Matin d’automne dans la vallée sud de Liu Zongyuan

qiu xiao xing nan gu jing huang cun
    En fin d’automne, givre et rosée sont lourds.
Au petit matin, je chemine dans la vallée obscure.
Feuilles jaunes couvrent le pont sur le ruisseau.
Le hameau délaissé n’a plus que de vieux arbres.
Fleurs frileuses, clairsemées, dans la solitude.
Source cachée, son filet tantôt coule, tantôt s’interrompt.
Les calculs de l’esprit, je les ai oubliés depuis longtemps.
Pourquoi donc ai-je effrayé le cerf ?

Poème chinois

「秋晓行南谷经荒村」
杪秋霜露重,晨起行幽谷。
黄叶覆溪桥,荒村唯古木。
寒花疏寂历,幽泉微断续。
机心久已忘,何事惊麋鹿。

柳宗元

Explication du poème

Ce poème a été composé par Liǔ Zōngyuán pendant son exil à Yǒngzhōu. Après l'échec de la réforme de 805 (première année de l'ère Yongzhen), il est rétrogradé du poste de vice-ministre des Rites à celui de simple fonctionnaire à Yǒngzhōu, commençant ainsi une vie d'exil qui durera dix ans. Cette œuvre est l'un des chefs-d'œuvre représentatifs de sa poésie paysagère de cette période. La « Vallée du Sud » (Nángǔ) se situe dans la région de Yǒngzhōu, un lieu que le poète visitait souvent. Par une froide matinée d'automne, il pénètre seul dans cette vallée profonde et isolée, traverse un village désolé. Tout ce qu'il voit n'est que désolation : feuilles jaunes recouvrant le pont, vieux arbres dénudés, fleurs glacées éparses, source ténue au filet intermittent. Le déclin de ce hameau abandonné est précisément la projection de la désolation intérieure du poète – ce destin de rejet, cet idéal irréalisable trouvent leur correspondance dans ces paysages.

Comme d'autres poèmes de Liǔ Zōngyuán qui utilisent les paysages pour exprimer une solitude indignée, ce poème semble décrire des scènes, mais exprime en réalité des sentiments. Avec un pinceau extrêmement sobre, le poète esquisse un tableau de voyage matinal dans le froid automnal, mais insuffle dans chaque image le sentiment de sa propre vie. Ces « feuilles jaunes », ces « vieux arbres », ces « fleurs glacées », cette « source ténue » ne sont rien d'autre que le reflet de son âme. Et la question légèrement posée à la fin, hé shì jīng mí lù (qu'ai-je donc fait pour effrayer le cerf ?), exprime avec retenue et profondeur la subtile contradiction entre l'homme et la nature, entre le retrait du monde et l'engagement en son sein.

Premier vers : « 杪秋霜露重,晨起行幽谷。 »
Miǎo qiū shuāng lù zhòng, chén qǐ xíng yōu gǔ.
À la fin de l'automne, givre et rosée sont lourds, / Au lever du jour, je marche dans la vallée profonde.

Dès l'ouverture, sont précisés le moment, le climat et le déplacement. Miǎo qiū (fin de l'automne) est la saison la plus désolée de l'année ; shuāng lù zhòng (givre et rosée sont lourds) dépeint à la fois l'heure matinale (le givre et la rosée ne sont pas encore dissipés) et accentue le froid et la difficulté. Le poète se lève à l'aube (chén qǐ) et s'avance vers yōu gǔ (la vallée profonde) – ce yōu (profond, isolé) est à la fois la profondeur de la vallée et la solitude intérieure du poète. Les premiers vers posent d'emblée le ton austère et silencieux pour tout le poème : une silhouette solitaire s'avance dans le froid désert de l'automne avancé.

Deuxième vers : « 黄叶覆溪桥,荒村唯古木。 »
Huáng yè fù xī qiáo, huāng cūn wéi gǔ mù.
Les feuilles jaunes recouvrent le pont sur le ruisseau ; / Dans le hameau abandonné, seuls de vieux arbres subsistent.

Ce vers décrit ce qui est vu en chemin, esquissant avec un trait extrêmement sobre le spectacle de déclin du village abandonné. Huáng yè fù xī qiáo (Les feuilles jaunes recouvrent le pont sur le ruisseau) – le mot (recouvrir) montre l'épaisseur de l'amoncèlement de feuilles mortes, et suggère aussi que l'endroit est depuis longtemps déserté, le pont étant devenu le domaine des feuilles. Huāng cūn wéi gǔ mù (Dans le hameau abandonné, seuls de vieux arbres subsistent) – le village est désert, la fumée des foyers a disparu, seuls quelques vieux arbres tiennent encore. Ce wéi (seuls) est le plus douloureux : à part ces vieux arbres, il n'y a plus rien. Pas de fumée de cuisine, pas de voix humaines, plus de souffle de vie. Ce hameau abandonné est précisément le reflet de la situation intérieure du poète : rejeté ici, oublié par son époque, tout comme ce village.

Troisième vers : « 寒花疏寂历,幽泉微断续。 »
Hán huā shū jì lì, yōu quán wēi duàn xù.
Les fleurs glacées, clairsemées, solitaires ; / La source ténue, au filet ténu, intermittent.

