Le paysage de Zhichuan de Dai Shulun

ti zhi chuan shan shui
    Sous le pin, le kiosque de chaume, en mai, est frais.
La grève, le sable, les nuages, les arbres, au soir, sont d’un bleu profond.
Le voyageur, des pensées d’automne sans fin.
Par-delà l’eau, les montagnes vertes lui rappellent son pays.

Poème chinois

「题稚川山水」
松下茅亭五月凉,汀沙云树晚苍苍。
行人无限秋风思,隔水青山似故乡。

戴叔伦

Explication du poème

Ce poème a été composé par le poète de l'époque des Táng du milieu, Dài Shùlún, lors d'un de ses voyages officiels. L'emplacement exact de Zhìchuān est difficile à déterminer avec certitude, mais il s'agit probablement d'un endroit paisible aux paysages de montagnes et d'eaux dans la région du Jiangnán. Dài Shùlún a connu une carrière itinérante, ayant occupé des postes tels que préfet de Dōngyáng, inspecteur de Fǔzhōu, et passa de nombreuses années à voyager sur les routes. À l'époque des Táng du milieu, les lettrés et fonctionnaires partageaient généralement un double complexe de "voyage officiel" et de "nostalgie" : d'une part, poussés par la recherche de mérites et de titres, ils devaient s'éloigner de leur terre natale ; d'autre part, dans leurs errances, ils étaient sans cesse émus par les paysages de terres étrangères, ce qui faisait naître en eux une profonde affection pour leur pays natal. En voyage en plein été, au cinquième mois lunaire, le poète rencontra par hasard les paysages de Zhìchuān et fut attiré par la quiétude du pavillon de chaume sous les pins, où il fit une halte pour se reposer. C'est précisément cet arrêt momentané qui permit au voyageur fatigué de trouver du réconfort dans la beauté de la nature, et qui réveilla brusquement la nostalgie latente au plus profond de son cœur face aux montagnes vertes "semblables à son pays natal". Le poète cristallisa cette sensation instantanée sous sa plume, écrivant ce quatrain aux sept caractères par vers où scènes et sentiments se fondent, et dont la résonance se prolonge.

Premier distique : « 松下茅亭五月凉,汀沙云树晚苍苍。 »
Sōng xià máo tíng wǔ yuè liáng, tīng shā yún shù wǎn cāng cāng.
Sous les pins, le pavillon de chaume est frais au cinquième mois ; La grève sableuse, les arbres dans les nuages, au crépuscule, sont d’un vert profond et bleuté.

Le premier vers, « 松下茅亭五月凉 » (Sous les pins, le pavillon de chaume est frais au cinquième mois), plante d'emblée un espace de repos paisible et agréable. « 松下 » (sous les pins) indique le calme et la sérénité du lieu, l'ombre des pins comme un dais apportant naturellement de la fraîcheur ; « 茅亭 » (pavillon de chaume) évoque un endroit éloigné de l'agitation mondaine, simple et naturel ; et « 五月 » (cinquième mois) devrait être un moment de grande chaleur estivale, mais le mot « 凉 » (frais) brise l'expérience saisonnière habituelle – il décrit à la fois la fraîcheur unique du microclimat montagnard, et suggère surtout le réconfort psychologique que le poète tire d'un moment de repos après la fatigue du voyage. Cette « fraîcheur » est à la fois physique et spirituelle.

Le second vers, « 汀沙云树晚苍苍 » (La grève sableuse, les arbres dans les nuages, au crépuscule, sont d'un vert profond et bleuté), passe du proche au lointain, portant le regard vers le paysage lointain dans la pénombre du crépuscule. « 汀沙 » (grève sableuse) désigne le banc de sable blanc étalé au bord de l'eau, « 云树 » (arbres dans les nuages) sont les arbres lointains enveloppés de brume, et les trois mots « 晚苍苍 » (au crépuscule, d'un vert profond et bleuté) dominent l'ensemble, teintant le tableau d'une couche de crépuscule vaporeux. Cela forme un contraste avec le « 凉 » (frais) du vers précédent : le premier plan est une réalité fraîche et tangible, l'arrière-plan est un lointain vaporeux et indistinct ; le premier plan est le repos présent, l'arrière-plan est l'inconnu lointain. Cette technique d'écriture entrelaçant le proche et le lointain, le réel et le virtuel, élargit non seulement les niveaux spatiaux de l'image, mais prépare aussi le terrain pour l'expression émotionnelle des deux derniers vers – ce lointain brumeux ne ressemble-t-il pas étrangement au pays natal que le voyageur a du mal à atteindre dans son cœur ?

