poèmes « Border Plugging » et, avec Cen Sen, il était un représentant de l'école de poésie « Border Plugging » de la dynastie Tang.

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