Ta venue n’était qu’un vain propos, ton départ a coupé toute trace,
La lune penchée sur le pavillon, la cloche de la cinquième veille.
Dans mon rêve, l’adieu lointain, des sanglots qu’on ne peut apaiser ;
La lettre, écrite à la hâte, l’encre n’était pas assez noire.
La lueur de la cire caresse à demi le lit de jade aux martins-pêcheurs ;
Le musc, à peine, effleure les broderies de lotus.
Liu Chen en voulait déjà à l’éloignement des monts Peng —
Que dire quand dix mille couches d’eaux vous en séparent encore !
Poème chinois
「无题四首 · 其一」
李商隐
来是空言去绝踪,月斜楼上五更钟。
梦为远别啼难唤,书被催成墨未浓。
蜡照半笼金翡翠,麝熏微度绣芙蓉。
刘郎已恨蓬山远,更隔蓬山一万重!
Explication du poème
Ce poème est le premier des Sans titre, quatre poèmes de Li Shangyin. Ce cycle présente globalement la réflexion profonde du poète sur les vicissitudes de l'existence, les impasses affectives et la quête spirituelle, et celui-ci se concentre particulièrement sur la réalité psychologique instantanée du « réveil du rêve » — à travers une série d'images telles que « parole vide et disparition totale », « pleurs dans le rêve, appel en vain », « lettre à l'encre trop pâle », « lumière de cire et parfum de musc dans le silence fastueux », il dissèque couche par couche l'état intérieur déchiré entre l'espoir et le désespoir. Le soupir ultime du poème, « les monts Peng à dix mille couches », ne pointe pas seulement vers un obstacle affectif concret, mais métaphorise aussi la distance éternelle entre l'idéal de vie et la réalité, reflétant la profonde prise de conscience de Li Shangyin, forgée dans les aléas politiques et les déceptions amoureuses, de « l'impossibilité fondamentale d'atteindre ».
Premier distique : « 来是空言去绝踪,月斜楼上五更钟。 »
Lái shì kōng yán qù jué zōng, yuè xié lóu shàng wǔgēng zhōng.
Ta venue n'était que parole vide, ton départ une disparition sans trace ;
La lune oblique sur le pavillon, la cloche de la cinquième veille.
Le poème s'ouvre par une paire de jugements glacés, annonçant la faillite de toute attente. « Ta venue n'était que parole vide » est une négation totale du passé (la fausseté de la promesse), « ton départ une disparition sans trace » est la confirmation désespérée du présent (l'absence de l'être). Le temps est figé à « la cinquième veille » — le point critique entre la nuit et le jour, et aussi le moment de déchirure entre le rêve et l'éveil, l'illusion et la réalité. « La lune oblique » et « la cloche », l'une visuelle et mutilée, l'autre auditive et pressante, construisent ensemble la solitude de l'insomnie après le rêve et la douleur de la lucidité. Le contraste entre la parole et la trace pointe vers la fracture fondamentale entre le langage et l'existence.
Second distique : « 梦为远别啼难唤,书被催成墨未浓。 »
Mèng wéi yuǎn bié tí nán huàn, shū bèi cuī chéng mò wèi nóng.
En rêve, à cause du lointain adieu, des pleurs, mais nul rappel ;
La lettre, pressée d'être écrite, l'encre pas encore assez noire.
Ce distique plonge au cœur du rêve et dans la première réaction au réveil, révélant la vanité et la précipitation de la quête. « En rêve, à cause du lointain adieu » indique que même le rêve, ce dernier refuge, est dominé par le thème de la séparation ; la joyeuse rencontre n'est même pas possible en rêve. « Des pleurs, mais nul rappel » est l'inefficacité de l'action onirique. « La lettre, pressée d'être écrite, l'encre pas encore assez noire » est l'absurdité de l'action au réveil : la lettre est un remplissage compensatoire face à la « parole vide », une poursuite pressée de la « disparition sans trace », mais cette action elle-même est « inachevée » (l'encre pas assez noire), symbolisant que tout effort de communication est, dès le départ, incomplet, précipité, voué à ne pas atteindre son but. Rêve et lettre, l'un intérieur, l'autre extérieur, sont deux efforts vains.
