Les hirondelles du palais des Sui de Li Yi

sui gong yan
    Leur gazouillis semble souffrir de l’ancien printemps du royaume.
La fleur du palais, une fois tombée, est déjà poussière.
Depuis qu’un jour s’est refermé sur la vue,
Combien de fois sont-elles revenues, sans voir âme qui vive ?

Poème chinois

「隋宫燕」
燕语如伤旧国春,宫花一落已成尘。
自从一闭风光后,几度飞来不见人。

李益

Explication du poème

Le palais des Sui, également appelé palais de l'empereur Sui Yangdi à Jiangdu (l'actuel Yangzhou, Jiangsu). Pendant l'ère Daye, l'empereur Sui Yangdi se rendit trois fois à Jiangdu. À chaque voyage, sa flotte s'étendait sur plus de deux cents li, les préfectures et districts le long du chemin offraient des mets, les dépenses étaient sans limite. Dans le palais de Jiangdu, le luxe était à son comble, les beautés étaient légion, chants et danses duraient toute la nuit. Pourtant, en moins de dix ans, la maison des Sui s'écroula, l'empereur Yangdi fut tué à Jiangdu, et ces majestueux palais tombèrent en ruine, devenant le nid des hirondelles.

Quand Li Yi passa près de ce palais des Sui, c'était déjà l'ère médiane des Tang. Après la rébellion d'An Lushan, bien que la maison des Tang subsistât, sa vitalité était profondément blessée. Debout devant les murs abandonnés du palais, regardant les hirondelles voler çà et là, écoutant leurs gazouillis, il pensa à cette histoire vieille d'un siècle. Ces hirondelles revenaient chaque année bâtir leur nid, mais les hommes du palais d'alors avaient depuis longtemps disparu. « 几度飞来不见人 » (À maintes reprises venues, elles ne voient plus personne) – ces sept mots décrivent à la fois les hirondelles et les hommes ; ils parlent à la fois des Sui et des Tang. Le poète ne discute pas directement des mérites et fautes de l'empereur Sui Yangdi, n'exprime pas non plus de lamentation sur l'essor et le déclin, il se contente de placer ensemble les images des gazouillis d'hirondelles, des fleurs du palais, du palais sans personne, et les laisse parler d'elles-mêmes. Cette expression implicite a plus de force que tout commentaire.

Première strophe : 燕语如伤旧国春,宫花一落已成尘。
Yànyǔ rú shāng jiù guó chūn, gōng huā yī luò yǐ chéng chén.
Les gazouillis des hirondelles semblent se lamenter sur le printemps de l'ancien royaume ;
Les fleurs du palais, une fois tombées, se changent en poussière.

Le début décrit le gazouillis des hirondelles par la personnification. « 如伤 » (semblent se lamenter) – ces deux mots prêtent aux hirondelles une émotion humaine – elles reviennent chaque année, voient le palais inchangé, mais ne voient plus les hommes d'autrefois, leurs gazouillis semblent donc être des lamentations. Le vers suivant « 宫花一落已成尘 » (Les fleurs du palais, une fois tombées, se changent en poussière) passe des hirondelles aux fleurs, du son à la couleur. Les fleurs du palais furent les témoins de la prospérité, aujourd'hui tombées en poussière, ne laissant même pas de trace. Entre « 一落 » (une fois tombées) et « 已成尘 » (se changent en poussière), il n'y a pas de transition, pas de lutte, décrivant à l'extrême la fragilité de la splendeur.

Deuxième strophe : 自从一闭风光后,几度飞来不见人。
Zìcóng yī bì fēngguāng hòu, jǐ dù fēi lái bù jiàn rén.
Depuis qu'en un jour se ferma la porte, que la gloire s'évanouit ;
À maintes reprises revenues, elles ne voient plus personne.

Cette strophe est le cœur du poème. « 一闭风光后 » (depuis qu'en un jour se ferma la porte, que la gloire s'évanouit) indique le tournant – une fois cette porte du palais fermée, le monde qu'elle contenait devint à jamais le passé. « 风光 » (gloire) désigne à la fois le paysage naturel, et surtout la prospérité et la splendeur d'alors. Le vers suivant, « 几度飞来不见人 » (À maintes reprises revenues, elles ne voient plus personne), écrit les vicissitudes humaines du point de vue des hirondelles. Les hirondelles sont des oiseaux migrateurs, revenant chaque année, elles ignorent les changements de dynastie, elles savent seulement que l'endroit où elles peuvent nicher est toujours là, mais ces hommes, ceux qui vivaient ici, n'apparaissent plus jamais. Cette touche décrit à l'extrême l'implacabilité du temps.

Lecture globale

C'est un poème de méditation historique qui, à partir d'éléments minuscules, aborde un immense thème. Le poème entier compte quatre vers, vingt-huit caractères, prenant les hirondelles comme fil conducteur, les fleurs du palais comme reflet, ramassant l'essor et la chute des Sui, les vicissitudes de l'histoire, dans une image extrêmement dépouillée.

