Le champ céleste attend, le char impérial va descendre un jour.
Moi, je reste bloqué à Changsha, une année de plus s’achève.
Comment, depuis cette chambre éloignée, interroger sur les rites ?
Et au sud de la Zhou, où déposer pour qu’il soit achevé, ce livre ?
Poème chinois
「闻籍田有感」
柳宗元
天田不日降皇舆,留滞长沙岁又除。
宣室无由问釐事,周南何处托成书。
Explication du poème
Ce poème a été composé en hiver 810, la cinquième année de l'ère Yuanhe de l'empereur Xiànzong des Tang. À ce moment-là, Liǔ Zōngyuán avait déjà passé cinq années dans son lieu d'exil à Yǒngzhōu. Passant de vice-ministre des Rites au poste de Sima de Yǒngzhōu, il était tombé d'une jeune vedette de la cour à un fonctionnaire « attendant son châtiment ». Ce bouleversement de statut et de situation tourmentait son cœur à chaque instant. Cet hiver-là, la cour impériale publia un décret annonçant la tenue de la cérémonie de labour impérial (Jítián) au printemps de l'année suivante (811). Le Jítián était un rituel où l'empereur labourait personnellement, symbolisant « l'encouragement à l'agriculture et l'importance des fondements », une cérémonie d'État extrêmement solennelle. En tant qu'ancien vice-ministre des Rites, Liǔ Zōngyuán était extrêmement familier de ce type de rituels et protocoles – il aurait dû être le choix naturel pour participer aux préparatifs et rédiger les textes. Pourtant, à ce moment, il se trouvait à Yǒngzhōu, à plusieurs milliers de li, et ne pouvait apprendre la nouvelle que par les bulletins officiels ou les lettres d'amis.
On peut imaginer l'état d'esprit du poète à l'annonce de cette nouvelle. Il ne manquait pas seulement l'occasion de participer à la grande cérémonie, il était privé du droit de servir l'État. Ainsi, il écrivit ce petit poème, se comparant à Jiǎ Yì et Simǎ Tán, pour exprimer son ressentiment et son impuissance. Le poème entier ne compte que quatre vers, mais condense la pensée la plus profonde d'un lettré exilé pour sa patrie et la tristesse la plus amère de sa propre condition.
Premier vers : « 天田不日降皇舆,留滞长沙岁又除。 »
Tiāntián bù rì jiàng huáng yú, liú zhì Chángshā suì yòu chú.
Les champs célestes verront bientôt descendre le carrosse impérial, / Tandis que je reste bloqué ici, à Changsha, une année de plus s'achève.
Le premier hémistiche décrit l'événement solennel de la cour. Tiāntián (champs célestes) désigne les champs du labour impérial, huáng yú (carrosse impérial) le véhicule de l'empereur. Bù rì (bientôt) indique que la cérémonie est imminente, le temps presse. Ces sept simples mots décrivent pleinement l'effervescence et la solennité dans la capitale Cháng'ān – on peut imaginer les fonctionnaires de la cour occupés aux préparatifs, les lumières allumées dans les bureaux des Rites, les documents circulant sans cesse.
Et soudain, le second hémistiche fait volte-face, ramenant l'objectif à Yǒngzhōu. Liú zhì Chángshā (rester bloqué ici, à Changsha) utilise l'allusion historique de Jiǎ Yì – Jiǎ Yì fut exilé à Chángshā, ici cela désigne le poète lui-même, également bloqué dans le Sud sauvage. Le mot yòu (de plus) dans suì yòu chú (une année de plus s'achève) est le plus poignant : ce n'est pas la première année, ni la seconde, mais encore une année qui passe. Chaque année l'espoir, chaque année la déception. Cet hémistiche oppose fortement l'événement solennel du premier hémistiche à l'isolement personnel, l'un chaleureux, l'autre froid, l'un proche, l'autre lointain, le contraste est énorme, la tension palpable.
