À mon cousin, rencontré à l’improviste, et qui déjà repart de Li Yi

xi jian wai di you yan bie
    Dix ans de séparation et de trouble, après,
Grandis, nous nous rencontrons une fois.
Demandant le nom familier, surpris de cette première vue.
Prononçant le prénom, je me souviens de l’ancien visage.
Depuis l’adieu, tant d’événements, vastes comme la mer.
Les paroles finies, la cloche du soir dans le ciel.
Demain, sur le chemin de Baling,
Combien encore de crêtes automnales ?

Poème chinois

「喜见外弟又言别」
十年离乱后,长大一相逢。
问姓惊初见,称名忆旧容。
别来沧海事,语罢暮天钟。
明日巴陵道,秋山又几重?

李益

Explication du poème

Li Yi, poète de l'ère médiane des Tang, vécut sous les règnes de Daizong et Dezong, expérimentant personnellement la rébellion d'An Lushan et les années troublées qui suivirent. Cette guerre dura huit ans, balayant le nord, innombrables familles furent déplacées, la chair et le sang séparés. Ce poème décrit précisément l'expérience des retrouvailles et de la séparation avec son cousin durant cette guerre. Les mots « 十年离乱 » (dix ans de séparation et de troubles) indiquent l'étendue temporelle et le contexte historique. La rébellion d'An Lushan commença en 755, fut réprimée en 763, mais ensuite les seigneurs de guerre se partagèrent le territoire, les conflits armés s'enchaînèrent, « 十年 » (dix ans) n'est pas nécessairement un chiffre exact, mais signifie plutôt "longtemps". Le poète et son cousin se séparèrent enfants, errant chacun pour survivre dans un monde chaotique, et lorsqu'ils se retrouvèrent, ils étaient déjà adultes.

Les vers les plus émouvants du poème sont « 问姓惊初见,称名忆旧容 » (S'étonner à la première rencontre en demandant le nom, se souvenir de l'ancien visage en entendant le prénom). Séparés adolescents, lors des retrouvailles leur apparence avait changé, au point de ne pas se reconnaître face à face. Après avoir demandé le nom de famille, ils surent que la personne devant eux était un proche ; après avoir mentionné le prénom, l'apparence d'enfance remonta lentement de la mémoire. Ces quatorze mots incluent la guerre, la séparation, la croissance, l'oubli, la reconnaissance. Cependant, la joie des retrouvailles n'eut pas le temps d'être pleinement savourée que la séparation était déjà là. Demain, le cousin reprendrait le chemin de Baling, les montagnes d'automne s'empilent, on ne sait quand on se reverra. Li Yi n'écrit pas sa propre tristesse, il demande seulement : « 秋山又几重 » (Les montagnes d'automne, encore combien de strates ?), cachant toute son inquiétude dans ces montagnes superposées.

Première strophe : 十年离乱后,长大一相逢。
Shí nián lí luàn hòu, zhǎng dà yī xiāngféng.
Après dix ans de séparation et de troubles, grandis maintenant, nous nous rencontrons par hasard.

Le début est simple, mais d'une force pesant mille livres. « 十年离乱 » (dix ans de séparation et de troubles) est le contexte, le malheur national, mais aussi le chagrin familial. « 长大 » (grandis) – ces deux mots, légèrement énoncés, cachent d'innombrables épreuves – comment survécurent-ils ces dix ans, comment grandirent-ils, le poème ne le dit pas, le lecteur peut l'imaginer. Le mot « 一 » (un) dans « 一相逢 » (se rencontrer par hasard) exprime le caractère accidentel et la surprise des retrouvailles. En temps troublé, la séparation est la norme, la rencontre est l'exception.

Deuxième strophe : 问姓惊初见,称名忆旧容。
Wèn xìng jīng chū jiàn, chēng míng yì jiù róng.
S'étonner à la première rencontre en demandant le nom, se souvenir de l'ancien visage en entendant le prénom.

Cette strophe est l'essence poétique de tout le poème. Séparés adolescents, lors des retrouvailles ils sont déjà adultes, leur apparence complètement changée, au point de ne pas se reconnaître face à face. « 问姓惊初见 » (S'étonner à la première rencontre en demandant le nom) – ces cinq mots épuisent la cruauté des années – ceux qui devraient être les plus proches ont besoin de demander le nom pour se confirmer. Le vers suivant « 称名忆旧容 » (se souvenir de l'ancien visage en entendant le prénom) va plus loin : le prénom est la clé de la mémoire, une fois évoqué, l'apparence d'enfance remonte des profondeurs des années. Ces quatorze mots décrivent avec finesse le changement de l'homme par le temps, la confusion et l'éveil de la mémoire.

