Deux poèmes sans titre I de Li Shangyin

wu ti er shou i
                Étoiles d’hier soir, vent d’hier soir,
À l’ouest du pavillon peint, à l’est de la salle aux osmanthes.
Mon corps n’a point les ailes du phénix diapré pour voler près de toi,
Mais nos cœurs, par la corne de rhinocéros magique, battent à l’unisson.

Derrière les sièges, on joue au crochet, le vin de printemps est tiède ;
En groupes séparés, on devine les coupes, les lampes de cire rougeoient.
Hélas, au son du tambour, je dois m’en aller, répondre à l’appel officiel,
Galopant vers la Terrasse des Orchidées, pareil à un chardon qui roule au vent.

Poème chinois

「无题二首 · 其一」
昨夜星辰昨夜风,画楼西畔桂堂东。
身无彩凤双飞翼,心有灵犀一点通。
隔座送钩春酒暖,分曹射覆蜡灯红。
嗟余听鼓应官去,走马兰台类转蓬。

李商隐

Explication du poème

Ce poème fut composé alors que Li Shangyin servait au Secrétariat Impérial (vers 839, 4e année de l'ère Kaicheng). C'est, parmi les Sans titre de Li Shangyin, celui qui présente la plus grande tension spatio-temporelle et est le plus dramatique. À cette époque, le poète débutait dans la carrière officielle, se trouvait au cœur politique et culturel des Tang, et participait souvent aux banquets nocturnes de l'aristocratie. Il fit ainsi l'expérience directe du contraste aigu entre la prospérité des sociabilités nocturnes de l'élite lettrée et la rigidité de l'administration officielle aux petites heures.

L'ivresse du « hier soir » et la précipitation du « entendre le tambour, répondre à l'appel officiel » dans le poème ne sont pas seulement le portrait d'un sentiment personnel, mais une tranche de vie réelle des fonctionnaires de rang moyen sous les Tang. À travers le souvenir d'un banquet précis, Li Shangyin saisit une scission alors courante dans la vie des lettrés-fonctionnaires : la nuit appartenait aux sentiments privés et aux sociabilités libres, l'aube exigeait le retour au fonctionnement mécanique du système bureaucratique. Cette expérience d'une double vie, diurne et nocturne, est le contexte clé pour comprendre l'intensité émotionnelle de ce poème.

Il est à noter que la naissance du vers immortel « corps sans ailes de phénix multicolore pour voler de pair, cœurs reliés par la corne magique, touchés au même point » n'est pas une simple déclaration d'amour, mais l'expression poétique, tirée par Li Shangyin d'une situation sociale spécifique, d'un idéal de communication humaine — comment réaliser, dans la réalité des corps limités, une connexion transcendante des esprits. Cela élève ce poème au-delà du poème d'amour ordinaire pour en faire un poème philosophique explorant des questions éternelles : liberté et contrainte, corps et esprit, intime et public.

Premier distique : « 昨夜星辰昨夜风,画楼西畔桂堂东。 »
Zuó yè xīngchén zuó yè fēng, huà lóu xī pàn guì táng dōng.
Les astres d'hier soir, le vent d'hier soir,
À l'ouest du pavillon peint, à l'est de la salle aux osmanthes.

Le poème s'ouvre par la répétition de « hier soir », créant une pulsation spatio-temporelle unique, suggérant qu'il ne s'agit pas d'un souvenir ordinaire, mais d'un instant psychique sans cesse remâché, sans cesse revisité. Les deux images naturelles les plus éthérées, « astres » et « vent », sont juxtaposées aux deux constructions humaines les plus raffinées, « pavillon peint » et « salle aux osmanthes », construisant un espace poétique à la fois ouvert et intime, éternel et fugace. La précision des mots de localisation « à l'ouest », « à l'est » renforce au contraire l'irreproductibilité du souvenir.

Second distique : « 身无彩凤双飞翼,心有灵犀一点通。 »
Shēn wú cǎi fèng shuāng fēi yì, xīn yǒu líng xī yī diǎn tōng.
Corps sans ailes de phénix multicolore pour voler de pair ;
Cœurs reliés par la corne magique, touchés au même point.

