Épars, retardé, une coupe de vin.
L’hôte présente la coupe : « Longue vie à l’invité ! »
Maître-père, à l’ouest, en voyage, coincé, ne revint.
Sa famille brisa le saule devant la porte.
J’ai entendu que Ma Zhou, jadis, à Xinfeng, étranger,
Le ciel vieilli, la terre antique, personne ne le reconnut.
En vain, il porta au papier deux lignes d’écrit,
Affronta directement le visage du dragon, quémandant faveur.
Moi, j’ai une âme égarée qu’on ne peut rappeler.
Mais le chant du coq, d’un coup, rend le monde entier blanc.
Un jeune homme doit avoir un cœur qui saisit les nuages.
Qui donc pense au froid obscur, assis, à gémir tout bas ?
Poème chinois
「致酒行」
李贺
零落栖迟一杯酒,主人奉觞客长寿。
主父西游困不归,家人折断门前柳。
吾闻马周昔作新丰客,天荒地老无人识。
空将笺上两行书,直犯龙颜请恩泽。
我有迷魂招不得,雄鸡一声天下白。
少年心事当拏云,谁念幽寒坐呜呃。
Explication du poème
En hiver de la deuxième année Yuánhé (807 ap. J.-C.), Lǐ Hè, alors âgé de dix-huit ans, quitte Chánggǔ pour la capitale orientale, Luòyáng, avec ses manuscrits poétiques. Le talent du jeune homme est déjà renommé dans sa région, et le but de ce voyage est unique : passer l'examen impérial de docteur (jìnshì) et entrer dans la fonction publique pour restaurer le prestige déclinant de sa famille. Cependant, peu après son arrivée à Cháng'ān, le destin lui porte un coup fatal. « Le père s'appelle Jìn Sù, le fils ne peut se présenter à l'examen de docteur » — cette courte ligne, telle une malédiction, le cloue hors des portes de l'examen. Quelqu'un le dénonce pour violation du « tabou familial » : son père s'appelle Lǐ Jìn Sù, le caractère « 晋 » (Jìn) étant homophone de « 进 » (jìn, « avancer », dans jìnshì), selon les rites, il doit observer le tabou et ne peut se présenter. Hán Yù écrivit spécialement pour lui 《讳辩》 (Débat sur le tabou), demandant : « Si le père s'appelle Rén ("humanité"), le fils ne doit-il plus être un homme ? » Mais l'opinion publique était trop forte, et finalement, rien n'y fit. Cet incident lui ferma sa seule voie de progression officielle. Les années suivantes, il vécut confiné à Cháng'ān, et obtint par protection familiale un modeste poste de « officier des rites » (Fènglǐláng) de neuvième rang inférieur, s'occupant des tablettes ancestrales, dirigeant les cérémonies sacrificielles, passant ses jours avec les esprits et les sacrifices. Pour un jeune poète aux ambitions aussi hautes que le ciel, cela équivalait à un exil spirituel.
Ce poème fut composé durant cette période. La scène se présente comme un échange entre hôte et invité autour du vin, où la voix de l'hôte introduit deux figures historiques célèbres : Zhǔfǔ Yǎn, qui dans ses voyages vers l'ouest connut la détresse sans pouvoir rentrer, sa famille cassant les branches de saule en espérant son retour ; et Mǎ Zhōu, qui vécut en étranger à Xīnfēng, son talent méconnu de tous, avant de finalement, grâce à un simple mémoire, rencontrer un souverain éclairé. Ces deux allusions sont à la fois la consolation de l'hôte envers l'invité, et l'auto-apaisement du poète envers lui-même. Et ce vers célèbre pour l'éternité, « 雄鸡一声天下白 », est le cri d'indomptabilité que le jeune Lǐ Hè laissa échapper sous le poids du destin — même si la route devant est sombre et froide, le cœur d'un jeune homme doit s'élever pour saisir les nuages.
Premier distique : « 零落栖迟一杯酒,主人奉觞客长寿。 »
Líng luò qī chí yī bēi jiǔ, zhǔ rén fèng shāng kè cháng shòu.
Déchu, errant, un verre de vin ;
L'hôte lève sa coupe : "Longue vie à l'invité !"