Ce vers poursuit la description du paysage, mais fait passer le pinceau du macro au micro, étendant la perception du visuel à l'auditif. Hán huā shū jì lì (Les fleurs glacées, clairsemées, solitaires) – hán huā (fleurs glacées) sont les dernières fleurs de la fin de l'automne, déjà rares, et les trois mots shū jì lì (clairsemées, solitaires) décrivent encore leur état épars et flétri. Ces fleurs sont comme les derniers espoirs du poète, ténus et misérables. Yōu quán wēi duàn xù (La source ténue, au filet ténu, intermittent) – l'eau de la source coule dans les profondeurs, son filet est parfois présent, parfois absent, par intermittence. Ce wēi duàn xù (au filet ténu, intermittent) est à la fois réaliste et symbolique des pensées intimes du poète : ces soucis qui ne peuvent s'apaiser, surgissant parfois, s'apaisant parfois, comme ce filet d'eau intermittent, ininterrompu mais ténu.

Quatrième vers : « 机心久已忘,何事惊麋鹿。 »
Jī xīn jiǔ yǐ wàng, hé shì jīng mí lù.
Les pensées de ruse, il y a longtemps que je les ai oubliées, / Qu'ai-je donc fait pour effrayer le cerf ?

Le dernier vers est le trait d'esprit du poème, et aussi l'explosion finale de l'émotion. Jī xīn (pensées de ruse) désigne l'esprit de ruse et d'intrigue, expression tirée du Zhuangzi : « Qui a des affaires de ruse a nécessairement des pensées de ruse. » Le poète dit qu'il les a jiǔ yǐ wàng (il y a longtemps oubliées) – il a depuis longtemps renoncé à la compétition pour les charges officielles, ne gardant plus aucune pensée utilitaire. Pourtant, alors qu'il marche dans cette vallée profonde, il effraie encore le cerf. Ce cerf, auparavant paisible et insouciant, s'enfuit effrayé par son arrivée.

Cette question, en apparence autodérisoire, contient en réalité un sens profond. Le poète souhaitait s'intégrer à la nature, devenir un ermite « sans pensées de ruse », en harmonie avec toutes choses. Mais la fuite effrayée du cerf lui dit : tu es finalement un intrus, tu n'appartiens finalement pas ici. Ces deux mots hé shì (qu'ai-je donc fait) interrogent à la fois le cerf et lui-même – puisque j'ai oublié la ruse, pourquoi donc te dérangerais-je encore ? Puisque j'ai abandonné le monde des hommes, pourquoi ne puis-je vraiment m'intégrer à la nature ? Cette question légère exprime la contradiction la plus profonde au cœur du poète : il veut quitter le monde, mais ne peut finalement l'oublier ; il veut se retirer, mais il est finalement un lù rén (banni), un exilé, et non un véritable ermite. Le cerf effrayé est le fossé qu'il ne peut franchir.

Lecture globale

Ce poème ancien en pentamètres, prenant pour fil conducteur la « marche matinale », accomplit un périple de l'âme dans le déplacement de l'espace. Le premier vers décrit le départ, précisant le moment et l'environnement ; le deuxième vers décrit le village abandonné, utilisant huáng yè (feuilles jaunes) et gǔ mù (vieux arbres) pour accentuer le déclin ; le troisième vers décrit les détails subtils, utilisant hán huā (fleurs glacées) et yōu quán (source ténue) pour approfondir la désolation ; le dernier vers décrit l'état d'âme, concluant le poème avec jīng mí lù (effrayer le cerf). De l'extérieur vers l'intérieur, du paysage à l'émotion, la progression se fait par couches, s'approfondissant à chaque pas.

Le poème entier est d'une fusion élevée entre le paysage et le sentiment. Ce huáng yè fù xī qiáo (Les feuilles jaunes recouvrent le pont sur le ruisseau) est le destin oublié du poète ; ce huāng cūn wéi gǔ mù (Dans le hameau abandonné, seuls de vieux arbres subsistent) est la situation solitaire du poète ; ces hán huā shū jì lì (fleurs glacées, clairsemées, solitaires) sont les derniers espoirs du poète ; ce yōu quán wēi duàn xù (source ténue, au filet ténu, intermittent) est le flux et le reflux des soucis du poète. Chaque image est la projection de son for intérieur. Et la conclusion hé shì jīng mí lù (qu'ai-je donc fait pour effrayer le cerf ?) porte à son paroxysme la contradiction entre l'homme et la nature, le retrait et l'engagement, laissant le poème s'achever dans une mélancolie diffuse.

Comparé aux poèmes de Liǔ Zōngyuán qui expriment directement l'indignation, l'émotion ici est plus intériorisée, l'expression plus retenue. Le poète ne crie pas à haute voix, il pose simplement une question légère, mais laisse le lecteur sentir les remous au plus profond de son cœur. Cette manière d'écrire un sentiment profond avec des mots légers est précisément le charme unique de la poésie de Liǔ Zōngyuán.

