Adieu à Chen Zhangfu de Li Qi

gu yi
    Avril, vent du sud, l’orge est jaune.
Fleurs de jujubier pas encore tombées, feuilles de paulownia longues.
Montagne verte, quittée au matin, le soir on la revoit encore.
Le cheval hennit, on sort de la porte, on pense au vieux pays.
Le seigneur Chen, comme il se tient droit, large et clair !
Moustaches de dragon, sourcils de tigre, et ce large front.
Dans son ventre, il a emmagasiné dix mille rouleaux de livres.
Il ne veut pas baisser la tête, rester dans les herbes folles.
À la porte de l’est, il achète du vin, boit avec nous autres.
Le cœur léger, les dix mille affaires, comme le duvet de l’oie sauvage.
Ivre, couché, il ne sait plus que le jour blanc décline.
Parfois, en vain, il regarde la nuée solitaire, haute.
Le fleuve long, la crête des vagues rejoint le ciel noir.
L’officier du bac arrête la barque, on ne peut traverser.
Le voyageur du Zheng n’a pas encore atteint sa maison.
Le fils qui marche vers Luoyang, en vain, soupire.
On dit qu’au bois natal, les connaissances sont nombreuses.
Le client congédié d’hier, aujourd’hui, comment va-t-il ?

Poème chinois

「古意」
男儿事长征,少小幽燕客。
赌胜马蹄下,由来轻七尺。
杀人莫敢前,须如猬毛磔。
黄云陇底白云飞,未得报恩不能归。
辽东小妇年十五,惯弹琵琶解歌舞。
今为羌笛出塞声,使我三军泪如雨。

李颀

Explication du poème

Youyan, une région frontalière stratégique sous les Tang, couvrait les actuels nord du Hebei et ouest du Liaoning. Limitrophe des tribus nomades Khitan et Xi au nord, c'était la ligne de front des affrontements entre la dynastie Tang et les forces du nord, avec des conflits fréquents et des coutumes martiales. Pendant les ères Kaiyuan et Tianbao, la cour des Tang mena des guerres répétées contre les Khitan et les Türks, nécessitant d'énormes effectifs militaires. La région de Youyan, proche de la frontière, devint donc une zone de recrutement prioritaire. De nombreux jeunes hommes étaient enrôlés dès quinze ou seize ans, stationnés ensuite durablement aux frontières, souvent sans jamais pouvoir rentrer. Un dicton local disait : "À Youyan, le vieux général, jeune homme, s'enrôla", évoquant cette réalité.

Li Qi vécut la majeure partie de sa vie parmi le peuple. Il ne réussit l'examen impérial qu'à cinquante ans environ, ayant auparavant longtemps vécu en retraite à Yingyang, ce qui lui permit d'être en contact avec le peuple ordinaire. Il eut ainsi l'occasion de rencontrer ces soldats revenant de la frontière, ces vieillards attendant le retour de leur fils, ces femmes qui ne reverraient jamais leur mari. Les conscrits qu'il dépeint ne sont pas des noms dans les livres d'histoire, mais des gens qu'il a entendus de ses oreilles, vus de ses yeux.

Ce poème parle précisément d'un tel jeune homme venu de Youyan. Il quitta sa terre natale "très jeune", "paria sa vie sous les sabots des chevaux" aux frontières, ses poils se hérissant comme ceux d'un hérisson lorsqu'il tuait. Mais il pouvait aussi, une certaine nuit, entendre un air de flûte Qiang et verser des larmes comme une pluie. En écrivant ce poème, Li Qi ne célébra pas les exploits guerriers, n'embellit pas les paysages frontaliers, il plaça simplement un vrai soldat là – sa bravoure était réelle, sa nostalgie aussi.

Première strophe : 男儿事长征,少小幽燕客。
Nán ér shì chángzhēng, shào xiǎo yōu yàn kè.
L'homme doit servir dans les longues campagnes ;
Dès l'enfance, hôte des contrées de Youyan.

Le début, avec les mots « 男儿 » (l'homme), fixe le ton, une aura héroïque s'en dégage. « 事长征 » (servir dans les longues campagnes) signifie s'engager dans des expéditions lointaines, avec une connotation de choix actif – non par contrainte, mais parce qu'un grand homme doit agir ainsi. « 幽燕 » (Youyan) est une ancienne région frontalière stratégique, aux coutumes martiales, peuplée d'hommes généreux. Le poète dit « 少小 » (dès l'enfance) déjà hôte de Youyan, indiquant à la fois son enrôlement précoce, et suggérant qu'il fut imprégné dès son plus jeune âge de cette culture martiale.

Deuxième strophe : 赌胜马蹄下,由来轻七尺。
Dǔ shèng mǎtí xià, yóulái qīng qīchǐ.
Parier la victoire sous les sabots des chevaux ;
De tout temps, il méprise ces sept pieds de corps.