Deuxième vers : « 宣室无由问釐事,周南何处托成书。 »
Xuān shì wú yóu wèn lí shì, Zhōunán hé chù tuō chéng shū.
Dans la salle Xuān, nul moyen d'interroger sur les affaires sacrificielles ; / Au sud de Zhou, où confier l'ouvrage achevé ?
Ce vers utilise deux allusions historiques successives, poussant la tristesse et la colère du poète vers des profondeurs. La première partie utilise l'histoire de Jiǎ Yì dans la salle Xuān. Après son exil à Chángshā, Jiǎ Yì fut rappelé par l'empereur Wén des Han, qui l'interrogea sur les affaires des esprits et des dieux dans la salle Xuān. Liǔ Zōngyuán utilise cette allusion à contresens : bien qu'exilé, Jiǎ Yì eut finalement un jour l'occasion d'être rappelé pour être consulté sur les affaires de l'État ; et lui ? Wú yóu wèn – pas même cette possibilité. Ces lí shì (affaires sacrificielles) concernent justement la cérémonie de labour impérial. Le poète se compare à Jiǎ Yì, mais cela révèle un désespoir plus profond : Jiǎ Yì eut au moins un moment où l'on se souvint de lui, tandis que lui semble avoir été complètement oublié par la cour.
La seconde partie utilise l'histoire du regret de Simǎ Tán. Simǎ Tán, père de Simǎ Qiān, fut Grand Astrologue et souhaita écrire une œuvre historique. Lorsque l'empereur Wǔ des Han effectua le sacrifice Fēngchán au mont Taishan, Simǎ Tán, malade, resta bloqué au sud de Zhou (actuelle Luòyáng) et ne put participer à cette grande cérémonie, « mourant de ressentiment ». Sur son lit de mort, tenant la main de Simǎ Qiān, il lui confia la tâche d'achever son œuvre inachevée. Liǔ Zōngyuán se compare ainsi à lui : comme Simǎ Tán, il est « retenu bloqué » dans le Sud sauvage, incapable de participer aux grandes cérémonies de l'État ; les textes de rituels qu'il a rédigés (chéng shū, ouvrage achevé) n'ont personne à qui les confier, nulle part où les envoyer. Les trois mots hé chù tuō (où confier) expriment la plus profonde tristesse d'un lettré – non seulement il ne peut personnellement y prendre part, mais même les textes écrits avec peine ne trouvent pas de voie de transmission.
Lecture globale
Ce petit poème de seulement vingt-huit caractères condense une émotion extrêmement profonde et des allusions historiques extrêmement précises dans une écriture très sobre. Le premier vers oppose l'actualité et la condition personnelle, l'un chaleureux, l'autre froid, avec une grande tension ; le second vers utilise successivement deux allusions historiques, plaçant le malheur individuel dans le long cours de l'histoire, donnant à la tristesse et la colère une épaisseur plus profonde.
L'utilisation des deux allusions est particulièrement habile. L'allusion à Jiǎ Yì met l'accent sur l'opportunité d'« être rappelé et consulté » ; l'allusion à Simǎ Tán met l'accent sur la qualification pour « participer à une grande cérémonie » et la transmission de « confier un texte ». Le premier est le désir d'être réemployé de son vivant, le second l'espoir de laisser une œuvre après sa mort. À travers ces deux allusions, Liǔ Zōngyuán révèle pleinement la double souffrance dont il est privé – il ne peut participer au présent, et ne peut non plus confier l'avenir.
Le ton général du poème semble paisible, mais en réalité chaque mot est douloureux. Le poète ne crie pas, ne pleure pas, il expose simplement les faits avec calme, utilise des allusions. Pourtant, c'est précisément cette retenue qui rend la tristesse et la colère plus contenues, et aussi plus puissantes. Ce mot yòu (de plus) dans suì yòu chú, ce wú (pas) dans wú yóu wèn, ce hé (où) dans hé chù tuō, chacun est comme un coup de marteau frappant le cœur du lecteur.
