Le soleil couchant s’enfonce à l’ouest dans les vallées ;
Je vais visiter un moine solitaire en sa hutte de chaume.
Feuilles mortes… où donc est l’homme ?
Nuages froids… combien de chemins superposés ?
Seul, il frappe la pierre sonore aux premières heures de la nuit ;
Nonchalant, il s’appuie sur un bâton de liane.
Dans cet univers fait d’une infime poussière,
Comment pourrais-je encore m’attacher à l’amour ou à la haine ?
Poème chinois
「北青萝」
李商隐
残阳西入崦,茅屋访孤僧。
落叶人何在,寒云路几层。
独敲初夜磬,闲倚一枝藤。
世界微尘里,吾宁爱与憎!
Explication du poème
Ce poème est représentatif de la poésie empreinte de chan (zen) de la dernière période de Li Shangyin. Composé vers 857 (11e année de l'ère Dazhong), le poète, alors retiré à Zhengzhou, avait déjà traversé les déboires de sa carrière et les désillusions de la vie. Durant cette période, l'adoption par Li Shangyin de la pensée bouddhique était passée d'un emprunt précoce d'images à une fusion profonde avec sa philosophie de vie. Le processus de visite au moine et d'illumination présenté dans ce poème est en réalité un pèlerinage spirituel intérieur accompli par le poète à travers la poésie.
« La Vigne sauvage du nord » (Běi Qīng Luó) pourrait désigner la montagne du Nord recouverte de glycines où le moine vit en retraite, image qui contient en elle-même la double signification du retrait du monde et de l'occultation. Le Li Shangyin de cette époque, après l'effondrement de ses idéaux politiques et les bouleversements familiaux (mort précoce de son épouse), cherchait dans la pensée bouddhique un apaisement pour son âme. La valeur de ce poème réside dans le fait qu'il ne se contente pas d'un simple discours raisonné ou d'une expression lyrique, mais présente, à travers une expérience concrète de « visite à un moine », la trajectoire complète de la transformation de la conscience, des troubles du monde de poussière à la clarté de l'esprit.
Premier distique : « 残阳西入崦,茅屋访孤僧。 »
Cányáng xī rù yān, máo wū fǎng gū sēng.
Soleil déclinant entrant à l'ouest dans la montagne,
Je visite en une hutte de chaume le moine solitaire.
L'ouverture, par un positionnement précis dans le temps et l'espace, établit l'orientation spirituelle de tout le poème. « Soleil déclinant entrant à l'ouest » n'est pas seulement une indication temporelle, mais évoque aussi métaphoriquement la phase de la vie où le jour décline, la lumière s'estompe. Le mot « visiter » (fǎng) est particulièrement crucial — il ne s'agit pas d'une rencontre fortuite, mais d'une quête consciente ; le mot « solitaire » (gū) suggère une résonance potentielle entre le poète et le moine dans cet état d'existence qu'est la « solitude ». L'image de la hutte de chaume, contrastant vivement avec le « pavillon peint » ou la « salle aux osmanthes » souvent présents dans d'autres poèmes de Li Shangyin, marque un changement d'espace dans l'exploration spirituelle du poète.
Second distique : « 落叶人何在,寒云路几层。 »
Luòyè rén hé zài, hán yún lù jǐ céng.
Feuilles tombantes, où donc est l'homme ?
Nuages froids, combien de couches sur le sentier ?
Ce distique construit, par une structure de question-réponse, un double égarement dans le processus de quête. « Feuilles tombantes, où donc est l'homme ? » interroge à la fois la trace du moine et l'incertitude quant à sa propre position existentielle. « Nuages froids, combien de couches sur le sentier ? », à travers l'obstruction visuelle (nuages froids) et la sinuosité spatiale (combien de couches), métaphorise le processus de recherche en une ascension spirituelle. Les images des feuilles tombantes et des nuages froids décrivent à la fois le paysage montagnard d'automne avancé et évoquent, de manière abstraite, le déclin de la vie et le brouillard de l'âme.
Troisième distique : « 独敲初夜磬,闲倚一枝藤。 »
Dú qiāo chūyè qìng, xián yǐ yī zhī téng.
Seul, il frappe le gong de pierre à l'heure première de la nuit ;
Oisif, il s'appuie sur un rameau de vigne.
Le poète « voit » enfin le moine solitaire, mais ce n'est pas un portrait ou un dialogue qui est présenté, mais deux silhouettes d'action, empreintes de chan. « Seul, il frappe le gong de pierre à l'heure première de la nuit » associe le son (gong) et le temps (heure première de la nuit), créant une solennité qui perce le silence. « Oisif, il s'appuie sur un rameau de vigne », par l'état d'« oisiveté » (xián) et la posture d'« appui » (yǐ), esquisse la sérénité du moine en union avec la nature. La force de ces deux images tient à ce qu'elles montrent comment le pratiquant, par des gestes extrêmement simples, crée du sens dans l'ordinaire.
Dernier distique : « 世界微尘里,吾宁爱与憎! »
Shìjiè wēichén lǐ, wú nìng ài yǔ zēng!
Dans l'univers, au sein d'un grain de poussière,
Moi, pourquoi donc m'attacher à l'amour et à la haine !
Le dernier distique s'élève soudain de la scène concrète à une perspective cosmique. L'image de l'« univers, grain de poussière » vient à la fois de la cosmologie bouddhique du Sūtra du Diamant (« trois mille grands chiliocosmes ») et intègre la prise de conscience profonde par le poète de l'insignifiance de la vie individuelle. Le plus subtil est le mot « donc » (nìng) dans « pourquoi donc m'attacher à l'amour et à la haine ! » — il ne s'agit pas d'une simple négation, mais d'un lâcher-prise actif, après comparaison et choix. Ce « donc » préserve la dignité de la volonté du sujet, faisant de la libération non une fuite passive, mais un choix lucide.
