À la recherche du taoïste Chang, au sud du ruisseau de Liu Zhangqing

xun nan xi chang dao shi
    Tout le long du chemin que j’ai parcouru,
Mousse et lichen montrent l’empreinte des sandales de bois.
Nuages blancs s’appuient sur l’îlot tranquille.
Herbes odorantes ferment la porte oisive.
Après la pluie, je regarde la couleur des pins.
Suivant la montagne, j’arrive à la source de l’eau.
Fleurs du ruisseau et pensée zen,
Face à face, sans un mot.

Poème chinois

「寻南溪常道士」
一路经行处,莓苔见屐痕。
白云依静渚,芳草闭闲门。
过雨看松色,随山到水源。
溪花与禅意,相对亦忘言。

刘长卿

Explication du poème

Ce poème est un chef-d'œuvre parmi les poèmes de paysage et de vie retirée de Liu Zhangqing. Prenant comme fil conducteur la recherche d'un ermite, il esquisse un tableau de forêts et de montagnes profond, clair et serein. La carrière de Liu Zhangqing fut semée d'embûches, exilé deux fois, « 刚而犯上 » (inflexible et offensant ses supérieurs) – ces quatre caractères décrivent presque entièrement les vicissitudes de sa vie de fonctionnaire. Pourtant, c'est précisément cette désillusion qui nourrit en lui un profond désir pour la vie érémitique – ces forêts et montagnes loin du tumulte du monde, ces ermites résidant parmi les nuages et les eaux, devinrent le refuge et le réconfort de son esprit.

La période exacte de composition de ce poème est difficile à déterminer avec certitude, mais d'après le paysage et l'état d'âme décrits, il fut probablement écrit lorsque le poète voyageait dans la région du sud du fleuve Yangtsé. Le « ruisseau du Sud » (南溪) doit être le nom d'un ruisseau de montagne ; le « maître taoïste Chang » (常道士) est un moine taoïste vivant en retraite ici. Le poète se rend spécialement à sa recherche, et même s'ils ne se rencontrent pas forcément, il gagne en chemin un dialogue avec le paysage, une rencontre avec l'esprit du Chan. Les traces de sabots sur la mousse, la rive tranquille encerclée de nuages blancs, la couleur verte des pins après la pluie, les fleurs sauvages silencieuses au bord du ruisseau, tout révèle l'admiration et l'aspiration du poète pour la vie érémitique. Le poème ne montre pas l'ermite, mais partout son ombre est présente ; il n'écrit pas de paroles chan, mais partout coule l'esprit du Chan. C'est là la grande subtilité de Liu Zhangqing : sous prétexte de chercher une personne, écrire le charme du paysage ; au nom de la visite à un ermite, exprimer l'aspiration à la simplicité.

Premier couplet : « 一路经行处,莓苔见屐痕。 »
Yí lù jīng xíng chù, méi tái jiàn jī hén.
Tout au long du sentier parcouru, Sur la mousse, des traces de sabots apparaissent.

Dès l'ouverture du poème, c'est un sentier de montagne profond. « 一路经行处 » (Tout au long du sentier parcouru) commence simplement, mais captive déjà – nous suivons les pas du poète, nous engageant sur ce voyage à la recherche de l'ermite. Et les cinq caractères « 莓苔见屐痕 » (Sur la mousse, des traces de sabots apparaissent) montrent l'isolement du lieu : la mousse pousse là où les traces humaines sont rares, et les empreintes de sabots imprimées sur la mousse indiquent que quelqu'un est passé il y a quelques jours. Ces traces de sabots doivent être celles laissées par les allées et venues du maître taoïste Chang ; cette mousse témoigne de la tranquillité et de la solitude d'un lieu peu fréquenté. Le caractère « 见 » (voir, apparaître) indique légèrement l'attente de la recherche du poète et la joie de découvrir les traces, avec retenue et élégance.

Deuxième couplet : « 白云依静渚,芳草闭闲门。 »
Bái yún yī jìng zhǔ, fāng cǎo bì xián mén.
Les nuages blancs s'appuient sur la rive tranquille ; L'herbe parfumée ferme la porte oisive.

