Nuit de printemps au Département de la Gauche de Du Fu

chun su zuo sheng
                Les fleurs s’estompent au crépuscule au pied des murs d’aile,
Les oiseaux qui se perchent passent en pépiant.
Les étoiles descendent sur les mille maisons en mouvement,
La lune s’approche des cieux les plus hauts, plus brillante.

Ne dormant pas, j’écoute le bruit des clés d’or,
Au gré du vent, j’imagine le son des grelots de jade.
Demain matin, j’ai un rapport scellé à présenter,
Je demande maintes fois : « Quelle heure est-il dans la nuit ? »

Poème chinois

「春宿左省」
花隐掖垣暮,啾啾栖鸟过。
星临万户动,月傍九霄多。
不寝听金钥,因风想玉珂。
明朝有封事,数问夜如何。

杜甫

Explication du poème

Ce poème fut composé au printemps 758, sous le règne de l'empereur Suzong des Tang. Du Fu occupait alors le poste de Zuoshiyi (Censeur de gauche). Bien que ce poste ne fût que du huitième rang inférieur, il appartenait aux « proches conseillers » de l'empereur, chargé de remontrances et pouvant s'exprimer directement devant l'empereur ou soumettre des mémoires scellés. À cette époque, après avoir traversé les errances de la rébellion d'An Lushan et les épreuves de son évasion à Fengxiang, Du Fu avait finalement obtenu ce poste important pour réaliser ses idéaux politiques. De garde de nuit au département de la chancellerie impériale (左省), animé par la sincérité de « hisser son souverain au-dessus des empereurs Yao et Shun » et l'espoir pressant d'un redressement après la guerre, il condensa en ce poème ce qu'il vit, entendit et pensa au cours d'une nuit, créant une œuvre évocatrice qui montre sa loyauté, son dévouement et une image de révérence.

Premier couplet : « 花隐掖垣暮,啾啾栖鸟过。 »
huā yǐn yè yuán mù, jiū jiū qī niǎo guò.
Fleurs s'effacent au crépuscule contre les murs latéraux ; cris d'oiseaux cherchant gîte passent, zhu zhu.

Les premiers vers dépeignent la paisible scène printanière au département de la chancellerie à la tombée du jour. « Fleurs s'effacent » associé à « crépuscule » décrit le processus subtil d'atténuation de la lumière avec le temps, correspondant au début de la garde de nuit. « Murs latéraux » indique le lieu, évoquant aussi l'atmosphère solennelle de l'enceinte impériale. L'image des « oiseaux cherchant gîte » est particulièrement ingénieuse : les oiseaux regagnent leur nid, tous les êtres se reposent, contrastant avec le poète qui va commencer sa veille nocturne, préparant ainsi le « ne puis dormir » qui suivra. Dans le calme du crépuscule perce déjà une tension et une attente différentes de la vie quotidienne.

Deuxième couplet : « 星临万户动,月傍九霄多。 »
xīng lín wàn hù dòng, yuè bàng jiǔ xiāo duō.
Étoiles descendant, sur mille portes scintillent ; lune s'approchant des cieux, éclatante.

La nuit s'épaissit, le poète lève les yeux vers le ciel nocturne de l'enceinte impériale. Ce couplet, d'une touche ample et subtile, esquisse l'atmosphère extraordinaire des jardins impériaux sous les étoiles et la lune. « Étoiles descendant, sur mille portes scintillent » : le mot « scintillent » décrit à la fois la sensation visuelle des étoiles clignotantes et semble donner aux palais silencieux un pouls de vie. « Lune s'approchant des cieux, éclatante » : le mot « éclatante » ne parle pas de la quantité de lune, mais souligne l'abondance de sa lumière, la plénitude de sa clarté, car les palais élevés touchent le ciel, recevant ainsi une lumière lunaire semble-t-il particulièrement généreuse. Ces deux vers, décrivant le paysage de manière grandiose, sont à la fois une représentation objective de la majesté des édifices impériaux et contiennent implicitement la révérence et l'admiration du poète pour le pouvoir suprême de l'empereur et l'espoir de la restauration de l'empire.

Troisième couplet : « 不寝听金钥,因风想玉珂。 »
bù qǐn tīng jīn yuè, yīn fēng xiǎng yù kē.
Ne puis dormir, j'écoute la clé d'or ; au vent, je songe aux grelots de jade.

Ce couplet passe de la description du paysage à celle de l'homme, dépeignant l'état d'esprit hypersensible du poète pendant sa garde, le cœur lié aux affaires de la cour. « Ne puis dormir » est l'essence poétique, exprimant directement son insomnie nocturne. Il tend l'oreille pour « écouter » le son, peut-être pas encore réel, de la « clé d'or » (le bruit des clés des portes du palais), ce qui est à la fois la vigilance du devoir, mais surtout l'impatience de l'audience impériale de l'aube. « Au vent, je songe aux grelots de jade » va encore plus loin, passant du réel à l'imaginaire : le vent nocturne lui semble déjà s'être transformé en tintement clair des ornements de jade et des harnais des fonctionnaires se rendant à la cour. Cette synesthésie auditive et visuelle tire le temps de la nuit profonde vers l'aube, l'espace du département silencieux vers la route de la cour qui va bientôt s'animer, montrant pleinement que toute l'attention du poète est déjà liée aux affaires gouvernementales du « matin ».

Quatrième couplet : « 明朝有封事,数问夜如何。 »
míng zhāo yǒu fēng shì, shuò wèn yè rú hé.
Demain matin, mémoire scellé à présenter ; sans cesse, je demande quelle heure est la nuit.