Spécificités stylistiques

  • Paysage et sentiment fusionnés, objet et moi ne font qu'un : Aucun mot dans le poème n'exprime directement l'émotion, mais chaque mot est une image mentale ; feuilles jaunes, vieux arbres, fleurs glacées, source ténue, tout est le vecteur des sentiments du poète.
  • Langage simple et sobre, sens profond et lointain : Le choix des mots est précis ; des mots comme (recouvrir), wéi (seuls), shū (clairsemé), wēi (ténu) décrivent à la fois la forme du paysage et transmettent l'esprit du sentiment, révélant un sens profond sous une apparence simple.
  • Structure rigoureuse, progression par couches : Du macro au micro, du visuel à l'auditif, du paysage extérieur à l'intérieur, les niveaux sont distincts, le fil est clair.
  • Conclusion retenue, résonance longue : Se concluant par hé shì jīng mí lù (qu'ai-je donc fait pour effrayer le cerf ?), une simple question mais contenant une mélancolie infinie, laissant une saveur durable.

Éclairages

Ce poème nous enseigne d'abord que la relation entre l'homme et la nature n'est pas naturellement harmonieuse. Liǔ Zōngyuán a jiǔ yǐ wàng jī (il y a longtemps oublié les pensées de ruse), se croyant capable de ne faire qu'un avec la nature, mais la fuite effrayée du cerf lui dit : tu es finalement un homme, un intrus. Ce sentiment de séparation entre l'homme et la nature est particulièrement marqué dans la société moderne. Nous aspirons à la nature, mais souvent nous ne pouvons que l'effleurer brièvement en tant que visiteurs ; nous désirons y retourner, mais finalement nous ne pouvons vraiment nous y intégrer. La poésie de Liǔ Zōngyuán nous rappelle : maintenir un respect envers la nature, rester lucide face à cette séparation, est peut-être plus authentique que d'imaginer une fusion complète.

Le vers jī xīn jiǔ yǐ wàng (Les pensées de ruse, il y a longtemps que je les ai oubliées) nous invite aussi à réfléchir à ce qu'est un véritable lâcher-prise. Liǔ Zōngyuán dit qu'il a jiǔ yǐ wàng (il y a longtemps oublié) les pensées de ruse, mais la fuite effrayée du cerf révèle qu'il n'est pas encore vraiment intégré. Cela nous éclaire : le véritable lâcher-prise n'est pas une affirmation verbale, il a besoin du lavage du temps, de l'épreuve de la pratique. Nous croyons souvent avoir lâché prise sur certaines obsessions, mais confrontés à une situation concrète, nous découvrons qu'elles sont toujours là. La poésie de Liǔ Zōngyuán nous apprend : rester honnête envers soi-même, reconnaître que nous « n'avons pas encore lâché prise » est aussi un courage.

La question légère hé shì jīng mí lù (qu'ai-je donc fait pour effrayer le cerf ?) nous invite aussi à réfléchir à la position de l'intellectuel dans l'adversité. Liǔ Zōngyuán ne peut ni retourner à la cour, ni vraiment se retirer du monde, il se trouve dans un état intermédiaire inconfortable. Cet « état intermédiaire » est la situation commune de beaucoup de gens aujourd'hui – ne pouvant ni s'intégrer complètement au système, ni s'en échapper entièrement ; aspirant à la transcendance, mais incapables de renoncer. La poésie de Liǔ Zōngyuán nous éclaire : il n'est pas nécessaire de s'exiger d'être soit l'un soit l'autre, reconnaître et accepter cet « état intermédiaire » est aussi une sagesse de vie.

Cette silhouette qui pénètre seule dans la vallée profonde par une froide matinée d'automne est particulièrement émouvante. Il n'a pas cessé de marcher parce qu'il était rejeté, il ne s'est pas enfermé parce qu'il était seul. Il marche encore, il regarde encore, il ressent encore, il s'interroge encore. Cette attitude de maintenir l'action, la perception, la réflexion même dans l'adversité est en soi une victoire de l'esprit. Elle nous dit : même au cœur d'un huāng cūn (village abandonné), même sous un shuāng lù zhòng (givre et rosée lourds), il faut encore chén qǐ xíng yōu gǔ (se lever à l'aube et marcher dans la vallée profonde) – continuer à avancer, et l'on fera de nouvelles découvertes ; continuer à avancer, et de nouvelles possibilités s'ouvriront.

À propos du poète

liu zong yuan

Liu Zongyuan (柳宗元 773 - 819), originaire de Hedong (aujourd'hui Yuncheng, dans la province du Shanxi), il fut un éminent promoteur du Mouvement pour la prose ancienne sous la dynastie des Tang. Il obtint le titre de jinshi (docteur) la neuvième année de l'ère Zhenyuan. Sa prose se distingue par un style vigoureux et épuré, tandis que sa poésie est marquée par une sobriété et une mélancolie singulière. Avec Han Yu, il forme le duo célèbre "Han-Liu" et figure parmi les "Huit grands maîtres des dynasties Tang et Song". La postérité loue en lui l'adage : "Son écriture reflète sa personnalité : sobre, raffinée et profonde."

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