L'ouverture décrit directement l'épreuve. « 零落栖迟 » (déchu, errant) résume la situation du poète : déchu comme une feuille d'automne, errant comme un oiseau migrateur. Pourtant, l'hôte lève sa coupe pour inviter à boire, et le vœu « 奉觞客长寿 » (lève sa coupe : longue vie à l'invité) apporte une lueur de chaleur dans cette froide réalité. Ce distique commence par « 零落 » et se termine par « 长寿 », établissant entre l'épreuve et le vœu la tonalité émotionnelle du poème, passant de la tristesse à l'élan.
Deuxième distique : « 主父西游困不归,家人折断门前柳。 »
Zhǔ fù xī yóu kùn bù guī, jiā rén zhé duàn mén qián liǔ.
Maître-père voyagea vers l'ouest, dans la détresse ne revint ;
Les siens, à sa porte, brisèrent les rameaux de saule.
Ce vers utilise l'allusion de Zhǔfǔ Yǎn des Han occidentaux. Dans sa jeunesse, Zhǔfǔ Yǎn voyagea pour étudier, manquant de ressources, subissant souvent mépris, avant de présenter un mémoire à l'empereur Wǔ, obtenant le poste de Langzhōng, et fut promu quatre fois en un an. Le poète prend l'étape de « 困不归 » (dans la détresse ne revint), et « 家人折断门前柳 » (Les siens, à sa porte, brisèrent les rameaux de saule) décrit l'intensité de l'attente de sa famille — ces branches de saule toutes cassées sont à la fois un symbole de l'absence et un témoin de l'écoulement des années. Cette touche est à la fois un reflet de son propre exil, et prépare le revirement qui suivra.
Troisième distique : « 吾闻马周昔作新丰客,天荒地老无人识。 »
Wú wén Mǎ Zhōu xī zuò xīn fēng kè, tiān huāng dì lǎo wú rén shí.
J'entends que Maître Zhōu, jadis, fut hôte à Xinfeng ;
Ciel vieilli, terre épuisée, nul ne le reconnut.
Ce vers utilise l'histoire de Mǎ Zhōu, ministre célèbre du début des Táng. Dans sa jeunesse misérable, vivant en étranger à Xīnfēng, il fut négligé par l'aubergiste, avant de devenir le client du général Zhǎng Hé, écrivant pour lui un mémoire qui attira l'attention de l'empereur Tàizōng, qui le nomma censeur impérial, jusqu'au poste de chancelier. « 天荒地老无人识 » (Ciel vieilli, terre épuisée, nul ne le reconnut) exagère à l'extrême la durée de sa détresse, la profondeur de son enfouissement. Le poète, par la voix de l'hôte, introduit cette allusion, visant à se comparer lui-même : ceux qui finalement accomplissent de grandes choses ont aussi traversé de longues années de « méconnaissance ».
Quatrième distique : « 空将笺上两行书,直犯龙颜请恩泽。 »
Kōng jiāng jiān shàng liǎng háng shū, zhí fàn lóng yán qǐng ēn zé.
Vainement, sur papier, deux lignes de mots ;
Affrontant droit le visage du dragon, il implora faveur et grâce.
Faisant directement suite au précédent, il décrit le chemin du succès de Mǎ Zhōu. Les deux mots « 空将 » (vainement) semblent légers, mais contiennent en réalité une signification profonde : ce qui changea son destin ne fut pas son lignage, ni sa richesse, ni ses manœuvres, mais seulement « 笺上两行书 » (sur papier, deux lignes de mots). Et les quatre mots « 直犯龙颜 » (affrontant droit le visage du dragon) décrivent encore plus le courage et l'audace solitaires du lettré adressant directement l'empereur par l'écrit. Ce distique est à la fois l'éclairage de l'hôte envers l'invité, et l'attente du poète envers lui-même : même dans la détresse comme Zhǔfǔ, la misère comme Mǎ Zhōu, tant qu'on a des monts et rivières en son cœur, viendra un jour où l'on « affrontera droit le visage du dragon ».
Cinquième distique : « 我有迷魂招不得,雄鸡一声天下白。 »
Wǒ yǒu mí hún zhāo bù dé, xióng jī yī shēng tiān xià bái.