Le poète arrive à la demeure du moine taoïste, devant un spectacle de quiétude. « 白云依静渚 » (Les nuages blancs s'appuient sur la rive tranquille) décrit la vue lointaine – au-dessus de la petite île au bord de l'eau, les nuages blancs s'enroulent, comme attachés à ce lieu calme et pur ; « 芳草闭闲门 » (L'herbe parfumée ferme la porte oisive) décrit la vue rapprochée – l'herbe parfumée devant la porte a déjà bien poussé, presque au point de cacher le battant. Le caractère « 闭 » (fermer) est extrêmement subtil : la porte est fermée d'elle-même, mais à cause de l'herbe parfumée luxuriante, elle paraît d'autant plus « 闲 » (oisive, tranquille), d'autant plus que son propriétaire n'est pas sorti depuis longtemps. Ce couplet, lointain et proche se répondent, le mouvement et la quiétude s'engendrent, portant à l'extrême la peinture de la quiétude et du détachement de la demeure du moine taoïste. Bien que personne ne soit vu, la noblesse et l'élévation de la personne sont déjà implicites.

Troisième couplet : « 过雨看松色,随山到水源。 »
Guò yǔ kàn sōng sè, suí shān dào shuǐ yuán.
Après la pluie, regarder la couleur des pins ; Suivre la montagne, atteindre la source de l'eau.

Le moine taoïste étant absent, le poète ne retourne pas déçu, mais suit son inspiration et continue d'avancer. « 过雨看松色 » (Après la pluie, regarder la couleur des pins) décrit la pinède après la pluie – une averse passée, la couleur des pins est d'un vert encore plus éclatant, ce « 看 » (regarder) contient l'observation fine de la nature par le poète, et aussi la joie du ciel clair après la pluie. « 随山到水源 » (Suivre la montagne, atteindre la source de l'eau) décrit comment, suivant le relief de la montagne, il arrive jusqu'à la source du ruisseau. Ce caractère « 随 » (suivre) décrit à la fois les méandres du sentier de montagne, et l'état d'esprit libre et détaché du poète. Chercher une personne sans la rencontrer, mais rencontrer le paysage ; visiter un ermite sans résultat, mais trouver la source de l'âme. Ce couplet élève le processus de la recherche en une errance spirituelle, préparant l'illumination chan du dernier couplet.

Dernier couplet : « 溪花与禅意,相对亦忘言。 »
Xī huā yǔ chán yì, xiāng duì yì wàng yán.
Les fleurs du ruisseau et l'intention chan, Se faisant face, on en oublie aussi les mots.

Le dernier couplet est l'âme de tout le poème. « 溪花与禅意 » (Les fleurs du ruisseau et l'intention chan) – le poète met en parallèle les fleurs sauvages au bord du ruisseau et « l'intention chan », non pas pour dire que les fleurs ont le chan, mais pour dire que le poète, dans ce paysage et cette scène, ressent en son cœur une compréhension chan. Ces fleurs du ruisseau s'ouvrent silencieusement, sans être admirées, mais s'épanouissent librement ; l'eau du ruisseau coule en murmurant, sans être écoutée, mais coule librement. N'est-ce pas précisément le domaine du chan ? Face aux fleurs du ruisseau, le cœur du poète s'accorde avec les choses, et soudain il entre dans l'état de « 相对亦忘言 » (Se faisant face, on en oublie aussi les mots). Ce « 忘言 » (oublier les mots) n'est pas l'absence de mots à dire, mais le dépassement du domaine du langage – les cœurs se comprenant, à quoi bon parler ? Tout comme Tao Yuanming, « Dans cela réside une vérité, voulant l'exprimer, j'ai déjà oublié les mots », Liu Zhangqing atteint ici la même illumination soudaine : le vrai sens du chan n'est pas dans les sutras, pas dans les paroles, mais dans ce paysage, dans ces fleurs et plantes sans paroles.

Lecture globale

Ceci est un joyau divin parmi les poèmes de paysage et de vie retirée de Liu Zhangqing. Le poème entier, huit vers et quarante caractères, prenant comme fil conducteur la recherche d'un ermite, fusionne les paysages vus en chemin, les sentiments éprouvés, les principes compris, dévoilant un tableau de forêts et de montagnes profond, clair, serein et rempli d'esprit chan.