Lecture globale
C'est un poème d'illumination dont la structure est comme l'ascension d'une montagne, le monde imaginaire comme la contemplation d'un miroir. L'ensemble suit strictement un développement linéaire de « départ — recherche du chemin — rencontre du moine — illumination », mais dans cette structure apparemment simple, il accomplit une métamorphose spirituelle complexe.
Les trois premiers distiques construisent en réalité un système de perception progressivement purifié : le « soleil déclinant » du premier distique a encore de la couleur, les « feuilles tombantes » et « nuages froids » du second tendent déjà vers le gris-blanc, le « son du gong » et l'« ombre de la vigne » du troisième sont quasiment du son pur et des lignes. Cette épuration couche par couche de l'expérience sensorielle correspond au processus de transformation intérieure du poète, de l'agitation à la quiétude. Lorsque les sens filtrent les couleurs et formes superflues, l'esprit peut alors atteindre la cognition cosmique claire du dernier distique.
L'intelligence de Li Shangyin réside dans le fait qu'il ne fait dire aucune « parole de dharma » au moine, mais, en présentant l'état d'être du moine (frapper le gong, s'appuyer sur la vigne), il permet au lecteur (et au poète lui-même) de comprendre en observant. Ce mode de présentation de l'« enseignement sans paroles » est plus convaincant qu'un exposé philosophique direct. Et l'illumination soudaine du dernier distique ne semble pas abrupte précisément parce que les trois premiers distiques, par l'empilement couche après couche des images, ont préparé suffisamment d'énergie potentielle spirituelle pour cet élan.
Spécificités stylistiques
- Dégradé de gris des images : De la tonalité chaude du « soleil déclinant », aux tonalités froides des « feuilles tombantes » et « nuages froids », puis au son incolore du « gong » et aux lignes simples de la « vigne », les images du poème présentent un dégradé esthétique allant de la couleur au noir et blanc, du concret à l'abstrait, ce qui correspond parfaitement au chemin de pratique chan visant à « dépouiller la souillure pour rechercher la pureté ».
- Projection psychologique de l'espace : Le mouvement horizontal de « entrant à l'ouest dans la montagne », l'ascension verticale de « combien de couches sur le sentier », le zoom cosmique de « au sein d'un grain de poussière », ces trois dimensions spatiales construisent ensemble une image en trois dimensions de l'exploration spirituelle. Cette écriture de l'espace n'est pas seulement une description de scène, c'est une extériorisation de l'état psychologique.
- Structure d'accumulation pour l'illumination soudaine : Les trois premiers distiques accumulent l'énergie (recherche, égarement, rencontre), le dernier distique la libère (illumination). Cette structure donne à la présentation de la réflexion philosophique une logique interne narrative, évitant le vide d'un simple discours moralisateur. La conclusion « Moi, pourquoi donc m'attacher à l'amour et à la haine ! », en particulier, grâce à la préparation des trois premiers distiques, semble couler de source plutôt qu'être une sublimation forcée.
Éclairages
Cette œuvre révèle une loi fondamentale de la cognition spirituelle : la véritable compréhension nécessite souvent de traverser un changement d'espace et une purification des sens. Le poète doit quitter son environnement habituel (du monde de poussière à la montagne profonde), simplifier les objets de perception (des images fastueuses aux scènes simples et rustiques), pour pouvoir obtenir la perspective cosmique de l'« univers, grain de poussière ». L'enseignement pour l'homme contemporain est le suivant : dans une vie de surcharge informationnelle et de stimulation sensorielle excessive, créer consciemment un temps-espace de « simplification » peut n'être pas une fuite, mais la condition nécessaire pour acquérir de la profondeur cognitive.
L'image de « Seul, il frappe le gong de pierre à l'heure première de la nuit » est particulièrement riche de sens — à l'heure première de la nuit, où la multitude dort, un homme frappe le son clair du gong. Cela nous rappelle que la pensée la plus précieuse survient souvent à « l'heure première de la nuit » de la conscience collective, lorsque la majorité cesse de penser, entre dans une sorte de sommeil spirituel, et que les individus qui restent éveillés peuvent seuls faire résonner un son qui perce le silence. En ce sens, préserver l'état d'« heure première de la nuit » de l'esprit (c'est-à-dire ces moments de pensée indépendante non entraînés par le courant majoritaire) est plus important que la quantité de connaissances.
Finalement, ce poème nous amène à reconsidérer le sens de la « visite » : nous ne visitons pas seulement un certain moine, un certain paysage, mais c'est, par ce déplacement spatial conscient et ce changement d'état, que nous visitons ce moi plus profond, enfoui par le quotidien. La force de l'illumination de « Moi, pourquoi donc m'attacher à l'amour et à la haine ! » tient précisément au fait qu'elle n'est pas un principe tiré des livres, mais une connaissance de la vie qui a poussé naturellement dans la recherche, l'observation, l'expérience concrètes. Cela nous suggère que les vérités importantes doivent souvent être dans un environnement approprié pour passer du « savoir » à la « compréhension par l'expérience ».
À propos du poète

Li Shangyin (李商隐), oriundo de la ciudad de Jiaozuo, provincia de Henan, 813 - 858 d. C., fue un joven en circunstancias extremadamente difíciles. En literatura, Li Shangyin fue un gran poeta de la Dinastía Tang Tardía, cuyos poemas estaban a la altura de los de Du Mu. Sus poemas estaban escritos en forma de canciones y poemas, atacando los males de la época, recitando historia y enviando despedidas a los amigos.