Sur le tableau du col de Yang I de Li Gonglin

ti yang guan tu er shou i
    Chant qui brise le cœur, sans forme ni ombre.
Peint sans un son, il brise le cœur encore.
On imagine, plus à l’ouest encore du col de Yang,
Vent du nord, herbe basse, on voit bœufs et moutons.

Poème chinois

「题阳关图二首 · 其一」
断肠声里无形影,画出无声亦断肠。
想得阳关更西路,北风低草见牛羊。

黄庭坚

Explication du poème

Ce poème est une inscription calligraphiée par le poète Huáng Tíngjiān de la dynastie des Song du Nord sur le tableau 《阳关图》 peint par Lǐ Gōnglín (courtesy name Bóshí). Lǐ Gōnglín était un célèbre peintre des Song du Nord, renommé pour ses peintures de personnages et de chevaux sellés, et particulièrement habile dans le dessin au trait pur. S'inspirant des vers de Wáng Wéi dans « Chant d’adieu à l’Ouest » – « 劝君更尽一杯酒,西出阳关无故人 » – il peignit le tableau « Le Pas de Yangguan », dépeignant une scène d'adieu pour transmettre la tristesse de la séparation.

Huáng Tíngjiān et Lǐ Gōnglín évoluaient tous deux dans les milieux littéraires et artistiques des Song du Nord ; ils entretenaient des relations, échangeaient des poèmes et collaboraient souvent. La carrière officielle de Huáng Tíngjiān fut tout au long de sa vie semée d'embûches, marquée par de multiples exils, ce qui rendit sa compréhension de la séparation particulièrement profonde. Face à cette peinture sur le thème du « Pas de Yangguan », la scène muette d'adieu représentée entra en forte résonance avec le sentiment d'errance et la douleur de la séparation accumulés dans son cœur. Il savait profondément que la vraie douleur de la séparation ne réside pas dans le moment des larmes et des sanglots, mais dans l'immensité déserte et la solitude sans fin qui suivent le départ. Ainsi, dans ce poème inscrit sur la peinture, il ne se contenta pas de louer le charme artistique de l'œuvre de Lǐ Gōnglín, mais, avec l'imagination propre au poète, projeta l'image dans un espace-temps plus lointain – « J'imagine la route plus à l'ouest du Pas de Yang, / Vent du nord, herbe basse, on voit bœufs et moutons » – donnant à la tristesse de l'adieu, dans le vaste paysage frontalier, un écho éternel.

Ce premier poème se concentre sur le thème de la « force d'expression artistique » – comment la musique (sonore mais sans forme) et la peinture (formelle mais silencieuse), bien que de formes différentes, peuvent toutes deux transmettre un sentiment profond au point de « briser les entrailles ». Le poète, par l'écho de deux « 断肠 » (briser les entrailles), révèle comment des formes d'art différentes parviennent au même but lorsqu'il s'agit d'exprimer des émotions humaines universelles. Les deux derniers vers, sur cette base, élargissent le champ imaginaire : guidé par « 想得 » (J'imagine), l'esprit va du Pas de Yangguan peint vers les contrées plus lointaines de l'Ouest, utilisant l'image vaste de « 北风低草见牛羊 » (Vent du nord, herbe basse, on voit bœufs et moutons) pour évoquer le monde étrange et immense auquel le voyageur devra faire face, donnant ainsi à la tristesse de l'adieu, à travers l'expansion du temps et de l'espace, une résonance éternelle.

Premier distique : « 断肠声里无形影,画出无声亦断肠。»
Duàn cháng shēng lǐ wú xíng yǐng, huà chū wú shēng yì duàn cháng.
Dans le son qui brise les entrailles, point de forme ni d'ombre ;
Mais le peindre, bien que silencieux, brise aussi les entrailles.

Le début utilise une mise en contraste pour discuter des similitudes et des différences entre les deux formes d'art que sont la musique et la peinture. « 断肠声里无形影 » (Dans le son qui brise les entrailles, point de forme ni d'ombre) – la musique est l'art du temps, elle transmet l'émotion par le son, mais n'a pas d'image concrète tangible. Ce Adieu au Pas de Yangguan qui brise les entrailles, seul le son flotte dans l'air, éphémère, sans forme ni ombre. Cependant, « 画出无声亦断肠 » (Mais le peindre, bien que silencieux, brise aussi les entrailles) – Lǐ Gōnglín saisit cet instant d'adieu avec son pinceau, le figeant en une image éternelle. La peinture est l'art de l'espace, elle est silencieuse, mais peut frapper directement le cœur par l'image visuelle. Le poète, en opposant « 无形影 » (sans forme ni ombre) et « 无声 » (silencieux) et en faisant écho deux fois à « 断肠 » (briser les entrailles), révèle profondément comment des formes d'art différentes parviennent au même but lorsqu'il s'agit d'exprimer des émotions humaines universelles. Qu'elle soit sonore comme la musique, ou silencieuse comme la peinture, chacune peut atteindre l'endroit le plus vulnérable du cœur humain et le briser.