D'un point de vue structurel, le poème présente une progression de la marche à l'arrêt, de l'extérieur à l'intérieur, de l'objet au cœur. Le premier couplet décrit ce qui est vu en marchant – traces de sabots sur la mousse, indiquant l'isolement du sentier ; le deuxième couplet décrit le paysage de la demeure – nuages blancs, herbe parfumée, exagérant la quiété de l'environnement ; le troisième couplet décrit la poursuite selon l'inspiration – regarder les pins, chercher la source, de l'arrêt à la marche, entrant dans l'errance de l'âme ; le dernier couplet décrit le domaine de l'illumination chan – fleurs du ruisseau, oubli des mots, de l'objet au cœur, s'élevant à la reconnaissance philosophique. Entre les quatre couplets, on va de la marche à l'arrêt, de l'arrêt à l'errance, de l'errance à l'illumination, pénétrant couche après couche, naturel et harmonieux.

D'un point de vue de l'intention, le noyau de ce poème réside dans les deux caractères « 忘言 » (oublier les mots). Le « 屐痕 » (traces de sabots) du premier couplet est la poursuite de l'ermite ; le « 闲门 » (porte oisive) du deuxième couplet est la déception de chercher sans rencontrer ; le « 看松 » (regarder les pins) et « 寻源 » (chercher la source) du troisième couplet sont la sérénité et l'adaptation à ce qui vient ; le « 忘言 » du dernier couplet est alors la transcendance obtenue dans le paysage – chercher l'ermite sans le rencontrer, mais se rencontrer soi-même ; chercher l'intention chan sans la trouver, mais l'illumination soudaine devant les fleurs du ruisseau. Cette « rencontre dans la non-rencontre » est précisément la signification la plus profonde de tout le poème : le vrai retrait n'est pas dans les forêts et montagnes, mais dans l'état d'esprit ; le vrai chan n'est pas dans les paroles, mais dans le silence.

D'un point de vue artistique, ce qui est le plus touchant dans ce poème est la double mise en miroir « écrire l'homme à travers le paysage, comprendre la voie à travers les objets ». Le poète écrit sur l'ermite, mais ne le fait jamais apparaître, se contentant d'évoquer sa présence par « 屐痕 » (traces de sabots) et « 闲门 » (porte oisive) ; le poète écrit sur l'esprit chan, mais n'emploie pas une seule parole chan, se contentant de suggérer son domaine par « 溪花 » (fleurs du ruisseau) et « 忘言 » (oublier les mots). Écrire l'homme sans le montrer, et la noblesse de l'homme apparaît d'elle-même ; parler chan sans le dire, et l'intérêt du chan s'approfondit de lui-même. Cette technique implicite et réservée, où le sens est au-delà des mots, est précisément le plus haut degré de la poésie classique chinoise : « 不着一字,尽得风流 » (sans écrire un seul mot, obtenir tout le charme).

Spécificités stylistiques

  • Écrire l'homme à travers le paysage, implicite et réservé : Le poème entier n'écrit pas un seul mot sur l'ermite, mais à travers des images comme la mousse, les traces de sabots, les nuages blancs, l'herbe parfumée, la porte oisive, il dépeint magnifiquement la noblesse et la simplicité de l'ermite.
  • Niveaux distincts, entrer progressivement dans un domaine merveilleux : Du chemin à la demeure, de la demeure au paysage, du paysage à l'illumination chan, entre les quatre couplets, comme un tableau qui se déroule progressivement, captivant.
  • Langage clair et beau, naturel et spontané : Des vers comme « 白云依静渚 » (Les nuages blancs s'appuient sur la rive tranquille) et « 过雨看松色 » (Après la pluie, regarder la couleur des pins), les mots sont épurés et non sculptés, le sens de l'image est très fort, la lecture donne l'impression d'être sur place.
  • Le sens est au-delà des mots, la saveur chan est longue : Le dernier couplet conclut avec « 忘言 » (oublier les mots), élevant l'atmosphère de tout le poème au niveau philosophique, les mots s'achèvent mais le sens est infini.

Éclairages

Ce poème, prenant comme fil conducteur le voyage à la recherche d'un ermite, exprime un thème intemporel – la vraie rencontre a souvent lieu là où on ne l'attend pas ; le vrai gain arrive souvent au moment de la non-rencontre.