J'ai une âme égarée qu'on ne peut rappeler ;
Un cri de coq — sous le ciel, tout devient blanc.
Ce distique est un vers célèbre pour l'éternité, et aussi le point d'explosion émotionnelle de tout le poème. « 迷魂招不得 » (une âme égarée qu'on ne peut rappeler) fait suite aux épreuves précédentes — ces déceptions, ces hésitations, ces égarements, comme une âme dispersée, difficile à rappeler. Et « 雄鸡一声天下白 », avec une image étrange et absolue, décrit l'illumination et l'éveil soudains : ce cri de coq déchire la longue nuit, dissipe les doutes, fait revoir la lumière au monde entier. Ce vers est à la fois réaliste (la longue nuit va finir) et symbolique (le nœud du cœur se délie) ; c'est à la fois un phénomène naturel, et plus encore, une sublimation de l'état de vie.
Sixième distique : « 少年心事当拏云,谁念幽寒坐呜呃。 »
Shào nián xīn shì dāng ná yún, shuí niàn yōu hán zuò wū è.
Le cœur d'un jeune homme doit saisir les nuages ;
Qui pense à s'asseoir dans l'ombre et le froid, sanglotant à petits cris.
Le distique final conclut par une question rhétorique, exprimant directement les sentiments. Les sept mots « 少年心事当拏云 » (Le cœur d'un jeune homme doit saisir les nuages) sont la déclaration de Lǐ Hè envers lui-même, et aussi envers tous les jeunes hommes de talent méconnu sous le ciel : l'ambition doit être haute et lointaine, comme une volonté de saisir les nuages, s'élevant droit jusqu'au neuvième ciel. Et « 谁念幽寒坐呜呃 » (Qui pense à s'asseoir dans l'ombre et le froid, sanglotant à petits cris) est un rejet complet des épreuves précédentes — sangloter seul, personne n'a pitié ; plutôt que d'attendre en restant assis, mieux vaut déployer ses ailes et s'envoler haut. Ce distique libère toute l'émotion accumulée précédemment, accomplissant la transformation complète de la plainte à l'auto-encouragement.
Lecture globale
Ce poème est l'œuvre la plus encourageante de Lǐ Hè, et aussi l'une de ses rares pièces qui s'achève sur une note exaltante. Le poème entier prend comme fil conducteur l'échange entre hôte et invité autour du vin, et à travers les allusions de deux personnages historiques, accomplit couche après couche la transformation émotionnelle de l'épreuve à l'auto-encouragement.
Structurellement, le poème se divise en trois niveaux. Les deux premiers vers sont le premier niveau, débutant par « 零落栖迟 », décrivant l'épreuve réelle ; les six vers du milieu sont le deuxième niveau, utilisant les allusions de Zhǔfǔ Yǎn et Mǎ Zhōu pour parler du présent à travers l'antiquité, cherchant une consolation et une stimulation spirituelles ; les quatre derniers vers sont le troisième niveau, avec l'illumination de « 雄鸡一声天下白 » et la déclaration de « 少年心事当拏云 », accomplissant le revirement émotionnel complet. Entre les trois niveaux, on passe de la tristesse à l'élan, de l'épreuve à la libération, les niveaux sont distincts, la transition est naturelle.
Du point de vue de l'intention, le cœur de ce poème réside dans les deux mots « auto-encouragement ». Lǐ Hè ne s'arrête pas à dénoncer l'injustice du destin, mais cherche des modèles dans l'histoire, puise de la force en son for intérieur. Zhǔfǔ Yǎn « dans la détresse ne revint », Mǎ Zhōu « nul ne le reconnut », finalement attendirent tous deux l'opportunité d'« affronter droit le visage du dragon » ; et lui alors ? Ce « cri de coq » est à la fois l'éclairage de l'hôte envers l'invité, et le réveil du poète envers lui-même.
Du point de vue de la technique artistique, ce qu'il y a de plus touchant dans ce poème réside dans la pertinence des allusions et l'originalité des images. Zhǔfǔ Yǎn et Mǎ Zhōu sont tous deux des exemples typiques d'hommes d'origine humble, ayant traversé de grandes épreuves avant d'être finalement employés, correspondant parfaitement à la situation de Lǐ Hè. Et l'image de « 雄鸡一声天下白 » est une création étrange et typique de Lǐ Hè — ce chant du coq n'est pas un simple chant matinal ordinaire, mais le son d'une révélation divine qui déchire les ténèbres et réveille l'âme.