Second distique : « 想得阳关更西路,北风低草见牛羊。»
Xiǎng dé yáng guān gèng xī lù, běi fēng dī cǎo jiàn niú yáng.
J'imagine la route plus à l'ouest du Pas de Yang,
Vent du nord, herbe basse, on voit bœufs et moutons.

Ce distique, partant de la peinture sous les yeux, imagine un au-delà de l'image, portant la poésie vers l'immensité déserte et lointaine. Les deux mots « 想得 » (J'imagine) ouvrent les ailes de l'imagination, permettant au poète de s'envoler de la scène d'adieu peinte vers les contrées plus lointaines de l'Ouest. À l'ouest du Pas de Yangguan, c'est une frontière plus désolée, un monde plus étranger. Le poète s'inspire de l'atmosphère de la chanson populaire des Dynasties du Nord 《敕勒歌》 (Chìlè Gē), « Ciel bleu-bleu, steppe immense, / Sous le vent l'herbe ploie, on voit bœufs et moutons », et avec les sept mots « 北风低草见牛羊 » (Vent du nord, herbe basse, on voit bœufs et moutons), esquisse un paysage frontalier vaste et désolé. Cette image possède à la fois la tristesse grandiose de la 《Chant de Chile》 et la sérénité lointaine propre à Huáng Tíngjiān. L'herbe sous le vent du nord, les bœufs et moutons vaguement visibles, sont à la fois un paysage réel et un symbole – symbolisant le monde étrange et immense auquel le voyageur devra faire face, symbolisant la solitude et l'immensité désertes sans fin qui suivent l'adieu.

Lecture globale

Il s'agit là d'un poème inscrit sur une peinture d'une grande finesse. L'ensemble du poème, en quatre vers et vingt-huit caractères, les deux premiers discutant de la peinture, les deux derniers s'en échappant, fusionne parfaitement l'art pictural et l'imagination poétique, montrant la profonde culture de Huáng Tíngjiān en tant que poète et connaisseur d'art.

Structurellement, le poème présente une trajectoire d'expansion de l'intérieur vers l'extérieur, du proche vers le lointain. Les deux premiers vers s'ancrent dans la peinture elle-même, discutant de son pouvoir émotionnel – bien que silencieuse, elle suffit à briser les entrailles. Les deux derniers vers s'échappent de l'image, guidés par « 想得 » (J'imagine), élargissant la perspective du « 阳关 » (Pas de Yangguan) vers la « 更西路 » (route plus à l'ouest), de la scène concrète d'adieu vers l'immensité du ciel et de la terre frontaliers. Entre les quatre vers, on passe de l'intérieur à l'extérieur de la peinture, du réel au virtuel, s'étendant couche après couche, le champ imaginaire devenant de plus en plus profond.

Du point de vue de l'intention, le cœur de ce poème réside dans une perception profonde de la nature même de l'« adieu ». La douleur de la séparation ne réside pas seulement dans le moment où l'on dit « Bois, ami, encore cette coupe de vin », mais plus encore dans la solitude et l'inconnu infinis après s'être mis en route. Le poète, avec l'image vaste de « 北风低草见牛羊 » (Vent du nord, herbe basse, on voit bœufs et moutons), évoque le monde auquel le voyageur devra faire face – vaste, étranger, désolé, sans personne pour le comprendre, sans compagnon. Cette imagination de la « route plus à l'ouest » après l'adieu est plus profonde, et plus désolée, que n'importe quelle évocation du moment même de la séparation.

Du point de vue de la technique artistique, le plus subtil de ce poème réside dans l'utilisation de la « synesthésie » et de l'« emprunt-transformé ». Le premier distique abolit les frontières entre musique et peinture, utilisant l'expérience émotionnelle de « 断肠 » (briser les entrailles) comme lien, unissant deux formes d'art différentes, révélant la nature commune du pouvoir émotionnel de l'art. Le dernier distique emprunte l'imagerie du 《Chant de Chile》, mais sans laisser de trace, fondant la vaste tristesse de la chanson populaire des Dynasties du Nord avec l'amertume de la poésie frontalière des Tang, créant un champ imaginaire à la fois familier et nouveau. Cette maîtrise de l'emprunt et de la fusion est précisément le talent caractéristique de Huáng Tíngjiān en tant que chef de file de l'École poétique du Jiangxi.