Le dernier couplet exprime directement les sentiments, indiquant la cause fondamentale de l'insomnie, ramenant les paysages et les émotions des trois premiers couplets à la responsabilité concrète du « mémoire scellé ». « Sans cesse, je demande quelle heure est la nuit », à travers le détail de demander à plusieurs reprises l'heure, fait vivre l'image d'un censeur soucieux des affaires de l'État, consciencieux, à la fois anxieux et solennel. Le poème s'arrête ici brusquement, laissant au lecteur le soin de savourer l'anxiété du poète attendant l'aube, la solennité de sa préparation à parler, voire une certaine urgence de « craindre que le souverain n'ait des oublis ».

Lecture globale

Le poème tout entier suit étroitement les mots « de garde » (宿) et « de service » (值), prenant comme trame l'écoulement naturel du temps, et comme chaîne la progression par couches des émotions du poète. La structure est rigoureuse, la scène et l'émotion fusionnées. Les deux premiers couplets décrivent en détail le paysage du département impérial du crépuscule à la nuit profonde, de la quiétude des « fleurs s'effacent » au sublime des « étoiles descendant, lune s'approchant », la description de l'environnement étant déjà imprégnée de l'état d'esprit solennel du poète. Les deux derniers couplets se concentrent sur les sentiments d'attente de l'audience de la nuit profonde à l'aube, de la vigilance du « ne puis dormir », à l'attente suspendue de « écouter » et « songer », pour finalement aboutir à l'anxiété de « sans cesse, demander ». Les activités psychologiques sont fines et réalistes. Les quatre couplets présentent complètement une unité de temps du crépuscule à l'aube, et achèvent aussi le portrait spirituel d'un censeur loyal et dévoué, allant de la perception de l'environnement extérieur à la motivation de la responsabilité intérieure. Aucun discours n'apparaît dans tout le poème, mais un cœur de révérence, de prudence, de loyauté et d'amour prend vie sur la page.

Spécificités stylistiques

  • Le paysage fait ressortir l'émotion, les atmosphères sont distinctes : La première moitié du poème décrit le paysage, la seconde exprime les sentiments. La description du paysage va du proche au lointain, du sol (fleurs, murs) au ciel (étoiles, lune), créant l'atmosphère particulière, à la fois calme et solennelle, de la garde nocturne dans le département impérial, fournissant une préparation environnementale parfaite pour l'expression des sentiments qui suit.
  • Détails évocateurs, représentation psychologique minutieuse : Des détails comme « écouter la clé d'or », « songer aux grelots de jade », « sans cesse, demander l'heure de la nuit » capturent la psychologie et les comportements caractéristiques de l'hypersensibilité d'un fonctionnaire de garde, rendant la qualité abstraite de « loyauté et dévouement » concrète et tangible, pleine d'images et d'authenticité.
  • Choix précis des mots, réel et imaginaire s'engendrent : L'utilisation de verbes comme « s'effacent », « scintillent », « s'approchant », « écouter », « songer », « demander à plusieurs reprises » saisit avec précision le dynamisme du paysage et le flux de la psychologie. « Écouter la clé d'or » (écriture imaginaire) et « songer aux grelots de jade » (association) vont plus loin, utilisant l'imaginaire pour décrire le réel, transmettant habilement l'impatience d'attendre l'aube.
  • Structure rigoureuse, début et fin en écho : Partant du « crépuscule » pour aboutir à l'inquiétude de « quelle heure est la nuit », le fil temporel est clair. L'image d'ouverture des « oiseaux cherchant gîte » contraste avec son propre « ne puis dormir » ; l'admiration des palais des « cieux » au milieu fait écho intérieurement au devoir de vouloir soumettre un « mémoire scellé » à l'empereur dans le dernier couplet, la composition est stricte.

Éclairages

Cette œuvre nous montre l'image exemplaire de Du Fu en tant que lettré confucéen « à son poste, s'acquittant de ses responsabilités ». Cette vigilance de « ne pas dormir » et cette anxiété de « demander à plusieurs reprises » transcendent les succès ou échecs personnels de la carrière, incarnant le respect pour les devoirs de censeur, l'engagement dans les affaires de l'État, et l'urgence du désir de contribuer par ses talents. Elle nous apprend que la véritable responsabilité se manifeste extérieurement par une sensibilité extrême au temps (demander sans cesse l'heure), une attention portée aux détails (écouter les clés, penser aux grelots), et la conscience de lier étroitement ses propres actions à une mission plus grande.

Dans la société contemporaine, cet « esprit de garde » reste précieux. Il symbolise un respect pour le poste, un engagement total dans le travail, et un état de préparation constante à agir pour les valeurs ou causes auxquelles on croit. Le charme de ce poème de Du Fu réside dans le fait qu'il nous montre que même dans le service de garde quotidien d'un système bureaucratique, peut rayonner la dignité née de la responsabilité. Ce cœur loyal et dévoué battant dans la nuit printanière silencieuse n'est pas seulement le portrait d'un caractère individuel, mais constitue aussi, dans une civilisation, la teinte éthique indispensable qui soutient le fonctionnement de ses institutions.

À propos du poète

Du Fu

Du Fu (杜甫), 712 - 770 après J.-C., originaire de Xiangfan, dans la province de Hubei, est un grand poète réaliste de l'histoire chinoise. Du Fu a eu une vie difficile, et sa vie de troubles et de déplacements lui a fait ressentir les difficultés des masses, de sorte que ses poèmes étaient toujours étroitement liés aux événements actuels, reflétant la vie sociale de l'époque d'une manière plus complète, avec des pensées profondes et un horizon élargi.

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