De la haute tour je vois les terrains deserts.
Mes pensées ont attristé le ciel et la mer.
Un vent trouble l’étang à lotus sur terre;
Une pluie attaque le mur couvert de lierre.
Les arbres sur le mont m'empêchent de voir loin;
Le fleuve est sinueux comme le long intestin.
Nous sommes exilés sur la terre barbare.
Oh! Pourquoi vos nouvelles sont-elles si rares?
Poème chinois
「登柳州城楼寄漳汀封连四州」
柳宗元
城上高楼接大荒, 海天愁思正茫茫。
惊风乱飐芙蓉水, 密雨斜侵薜荔墙。
岭树重遮千里目, 江流曲似九回肠。
共来百越文身地, 犹自音书滞一乡。
Explication du poème
Ce ci est l'une des œuvres que Liu Yong composa pour les chanteuses et courtisanes de la dynastie Song du Sud. Adoptant un point de vue féminin, il dépeint avec finesse une brève mais intense histoire d'amour. D'une émotion authentique et d'un langage fluide et accessible, le poème retrace les souvenirs de la première rencontre, les regrets de la séparation et les remords de la nostalgie, révélant sans détour les tourments émotionnels d'une femme solitaire.
Première strophe : « 洞房记得初相遇,便只合长相聚。何期小会幽欢,变作离情别绪。况值阑珊春色暮,对满目乱花狂絮。直恐好风光,尽随伊归去。 »
Dòng fáng jì dé chū xiāng yù, biàn zhǐ hé cháng xiāng jù. Hé qī xiǎo huì yōu huān, biàn zuò lí qíng bié xù. Kuàng zhí lán shān chūn sè mù, duì mǎn mù luàn huā kuáng xù. Zhí kǒng hǎo fēng guāng, jìn suí yī guī qù.
Je me souviens de notre première rencontre dans la chambre nuptiale,
Comme si le ciel avait décrété que nous devions rester ensemble pour toujours.
Qui aurait cru que ces brefs moments de joie intime
Deviendraient les prémisses d'une douloureuse séparation ?
Surtout en cette fin de printemps déclinant,
Face à ces fleurs éparses et ces chatons de saule volant à tout vent.
Je crains vraiment que toute cette beauté printanière
Ne s'en aille avec lui.
La strophe évoque le souvenir de la première rencontre, débutant directement par la "chambre nuptiale", adoptant le point de vue féminin pour exprimer la valeur accordée à ce premier instant et le désir d'une union durable. Le vers "comme si le ciel avait décrété" exprime avec concision et profondeur l'émerveillement de la femme et sa certitude d'un destin partagé. Cependant, les aléas de la vie ont transformé cette rencontre en une brève union, plantant ainsi les graines de la future séparation. "Surtout en cette fin de printemps" associe la séparation au déclin printanier, utilisant le paysage pour exprimer l'émotion : les chatons de saule voltigeants et les fleurs éparses intensifient la mélancolie. "Je crains vraiment que toute cette beauté printanière ne s'en aille avec lui" fusionne la saison et les sentiments humains, révélant la projection émotionnelle subjective de l'héroïne, où la profondeur de sa nostalgie se transforme presque en une peur de la nature, d'une grande puissance émotive.
Deuxième strophe : « 一场寂寞凭谁诉?算前言,总轻负。早知恁地难拼,悔不当时留住。其奈风流端正外,更别有系人心处。一日不思量,也攒眉千度。 »
Yī chǎng jì mò píng shuí sù ? Suàn qián yán, zǒng qīng fù. Zǎo zhī nèn dì nán pīn, huǐ bù dāng shí liú zhù. Qí nài fēng liú duān zhèng wài, gèng bié yǒu xì rén xīn chù. Yī rì bù sī liang, yě cuán méi qiān dù.
À qui puis-je confier cette solitude ?
Tous ces serments d'autrefois
N'ont été que vaines promesses.
Si j'avais su combien ce serait douloureux,
Je l'aurais retenu à l'époque.
Mais comment résister,
Au-delà de son élégance et de sa beauté,
À ce je-ne-sais-quoi qui captive le cœur ?
Un seul jour sans y penser,
Et me voici fronçant les sourcils mille fois.
La seconde strophe bascule vers les remords et la nostalgie, dépeignant les regrets sans fin de l'héroïne après la séparation. "À qui puis-je confier cette solitude ?" exprime à la fois une libération émotionnelle et une continuité avec la déception précédente. "Tous ces serments d'autrefois n'ont été que vaines promesses" constitue une accusation de l'infidélité masculine, mais le ton général reste doux et tendre, entre reproche et plainte. "Si j'avais su combien ce serait douloureux, je l'aurais retenu à l'époque" explore avec une extrême finesse le thème du regret, d'une émotion poignante et authentique. La conclusion "Au-delà de son élégance et de sa beauté, à ce je-ne-sais-quoi qui captive le cœur" révèle que l'homme ne se limitait pas à son apparence séduisante, mais possédait un charme intérieur qui rendait la femme incapable de l'oublier. "Un seul jour sans y penser, et me voici fronçant les sourcils mille fois" utilise une "antiphrase" pour exprimer "l'intensité de la nostalgie" - si ne pas y penser provoque déjà cela, à plus forte raison y penser - construisant progressivement une émotion de plus en plus lourde.
Appréciation globale
Le poème entier, sous forme de monologue féminin, déploie une expérience amoureuse intense. De l'émerveillement de la première rencontre, à la tristesse de la séparation printanière, jusqu'aux échos profonds des remords et de l'attachement, les émotions sont subtiles et sinueuses, profondément touchantes. La première partie évoque les souvenirs, opposant "joie intime" et "douleur de la séparation" ; la seconde bascule vers la solitude et la nostalgie, portant l'émotion à son paroxysme. Le poème exprime l'amour sans excès, la tristesse sans amertume, incarnant le style artistique unique de Liu Yong dans le "ci érotique", et démontrant sa profonde compréhension de la psychologie féminine.
Caractéristiques stylistiques
- Perspective féminine, délicate et touchante : Le poème adopte une voix féminine crédible et émotionnellement riche.
- Fusion paysage-émotion, projection sentimentale : Utilisant le déclin printanier et les chatons de saule pour exprimer la séparation, il combine habilement nature et émotion intérieure.
- Langage simple mais profond : Bien qu'utilisant un langage courant, chaque vers est émouvant et donne à réfléchir.
- Structure habile, usage des contrastes : "Comme si le ciel avait décrété" et "deviendraient les prémisses d'une douloureuse séparation" créent une tension entre idéal et réalité, renforçant la puissance du poème.
Éclairages
Ce poème, par son expression d'une émotion triste mais non amère, révèle la force authentique et résiliente des sentiments féminins, tout en exposant l'inconstance et la profondeur des émotions humaines. Il nous rappelle : si l'amour est beau, il est aussi éphémère. Chérir les êtres chers et saisir le moment présent constitue la réponse la plus profonde à l'amour ; une fois perdu, les regrets et la nostalgie ne pourront jamais vraiment apaiser les blessures de l'âme.
Traducteur de poésie
Xu Yuanchong(许渊冲)
À propos du poète
Liu Zongyuan (柳宗元), 773 - 819 après J.-C., originaire de Yongji, dans le Shanxi, était un penseur progressiste, un brillant écrivain et un homme politique révolutionnaire de la dynastie Tang.