Troisième distique : « 蜡照半笼金翡翠,麝熏微度绣芙蓉。 »
Là zhào bàn lóng jīn fěicuì, shè xūn wēi dù xiù fúróng.
La lueur de la cire enveloppe à demi le martin-pêcheur d'or ;
Le museu, à peine perceptible, effleure le lotus brodé.
Le pinceau se tourne soudain vers une description minutieuse du décor intérieur fastueux. C'est le trait le plus caractéristique de Li Shangyin dans le poème, cet « éclat riche », mais il sert la solitude la plus profonde. « La lueur de la cire enveloppe à demi », « Le museu, à peine perceptible » : lumières floues, parfums diffus, luxe extrême mais froidure extrême. « Le martin-pêcheur d'or », « le lotus brodé », ces magnifiques images symbolisant l'amour et les plaisirs (l'oiseau martin-pêcheur, la fleur de lotus évoquent souvent les relations amoureuses), deviennent ici le décor fastueux et l'ironie cruelle d'une grandiose « absence ». Ils rappellent que ce lieu devrait être le nid douillet d'un couple, mais il ne reste que le poète face à la chandelle consumée. Le « plein » de l'environnement et le « vide » des personnes forment un contraste saisissant.
Dernier distique : « 刘郎已恨蓬山远,更隔蓬山一万重! »
Liú láng yǐ hèn Péng shān yuǎn, gèng gé Péng shān yī wàn chóng!
Déjà, Liu Lang en voulait aux monts Peng, si lointains ;
Mais toi et moi, nous en sommes séparés par dix mille couches de plus !
Le dernier distique tombe comme une pierre dans l'abîme, utilisant l'accumulation de l'allusion et de l'hyperbole pour pousser l'obstacle à l'infini. « Liu Lang » fait allusion à Liu Chen et Ruan Zhao de la dynastie Han, qui rencontrèrent des immortelles au mont Tiantai ; son « en vouloir aux monts Peng, si lointains » est l'image classique de la séparation entre l'immortel et le mortel, signifiant déjà l'inaccessible. Mais le poète y ajoute : « Mais toi et moi, nous en sommes séparés par dix mille couches de plus ! » Ce n'est pas une simple métaphore, mais une multiplication géométrique sur la base d'un désespoir déjà classique. « Dix mille couches » est l'expression numérique limite, une superposition spatiale infinie, annulant radicalement toute possibilité d'« atteindre » ou de « visiter ». De la « parole vide et disparition sans trace », aux « pleurs dans le rêve, appel en vain », jusqu'aux « monts Peng à dix mille couches », l'obstacle est sans cesse reconfirmé et amplifié à l'infini, solidifiant finalement l'émotion du poème en une impasse éternelle et insoluble.
Lecture globale
C'est un « poème de la négation de la quête », dont la structure est un escalier du désespoir et l'émotion, la cire froide d'une chandelle nocturne. Le poème présente une progression claire : anéantissement (parole vide, disparition sans trace) – quête (rêve et lettre) – suspension (espace fastueux mais vide) – impasse (monts Peng à dix mille couches). Chaque distique tente une manière de répondre à l'« absence » (se souvenir de la promesse, rêver, écrire, observer l'environnement, utiliser une allusion), mais chaque manière, pendant ou après son exécution, prouve en retour l'absoluité de l'« absence » et la vanité de la « quête ». Finalement, tous les efforts pointent vers ces « monts Peng à dix mille couches » infiniment lointains du dernier distique, comme si toute action n'avait pour but que d'atteindre cette conclusion ultime de néant.
