Sur la soie blanche, vent et givre semblent s'élever,
Le faucon peint se dresse, d'un art exceptionnel.
Il dresse son corps, songeant au lièvre rusé ;
Il louche du regard, comme un barbare soucieux.
La longe et l'anneau brillent, qu'on pourrait détacher ;
Sa posture sur le perchoir semble prête à l'appel.
Quand donc frappera-t-il les oiseaux vulgaires,
Et répandra plumes et sang sur la plaine déserte ?
Poème chinois
「画鹰」
杜甫
素练风霜起,苍鹰画作殊。
㧐身思狡兔,侧目似愁胡。
绦镟光堪擿,轩楹势可呼。
何当击凡鸟,毛血洒平芜。
Explication du poème
Cette œuvre fut composée vers la fin de l'ère Kaiyuan de l'empereur Xuanzong des Tang (vers 741), représentante des premiers poèmes descriptifs de Du Fu exprimant ses aspirations. C'était l'époque de « l'apogée de Kaiyuan ». Le jeune Du Fu voyageait alors dans les régions de Qi et Zhao, vêtu de fourrure, montant de fiers chevaux, d'une insolence pure, le cœur empli du vaste désir de « porter son souverain au-dessus de Yao et Shun, et de nouveau rendre les mœurs pures ». Le peintre de ce faucon chanté dans le poème, bien que non identifié, l'esprit héroïque et l'énergie aiguë manifestés par l'œuvre résonnent avec l'ambition juvénile du poète, avide de déployer ses plans grandioses et de balayer la médiocrité. Ce tableau n'est pas seulement un objet d'art, mais la projection de la personnalité idéale du poète et la déclaration de sa vie de jeunesse.
Premier couplet : « 素练风霜起,苍鹰画作殊。 »
sù liàn fēng shuāng qǐ, cāng yīng huà zuò shū.
Sur la soie blanche, vent et givre s'élèvent ; Faucon gris, peinture, œuvre exceptionnelle.
Le début a un élan peu commun, frappant d'emblée. « Soie blanche » est le support matériel du tableau, « vent et givre s'élèvent » est la première secousse psychologique produite par la vue du tableau. Le poète ne décrit pas directement le faucon, mais utilise l'effet environnemental (l'atmosphère austère de vent et givre) pour en rehausser l'esprit, montrant suffisamment la vigueur du pinceau et l'impact spirituel de l'œuvre. « Peinture, œuvre exceptionnelle » est une admiration générale, amenant le focus vers la création artistique elle-même, ouvrant le rideau sur l'appréciation subtile et les associations exaltantes qui suivent.
Deuxième couplet : « 㧐身思狡兔,侧目似愁胡。 »
sǒng shēn sī jiǎo tù, cè mù sì chóu hú.
Dressant le corps, il songe au lièvre rusé ; Regard de côté, il ressemble au Hou soucieux.
Ce couplet se concentre sur la posture la plus tendue et le regard du faucon peint. « Dressant le corps » est la concentration de force et la préparation avant l'explosion, la capture dynamique ; « regard de côté » est la vigilance de la surveillance et l'air de dédain, la dissuasion statique. « Songe au lièvre rusé » donne au faucon une cible de combat claire et l'intelligence du chasseur. La métaphore du « Hou soucieux » (胡, désignant les peuples du Nord/Ouest) est particulièrement ingénieuse : utilisant l'air des Hou aux yeux verts profonds, concentrés, pour décrire le regard du faucon, elle exprime à la fois son acuité et lui donne une complexité d'humeur profonde, vigilante, voire légèrement mélancolique, faisant de l'image du faucon plus qu'une simple férocité, lui donnant plus de profondeur spirituelle.
Troisième couplet : « 绦镟光堪擿,轩楹势可呼。 »
tāo xuàn guāng kān tī, xuān yíng shì kě hū.
Laisse et pivot luisants, on pourrait les détacher ; Entre poteaux et traverse, l'élan peut être appelé.
Le trait de pinceau passe de la forme propre du faucon à sa relation avec les objets extérieurs, « animant » davantage l'image. « Laisse et pivot luisants, on pourrait les détacher » décrit le réalisme des liens, suggérant que l'entrave va être ôtée, la liberté à portée de main ; « entre poteaux et traverse, l'élan peut être appelé » décrit la relation du faucon avec son environnement : bien que perché temporairement entre les poteaux, sa posture et son élan globaux sont déjà connectés au vaste ciel et terre, prêts à répondre à l'appel, à s'envoler vers le ciel. Ce couplet intervient par l'activité psychologique du spectateur (« on pourrait les détacher », « peut être appelé »), dynamisant et dramatisant complètement l'image statique, le faucon peint est sur le point de surgir.
Quatrième couplet : « 何当击凡鸟,毛血洒平芜。 »
hé dāng jī fán niǎo, máo xuè sǎ píng wú.
Quand donc frappera-t-il les oiseaux vulgaires, plumes et sang arrosant la plaine dénudée ?
