Pensée à mon épouse défunte IV de Yuan Zhen

li si wu shou ⅳ
Nulle eau par terre n 'est si vaste que la mer;
Rien au-dessus du mont n 'est plus beau que la nue.
Je n ’ai pas peur de descendre jusqu’ en enfer
Si par là je ne te perdais jamais de vue.

Poème chinois

「离思五首 · 其四」
曾经沧海难为水,除却巫山不是云。
取次花丛懒回顾,半缘修道半缘君。

元稹

Explication du poème

Ce poème est un chef-d'œuvre immortel de Yuan Zhen, poète de la mi-Tang, composé en l'an 4 de Yuanhe (809) pour pleurer son épouse défunte, Wei Cong. Yuan Zhen et Bai Juyi ont réussi les examens impériaux la même année, ont préconisé le mouvement du nouveau yuefu et sont appelés ensemble "Yuan-Bai" par le monde. Sa poésie utilise un langage simple et clair, avec des émotions profondes et sincères, et sa série d'œuvres en deuil de Wei Cong est particulièrement touchante.

Wei Cong, issue d'une famille noble, était la fille de Wei Xiaqing, précepteur du prince héritier. Elle épousa Yuan Zhen à l'âge de vingt ans. À cette époque, Yuan Zhen n'avait encore ni titre ni renommée, leur vie était modeste et difficile, mais Wei Cong ne méprisa pas cette pauvreté, se contentant d'une vie simple et frugale. Le couple s'entraida dans l'épreuve, leur affection était profonde et sincère. Cependant, le ciel ne leur accorda pas d'années ; en l'an 4 de Yuanhe (809), Wei Cong mourut de maladie, à seulement vingt-sept ans. À ce moment, Yuan Zhen, pour s'être attiré la colère des eunuques, avait déjà été exilé à Jiangling, sa carrière était décevante, son corps et son esprit épuisés. La douleur d'avoir perdu son épouse s'ajoutant à cela, on peut imaginer sa peine. Ce poème fut justement écrit par le poète après la perte de son épouse. Le vers "Ayant connu l'immensité de l'océan, difficile de trouver une eau ; En dehors des nuages du mont Wu, point de nuage" utilise comme métaphores l'eau de l'océan et les nuages du mont Wu pour exprimer de manière extrême la place irremplaçable qu'occupe son épouse défunte dans son cœur — après avoir connu un amour si profond et vaste, aucun autre sentiment au monde ne peut plus l'émouvoir. Les deux derniers vers, "Je traverse négligemment les bosquets fleuris sans me retourner, À moitié pour cultiver la Voie, à moitié pour toi", disent que même au milieu d'une profusion de fleurs, il se lasse de se retourner, moitié pour cultiver son esprit par la pratique spirituelle, moitié parce que dans son cœur, il n'y a que son épouse défunte. Le poème entier exprime une pensée profonde avec une émotion intense, une fidélité absolue avec des images sublimes, devenant l'un des chapitres les plus émouvants parmi les poèmes de deuil de l'épouse dans la Chine ancienne.

Premier couplet : « 曾经沧海难为水,除却巫山不是云。 »
Céngjīng cānghǎi nán wéi shuǐ, chú què Wū Shān bú shì yún.
Ayant connu l'immensité de l'océan, difficile de trouver une eau ;
En dehors des nuages du mont Wu, point de nuage.

Dès l'ouverture, le poème utilise deux images grandioses pour exprimer l'extrême de l'émotion. « 曾经沧海难为水 » s'inspire de la phrase de Mencius « Celui qui a vu l'océan trouve difficile de considérer autre chose comme de l'eau », utilisant l'immensité sans limite de l'eau de l'océan comme métaphore de la profondeur et de l'ampleur de l'affection entre lui et Wei Cong ; après avoir connu un amour si profond et vaste, tous les autres sentiments du monde pâlissent. Le vers suivant « 除却巫山不是云 » s'inspire de l'allusion de la déesse du mont Wu dans Le Rhapsode de Gaotang de Song Yu, « au matin, elle est nuage du matin, au soir, pluie passagère », utilisant la beauté fantastique et merveilleuse des nuages du mont Wu comme métaphore de l'irremplaçabilitée de Wei Cong dans son cœur ; après avoir vu de si beaux nuages, ceux d'ailleurs ne sont plus des nuages. Ces « 难为水 » (difficile de trouver une eau) et « 不是云 » (point de nuage), par une double négation renforçant l'affirmation, décrivent de manière exhaustive l'unicité et l'irremplaçabilitée de son épouse défunte dans son cœur. Le poète ne dit pas directement « je t'aime », il n'exprime cela qu'à travers les images de l'océan et du mont Wu, et pourtant la profondeur de l'amour, l'intensité de la pensée, sont déjà entièrement dedans.