« 赌胜 » (Parier la victoire) décrit la lutte à mort sur le champ de bataille comme un jeu. C'est bien l'esprit juvénile – non qu'il ignore la vie et la mort, mais qu'il les méprise. « 由来 » (de tout temps) dans « 由来轻七尺 » (De tout temps, il méprise ces sept pieds de corps) montre que cette attitude n'est pas un élan passager, mais une constance. « 轻七尺 » (méprise ces sept pieds de corps), ces trois mots expriment pleinement l'héroïsme et l'intrépidité du jeune guerrier.

Troisième strophe : 杀人莫敢前,须如猬毛磔。
Shā rén mò gǎn qián, xū rú wèi máo zhé.
Tuer, nul n'ose s'approcher ;
Barbe et moustaches hérissées comme les piquants d'un hérisson.

Cette strophe, avec une extrême exagération, décrit la férocité du guerrier. « 杀人莫敢前 » (Tuer, nul n'ose s'approcher) est une description indirecte – l'ennemi, intimidé par son aura, n'ose approcher. « 须如猬毛磔 » (Barbe et moustaches hérissées comme les piquants d'un hérisson) est un gros plan frontal – la colère fait hérisser barbe et cheveux, comme les piquants d'un hérisson. Cette comparaison est à la fois imagée et saisissante, exprimant pleinement la bravoure et la sauvagerie du guerrier.

Quatrième strophe : 黄云陇底白云飞,未得报恩不能归。
Huáng yún lǒng dǐ bái yún fēi, wèi dé bào ēn bùnéng guī.
Nuages jaunes au pied des Long, nuages blancs qui volent ;
N'ayant pu rendre la faveur, impossible de rentrer.

Cette strophe passe de la bravoure extérieure à la persévérance intérieure. « 黄云陇底 » (Nuages jaunes au pied des Long) décrit le paysage frontalier, vaste et oppressant ; « 白云飞 » (nuages blancs qui volent) décrit les nuages flottant librement dans le ciel. La confrontation des deux met encore plus en relief la situation du guerrier, piégé là. Le vers suivant « 未得报恩不能归 » (N'ayant pu rendre la faveur, impossible de rentrer) précise la motivation qui les soutient dans leur persévérance – rendre la faveur. Cette « faveur » est à la fois celle du souverain et celle de la nation, le soutien spirituel le plus simple des militaires de cette époque.

Cinquième strophe : 辽东小妇年十五,惯弹琵琶解歌舞。
Liáodōng xiǎo fù nián shíwǔ, guàn tán pípá jiě gēwǔ.
Jeune femme du Liaodong, âgée de quinze ans,
Habituée à pincer le luth, entendue aux chants et danses.

Ici, le pinceau opère un revirement soudain, passant du champ de bataille à la tente, du guerrier à la chanteuse. L'apparition de la « 辽东小妇 » (jeune femme du Liaodong) semble abrupte, mais prépare en réalité le tournant émotionnel qui suit. « 惯弹琵琶解歌舞 » (Habituée à pincer le luth, entendue aux chants et danses), ces sept mots décrivent ses talents et sa jeunesse. Dans l'amère froideur de la frontière, une telle présence est en soi une touche de lumière, mais aussi celle qui peut le plus facilement éveiller la nostalgie du pays.

Sixième strophe : 今为羌笛出塞声,使我三军泪如雨。
Jīn wèi qiāngdí chū sài shēng, shǐ wǒ sānjūn lèi rú yǔ.
Maintenant, elle joue de la flûte Qiang, l'air "Sortir de la passe" ;
Fait de nos trois armées des larmes comme une pluie.

Cette strophe est l'apogée émotionnel du poème. La jeune femme ne joue plus du luth, mais de la flûte Qiang – la flûte Qiang est à l'origine un instrument des Hu, au son mélancolique, correspondant parfaitement à l'air « 出塞 » (Sortir de la passe). Quand le son de la flûte s'élève, la nostalgie du pays enfouie au fond du cœur est soudain réveillée. Ces guerriers intrépides qui « méprisent ces sept pieds de corps » et devant qui « nul n'ose s'approcher » versent maintenant des larmes comme une pluie. Ce revirement est à la fois inattendu et logique – précisément parce qu'ils ont été dépeints comme suffisamment braves auparavant, leurs larmes ici sont d'autant plus bouleversantes.

Lecture globale

Ceci est une œuvre majeure des poèmes de frontière de Li Qi. Le poème entier compte douze vers, les six premiers parlent de bravoure, les six derniers de sentiment ; les six premiers décrivent l'héroïsme individuel, les six derniers la tristesse collective. Ce revirement structurel donne au poème un fort caractère dramatique.