Spécificités stylistiques

  • Combinaison poésie-peinture, se valorisant mutuellement : Discuter de la peinture par la poésie, faire naître la poésie de la peinture, les deux formes d'art s'éclairant et se complétant l'une l'autre. Il y a de la peinture dans la poésie, de la poésie dans la peinture.
  • Contraste ingénieux, pensée profonde et durable : Opposer « 有形 » (avoir une forme) et « 无形 » (sans forme), « 有声 » (avoir un son) et « 无声 » (silencieux), pour discuter de la nature de l'art, avec une pensée profonde, donnant longuement à réfléchir. Dans le contraste se voit la réflexion philosophique, dans l'opposition se révèle la sagesse.
  • Imagination audacieuse, atmosphère vaste et déserte : De « 阳关 » (Pas de Yangguan) imaginer la « 更西路 » (route plus à l'ouest), de la scène peinte faire éclore un au-delà de l'image, avec le paysage immense de « 北风低草见牛羊 » (Vent du nord, herbe basse, on voit bœufs et moutons), élargissant les dimensions spatio-temporelles de la poésie. Dans l'imagination se voit la maîtrise, dans l'immensité déserte se voit le sentiment profond.
  • Emprunt sans traces, naturel et harmonieux : Emprunter l'imagerie classique du 《Chant de Chile》 sans laisser de trace, fusionnant parfaitement avec l'atmosphère de tout le poème. Transformer l'allusion sans en être l'esclave, utiliser l'ancien pour créer du nouveau.
  • Langage concis, signification riche : L'ensemble du poème, quatre vers et vingt-huit caractères, fond pourtant en un tout la réflexion philosophique sur l'art, le sentiment profond de l'adieu, et l'immensité déserte de la frontière. Les mots sont brefs mais complets, la résonance est longue.

Éclairages

Ce poème, à travers un tableau 《阳关图》 (Le Pas de Yangguan), exprime l'association profonde entre l'art et la vie, offrant des enseignements riches aux générations futures. Il nous fait réfléchir aux connexions et aux complémentarités entre différentes formes d'art. La musique est sonore mais sans forme, la peinture est formelle mais silencieuse, pourtant toutes deux peuvent transmettre le sentiment de « 断肠 » (briser les entrailles). Le poète, en les reliant par deux « 断肠 », révèle une vérité profonde : le véritable grand art, quelle que soit la forme sous laquelle il se présente, peut atteindre la profondeur de l'émotion humaine. Il nous éclaire : lorsqu'on apprécie l'art, il ne faut pas se limiter aux différences de forme, mais ressentir avec le cœur la force émotionnelle commune qu'il contient. Que ce soit la musique, la peinture, la poésie ou la danse, lorsqu'elles touchent aux expériences de vie communes à l'humanité, elles peuvent toutes devenir des œuvres qui « brisent les entrailles ».

**De plus, l'imagination dans le poème de *« 想得阳关更西路 » (J'imagine la route plus à l'ouest du Pas de Yang)* nous montre l'espace de recréation dans l'appréciation de l'art.** Le tableau de Lǐ Gōnglín fige l'instant de l'adieu ; mais le poème de Huáng Tíngjiān étend cet instant en un lointain infini. Il ne reste pas à l'intérieur de l'image, mais traverse l'image par l'imagination, pour atteindre un au-delà de la peinture. Il nous dit : le véritable connaisseur accompli n'est pas un récepteur passif de l'œuvre, mais un participant actif à la création ; il ne s'arrête pas à ce qu'il voit, mais part de là pour atteindre un monde plus lointain.

Plus profondément, ce poème nous fait aussi réfléchir à la signification complexe de l'« adieu » en lui-même. À l'ouest du Pas de Yangguan, c'est un ciel et une terre plus désolés ; le vent du nord, l'herbe basse, c'est un paysage plus vaste et désert. La sérénité de « 见牛羊 » (voir bœufs et moutons) forme un contraste singulier avec l'amertume de l'adieu – le monde continue de tourner, la steppe reste immense, bœufs et moutons restent paisibles, et le voyageur doit affronter tout cela seul. Cette manière de voir la sérénité dans l'immensité, la vitalité dans la désolation, nous éclaire : la plus profonde tristesse de la vie n'est souvent pas le moment des sanglots, mais le silence et le vide lorsque, après l'adieu, on doit faire face seul à un monde qui continue de tourner. Et le véritable courage, c'est précisément de pouvoir avancer malgré ce silence et ce vide.

À propos du poète

Huang Ting-jian

Huang Tingjian (黄庭坚 1045 - 1105), originaire de Xiushui, dans la province du Jiangxi, fut un célèbre poète et calligraphe de la dynastie des Song du Nord. Il obtint le titre de jinshi (docteur) la quatrième année de l'ère Zhiping (1067 ap. J.-C.) et occupa diverses fonctions officielles, notamment professeur à l'Académie impériale et secrétaire des Archives impériales. Plus tard, impliqué dans les luttes politiques entre factions conservatrices et réformistes, il subit de nombreuses relégations. En tant que premier des "Quatre Lettrés de l'École de Su", il était souvent associé à Su Shi sous le nom de "Su-Huang" dans les cercles littéraires. Prenant Du Fu pour modèle poétique, il fonda l'"École poétique du Jiangxi" et proposa la théorie créatrice influente de "transformer les os et saisir l'embryon, changer le fer en or", insistant sur le fait que chaque mot en poésie doit avoir son origine. Son œuvre établit un nouveau paradigme pour la poétique des Song, exerçant une influence profonde et durable sur les générations suivantes.

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