Les deux premiers vers décrivent le gazouillis des hirondelles et les fleurs du palais, utilisant la personnification. Les hirondelles « semblent se lamenter », les fleurs du palais « se changent en poussière », l'un a un son, l'autre est sans forme, l'un est vif, l'autre silencieux, formant ensemble le souvenir de la prospérité passée. Les deux derniers vers décrivent le retour des hirondelles et l'absence des hommes, utilisant le contraste. Le contraste entre « 几度飞来 » (à maintes reprises revenues) et « 不见人 » (ne voient plus personne) rend saisissant l'écoulement du temps et l'impermanence des affaires humaines.

Le poète n'écrit pas la débauche de l'empereur Sui Yangdi, n'écrit pas la chute de Jiangdu, n'exprime même pas directement ses propres sentiments. Il se tient simplement là, regarde les hirondelles voler, écoute leurs gazouillis, puis note tout cela. Cette écriture impassible est plus riche de sens que toute parole véhémente.

Les hirondelles dans le poème sont un point de vue ingénieux. Elles n'appartiennent à aucune dynastie, ne se soucient d'aucun essor ou déclin, reviennent et nichent simplement par instinct. C'est précisément cette « insensibilité » qui fait ressortir la « sensibilité » des affaires humaines. L'homme est sensible, donc il peut souffrir, soupirer, écrire des poèmes ; les hirondelles sont insensibles, donc elles reviennent chaque année, indifférentes aux vicissitudes.

Spécificités stylistiques

  • Personnification, transfert d'émotion aux choses : Avec « 如伤 » (semblent se lamenter) pour décrire le gazouillis des hirondelles, prêtant une émotion humaine aux choses naturelles, faisant des hirondelles insensibles des témoins de l'essor et de la chute de l'histoire, renforçant le pouvoir émotionnel du poème.
  • Voir grand à travers le petit, soulever un poids avec légèreté : Partant de choses minuscules comme les hirondelles et les fleurs du palais, écrire le grand thème de l'essor et de la chute des dynasties, technique habile, sens profond.
  • Contraste net, renforcement des vicissitudes : Le contraste entre « 几度飞来 » (à maintes reprises revenues) et « 不见人 » (ne voient plus personne) condense l'écoulement du temps et les changements humains en un seul vers, d'une force pesant mille livres.
  • Langage implicite, atmosphère étendue : Le poème entier ne comporte pas un mot décrivant directement la lamentation sur l'essor et le déclin, mais chaque vers ne s'éloigne pas de la méditation sur l'essor et le déclin. Le lecteur, entre le gazouillis des hirondelles et la chute des fleurs, peut ressentir par lui-même cette tristesse profonde.
  • Perspective unique, construction ingénieuse : Prendre les hirondelles comme personnages principaux, opposer leur retour à la disparition définitive des hommes, perspective nouvelle, construction habile, donnant un sens nouveau au thème de la méditation historique.

Éclairages

Ce poème, à travers l'œil des hirondelles, regarde l'essor et le déclin des affaires humaines, laissant aux générations suivantes une méditation sur le temps.

Les hirondelles reviennent chaque année, ignorant les changements de dynastie. Elles voient seulement que le palais est toujours là, qu'elles peuvent y nicher ; mais elles ne voient pas que ces hommes ne sont plus là. « 几度飞来不见人 » (À maintes reprises venues, elles ne voient plus personne) – ces sept mots épuisent la relation entre l'homme et le temps : l'homme crée des palais, construit des cités, mais le temps finira par emporter l'homme, ne laissant que des bâtiments vides, pour les hirondelles, pour le vent, pour que les générations suivantes viennent s'y recueillir.

Plus profondément, ce poème fait voir : ceux qui peuvent vraiment percevoir la douleur de l'essor et du déclin, ce ne sont pas les hirondelles, c'est l'homme. Les hirondelles sont insensibles, donc elles reviennent chaque année ; l'homme est sensible, donc il peut se tenir devant les ruines, écouter le gazouillis des hirondelles et s'affliger. Cette « affliction » est le destin de l'homme, mais aussi son privilège. Parce qu'il peut s'affliger, souffrir, écrire des poèmes, l'homme devient homme, laissant une trace sensible dans le temps insensible.

Le palais des Sui est devenu poussière, l'empereur des Sui est devenu terre, mais le poème de Li Yi est encore là. Depuis des millénaires, chaque personne lisant « 几度飞来不见人 » (À maintes reprises venues, elles ne voient plus personne) se tiendra, à cet instant, aux côtés du poète devant ce mur de palais abandonné, regardant les hirondelles voler. Voilà le sens de la littérature : elle ne peut arrêter le temps, mais elle peut faire vivre pour toujours un instant dans le temps.

À propos du poète

Li Yi

Li Yi (李益 748 - 829), originaire de Wuwei, dans la province du Gansu, fut un poète représentatif de l'École de la poésie des frontières sous les Tang moyens. Il obtint le titre de jinshi (docteur) la quatrième année de l'ère Dali (769 ap. J.-C.) et servit sous les règnes des empereurs Xianzong et Wenzong, accédant au poste de Ministre des Rites. Sa poésie est particulièrement renommée pour ses quatrains heptasyllabiques, caractérisés par un style à la fois solennel et mélancolique, mêlant la grandeur de la poésie des frontières du haut Tang à l'élégance plaintive de l'époque médiane. Héritier de la tradition de Wang Changling et source d'inspiration pour des poètes ultérieurs comme Li He, ses œuvres sur les thèmes frontaliers ont taillé une place unique et distinctive dans le paysage littéraire des Tang moyens.

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