Spécificités stylistiques
- Allusions habiles, fusion parfaite : Les deux allusions à Jiǎ Yì et Simǎ Tán correspondent à la fois au statut d'exilé du poète et au thème de la cérémonie de labour impérial, l'allusion, la personne et l'événement sont en parfaite adéquation, sans impression de contrainte.
- Contraste marqué, tension intense : L'événement imminent du premier hémistiche et l'exil dans le Sud sauvage du second forment un fort contraste, l'un chaleureux, l'autre froid, l'un proche, l'autre lointain, donnant soudain une grande profondeur au poème.
- Langage concis, sens riche : En vingt-huit caractères, il y a des émotions sur l'actualité, des lamentations sur soi-même, des échos historiques, des inquiétudes pour l'avenir, les mots sont brefs mais le sens riche, donnant à réfléchir.
- Émotion contenue, solennelle et heurtée : Le poète n'exprime pas directement ses sentiments, mais les transmet à travers allusions et images, en apparence calme, mais intérieurement agité, reflétant le style typique de la poésie de Liǔ Zōngyuán.
Éclairages
Ce poème nous invite d'abord à réfléchir à la relation entre l'individu et son époque. La cérémonie de labour impérial est un grand événement national, le grand récit de l'époque ; et le liú zhì Chángshā (rester bloqué à Chángshā) de Liǔ Zōngyuán est la tragédie d'un destin individuel. Quand la roue de l'époque avance inexorablement, ceux qui en sont éjectés ne peuvent que regarder de loin, au bord de la route. Ce sentiment de décalage entre l'individu et son époque est ce que toute personne vivant une époque de changement peut ressentir. Le poème de Liǔ Zōngyuán nous rappelle : les projecteurs de l'histoire n'éclairent qu'une minorité, la majorité ne peut que guetter en silence dans l'ombre.
Le mot yòu (de plus) dans suì yòu chú (une année de plus s'achève) nous fait aussi ressentir le poids du temps dans l'attente. Pour celui qui attend, le temps ne s'écoule pas uniformément, mais s'accumule année après année en anxiété et déception. Liǔ Zōngyuán passa dix ans à Yǒngzhōu, l'émotion de suì yòu chú, il dut la répéter d'innombrables fois. Ce sentiment d'être usé par le temps mais incapable de lui échapper est l'expérience commune de tous les exilés, bannis, tous ceux que le destin « retient bloqués ». Cela nous enseigne : la vraie souffrance n'est souvent pas un coup soudain, mais l'usure et l'attente jour après jour.
Enfin, ce sentiment d'isolement absolu de wú chù tuō (nulle part où confier) est particulièrement émouvant. Ce que Liǔ Zōngyuán veut confier, ce ne sont pas seulement des textes, mais ses idéaux, ses talents, sa loyauté, et le sens de toute une vie. Pourtant hé chù tuō – personne à qui confier, nulle part où déposer. Ce déracinement spirituel est la plus lourde souffrance de l'exilé. Cela nous enseigne : l'homme a besoin non seulement d'un espace pour vivre, mais aussi d'un ancrage spirituel ; pas seulement d'un apaisement présent, mais aussi d'un écho futur. Quand tout cela est ôté, écrire de la poésie est peut-être le dernier lieu pour tuō shū (confier un texte).
À propos du poète

Liu Zongyuan (柳宗元 773 - 819), originaire de Hedong (aujourd'hui Yuncheng, dans la province du Shanxi), il fut un éminent promoteur du Mouvement pour la prose ancienne sous la dynastie des Tang. Il obtint le titre de jinshi (docteur) la neuvième année de l'ère Zhenyuan. Sa prose se distingue par un style vigoureux et épuré, tandis que sa poésie est marquée par une sobriété et une mélancolie singulière. Avec Han Yu, il forme le duo célèbre "Han-Liu" et figure parmi les "Huit grands maîtres des dynasties Tang et Song". La postérité loue en lui l'adage : "Son écriture reflète sa personnalité : sobre, raffinée et profonde."