Le Départ pour le Sud de Meng Haoran

song du shi si zhi jiang nan
    Le Jing et le Wu se touchent, leur patrie est l’eau.
Tu pars sur le fleuve printanier, si vaste, si flou.
Le soir, où ta voile cherchera-t-elle son port ?
À l’horizon, le cœur se déchire d’un seul regard.

Poème chinois

「送杜十四之江南」
荆吴相接水为乡,君去春江正渺茫​。
日暮征帆何处泊?天涯一望断人肠。

孟浩然

Explication du poème

Ce poème fut composé par Meng Haoran durant sa période d'errance dans la région de Jingchu. Sous la dynastie Tang, les transports fluviaux prédominaient, et les fréquents va-et-vents des bateaux entre Jing (actuel Hubei) et Wu (actuels Jiangsu et Zhejiang) le long du Yangtsé donnèrent naissance à une culture unique des "régions d'eau" et à une vie de "déplacements en bateau". Le voyage de Du Huang en est un parfait reflet. Dans le titre, "Du quatorzième" (Du shisi) désigne l'ami par son rang dans la fratrie, montrant à la fois une certaine familiarité et les usages courants des échanges entre lettrés de l'époque. Meng Haoran, ayant alors connu l'échec aux examens impériaux, errait parmi les paysages et multipliait les rencontres. Cette expérience aiguisa sa perception des séparations – conscient de l'errance comme état ordinaire de la vie, il en chérissait d'autant plus chaque adieu concret. Accompagnant son ami sur la rive printanière, ce qui lui apparaissait "immense et vague" n'était pas seulement l'eau aux brumes ondoyantes, mais aussi l'inconnu du chemin de l'ami et du terme de leurs retrouvailles. Ce sentiment dépasse le simple chagrin de l'adieu entre amis ; il est imprégné de la conscience profonde qu'un poète sensible a de la dispersion dans la vie et de l'errance du destin.

Dans la poésie de l'âge d'or des Tang, l'adieu est un thème majeur. Ce qui fait l'originalité de Meng Haoran est sa capacité à élever, par un langage des plus dépouillés, une scène concrète d'adieu à une représentation universelle de la condition humaine. Ce quatrain heptasyllabique est le fruit cristallisé, sur la rive du fleuve printanier, du paysage sous ses yeux, des sentiments en son cœur et de l'attachement envers son ami.

Premier distique : « 荆吴相接水为乡,君去春江正渺茫。 »
Jīng Wú xiāngjiē shuǐ wéi xiāng, jūn qù chūn jiāng zhèng miǎománg.
Le Jing et le Wu se joignent, terre d'eaux leur pays ; Tu pars, printanier est le fleuve, immense et vague.

Le poème s'ouvre par l'espace géographique, indiquant que les deux terres, bien que lointaines, sont liées par l'eau, suggérant le réconfort d'un "séparés mais connectés". Pourtant, l'image du "printanier est le fleuve, immense et vague" opère un revirement. L'immensité des eaux est à la fois la description réaliste d'un voyage lointain et la projection de l'espace vide, ineffable, de la tristesse de la séparation dans le cœur du poète.

Second distique : « 日暮征帆何处泊?天涯一望断人肠。 »
Rìmù zhēng fān héchù pō? Tiānyá yī wàng duàn rén cháng.
Au crépuscule, ta voile où trouvera son havre ? Regard perdu là-bas, le cœur se brise, amer.

Les deux derniers vers passent naturellement de la description à l'expression des sentiments. Le "crépuscule" amène l'inquiétude sur le "havre" de l'ami, question ordinaire qui trahit une profonde affection. "Regard perdu là-bas" projette le regard et l'esprit vers l'horizon, et "le cœur se brise, amer" resserre soudain l'émotion, s'arrêtant net, laissant un chagrin infini et persistant.

Lecture globale

Avec un langage d'une grande concision, ce poème accomplit un adieu complet, de la géographie à l'émotion, du regard qui suit à l'esprit qui accompagne. Les deux premiers vers évoquent l'"eau", à la fois le fleuve concret et, en filigrane, le sentiment de séparation, long et ininterrompu comme le flot. Les deux derniers vers évoquent le "regard", à la fois l'adieu à la voile solitaire et l'extension de l'esprit qui suit l'ami dans son lointain voyage.

Meng Haoran n'exprime pas une douleur violente, mais intègre l'émotion dans la description paisible des scènes naturelles et le souci simple. "Où trouvera son havre ?" est l'inquiétude la plus authentique de celui qui reste, "regard perdu là-bas" la limite que le regard et la pensée peuvent atteindre, et "le cœur se brise, amer" le point culminant, finalement incontrôlable, de toute la retenue. Le langage de tout le poème est sobre mais l'émotion intense, le paysage vaste mais l'esprit attentif. Entre l'immensité du fleuve printanier et la voile solitaire du voyageur, il construit un espace poétique vaste et profond, un modèle de poème d'adieu de l'âge d'or des Tang, maîtrisant la complexité par la simplicité, logeant un sentiment profond dans des mots légers.

Spécificités artistiques

  • L'émotion née du paysage, un univers vaste : Le poème s'ouvre sur la configuration géographique de "Jing et Wu se joignent" et l'image naturelle du "printanier est le fleuve, immense et vague", offrant à la tristesse de la séparation un arrière-plan spatial vaste et indistinct, permettant à l'émotion personnelle d'être portée par le souffle du Ciel et de la Terre.
  • Réel et imaginaire s'engendrent, l'interrogation porte le sentiment : Le vers "Au crépuscule, ta voile où trouvera son havre ?" est à la fois une question réelle et l'incarnation de l'inquiétude. La voile solitaire, le crépuscule, l'horizon, ces images, entremêlant réel et imaginaire, contribuent à créer l'atmosphère d'un voyage errant, incertain, sans but fixe.
  • Langage simple et pur, émotion profonde et sincère : Aucun mot difficile, aucune phrase alambiquée, le poème est d'une fraîcheur naturelle comme la parole, et pourtant, l'inquiétude, l'attachement et la mélancolie qu'il contient progressent par couches, jusqu'à atteindre leur comble avec "le cœur se brise, amer", montrant la maîtrise artistique d'un "langage sobre, saveur intense".

Éclairages

Ce poème d'adieu transcende le chagrin ordinaire de la séparation pour toucher à l'inquiétude et à la solitude universelles. Le départ d'un ami laisse non seulement le souvenir, mais aussi un souci infini pour sa sécurité en voyage et les aléas de sa vie. La question posée par le poète, "où trouvera son havre ?", est une interrogation éternelle – non seulement où le bateau accostera, mais aussi comment l'âme trouvera le repos sur le chemin de l'errance.

Sur le chemin de la vie, nous sommes à la fois "celui qui reste" et, finalement, le "voyageur". Ce poème nous rappelle de chérir l'affection profonde de ceux qui, au crépuscule, s'inquiètent pour nous de "où trouvera son havre ?", et nous apprend aussi, dans l'errance solitaire, à savoir retourner le regard vers cette attention venue de "l'horizon". La véritable amitié est un lien spirituel que la séparation géographique ne peut rompre, un regard chaleureux qui, même à travers l'immensité vague du fleuve, peut traverser l'espace et le temps.

À propos du poète

Meng Hao-ran

Meng Haoran (孟浩然), 689 - 740 après J.-C., originaire de Xiangyang, Hubei, était un célèbre poète de la dynastie Sheng Tang. Meng Haoran, poète exceptionnel sous le règne de l'empereur Kaiyuan, a composé un grand nombre de paysages et de poèmes idylliques afin d'enrichir le sujet de sa poésie.

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