Second distique : « 行人无限秋风思,隔水青山似故乡。 »
Xíng rén wú xiàn qiū fēng sī, gé shuǐ qīng shān sì gù xiāng.
Le voyageur a d’infinies pensées, comme le vent d'automne ; Par-delà l'eau, les montagnes vertes ressemblent à son pays natal.

Les deux derniers vers passent du paysage à l'émotion, accomplissant la sublimation poétique. « 行人 » (voyageur) désigne le poète lui-même, indiquant son statut d'homme en voyage ; les deux mots « 无限 » (infinies) portent l'intensité émotionnelle à son comble. Le plus ingénieux réside dans les trois mots « 秋风思 » (pensées, comme le vent d'automne) : le poète, en plein été du cinquième mois, évoque pourtant le « vent d'automne », semblant contredire la saison, mais utilisant en réalité subtilement une allusion – Zhāng Hàn des Jin de l'Ouest, voyant le vent d'automne se lever, pensa au potage aux herbes de Shǔ et à la chair de perche du Wúzhōng, et démissionna pour rentrer chez lui. Dài Shùlún utilise « 秋风思 » pour désigner la nostalgie, empruntant ainsi à l'accumulation culturelle des « pensées des herbes de Shǔ et de la perche », tout en transmettant habilement la réalité psychologique de la nostalgie surgissant soudain comme le vent d'automne, irrésistible. Ressentir le vent d'automne en mai n'est pas l'automne de la saison, mais l'automne du cœur – ce soudain frisson de nostalgie dans le cœur du voyageur.

Le dernier vers, « 隔水青山似故乡 » (Par-delà l'eau, les montagnes vertes ressemblent à son pays natal), révèle le déclencheur de la nostalgie. Les deux mots « 隔水 » (par-delà l'eau) expriment à la fois la distance spatiale entre le poète et les montagnes vertes de l'autre rive, et métaphorisent la distance psychologique entre le poète et son pays natal – proche sous les yeux, mais inaccessible ; semblant à portée de main, mais impossible à atteindre. Les trois mots « 似故乡 » (ressemblent à son pays natal) sont les plus ingénieux : le poète ne dit pas « sont » le pays natal, mais utilise le mot « 似 » (ressemblent à), exprimant parfaitement cette relation entre réalité et souvenir, terre étrangère et pays natal, à la fois semblable et différente, proche et lointaine. Précisément parce qu'elles « ressemblent », elles provoquent une rêverie infinie ; précisément parce qu'elles « ressemblent », après un bref réconfort, on plonge dans une mélancolie plus profonde. Cette saisie subtile de ce qui est « à la fois semblable et différent » est une manifestation typique de la beauté retenue et suggestive de la poésie classique chinoise.

Lecture globale

Ce poème est un chef-d'œuvre parmi les poèmes de voyage officiel de Dài Shùlún. En seulement vingt-huit caractères, partant d'un bref arrêt lors d'un voyage, il accomplit une profonde transition de l'appréciation visuelle à la résonance spirituelle. Le poète commence par la « fraîcheur » et termine par la « ressemblance », reliant habilement les paysages de la terre étrangère aux souvenirs du pays natal, laissant une résonance infinie.

