Soir à Xunyang de Meng Haoran

wan bo xun yang wang lu shan
    J’ai navigué sous ma voile plusieurs mille lieues,
Sans rencontrer aucune montagne fameuse.
J’amarre mon bateau près des murs de Xunyang,
Et voici que paraît le Pic du Brûle-Parfum.

J’ai lu jadis la vie du vénérable Huiyuan,
Et garde au cœur le trace de ses pas hors du monde.
L’ermitage de la Forêt de l’Est est tout proche.
Au crépuscule, j’entends seulement la cloche, dans le vide.

Poème chinois

「晚泊浔阳望庐山」
挂席几千里,名山都未逢。
泊舟浔阳郭,始见香炉峰。
尝读远公传,永怀尘外踪。
东林精舍近,日暮空闻钟。

孟浩然

Explication du poème

Ce poème fut composé en 733, alors que Meng Haoran, déjà quadragénaire, achevait son périple dans les régions de Wu et Yue et remontait le Yangtsé pour regagner son pays natal. Xunyang (actuelle Jiujiang dans le Jiangxi) se situe au cours moyen du fleuve, avec le mont Lu à proximité, un lieu depuis toujours réputé pour sa concentration de culture et le mélange des traditions bouddhiste et taoïste. Ce mouillage en soir n’était pas seulement une halte après la fatigue du voyage en bateau, il devint une importante pause et contemplation spirituelle pour le poète. Avant ce voyage, Meng Haoran s’était rendu à Chang’an plein d’espoir pour chercher un poste officiel, mais avait rencontré des difficultés sans succès ; ce retour était donc empreint d’une certaine déception et mélancolie. Alors qu’il mouillait hors des murs de Xunyang, le pic du Brûle-encens du mont Lu s’offrit soudain à sa vue – ce n’était pas seulement l’apparition d’une célèbre montagne géographique, mais un symbole chargé d’une profonde tradition d’ermitage et de culture religieuse, entrant en résonance avec l’état d’esprit actuel du poète, aspirant à se dégager et cherchant l’apaisement.

Le maître Huiyuan, mentionné dans le poème, était un grand moine de la dynastie des Jin orientaux, qui fonda le temple Donglin au mont Lu et initia l’école de la Terre Pure ; ses traces hors du monde représentaient un idéal élevé de retrait du siècle dans l’esprit des lettrés traditionnels. Ici, Meng Haoran, à la vue des paysages montagneux, associe ce noble reclus, ce qui est à la fois un écho culturel à la beauté naturelle et une projection de sa propre quête intérieure d’une voie spirituelle entre carrière officielle et retraite. Ainsi, le poème transcende la simple évocation d’un instant de voyage pour devenir une œuvre profonde, condensant une réflexion sur une étape de vie et une quête spirituelle.

Premier distique : « 挂席几千里,名山都未逢。 »
Guà xí jǐ qiān lǐ, míng shān dōu wèi féng.
Sous ma voile, des milles et des milles, Des monts fameux, pas un seul en chemin.

Le poème s’ouvre sur le voyage en bateau, esquissant une légère lassitude et une attente après une longue quête vaine. Les mots pas un seul (都未逢) contiennent, dans une narration simple, une soif spirituelle accumulée au cours d’un long périple, préparant émotionnellement la surprise de enfin (始见) dans la suite.

Deuxième distique : « 泊舟浔阳郭,始见香炉峰。 »
Bó zhōu xún yáng guō, shǐ jiàn xiāng lú fēng.
Puis près de Xunyang mouillant la barque, Enfin je vois le pic du Brûle-encens.

De pas un seul à enfin je vois, le pinceau tourne, l’humeur s’éclaircit soudain. Enfin (始见) est d’une grande tension, exprimant à la fois le choc visuel de l’apparition soudaine du pic et l’émotion spirituelle d’une rencontre longtemps attendue, c’est la clé de la transition de la scène dans tout le poème.

Troisième distique : « 尝读远公传,永怀尘外踪。 »
háng dú yuǎn gōng zhuàn, yǒng huái chén wài zōng.
Je lisais jadis la vie du grand moine Yuan, Sans cesse j’admire sa trace hors du monde.

Passant du réel au souvenir, il glisse naturellement de voir la montagne à se souvenir de l’homme. Le poète, s’appuyant sur le lien spirituel entre Huiyuan et le mont Lu, élève le paysage devant ses yeux en une image culturelle et un symbole de vertu, exprimant une profonde admiration pour une vie élevée et retirée du monde.