Ce distique atteint, par une opposition absolue, une unité absolue, devenant le paradigme classique de l'expression de l'affinité spirituelle humaine. « Corps sans » est la confirmation cruelle de la réalité physique, « cœurs reliés » est la proclamation miraculeuse du monde de l'esprit. Les « ailes de phénix multicolore pour voler de pair » symbolisent la forme parfaite de la compagnie au sens mondain (inséparables, volant côte à côte) ; la « corne magique touchée au même point » représente une connexion de dimension supérieure — une compréhension profonde, transcendant la forme, sans besoin de paroles. L'immortalité de ces deux vers tient précisément à ce qu'ils expriment l'idéal ultime de l'émotion humaine : dans la réalité de la nécessaire séparation, réaliser l'absolue communion des esprits.

Troisième distique : « 隔座送钩春酒暖,分曹射覆蜡灯红。 »
Gé zuò sòng gōu chūn jiǔ nuǎn, fēn cáo shè fù là dēng hóng.
Par-dessus les sièges, passer le crochet, le vin de printemps réchauffe ;
Par équipes, percer le cache, les bougies de cire rougissent.

Le poète restitue la scène du banquet avec une minutie de gros plan cinématographique. « Par-dessus les sièges » suggère la distance physique, mais « passer le crochet » est un jeu intime ; « par équipes » est une séparation des groupes, mais « percer le cache » est une conjecture de l'esprit. La finesse de ce distique réside dans la façon dont il montre l'art subtil d'établir une connexion intime dans un lieu public. Les descriptions sensorielles du « vin de printemps qui réchauffe » et des « bougies de cire qui rougissent » ne créent pas seulement une atmosphère, mais symbolisent surtout l'écoulement secret de l'émotion sous des formes contraintes.

Dernier distique : « 嗟余听鼓应官去,走马兰台类转蓬。 »
Jiē yú tīng gǔ yìng guān qù, zǒu mǎ lántái lèi zhuǎn péng.
Hélas, moi, entendant le tambour, répondre à l'appel officiel et partir,
Galopant vers la Terrasse de l'Orchidée, semblable à la flèche roulante.

Le dernier distique brise toute beauté par l'irruption soudaine du réel. « Entendre le tambour, répondre à l'appel officiel » est l'appel de l'institution sur l'individu ; « galoper vers la Terrasse de l'Orchidée » est la privation de liberté par l'identité. La comparaison « semblable à la flèche roulante » (plante péng emportée par le vent) est à la fois réaliste (la hâte du fonctionnaire se rendant à son bureau à l'aube) et symbolique (l'impuissance de l'individu à s'autodéterminer dans le système bureaucratique). La chute, du sommet spirituel de la « corne magique touchée au même point » au creux réaliste de « semblable à la flèche roulante », est précisément la source de la force émotionnelle de tout le poème.

Lecture globale

C'est un chef-d'œuvre poétique sur « l'éternisation de l'instant ». La contradiction centrale du poème est la suivante : comment transformer un banquet nocturne voué à s'effacer (« hier soir ») en un « maintenant » indélébile dans l'esprit ? La solution de Li Shangyin est d'établir une structure de multiples contrastes : l'éternité des astres contraste avec la fugacité du vent nocturne, l'absence des ailes de phénix contraste avec la possession de la corne magique, la chaleur intime du banquet contraste avec la froideur distante de l'appel matinal au tambour.

La dialectique du « corps sans » et des « cœurs reliés » révèle la profondeur de la vision de l'amour, voire de l'existence, de Li Shangyin : la véritable possession n'est pas nécessairement l'appropriation physique, mais la confirmation de l'esprit ; la véritable liberté n'est pas nécessairement l'absence d'entrave à l'action, mais la pénétration de l'esprit. Les jeux du banquet (passer le crochet, percer le cache) méritent d'être remémorés non seulement pour la joie en elle-même, mais surtout parce qu'en ces jeux soumis à des règles, deux personnes ont trouvé un échange de regards et une compréhension transcendants les règles.

Le poème présente structurellement une parfaite progression de « immersion — sublimation — détachement » : le premier distique s'immerge dans le temps-espace du souvenir, le second sublime en une déclaration spirituelle, le troisième retourne aux détails de la scène concrète, le quatrième achève la transition brutale du rêve à l'éveil. Cette structure ressemble à une expérience psychologique complète : nous extrayons toujours inconsciemment le sens des beaux moments (corne magique touchée au même point), et nous en confirmons la valeur lorsque le réel s'immisce (entendre le tambour, répondre à l'appel).