Il nous fait d'abord voir « la beauté de la non-rencontre ». Le poète se rend spécialement à la recherche du maître taoïste Chang, mais ne peut le rencontrer. Pourtant, c'est précisément cette non-rencontre qui lui permet d'apprécier avec sérénité le paysage le long du chemin, de se promener librement jusqu'à la source, d'atteindre l'illumination chan devant les fleurs du ruisseau. Beaucoup de beautés dans la vie se produisent précisément « en dehors des plans » : chercher sans trouver, et au contraire obtenir davantage ; rechercher trop avidement, et au contraire perdre le processus. Liu Zhangqing, par cette recherche infructueuse, nous dit : lâcher l'attachement, suivre le cours des choses, permet souvent de rencontrer un paysage plus beau.

Plus profondément, ce poème nous fait réfléchir au « domaine du silence ». « 相对亦忘言 » (Se faisant face, on en oublie aussi les mots) – lorsque le poète, face aux fleurs du ruisseau, sent monter en son cœur l'intention chan, il découvre que les paroles sont déjà superflues. Les compréhensions les plus profondes en ce monde sont souvent indicibles ; les plus belles rencontres s'accomplissent souvent dans le silence. Nous avons l'habitude d'utiliser le langage pour définir, expliquer, exprimer, mais nous oublions que certaines choses ne peuvent être ressenties que dans le silence. Ces fleurs du ruisseau sont sans paroles, mais disent tout ; ce paysage est sans paroles, mais contient tout. C'est le domaine de la philosophie chinoise : « 大音希声,大象无形 » (Le grand son est à peine audible, la grande image est sans forme).

Et ce qui est le plus évocateur, est cette attitude de vie de « s'adapter librement au cours des choses » dans le poème. Le poète cherchant l'ermite sans le rencontrer, ni déçu, ni insistant, suit la montagne jusqu'à la source. Cette posture de suivre le cours des choses est en elle-même une intention chan. Dans la vie, les choses ne se passent pas comme on le voudrait huit ou neuf fois sur dix, si l'on peut, comme Liu Zhangqing, trouver une « rencontre » dans la « non-rencontre », un « gain » dans le « non-gain », c'est une magnanimité et une sagesse rares.

Ce poème parle d'une recherche dans les montagnes sous les Tang, mais il permet à chaque personne cherchant sur le chemin de la vie d'y trouver un écho. Ces traces de sabots sur la mousse sont les empreintes de chaque chercheur ; ces fleurs sauvages au bord du ruisseau sont l'opportunité de chaque personne illuminée ; ce face-à-face silencieux est l'entente commune de chaque personne dont le cœur s'accorde. C'est là la vitalité de la poésie : elle écrit l'expérience d'une personne, mais se lit comme l'état d'âme de tous.

À propos du poète

Liu zhangqing

Liu Zhangqing (刘长卿 vers 726 – vers 786), originaire de Xuancheng, dans la province de l'Anhui, fut un poète de la dynastie des Tang moyens. Il obtint le titre de jinshi (docteur) vers la fin de l'ère Tianbao et occupa successivement des postes officiels tels que shérif de Changzhou et censeur investigateur. En raison de son caractère intègre et inflexible, il fut exilé à deux reprises. Sa poésie, en particulier ses vers pentasyllabiques, atteignit la plus haute distinction, dépeignant souvent la mélancolie de l'exil et les plaisirs de la vie recluse au sein des paysages naturels. Son style poétique est raffiné, élégant et éthéré, mêlant une nuance désolée à la méticulosité caractéristique des Dix Poètes Talentueux de l'ère Dali. Il excellait dans l'utilisation de l'esquisse simple pour créer une atmosphère de vide serein et de lointain profond. En tant que poète clé de la transition entre le haut Tang et les Tang moyens, son œuvre hérite du charme idyllique de Wang Wei et Meng Haoran, tout en annonçant l'élégance sombre et froide de la poésie Dali. Il exerça une certaine influence sur des poètes tardifs comme Yao He et Jia Dao, appartenant à l'"école de la quête douloureuse".

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À mes deux amis les assistants Xue et Liu, en quittant Jiangzhou de Liu Zhangqing
jiang zhou chong bie xue liu liu ba er yuan wai

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N’avais-je pas imaginé, dans ma vie, recevoir un rescrit clément?

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