Dernier couplet : « 取次花丛懒回顾,半缘修道半缘君。 »
Qǔcì huā cóng lǎn huígù, bàn yuán xiūdào bàn yuán jūn.
Je traverse négligemment les bosquets fleuris sans me retourner,
À moitié pour cultiver la Voie, à moitié pour toi.

Ce couplet passe de la grande comparaison des deux premiers vers à l'état personnel du poète. « 取次花丛懒回顾 » décrit l'attitude du poète face aux autres femmes du monde — « 花丛 » (bosquets fleuris) métaphorise la multitude de femmes, et « 懒回顾 » (se lasser de se retourner) exprime son état d'esprit concentré, incapable de s'émouvoir à nouveau. Ce « 懒 » (paresse, lassitude) n'est pas de la nonchalance, mais de l'indifférence ; ce n'est pas qu'il ne veuille pas regarder, c'est que son cœur n'a plus de place pour une autre. Le vers suivant, « 半缘修道半缘君 », avec « 半缘 » (à moitié à cause de) révèle la raison de ce « 懒回顾 » (se lasser de se retourner). À moitié pour la pratique spirituelle, recherchant la pureté de l'esprit ; à moitié à cause de l'épouse défunte, car dans son cœur il y a déjà une personne irremplaçable. Ces trois mots « 半缘君 » (à moitié à cause de toi) sont l'aveu le plus profond du poète : ce n'est pas à cause de la pratique spirituelle qu'il ne s'émeut plus, c'est parce que dans son cœur il n'y a que toi, qu'il a choisi la pratique spirituelle. En un couplet, avec « 懒回顾 » décrivant l'état, et « 半缘 » (à moitié à cause de) décrivant la raison, la profonde affection du poète pour son épouse défunte est écrite avec retenue et émotion.

Lecture globale

Ceci est un joyau parmi les poèmes de deuil de Yuan Zhen. Le poème entier, en quatre vers et vingt-huit caractères, débute par la grande métaphore de l'océan et du mont Wu, s'achève par l'état quotidien de « traverser négligemment les bosquets fleuris sans se retourner », fusionnant la place irremplaçable de son épouse défunte dans son cœur et l'affection indéfectible jusqu'à la mort du poète, montrant l'état émotionnel le plus touchant parmi les poèmes de deuil de l'épouse dans la Chine ancienne.

D'un point de vue structurel, le poème présente une progression de l'abstrait au concret, de la raison à l'émotion. Le premier couplet utilise la grande métaphore de « 沧海 » (l'océan) et « 巫山 » (le mont Wu) pour décrire, au niveau philosophique, l'extrême et l'unicité de l'émotion ; le dernier couplet utilise l'état quotidien de « 取次花丛懒回顾 » pour décrire, au niveau de la réalité, la persévérance et l'obstination intérieures du poète. Entre les deux vers, on passe de la raison à l'émotion, de l'abstrait au concret, s'approfondissant couche par couche, formant un tout harmonieux.

D'un point de vue de l'intention, le noyau de ce poème réside dans la double négation de « 难为 » (difficile de) et « 不是 » (point de, n'est pas). Ce « 难为 » de « 曾经沧海难为水 » (ayant connu l'immensité de l'océan, difficile de trouver une eau), c'est après avoir connu l'extrême, ne plus s'émouvoir désormais ; ce « 不是 » de « 除却巫山不是云 » (en dehors des nuages du mont Wu, point de nuage), c'est après avoir vu la beauté, ne plus trouver de paysage désormais. Cette double négation pousse l'unicité de l'épouse défunte dans son cœur à l'extrême — ce n'est pas que les autres eaux du monde ne soient pas bonnes, mais qu'après avoir connu l'océan, il est difficile de faire avec moins ; ce n'est pas que les nuages d'ailleurs ne soient pas beaux, mais qu'après avoir vu le mont Wu, il est difficile d'envisager autre chose. Cette technique de renforcer l'affirmation par la négation rend l'affection profonde du poète encore plus bouleversante.

D'un point de vue artistique, ce qui est le plus touchant dans ce poème est la conception ingénieuse de « l'utilisation naturelle des allusions, des images sublimes ». Le poète utilise l'allusion de Mencius « Celui qui a vu l'océan trouve difficile de considérer autre chose comme de l'eau » et celle des nuages et de la pluie du mont Wu du Rhapsode de Gaotang de Song Yu, élevant la place de l'épouse défunte à une existence éternelle transcendante. Ces images de « 沧海 » (l'océan) et « 巫山 » (le mont Wu) ont à la fois la grandeur de la nature et la merveille du mythe, donnant à l'affection profonde du poète une qualité esthétique sublime. Le dernier couplet s'achève par l'état quotidien de « 取次花丛懒回顾 », et est subtilement expliqué par « 半缘修道半缘君 », ancrant la grande métaphore des deux premiers vers dans le concret, permettant au poème d'avoir à la fois une atmosphère sublime et une émotion sincère.