Spécificités stylistiques

  • Art de la superposition du temps et de l'espace : La répétition de « hier soir » n'est pas qu'une figure de rhétorique, c'est l'expression d'un temps psychologique — le premier « hier soir » est un repère temporel, le second est déjà le véhicule de l'émotion. Par cette répétition, le poète transforme le temps linéaire en temps affectif.
  • Navigation habile entre domaines public et privé : Le poème a à la fois l'espace public du « pavillon peint, salle aux osmanthes » et la connexion intime des « cœurs reliés par la corne magique » ; il a à la fois le jeu social de « passer le crochet par-dessus les sièges » et le sentiment individuel d'être « semblable à la flèche roulante ». Cette écriture qui cherche l'intime dans le public, crée de la liberté dans la règle illustre l'art narratif émotionnel supérieur de Li Shangyin.
  • Transformation symbolique de la description sensorielle : Le « vin de printemps qui réchauffe » n'est pas seulement une sensation gustative et thermique, c'est un ressenti psychologique ; les « bougies de cire qui rougissent » ne sont pas seulement une couleur visuelle, c'est la chaleur de l'émotion ; « entendre le tambour » n'est pas seulement un signal auditif, c'est le symbole de l'autorité institutionnelle. Li Shangyin excelle à sublimer l'expérience sensorielle en expérience existentielle.

Éclairages

L'enseignement le plus profond de ce poème est le suivant : la véritable profondeur spirituelle naît souvent dans un réceptacle limité par la forme. Dans la limite physique du « corps sans ailes de phénix multicolore », Li Shangyin forge au contraire la transcendance spirituelle des « cœurs reliés par la corne magique, touchés au même point ». Ce mécanisme de la « profondeur dans la contrainte » révèle l'essence de l'émotion humaine : l'obstacle n'est pas une barrière, mais le chemin nécessaire vers une compréhension profonde.

Les jeux de banquet « passer le crochet par-dessus les sièges », « percer le cache par équipes » sont particulièrement riches de sens : lorsque tous les participants agissent dans un cadre de règles claires, ces rencontres de regards et ces compréhensions tacites qui brisent les règles deviennent les souvenirs véritablement privés et profonds. Le problème de la vie contemporaine est peut-être que nous avons supprimé trop d'obstacles formels, dissipant du même coup la passion et la sagesse de créer un langage codé intime à travers les barrières. Li Shangyin nous suggère : l'art de l'émotion ne réside pas dans l'absence d'entrave, mais dans la création, au sein des limitations, de son propre système de codes.

Le tournant de « entendre le tambour, répondre à l'appel officiel » révèle une vérité plus fondamentale : toutes les expériences intimes profondes existent par essence dans les interstices du temps public. Ce n'est pas un dilemme propre aux fonctionnaires anciens, mais une structure universelle de la vie moderne — notre moi profond respire toujours dans les fissures du temps social. La grandeur de la poésie réside précisément dans le fait qu'elle ne nie pas cette rupture, mais la transforme elle-même en poétique : le « hier soir » acquiert une lumière plus intense à cause de l'urgence du « tambour matinal », comme la perle se forme par l'irritation du grain de sable.

Ce poème pointe finalement vers une éthique de la création de la mémoire : l'important n'est pas ce que nous vivons, mais comment nous transformons l'expérience en un événement intérieur portable, régénérable. Par la poésie, Li Shangyin sublime un banquet en un champ psychique éternel. Cette capacité de transformation est particulièrement précieuse à l'ère de la surcharge informationnelle — alors que les stimuli extérieurs affluent sans cesse, nous avons plus que jamais besoin de cultiver la capacité de solidifier un certain « hier soir » en astre spirituel.

En ce sens, la pratique poétique de Li Shangyin offre une manière d'être : utiliser l'éternité du langage pour résister à la fugacité de l'expérience ; équilibrer le « corps sans ailes de phénix » par le « cœur relié par la corne magique ». Ce n'est pas seulement une méthode d'écriture poétique, c'est un art de l'existence pour s'installer dans une époque fluide — dans un monde où tout s'efface, apprendre à forger certains instants en coordonnées éternelles de l'âme.

À propos du poète

li shang yin

Li Shangyin (李商隐), oriundo de la ciudad de Jiaozuo, provincia de Henan, 813 - 858 d. C., fue un joven en circunstancias extremadamente difíciles. En literatura, Li Shangyin fue un gran poeta de la Dinastía Tang Tardía, cuyos poemas estaban a la altura de los de Du Mu. Sus poemas estaban escritos en forma de canciones y poemas, atacando los males de la época, recitando historia y enviando despedidas a los amigos.

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