Quatrième distique : « 东林精舍近,日暮空闻钟。 »
Dōng lín jīng shè jìn, rì mù kōng wén zhōng.
Son refuge de l’Est n’est pourtant pas bien loin, Au soir, dans le vide, j’entends la cloche.

Il achève le poème par l’ouïe, dans une atmosphère profonde et lointaine. Les mots dans le vide, j’entends (空闻) sont particulièrement subtils : la cloche peut être entendue, mais le grand moine a disparu ; le refuge est proche, mais le monde extérieur est hors d’atteinte. Dans le vide (空) exprime à la fois une distance réelle et un sentiment de mélancolie, laissant une résonance durable qui invite à la réflexion.

Lecture globale

Le poème commence par un voyage de milliers de li et s’achève sur le son vide d’une cloche au crépuscule, esquissant un tableau spirituel complet allant du mouvement au calme, de la recherche au souvenir. Le poète ne s’attarde pas à décrire la forme spécifique du mont Lu, mais utilise le pic du Brûle-encens comme une entrée, fusionnant paysage naturel, mémoire culturelle et sentiments personnels, condensant des significations à plusieurs niveaux dans un langage simple et dépouillé.

Ce qu’il y a de plus touchant dans le poème est sans doute cette tension esthétique et spirituelle de « visible mais inaccessible ». Bien qu’il l’ait enfin vu, le pic du Brûle-encens n’est toujours qu’observé de loin ; bien que le temple Donglin soit proche, on n’en entend que la cloche sans y parvenir. Cette sensation de distance constitue précisément l’espace où la poésie naît – c’est à la fois un intervalle géographique, une attente de l’âme, et le symbole de la tension éternelle entre le monde idéal et la réalité du corps.

Spécificités stylistiques

  • Structure naturelle, flux de pensée fluide : Du voyage sur le fleuve à la recherche de la montagne, au mouillage et à la vue du pic, puis au souvenir de l’homme et au son de la cloche, la transition des scènes et des états d’âme est naturelle et fluide, formant une chaîne logique émotionnelle complète.
  • Réel et imaginaire s’engendrent, temps et espace s’entrelacent : Description réelle de ce qui est vu depuis le bateau, évocation imaginaire de ce qui a été lu ; dans l’espace, on passe de la vaste étendue du fleuve au pic d’une montagne, dans le temps, de l’instant présent on remonte au grand moine des Jin, le réel et l’imaginaire se reflètent, temps et espace se fondent.
  • Langage sobre et pur, atmosphère vaste et lointaine : Le langage de tout le poème est extrêmement simple et dépouillé, presque sans ornement, mais l’emploi de mots-clés comme enfin (始见), sans cesse j’admire (永怀), dans le vide, j’entends (空闻) crée un univers artistique suggéré, profond et lointain, où le sens va au-delà des mots.
  • Conclure l’émotion par le son, résonance durable : La conclusion par le son de la cloche fait que la vision visuelle se résout finalement en une audition, intégrant au crépuscule toute contemplation et tout souvenir dans cette résonance douce et infinie.

Éclairages

À travers un fragment de voyage en apparence fortuit, ce poème révèle une quête et une rencontre éternelles de l’esprit humain. Nous voguons tous sous notre voile sur le chemin de la vie, cherchant notre propre montagne fameuse. Et la véritable rencontre a souvent lieu lors d’une pause après une longue marche, dans l’instant où l’âme s’ouvre au monde.

Dans le poème, le pic du Brûle-encens dépasse le paysage concret pour devenir le symbole d’un idéal, d’une croyance ou d’un refuge spirituel. Il nous enseigne que l’important n’est peut-être pas d’atteindre finalement le but, mais l’aspiration maintenue au cours de la quête, et l’émotion et le bouleversement que l’âme ressent à l’instant de la rencontre. Ce son de cloche entendu dans le vide est à la fois un regret et un réconfort – il nous rappelle que certaines beautés peuvent être écoutées, espérées, toujours chéries au cœur, sans nécessairement être entièrement possédées.

À propos du poète

Meng Hao-ran

Meng Haoran (孟浩然), 689 - 740 après J.-C., originaire de Xiangyang, Hubei, était un célèbre poète de la dynastie Sheng Tang. Meng Haoran, poète exceptionnel sous le règne de l'empereur Kaiyuan, a composé un grand nombre de paysages et de poèmes idylliques afin d'enrichir le sujet de sa poésie.

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