La profondeur et la cruauté de Li Shangyin résident dans le fait qu'il n'écrit pas seulement la nostalgie, mais aussi comment la nostalgie elle-même devient un processus logique de constante auto-négation. Le sujet lyrique du poème est comme un expérimentateur lucide, dans la nuit froide après le rêve, utilisant sans cesse ses propres actions (souvenir, rêve, lettre, observation, allusion) pour vérifier le fait de la « perte ». Et la tendresse ou la situation idéale passée suggérée par le « martin-pêcheur d'or » et le « lotus brodé » est comme l'équipement fastueux d'un laboratoire, ne faisant que rendre le résultat expérimental de la « perte » plus frappant. Ainsi, ce poème n'est pas seulement une effusion émotionnelle, mais aussi une analyse rationnelle et une présentation glacée de la condition existentielle qu'est la « perte ».
Spécificités stylistiques
- Découpe du temps et focalisation psychologique : Le poème se concentre sur le moment spécifique et fragile de « la cinquième veille », amplifiant à l'infini la première unité psychologique après le réveil (environ une veille), capturant les fluctuations les plus aiguës et les plus douloureuses de la conscience chutant de l'illusion à la réalité.
- Traitement à froid d'images fastueuses : Le troisième distique est d'une extrême beauté, mais sans la moindre chaleur. Le poète décrit ces objets luxueux avec un pinceau froid comme un sculpteur, leur ôtant toute chaleur, les transformant en ornements et preuves glacés de l'« absence » elle-même, une technique très élevée.
- Inefficacité de l'action et progression de l'émotion : « Pleurs, mais nul rappel » (dans le rêve) et « l'encre pas encore assez noire » (au réveil) sont deux actions inachevées, inefficaces. Elles ne sont pas une libération de l'émotion, mais la forme de son entrave, dépeignant avec précision l'état mêlant précipitation et impuissance.
- Superposition d'allusions et explosion spatiale : L'allusion du dernier distique n'est pas une simple analogie, mais une opération de désespoir en « incrément ». Sur le désespoir culturel préexistant (Liu Lang en veut à la distance des monts Peng), il applique un multiplicateur écrasant (dix mille couches), donnant à la douleur personnelle un poids transcendant l'histoire et une profondeur incommensurable.
Éclairages
Cette œuvre est une ancienne parabole sur « l'absence existentielle » et « l'impossibilité de la communication » au sens moderne. Elle nous révèle que la douleur la plus profonde de l'homme ne réside peut-être pas dans la « perte » elle-même, mais dans le fait qu'après cette perte, tous les efforts pour la compenser, la relier, la retracer (langage, rêve, écrit, mémoire) deviennent en retour de nouvelles preuves de l'absoluité de la « perte ». Ce paradoxe de la quête est le reflet de nombreux dilemmes existentiels modernes.
À une époque d'explosion de l'information mais d'isolement des cœurs, de communication pratique mais de pénurie de compréhension, les « monts Peng à dix mille couches » de ce poème acquièrent une nouvelle signification métaphorique. Il nous rappelle que le véritable obstacle réside peut-être non dans la distance physique, mais dans la dissipation du sens, le vide de la promesse (parole vide), le silence de la réponse (disparition sans trace) et la perte d'un contexte partagé. Lorsque toutes les « lettres » risquent d'être des expressions précipitées « à l'encre pas encore assez noire », et tous les « rêves » des lamentations solitaires où « nul rappel » n'est possible, ce à quoi nous faisons face, ce sont peut-être, en tous sens, des « monts Peng à dix mille couches ». Le poème de Li Shangyin n'est donc pas seulement un deuil pour un amour passé, mais aussi un témoignage éternel de la difficulté fondamentale pour l'homme de franchir les clivages et de toucher autrui.
À propos du poète:

Li Shangyin (李商隐), oriundo de la ciudad de Jiaozuo, provincia de Henan, 813 - 858 d. C., fue un joven en circunstancias extremadamente difíciles. En literatura, Li Shangyin fue un gran poeta de la Dinastía Tang Tardía, cuyos poemas estaban a la altura de los de Du Mu. Sus poemas estaban escritos en forma de canciones y poemas, atacando los males de la época, recitando historia y enviando despedidas a los amigos.