Spécificités stylistiques
- Structure progressive, émotion fluctueuse avec ordre : Débutant par l'épreuve, introduisant des exemples anciens pour se libérer, s'achevant finalement sur une note exaltante, l'émotion progresse couche après couche, le revirement est naturel et puissant.
- Utilisation vivante des allusions, parler du présent par l'antiquité : Les deux allusions de Zhǔfǔ Yǎn et Mǎ Zhōu sont à la fois un reflet de sa propre situation et une attente d'un renversement du destin, pertinentes sans être empilées, approfondies sans être obscures.
- Style dialogué, familier et naturel : Prenant comme scène l'échange entre hôte et invité autour du vin, utilisant la voix de l'hôte pour introduire les allusions et les consolations, donnant au poème une tension dramatique, évitant la superficialité d'un simple lyrisme.
- Images étranges, d'une ingéniosité unique : « 雄鸡一声天下白 » utilise un objet ordinaire pour décrire un état extraordinaire, ayant à la fois la force d'impact d'une image et le pouvoir de pénétration philosophique, c'est une création emblématique de la poésie de Lǐ Hè.
- Langage concis, émotion pleine : Le poème entier n'a pas un mot superflu, pourtant il fusionne l'épreuve, l'auto-encouragement et l'attente, donnant à la lecture un souffle épique.
Éclairages
Ce poème est une piqûre de stimulant que Lǐ Hè a laissée aux jeunes des générations suivantes. Il nous dit que l'épreuve est l'état normal de la vie, mais pas l'issue finale. Lorsque Zhǔfǔ Yǎn « dans la détresse ne revint », qui aurait pensé qu'il serait promu quatre fois en un an plus tard ? Lorsque Mǎ Zhōu « nul ne le reconnut », qui aurait imaginé qu'il deviendrait finalement un ministre renommé de son temps ? Le poète s'encourage ainsi lui-même, et encourage aussi les autres ainsi : l'obscurité et le froid actuels ne sont que la longue nuit pas encore éclaircie ; tant que ce cri de coq dans le cœur n'a pas encore retenti, il ne faut pas attendre assis que le jour se lève, mais aller soi-même chercher ce chant.
Il nous dit encore plus que « 少年心事 » doit avoir l'ambition de « saisir les nuages ». Saisir les nuages, c'est aller cueillir la lune au neuvième ciel. Cette ambition n'est pas un calcul d'honneurs et de richesses, n'est pas une manœuvre pour s'attacher aux puissants, mais le courage solitaire d'affronter directement l'empereur avec « deux lignes de mots sur papier », la conviction de changer son destin par l'écrit. Lǐ Hè s'est vu retirer le droit de passer les examens, mais on ne lui a jamais retiré le droit d'écrire ; il n'a pas pu devenir docteur, mais il est devenu un poète pour l'éternité.
Depuis des générations, d'innombrables jeunes ont lu ce poème dans les moments les plus sombres de leur vie. Ce cri de coq, traversant les millénaires, appelle encore chaque personne égarée : lève-toi, sors, le jour se lève devant.
À propos du poète

Li He (李贺 790 - 816), originaire de Yiyang dans le Henan, fut un poète romantique de la période médiane de la dynastie Tang. Descendant de la famille impériale Tang, il se vit interdire de passer l'examen impérial jinshi en raison d'un tabou onomastique (le nom de son père contenait un caractère homophone de "Jin"), ce qui le condamna à une vie de frustrations et de pauvreté. Il mourut à l'âge de vingt-sept ans. Sa poésie, réputée pour sa grandeur étrange, son élégance glaciale et son imagination fantastique, lui valut le titre de "Fantôme de la Poésie". Il fut le pionnier du distinctif "Style Changji" au sein de la poésie Tang, exerçant une influence profonde sur les poètes ultérieurs comme Li Shangyin et Wen Tingyun, et sur l'expansion de l'imaginaire poétique des époques suivantes.