Dans l'ensemble du poème, les deux premiers vers décrivent le paysage, les deux derniers expriment l'émotion, mais le paysage contient déjà l'émotion, et l'émotion inclut à nouveau le paysage, formant un univers artistique où scènes et sentiments se fondent, où le cœur et les choses s'accordent. Le premier vers, « 松下茅亭五月凉 » (Sous les pins, le pavillon de chaume est frais au cinquième mois), est à la fois une description objective du paysage et contient implicitement l'expérience subjective du poète ; le second vers, « 汀沙云树晚苍苍 » (La grève sableuse, les arbres dans les nuages, au crépuscule, sont d'un vert profond et bleuté), utilise le crépuscule brumeux pour mettre en valeur l'état d'esprit perdu du voyageur errant. La description des deux premiers vers prépare déjà le terrain émotionnel pour l'expression lyrique des deux derniers – ce lointain brumeux dans le crépuscule est précisément le terreau où germe la nostalgie.

Les deux derniers vers passent ensuite du paysage à l'émotion, exprimant directement les sentiments. « 行人无限秋风思 » (Le voyageur a d'infinies pensées, comme le vent d'automne) utilise le « vent d'automne » comme métaphore de la nostalgie, empruntant à l'allusion pour approfondir la signification, tout en transmettant de manière vivante l'arrivée soudaine et irrésistible de la nostalgie ; « 隔水青山似故乡 » (Par-delà l'eau, les montagnes vertes ressemblent à son pays natal) utilise le mot « 似 » (ressemblent à) pour nouer habilement le paysage sous les yeux et les émotions du cœur – ces montagnes vertes sont émouvantes, non par leur propre majesté, mais parce qu'elles « ressemblent au pays natal ». Cette manière esthétique de « regarder les choses à travers le moi, donc toutes les choses sont teintées de mes couleurs » est précisément la tradition lyrique la plus touchante de la poésie classique chinoise.

Parmi toutes les œuvres poétiques de Dài Shùlún, ce poème est célèbre pour sa retenue suggestive et sa résonance prolongée. Le poète n'exagère pas délibérément la tristesse, ne crie pas haut sa nostalgie, il se contente de raconter calmement un arrêt en voyage, une découverte fortuite – « par-delà l'eau, les montagnes vertes ressemblent à son pays natal ». Pourtant, c'est précisément ce récit calme qui rend cette nostalgie plus profonde, plus réelle. Ce n'est pas une poésie délibérément créée, mais une expérience de vie déclenchée par inadvertance. Cette « inadvertance » est ce qu'il y a de plus touchant dans ce poème.

Spécificités stylistiques

  • Fusion émotion-paysage, accord cœur-chose : Chaque élément du paysage dans le poème porte la température d'une émotion. « 五月凉 » (fraîcheur du cinquième mois) est à la fois la fraîcheur de la nature et la fraîcheur du repos momentané de l'âme ; « 晚苍苍 » (crépuscule d'un vert profond et bleuté) est à la fois le paysage du soir et correspond à l'état d'esprit incertain du voyageur face à un avenir inconnu. Le poète n'exprime pas délibérément l'émotion, mais celle-ci naît d'elle-même du paysage, atteignant le niveau où « on ne sait ce qui est moi, ce qui est la chose », l'oubli mutuel du sujet et de l'objet.
  • Mise en relation du proche et du lointain, entrelacement temps-espace : Les deux premiers vers construisent des niveaux spatiaux de « proche – lointain » : le pavillon de chaume sous les pins au premier plan est le lieu de repos présent, les arbres dans les nuages au loin sont l'extension du regard. Les deux derniers vers construisent un espace émotionnel de « ici – là-bas » : les montagnes vertes d'ici et le pays natal de là-bas, sous l'effet du mot « 似 » (ressemblent à), réalisent un chevauchement spatio-temporel merveilleux. Cet entrelacement d'espaces multiples donne à ce petit quatrain une riche sensation de profondeur.
  • Usage d'allusions sans trace, approfondissement de la signification : Les trois mots « 秋风思 » (pensées, comme le vent d'automne) cachent l'allusion à la nostalgie de Zhāng Hàn pour les herbes de Shǔ et la perche, mais sans laisser de trace. Même si le lecteur ne connaît pas l'allusion, il peut ressentir à travers les mots la nostalgie aussi mélancolique que le vent d'automne ; celui qui connaît l'allusion peut encore mieux apprécier l'impuissance et la mélancolie du poète face à son « impossibilité de rentrer lors de ses voyages officiels ». Cette manière d'utiliser les allusions, profonde mais accessible, reflète la grande érudition et le contrôle artistique élevé du poète.
  • « 似 » (ressemblance) comme œil du poème, résonance prolongée : L'œil du poème tout entier est le mot « 似 » (ressembler). Il indique à la fois la similitude entre les paysages de la terre étrangère et ceux du pays natal, et suggère la mélancolie du fait qu'ils ne peuvent finalement pas être identiques. C'est précisément ce mot « 似 » qui fait passer le poème d'une simple expression de nostalgie à une perspicacité profonde sur l'expérience émotionnelle universelle de l'humanité – nous cherchons toujours l'ombre du pays natal en terre étrangère, mais ne pouvons jamais vraiment l'atteindre.
  • Langage simple et clair, signification profonde et lointaine : Le poème entier ne comporte pas de mots ou phrases difficiles, mais contient une compréhension profonde de la vie, de la nature. Des mots comme « 凉 » (frais), « 苍苍 » (vert profond et bleuté), « 无限 » (infinies), « 似 » (ressembler) semblent ordinaires, mais renferment de riches niveaux émotionnels. Dans la simplicité apparaît la sincérité, dans l'accessibilité apparaît la profondeur.