Troisième strophe : 别来沧海事,语罢暮天钟。
Bié lái cāng hǎi shì, yǔ bà mù tiān zhōng.
Tant d'événements depuis la séparation comme la mer se changeant en champ de mûriers ; Les mots épuisés, la cloche du soir dans le ciel résonne.

« 沧海事 » (les affaires de la mer et des mûriers) utilise une référence classique, signifiant les grands bouleversements du monde. Ces dix ans, ils ont vécu la guerre, la fuite, la famine, la mort, il y a tellement à dire. « 语罢 » (les mots épuisés) – ces deux mots cachent tant de paroles inachevées – ce n'est pas qu'il n'y a rien à dire, c'est que la nuit tombe, la cloche sonne, il faut s'arrêter. Le son de la cloche du soir est à la fois une indication du temps et un présage de la séparation.

Quatrième strophe : 明日巴陵道,秋山又几重?
Míngrì bā líng dào, qiū shān yòu jǐ chóng?
Demain, la route de Baling ; Les montagnes d'automne, encore combien de strates ?

La strophe finale se termine par une question, poussant le chagrin de la séparation au loin. La route de Baling est le chemin que le cousin va emprunter, les montagnes d'automne sont les obstacles sur la route. « 又几重 » (encore combien de strates) exprime à la fois le nombre de montagnes et la profondeur du chagrin de la séparation. Le poète ne parle pas de l'attachement, ne demande pas la date de retour, il demande seulement combien de montagnes – comme si, en comptant les montagnes, on pouvait connaître la distance de la séparation, savoir combien il sera difficile de se revoir.

Lecture globale

C'est un poème régulier pentamètre qui maîtrise le complexe par le simple. Le poème entier compte quarante caractères, décrivant une réunion et une séparation complètes – de la surprise des retrouvailles, à l'immersion dans la conversation, puis à la mélancolie de la séparation, progressant par couches, formant un tout harmonieux.

Les deux premières strophes décrivent la « joie » des retrouvailles, mais une joie mêlée d'amertume. Dix ans de séparation et de troubles, grandis et se rencontrant, devrait être une bonne chose ; mais l'étrangeté de « 问姓惊初见 » (S'étonner à la première rencontre en demandant le nom) fait prendre conscience de la profondeur du changement que le temps opère sur l'homme. La troisième strophe décrit la conversation, c'est la continuation de la « joie », mais dès que « 暮天钟 » (la cloche du soir) apparaît, la joie commence à se transformer en tristesse. La strophe finale décrit la séparation, c'est la « tristesse », mais une tristesse sans plainte, utilisant seulement la question « 秋山又几重 » (Les montagnes d'automne, encore combien de strates ?) pour reporter toutes les émotions sur les lointaines montagnes et le lecteur.

Ce qu'il y a de plus émouvant dans ce poème, c'est sa retenue. Le poète n'exagère pas l'horreur de la guerre, ne déverse pas la douleur de la séparation, ne se lamente pas sur le chagrin de l'adieu. Il note simplement les détails des retrouvailles – comment ne pas reconnaître l'autre, comment évoquer le prénom pour se souvenir de l'apparence, comment parler jusqu'à la nuit tombée, comment regarder l'autre reprendre la route. Ces détails en eux-mêmes ont déjà fait émerger toutes les émotions.

