Vieillie au vent, j’ ai honte de voir le printemps,
Je sens la mort d'amis dans la chute des fleurs.
Les branches me caressent en se penchant;
Elles me rappellent mes jours de bonheur.
Poème chinois
「赐宫人庆奴」
李煜
风情渐老见春羞,到处芳魂感旧游。
多谢长条似相识,强垂烟穗拂人头。
Explication du poème
Ce poème lyrique dépeint la mélancolie d'une dame de palais confrontée à la fuite du printemps et au déclin de sa beauté. Jadis favorite à la cour, elle se voit désormais délaissée avec l'évanouissement de sa jeunesse. Les tendres souvenirs d'autrefois ne font qu'aviver sa douleur lors de ses pèlerinages aux lieux jadis aimés. Écrit à la première personne, ce poème exprime non seulement la solitude des femmes du gynécée impérial, mais révèle aussi, en filigrane, la tragédie du destin féminin sous le système féodal. Bien que composé par Li Yu, son émotion authentique et son traitement délicat en font une complainte d'une rare puissance.
Première strophe : « 风情渐老见春羞,到处芳魂感旧游。 »
Fēngqíng jiàn lǎo jiàn chūn xiū, dàochù fāng hún gǎn jiù yóu.
Mon charme flétri rougit devant le printemps,
Mon âme parfumée erre parmi les souvenirs.
L'expression "charme flétri" pointe sans détour le vieillissement inéluctable. "Rougir devant le printemps" matérialise la honte face à la renaissance naturelle qui accentue son propre déclin. "Errer parmi les souvenirs" évoque autant les lieux physiques que les moments disparus, désormais réduits à des fantômes d'affection. Cette strophe condense le chagrin saisonnier et le désespoir existentiel.
Deuxième strophe : « 多谢长条似相识,强垂烟穗拂人头。 »
Duō xiè cháng tiáo shì xiāngshí, qiáng chuí yān suì fú rén tóu.
Merci, longs rameaux, de feindre reconnaissance,
Vous penchant pour effleurer ma chevelure.
Les branches de saule, personnifiées, deviennent miroir de l'héroïne. "Feindre reconnaissance" fait écho à la nostalgie des lieux, transformant une brise fortuite en geste délibéré. L'expression "vous penchant" trahit un pathétique espoir - comme si la nature elle-même conspirait à raviver des faveurs perdues. Ce jeu subtil entre réalité et illusion approfondit la dimension psychologique.
Analyse approfondie
Le poème adopte une voix féminine pour explorer les thèmes du temps irrémédiable et de l'amour évanoui. Les deux premiers vers opposent la vitalité printanière au déclin personnel, créant un contraste déchirant. Les suivants transforment un détail naturel (les saules) en allégorie émotionnelle. Cette progression du paysage extérieur à l'introspection produit une mélancolie raffinée, révélant autant le sort des femmes de cour que les méditations du poète sur la fugacité des choses.
Spécificités stylistiques
- Nature miroir de l'âme : Le printemps devient accusateur, les saules complices imaginaires.
- Personnification poignante : Les branches "feignent" et "se penchent", dramatisant le paysage.
- Économie expressive : "Se pencher" (强垂) condense à la fois un mouvement naturel et un effort désespéré.
- Architecture émotionnelle : De la honte à la quête de réconfort, l'intensité croît en spirale.
Éclairages
Ce poème expose le piège doré des gynécées impériaux où les femmes, une fois leur jeunesse passée, devenaient fantômes parmi les vivants. La complainte de l'héroïne transcende son statut pour symboliser la condition féminine prémoderne. Plus universellement, Li Yu, à travers ce masque lyrique, interroge la vanité des attachements humains face au temps destructeur. Cette œuvre trouve des échos jusqu'à notre époque où la jeunesse et l'amour restent des biens périssables.
Traducteur de poésie
Xu Yuanchong(许渊冲)
À propos du poète
Li Yu (李煜) (937 - 978 AD), empereur de la dynastie des Tang du Sud, était un artiste aux multiples talents, doué pour la calligraphie et la peinture, pour la poésie et les textes, et pour la musique. Ses poèmes, en particulier ceux de la fin de sa vie, exprimaient principalement ses sentiments uniques face à la vie, la tristesse de perdre son pays, le chagrin de ne pas pouvoir maîtriser sa propre vie, le vide et la désillusion de son destin, ainsi que la tristesse et le désespoir de sa vie.