Éclairages

Ce poème, à travers un bref arrêt en voyage, exprime l'expérience universelle de la nostalgie. Il nous apprend d'abord comment trouver un support émotionnel dans un environnement inconnu – le poète voit l'ombre de son pays natal dans les « montagnes vertes par-delà l'eau », cette capacité n'est pas une fuite, mais un ajustement émotionnel positif. Le sentiment d'appartenance de l'âme provient à la fois d'un retour géographique, et d'une découverte et projection émotionnelles.

Le décalage saisonnier de ressentir le « vent d'automne » en « mai » révèle la caractéristique essentielle de la nostalgie : elle n'est pas limitée par le temps ou l'espace, elle surgit toujours à des moments inattendus. Cela nous rappelle : reconnaître et accepter ce flux émotionnel irrationnel est précisément un respect de notre propre authenticité.

Les « montagnes vertes par-delà l'eau » sont émouvantes précisément à cause de l'existence de cette « séparation ». Si l'on pouvait vraiment traverser l'eau, on découvrirait peut-être qu'elles ne sont finalement pas le pays natal. Le pays natal devient le pays natal en grande partie parce que nous maintenons avec lui une certaine distance infranchissable. Le mot « 似 » (ressembler) dans le poème exprime parfaitement cette conscience de la distance.

Enfin, le poète se désigne lui-même comme « voyageur », contenant à la fois une acceptation lucide de l'errance, et l'implicite attente d'un « retour final ». Cela nous éclaire : la vie est en soi un processus d'errance constante, et le véritable sentiment d'appartenance ne réside peut-être pas dans la découverte d'un lieu où s'arrêter pour toujours, mais dans le fait de pouvoir, à chaque arrêt, découvrir la beauté de ce qui « ressemble au pays natal ».

À propos du poète

Dai Shulun (戴叔伦 732 - 789) Originaire de Jintan, dans la province du Jiangsu. Dans sa jeunesse, il étudia auprès de Xiao Yingshi, dont il devint le plus éminent disciple. Lorsque éclata la rébellion d'An Lushan, il se réfugia à Poyang, où il vécut reclus, se consacrant à la lecture. Au début de l'ère Dali, il fut invité par Liu Yan à servir au sein du bureau des transports. La poésie de Dai Shulun exprime souvent les loisirs et la sérénité de la vie recluse, mais on trouve également chez lui des œuvres qui dénoncent les contradictions sociales et reflètent les souffrances du peuple, témoignant ainsi d'une thématique plus étendue. Son style poétique est doux, délicat et élégant.

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