Spécificités stylistiques

  • Détails évocateurs, voir grand à travers le petit : Les deux vers « 问姓惊初见,称名忆旧容 » (S'étonner à la première rencontre en demandant le nom, se souvenir de l'ancien visage en entendant le prénom) abordent l'instant le plus infime, exprimant tout le poids de dix ans de séparation. Dans les détails se voit la profonde affection, dans les subtilités se voient les vicissitudes.
  • Fil temporel clair, progression émotionnelle naturelle : De « 十年离乱 » (dix ans de séparation et de troubles) à « 长大 » (grandis), de « 问姓 » (demander le nom) à « 称名 » (énoncer le prénom), de « 语罢 » (les mots épuisés) à « 暮天钟 » (la cloche du soir), de « 明日 » (demain) à « 秋山 » (montagnes d'automne), le temps progresse par couches, l'émotion passe ainsi de la joie à la tristesse.
  • Terminer par une question, résonance prolongée : « 秋山又几重 » (Les montagnes d'automne, encore combien de strates ?) n'apporte pas de réponse, ne fait que poser une question. Question sur les montagnes, sur la route, sur la date de retour, sur le destin. Cette question laisse toute l'inquiétude au-delà des montagnes d'automne superposées, laissant une saveur infinie.
  • Langage simple, sens profond : Le poème entier ne comporte pas de mots obscurs, comme une conversation quotidienne, mais décrit la guerre, la séparation, les retrouvailles, l'adieu avec une force pénétrante. Dans la simplicité se voit la sincérité, dans la sobriété se voit la maîtrise.
  • Combinaison de virtuel et réel, entrelacement temps-espace : « 别来沧海事 » (Tant d'événements depuis la séparation comme la mer se changeant en champ de mûriers) est une écriture virtuelle, dix ans de tempêtes y sont inclus ; « 语罢暮天钟 » (Les mots épuisés, la cloche du soir dans le ciel) est une écriture réelle, le temps présent s'écoule ; « 明日巴陵道 » (Demain, la route de Baling) est le futur, « 秋山又几重 » (Les montagnes d'automne, encore combien de strates ?) est l'espace. Entre virtuel et réel, le temps et l'espace s'écoulent, donnant une capacité infinie à un espace limité.

Éclairages

Ce poème décrit une réunion, mais aussi une séparation, en définitive, il parle du temps. D'abord, il montre comment le temps change l'homme. « 问姓惊初见 » (S'étonner à la première rencontre en demandant le nom) – les personnes les plus proches doivent demander le nom pour se confirmer. Ce n'est pas l'oubli, c'est la force du temps. Dix ans suffisent à changer un visage d'adolescent en un visage d'adulte, à changer le familier en étranger. Le poète n'évite pas cette étrangeté, il la décrit telle quelle. Cela fait prendre conscience : le temps n'est pas abstrait, il grave concrètement le visage de l'homme, change sa voix, brouille sa mémoire.

Le vers « 称名忆旧容 » (se souvenir de l'ancien visage en entendant le prénom) dit aussi que si le temps peut changer l'homme, il ne peut effacer complètement le passé. Le prénom est la clé de la mémoire, une fois évoqué, ces apparences scellées par les années remontent lentement. Cela nous rappelle : l'homme change avec le temps, mais les liens entre les hommes sont souvent cachés dans un nom, un regard, une parole ancienne, attendant d'être réveillés.

Ensuite, ce poème montre l'impermanence des réunions et des séparations. Dix ans de séparation et de troubles, une rencontre fortuite, la cloche du soir résonne, demain on se sépare à nouveau. La rencontre est si courte, la séparation si longue. Le poète ne se plaint pas, il présente simplement cette impermanence. Dans la question « 秋山又几重 » (Les montagnes d'automne, encore combien de strates ?), il n'y a pas de réponse, seulement de l'impuissance. Ce n'est pas du pessimisme, c'est de la lucidité – la lucidité de savoir qu'en temps troublé, la rencontre est accidentelle, la séparation est la norme.

Plus profondément, ce poème amène aussi à réfléchir : dans l'impermanence, que peut encore saisir l'homme ? La réponse de Li Yi est : saisir l'instant présent. Saisir l'étonnement de « 问姓 » (demander le nom), saisir le souvenir de « 称名 » (énoncer le prénom), saisir la conversation de « 语罢 » (les mots épuisés). Ces instants sont tout ce que l'homme possède dans le temps. Demain, il faut prendre la route, on ne sait combien de montagnes d'automne il y aura ; mais la cloche de ce soir résonne encore à l'oreille.

À propos du poète

Li Yi

Li Yi (李益 748 - 829), originaire de Wuwei, dans la province du Gansu, fut un poète représentatif de l'École de la poésie des frontières sous les Tang moyens. Il obtint le titre de jinshi (docteur) la quatrième année de l'ère Dali (769 ap. J.-C.) et servit sous les règnes des empereurs Xianzong et Wenzong, accédant au poste de Ministre des Rites. Sa poésie est particulièrement renommée pour ses quatrains heptasyllabiques, caractérisés par un style à la fois solennel et mélancolique, mêlant la grandeur de la poésie des frontières du haut Tang à l'élégance plaintive de l'époque médiane. Héritier de la tradition de Wang Changling et source d'inspiration pour des poètes ultérieurs comme Li He, ses œuvres sur les thèmes frontaliers ont taillé une place unique et distinctive dans le paysage littéraire des Tang moyens.

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