Les quatre premiers vers, par une description étalée, dépeignent la bravoure et l'intrépidité du jeune guerrier. « 赌胜马蹄下 » (Parier la victoire sous les sabots des chevaux), « 由来轻七尺 » (De tout temps, il méprise ces sept pieds de corps), « 须如猬毛磔 » (Barbe et moustaches hérissées comme les piquants d'un hérisson) – ces vers progressent par couches, dressant devant le lecteur l'image d'un jeune homme féroce comme un tigre. Le cinquième vers introduit le paysage de « 黄云陇底白云飞 » (Nuages jaunes au pied des Long, nuages blancs qui volent), ce qui étend l'espace et prépare aussi le revirement suivant. Le sixième vers « 未得报恩不能归 » (N'ayant pu rendre la faveur, impossible de rentrer) précise la raison de sa persévérance, c'est la clé reliant ce qui précède et ce qui suit.

Les quatre derniers vers introduisent l'image de la « 辽东小妇 » (jeune femme du Liaodong), utilisant sa médiation pour faire surgir le son de la flûte Qiang, et concluent finalement par « 三军泪如雨 » (de nos trois armées des larmes comme une pluie). Ce revirement est puissant parce qu'il touche la partie la plus vulnérable de l'humanité – ceux qui méprisent la mort sur le champ de bataille gardent au fond du cœur la nostalgie de leur pays. Le son de la flûte n'est qu'un déclencheur, ce qui les fait pleurer, c'est cette nostalgie longtemps refoulée, sans lieu où se poser.

Spécificités stylistiques

  • Alliance de force et de douceur, revirement puissant : Les six premiers vers décrivent extrêmement la bravoure, les quatre derniers tournent brusquement vers les larmes, créant par un fort contraste une image de personnage tridimensionnelle, et approfondissant aussi les niveaux émotionnels du poème.
  • Images vives, métaphores saisissantes : « 须如猬毛磔 » (Barbe et moustaches hérissées comme les piquants d'un hérisson) compare la barbe du guerrier aux piquants d'un hérisson, à la fois imagé et saisissant, c'est une création unique de Li Qi.
  • Voir grand par le petit, mener l'ensemble par un point : À travers une seule « 辽东小妇 » (jeune femme du Liaodong) et un air de flûte Qiang, évoquer la réaction collective de « 三军泪如雨 » (de nos trois armées des larmes comme une pluie), voir tout un léopard à travers une tache, la technique est habile.
  • Langage concis, émotion pleine : Le langage du poème entier est simple, sans fioritures, mais chaque mot est chargé de sentiment. Surtout les cinq mots de la fin, d'une force pesant mille livres.
  • Structure rigoureuse, progression par couches : De l'individu au groupe, de la bravoure à la tristesse, de l'extérieur à l'intérieur, progression par couches, formant un tout homogène.

Éclairages

Ce poème, à travers un air de flûte Qiang, révèle le point le plus vulnérable au plus profond des braves.

D'abord, il nous montre la complexité de la nature humaine. Ces guerriers qui sur le champ de bataille « méprisent ces sept pieds de corps » et devant qui « nul n'ose s'approcher » n'ont pas un cœur de pierre. Ils ont aussi un côté vulnérable, ils peuvent aussi verser des larmes à un air de leur pays. Cette complexité est justement la vérité de l'homme. Cela nous rappelle : ne pas simplifier l'être humain, même l'homme le plus fort a des moments de faiblesse, même le cœur le plus brave a des endroits tendres.

Ensuite, le vers « 未得报恩不能归 » (N'ayant pu rendre la faveur, impossible de rentrer) exprime le soutien spirituel particulier des militaires de cette époque. Ils ne sont pas des machines de guerre innées, mais vont sur le champ de bataille avec des responsabilités et une mission. Ce sens des responsabilités les fait à la fois persévérer et souffrir. Cela nous fait réfléchir : responsabilité et sentiment ne sont jamais deux extrémités opposées, mais constituent ensemble la totalité d'une personne.

Plus profondément, ce poème nous montre aussi le pouvoir d'évocation de l'art. Comment l'air de flûte Qiang d'une jeune femme du Liaodong peut-il faire pleurer à verse trois armées ? Parce que la musique frappe directement le cœur, éveille ces émotions refoulées. Dans la guerre, dans l'amère froideur, entre la vie et la mort, ce sont justement ces instants artistiques qui font se souvenir qu'on est encore un être humain, qu'une maison attend au loin.

À propos du poète

Li He

Li He (李贺 790 - 816), originaire de Yiyang dans le Henan, fut un poète romantique de la période médiane de la dynastie Tang. Descendant de la famille impériale Tang, il se vit interdire de passer l'examen impérial jinshi en raison d'un tabou onomastique (le nom de son père contenait un caractère homophone de "Jin"), ce qui le condamna à une vie de frustrations et de pauvreté. Il mourut à l'âge de vingt-sept ans. Sa poésie, réputée pour sa grandeur étrange, son élégance glaciale et son imagination fantastique, lui valut le titre de "Fantôme de la Poésie". Il fut le pionnier du distinctif "Style Changji" au sein de la poésie Tang, exerçant une influence profonde sur les poètes ultérieurs comme Li Shangyin et Wen Tingyun, et sur l'expansion de l'imaginaire poétique des époques suivantes.

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