Où habites-tu, toi ?
Moi, j’habite Hengtang.
J’ai arrêté ma barque pour te demander,
Au cas où nous serions du même pays.
Poème chinois
「长干曲 · 其一」
崔颢
君家何处住,妾住在横塘。
停船暂借问,或恐是同乡。
Explication du poème
Ce poème est une courte pièce de Cui Hao, poète des Tang, imprégnée des charmes de la chanson populaire. En seulement quatre vers, délivrés sur le ton pur d’une jeune fille, il esquisse avec vivacité une rencontre fortuite et pleine de vie sur les eaux du Jiangnan, révélant l’authenticité et la chaleur de la vie commune. Sa création puise source dans les observations directes de Cui Hao lors de ses errances de jeunesse dans le Jiangnan. Le « Long rivage » (Chánggān) était situé au bord de la rivière Qinhuai, un quartier animé et un carrefour fluvial important de la Jinling des Tang (actuelle Nankin), où le va-et-vient des bateaux et des marchands ne cessait jamais, baignant les lieux d’une atmosphère vivante et d’une chaleur populaire simple. Lorsque Cui Hao traversa cet endroit, il n’était pas seulement un poète de passage, mais aussi un auditeur et un observateur aiguisé. Le tableau de vie propre à la région des eaux du Jiangnan – les échanges entre bateliers, les rencontres fortuites sur le fleuve, la franchise mêlée de retenue des jeunes filles – le toucha profondément. Ainsi, il choisit d’utiliser un vieux titre de chanson populaire (yuefu) pour peindre les mœurs présentes, capturant en un langage des plus concis un instant chargé de la substance de la vie.
Ce choix créatif reflète également une tendance importante de la poésie de l’âge d’or des Tang : les lettrés apprenant activement des chansons populaires, puisant la poésie et la vitalité dans la vie ordinaire. Cui Hao infusa sa propre perception de la beauté des sentiments humains dans ce petit poème de seulement vingt caractères, lui permettant de perpétuer la fraîcheur et la sincérité des chansons populaires yuefu, tout en montrant le raffinement et la retenue de la poésie lettrée, devenant ainsi une esquisse intemporelle et éternelle de la chaleur humaine.
Premier distique : « 君家何处住?妾住在横塘。 »
Jūn jiā héchù zhù? Qiè zhù zài Héngtáng.
« Où donc habites-tu, toi ? — Moi, c’est à Hengtang que je suis. »
Le premier vers, direct comme une parole ordinaire, fait surgir l’initiative et l’assurance de la jeune fille. Sans se soucier des convenances, elle interroge directement, puis donne son origine. « Hengtang » est à la fois un nom de lieu précis et évoque l’atmosphère douce et humide propre à la région des eaux du Jiangnan. Dans cet échange de questions et de réponses, l’étrangeté s’estompe doucement, comme si deux petites embarcations se rapprochaient sur le fleuve.
Second distique : « 停船暂借问,或恐是同乡。 »
Tíng chuán zàn jièwèn, huò kǒng shì tóngxiāng.
J’ai arrêté ma barque pour te demander, Au cas où nous serions du même pays.
Les deux derniers vers révèlent une pensée encore plus vive. Prenant pour prétexte « au cas où nous serions du même pays », elle prolonge la conversation tout en montrant une certaine vivacité d’esprit et une pudeur propres à une jeune fille. L’emploi du mot « au cas où » (恐) est particulièrement habile, laissant transparaître une pointe d’attente et d’appréhension, dépeignant à merveille ce sentiment subtil et naturel de proximité entre deux inconnus.
Lecture globale
Ce poème est comme une esquisse vivante de la vie au Jiangnan. Le poète saisit avec adresse l’instant d’une rencontre fortuite sur le fleuve et, à travers un bref dialogue, rend la disposition des personnages et les mœurs de la région des eaux si présentes. L’image de la jeune fille est particulièrement touchante – chaleureuse sans manquer de pudeur, franche avec une pointe de timidité, curieuse et pleine d’attente, tout à fait telle qu’elle a pu naître naturellement de la vie commune.
Le langage de tout le poème est pur comme l’eau, sans fioritures, mais dégage une fraîcheur et une fluidité naturelles. Le poète s’inspire de la forme dialoguée et du style dépouillé des chansons populaires, construisant en vingt caractères des niveaux narratifs et un espace émotionnel riches. Ce n’est pas seulement un poème, c’est une scène de vie qu’on peut entendre, voir, sentir et toucher.
Spécificités stylistiques
- Dessiner par la parole, transmettre le sentiment par la question
L’ensemble s’appuie sur le dialogue ; pas un mot ne décrit directement l’apparence ou l’attitude, et pourtant, à travers les questions et réponses, l’image des personnages prend vie. La franchise, l’intelligence et la légère pudeur de la jeune fille sont entièrement contenues dans ses mots. - La scène est l’état d’âme, l’instant est l’éternité
Le poète capture l’instant fugace d’un croisement sur le fleuve, mais à travers des actions infimes comme « arrêter la barque » et « demander », il étend la dimension psychologique du temps. Le hasard de la rencontre et la nécessité de l’échange se fondent ici. - Fusion de l’atmosphère locale et de la beauté humaine
« Hengtang » ancre le décor de la région des eaux, « du même pays » éveille un sentiment d’appartenance géographique. L’émotion dans le poème est à la fois personnelle et porteuse des traits d’ouverture et de chaleur de la culture commune du Jiangnan. - Art de la réserve, résonance prolongée
Le poème s’achève sur « au cas où nous serions du même pays », sans interroger l’issue, sans chercher de réponse. Cette fin ouverte laisse au lecteur un espace d’imagination infini et confère à ce petit poème une résonance qui va bien au-delà des mots.
Éclairages
Ce petit poème est comme une brise traversant le temps, nous rappelant que les émotions les plus touchantes de la vie se trouvent souvent dans les rencontres les plus ordinaires et les dialogues les plus simples. À une époque où les relations humaines se complexifient et le langage se raffine, cette franchise, cette curiosité et cette bienveillance du cœur, si présentes dans le poème, paraissent d’une valeur inestimable.
Il nous montre que la poésie n’est pas forcément lointaine, mais peut s’épanouir discrètement dans l’arrêt d’une barque, dans une salutation. La jeune fille du poème utilise l’idée d’être « du même pays » pour établir un lien, évoquant aussi le désir profond de l’âme humaine d’appartenance et de résonance – au milieu de l’immensité de la foule, confirmer l’existence possible d’un lien chaleureux.
Ces quatre vers sont comme un miroir limpide, reflétant la beauté de l’interaction la plus authentique et la plus simple entre les êtres. Dans le rythme pressant de la vie moderne, il nous invite, nous aussi, à « arrêter la barque » un instant, à porter sur le monde alentour une douce curiosité, et à redécouvrir, dans le dialogue simple, la chaleur et la poésie de la vie.
À propos du poète

Cui Hao (崔颢), A.D. ? - 754, a native of Kaifeng, Henan Province. He was admitted as a scholar in 723 AD. At that time, Cui Hao was well known, along with Wang Changling, Gao Shi, Meng Haoran, and Wang Wei. His early poems were florid and frivolous, but after serving in the Hedong army, his poetic style became vigorous and unrestrained.