De l'imagination artistique, un bond vers l'attente réaliste, émettant le son le plus fort du poème. « Quand donc » est plein d'une attente ardente et de l'angoisse que le temps n'attend pas. « Oiseaux vulgaires » désigne à la fois les oiseaux médiocres de la nature, et métaphorise les talents médiocres, les hommes vils, voire toutes les forces malfaisantes du monde humain. L'image de « plumes et sang arrosant la plaine dénudée » est aiguë et libératrice, l'éradication totale du mal par la justice, la victoire absolue du talent sur la vulgarité. C'est à la fois la déclaration de combat émise pour le faucon peint, et l'éruption du désir ardent du poète lui-même d'établir des mérites et de purger la poussière vulgaire.
Analyse globale
Cette œuvre est la manifestation concentrée de l'aspect « élégant et héroïque » du style « grave, heurté » du jeune Du Fu. La structure est rigoureuse, progressive par strates : De la première impression devant le tableau (vent et givre s'élèvent), à la dégustation subtile de son expression (songe au lièvre, ressemble au Hou), puis à la sensation de son état d'accumulation prêt à jaillir (on pourrait les détacher, peut être appelé), pour finalement se sublimer en l'expression intense allant du tableau à l'aspiration (frapper les oiseaux vulgaires). Chanter le tableau sans s'y limiter, finalement transcendant complètement l'art pictural lui-même, devenant un mouvement exaltant des ambitions de jeunesse.
Son essence réside dans la fusion triple du « tableau, du faucon, du moi ». Le poète reproduit à la fois avec finesse le charme artistique de l'œuvre (« peinture, œuvre exceptionnelle »), dépeint vivement l'esprit héroïque du faucon en tant qu'oiseau de proie (« songe au lièvre rusé »), et insère sans réserve son propre sentiment de lettré florissant (« frapper les oiseaux vulgaires »). Le tableau est le médium, le faucon le vecteur, l'esprit du « moi » est l'orientation finale. Cette méthode d'exprimer ses aspirations à travers les choses, par l'extrême sincérité de l'émotion et la plénitude extrême de l'élan, atteint le degré où objet et sujet s'oublient, d'une libération totale.
Caractéristiques stylistiques
- Effet saisissant de l'élan initial : Ouvrir par la sensation environnementale virtuelle de « vent et givre s'élèvent », frappant d'emblée, plaçant instantanément le tableau en deux dimensions dans un espace psychologique tridimensionnel plein de tension, montrant la haute capacité de Du Fu à maîtriser le langage et créer une atmosphère.
- Usage précis des verbes et des métaphores : « Dressant », « songe », « regard de côté », « ressemble » saisissent avec précision l'instant dynamique ; la métaphore du « Hou soucieux » est nouvelle et appropriée, enrichit le contenu culturel et émotionnel du faucon, illustrant l'aspect de recherche de nouveauté dans les premières œuvres de Du Fu.
- Progression psychologique du statique au dynamique : Tout le poème est traversé par une forte ligne d'action psychologique : sentir vent et givre (s'élèvent) → interpréter son expression (songe, ressemble) → produire l'impulsion de détacher et répondre (on pourrait, peut être appelé) → finalement éclater en désir de combat (frapper, arroser). Cette progression remplit le poème de rythme et de force intérieurs.
- Lumière idéaliste de la phrase conclusive : Le cri de « Quand donc frappera-t-il les oiseaux vulgaires » est plein de l'esprit typique de l'âge d'or des Tang, actif, progressiste, établissant des mérites. Contrairement aux poèmes plus tardifs de Du Fu, graves et heurtés, il est ici tranchant, plein d'ardeur héroïque, montrant la teinte spirituelle de la jeunesse du poète.
Réflexions
Ce chef-d'œuvre nous montre l'aspect de l'âme d'un grand poète dans sa jeunesse : C'est l'adoration de la force, le mépris de la vulgarité, le désir ardent d'établir des mérites, et l'énergie vitale florissante transformant directement la passion artistique en force motrice de la vie. Il nous rappelle qu'au-delà de l'image profonde et vaste, grave et heurtée, de Du Fu plus tard, il y a un Du Fu jeune, « élégant et héroïque », désirant ardemment que « plumes et sang arrosent la plaine dénudée ».
L'enseignement de ce poème pour l'homme moderne est le suivant : au début de la vie, garder cette acuité et cet idéalisme de « faucon » est crucial. C'est la résistance à la médiocrité, l'aspiration à un but plus élevé, le courage d'« frapper les oiseaux vulgaires ». Même après avoir traversé les vicissitudes, compris la complexité de la réalité, cette vigilance de « regard de côté, il ressemble au Hou soucieux » et cette responsabilité de « quand donc frappera-t-il les oiseaux vulgaires », forgées dans la jeunesse, restent la force motrice spirituelle profonde poussant une personne à toujours progresser, à ne pas se compromettre avec le courant vulgaire. Le faucon peint sous le pinceau de Du Fu devient ainsi un miroir éternel pour toutes les âmes porteuses d'idéal, qui refusent la médiocrité.
À propos du poète

Du Fu (杜甫), 712 - 770 après J.-C., originaire de Xiangfan, dans la province de Hubei, est un grand poète réaliste de l'histoire chinoise. Du Fu a eu une vie difficile, et sa vie de troubles et de déplacements lui a fait ressentir les difficultés des masses, de sorte que ses poèmes étaient toujours étroitement liés aux événements actuels, reflétant la vie sociale de l'époque d'une manière plus complète, avec des pensées profondes et un horizon élargi.