Spécificités stylistiques

  • Utilisation naturelle des allusions, images sublimes : Utiliser « 沧海 » (l'océan) et « 巫山 » (le mont Wu) comme métaphores, élevant la place de l'épouse défunte à une existence transcendante, élégant sans être obscur, grandiose sans être vide.
  • Double négation, renforcement de l'affirmation : « 难为水 » (difficile de trouver une eau) et « 不是云 » (point de nuage) renforcent l'affirmation sous forme négative, décrivant de manière exhaustive l'extrême et l'unicité de l'émotion.
  • Langage concis, émotion intense : Le poème entier n'a pas de mots fleuris, mais chaque mot pèse lourd, écrit l'émotion la plus sincère avec le langage le plus simple.
  • Structure raffinée, renversement puissant : Les deux premiers vers utilisent une grande métaphore pour décrire l'extrême de l'émotion, les deux derniers utilisent un état quotidien pour décrire la persévérance intérieure, passant de la raison à l'émotion, du virtuel au réel, progressant couche par couche.

Éclairages

Ce poème, à travers le souvenir d'un amour, énonce un thème intemporel et immuable – Le véritable amour, c'est après avoir connu l'océan, ne plus s'émouvoir désormais ; après avoir vu le mont Wu, il n'y a plus de paysage dans le monde.

Il nous fait d'abord voir « l'unicité de l'amour ». Ce « 难为 » (difficile de) de « Ayant connu l'immensité de l'océan, difficile de trouver une eau » ne signifie pas que les autres eaux du monde ne sont pas bonnes, mais qu'après avoir connu la meilleure, il est difficile de faire avec moins. Il nous dit : le véritable amour n'est pas une comparaison, mais l'irremplaçable ; ce n'est pas un choix, mais l'unique.

Plus profondément, ce poème nous invite à méditer sur « le sens de la persévérance ». « Traverser négligemment les bosquets fleuris sans se retourner » – ce n'est pas qu'il n'y ait pas d'opportunité, mais qu'il n'a plus envie de choisir ; ce n'est pas qu'il n'y ait personne à aimer, mais qu'il y a déjà quelqu'un dans son cœur. Il nous fait comprendre : la véritable affection profonde n'est pas un émoi momentané, mais une persévérance de toute une vie ; ce n'est pas s'attarder à errer parmi les fleurs, mais au milieu des fleurs, toujours « se lasser de se retourner ».

Et ce qui est le plus émouvant, c'est la franchise de « À moitié pour cultiver la Voie, à moitié pour toi » dans le poème. Le poète dit, à moitié pour la pratique spirituelle, à moitié à cause de l'épouse défunte. Dans ce « 半缘 » (à moitié à cause de) se cache l'affection profonde pour l'épouse défunte, mais aussi une explication envers lui-même – ce n'est pas pour fuir le monde qu'il pratique la Voie, mais parce qu'il a dans son cœur une personne irremplaçable, qu'il a choisi la pratique ascétique. Cette franchise rend l'affection plus réelle, la persévérance plus touchante.

Ce poème décrit un deuil de la mi-Tang, pourtant il permet à quiconque a connu l'amour, qui sait chérir, d'y trouver un écho. Cette émotion de « avoir connu l'océan » est l'expérience commune de tous ceux qui ont aimé le meilleur ; cette fermeté de « se lasser de se retourner » est l'attitude commune de tous ceux qui ont un but dans le cœur ; cet aveu de « à moitié à cause de toi » est la voix la plus vraie au fond du cœur de tous ceux qui ont une affection profonde. Telle est la vitalité de la poésie : elle écrit la pensée de Yuan Zhen pour Wei Cong, mais c'est à toutes les époques, pour tous ceux qui ont connu l'océan, qui ont quelqu'un dans le cœur, qu'elle s'adresse.

Traducteur de poésie

Xu Yuanchong(许渊冲)

À propos du poète

Yuan Zhen

Yuan Zhen (元稹 779 - 831), originaire de Luoyang, dans la province du Henan, était un descendant de la famille impériale des Wei du Nord, ainsi qu’un célèbre poète et homme d’État de la dynastie des Tang moyens. Figure importante de l’histoire littéraire des Tang, Yuan Zhen cofonda le Mouvement du Nouveau Yuefu avec Bai Juyi. Ses réalisations poétiques les plus remarquables se trouvent dans le style yuefu (Bureau de Musique) et dans la poésie érotique. Sa relation amoureuse avec une femme nommée Yingying inspira le récit légendaire L’Histoire de Yingying. Le style poétique de Yuan Zhen se caractérise par sa clarté accessible, entrecoupée occasionnellement d’expressions audacieuses et surprenantes. Lors de la transition entre les Tang moyens et les Tang tardifs, son style accessible exerça une influence profonde, jetant les bases de l’École poétique Yuan-Bai.

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