Les fleurs de palmier emplissent la cour.
La mousse pénètre dans la pièce tranquille.
Entre elles et moi, plus un mot, plus un nom.
Dans le vide, je perçois une fragrance rare.
Poème chinois
「题僧房」
王昌龄
棕榈花满院,苔藓入闲房。
彼此名言绝,空中闻异香。
Explication du poème
Wang Changling entretint tout au long de sa vie des affinités avec le bouddhisme. Dans ses poèmes, il se disait lui-même « avoir précocement saisi le sens de la porte du Vide (śūnyatā) », montrant une certaine compréhension des principes bouddhistes. Durant ses dernières années, exilé à Longbiao, une région de l'ouest du Hunan aux paysages montagneux profonds et aux nombreux monastères, il fréquentait souvent les moines, cherchant consolation pour son âme dans les temples zen. Ce poème est une improvisation composée lors d'une visite à un monastère isolé. Le titre « Inscription dans la cellule d'un moine » indique qu'il fut écrit sur le mur d'une cellule monastique. Le poète, se trouvant dans ce temple zen, voyait les fleurs de palmier emplir la cour, la mousse s'infiltrer silencieusement dans la pièce ; les moines, assis en méditation face à face, pratiquaient en silence ; l'air semblait imprégné d'un parfum étrange – non un parfum mondain, mais un parfum « né de l'esprit » dans la méditation.
À cette époque, Wang Changling, dont la carrière était semée d'embûches, éloigné de la capitale, portait sans doute en lui un profond ressentiment. Mais dans ce temple zen, dans le silence des moines, dans ce « parfum étrange dans l'air », il trouva peut-être un moment de paix et de détachement. Ce poème est à la fois l'expression de sa compréhension de l'état zen et une consolation qu'il s'offre à lui-même.
Premier distique : « 棕榈花满院,苔藓入闲房。 »
Zōng lǘ huā mǎn yuàn, tái xiǎn rù xián fáng.
Les fleurs de palmier emplissent la cour ; / La mousse s'infiltre dans la paisible cellule.
Dès l'ouverture, un pinceau extrêmement dépouillé esquisse la sérénité et la vitalité du temple zen. « 棕榈花满院 » – Les fleurs de palmier s'épanouissent, le mot « 满 » (emplir) exprime à la fois l'abondance des fleurs et l'épanouissement de la vie. Ces fleurs sont un don de la nature, une parure pour le temple. Elles apportent couleur et vitalité à cette cour silencieuse et retirée.
« 苔藓入闲房 » – La mousse, plante qui croît en silence, « s'infiltre » dans la cellule monastique, non apportée par l'homme, mais s'étendant d'elle-même, furtivement. Le mot « 入 » (pénétrer, s'infiltrer) exprime le silence de la mousse, et aussi la vacuité de la cellule – parce que nul ne la dérange, la mousse peut ainsi croître librement.
Ce distique oppose « 满 » (plénitude) et « 入 » (pénétration), décrivant deux états différents de vie : le « 满 » des fleurs de palmier est exubérant, ardent ; le « 入 » de la mousse est discret, silencieux. Coexistant dans le temple zen, ils reflètent comme dans le monde des hommes le mouvement et le calme, l'apparent et le caché, trouvant ici inclusion et harmonie.
Second distique : « 彼此名言绝,空中闻异香。 »
Bǐ cǐ míng yán jué, kōng zhōng wén yì xiāng.
Les uns face aux autres, les mots se sont tus ; / Dans l'air, on perçoit un parfum singulier.
Ce distique passe de la description du paysage à l'expression de l'état intérieur, de l'état méditatif. « 彼此名言绝 » – Les moines sont assis face à face, mais sans parole. « 名言 » désigne le langage, les concepts. Dans la pratique zen, le langage est un obstacle, un attachement ; la vraie communication n'a pas besoin de mots, seulement d'une compréhension tacite des cœurs. Ce « 绝 » (cessation) est l'état qui transcende le langage, l'incarnation du principe zen de « ne pas s'appuyer sur les mots ».
« 空中闻异香 » – Dans un silence absolu, on perçoit comme un parfum singulier flottant dans l'air. Ce « parfum singulier » n'est pas un parfum mondain, ni le parfum des fleurs, mais le « parfum de l'esprit » qui naît de la méditation. Les écritures bouddhiques évoquent souvent les « parfums de la discipline, de la méditation, de la sagesse » ; parvenu à un certain état dans la pratique, l'esprit engendre une joie pure, qui se diffuse comme un parfum. Le poète utilise les trois mots « 闻异香 » (percevoir un parfum singulier) pour concrétiser en une expérience sensible cet état zen indicible.
Ce distique utilise le « 绝 » (cessation) du premier vers pour exprimer le silence, et le « 闻 » (percevoir) du second pour exprimer la sensation, accomplissant entre le silence et la sensation une expression poétique de l'état zen.
Lecture globale
Ce court poème, en une forme extrêmement brève de vingt caractères, réalise une description du temple zen et une compréhension de l'état méditatif. Les deux premiers vers décrivent le paysage, avec le « 满 » des fleurs de palmier et le « 入 » de la mousse, esquissant l'atmosphère à la fois sereine et vivante du temple zen ; les deux derniers vers décrivent l'état intérieur, utilisant « 名言绝 » pour le silence des moines, et « 闻异香 » pour l'état méditatif, transformant l'intention zen indicible en une expérience sensible.
Le langage du poème est concis, l'atmosphère est éthérée. Pas un vers ne parle explicitement de zen, mais chaque vers en est imprégné ; pas un terme bouddhique, mais l'esprit du Dharma s'en dégage partout. La confrontation entre « 满 » et « 入 », l'écho entre « 绝 » et « 闻 », sont l'expression profonde et subtile de la compréhension de l'état zen par le poète. Comparé aux poèmes de frontière héroïques et pathétiques de Wang Changling, ce poème est d'un style entièrement différent. Il nous montre que le poète qui chantait haut « 黄沙百战穿金甲 » pouvait aussi écrire des vers d'une sérénité si éthérée ; que le poète qui soupirait « 孤舟微月对枫林 » pouvait aussi trouver la paix intérieure dans un temple zen. Cette diversité de styles est précisément ce qui fait le charme de la poésie de Wang Changling.
Spécificités stylistiques
- Simplifier le complexe, richesse dans la concision : Vingt caractères contiennent le paysage du temple, l'état des moines, la perception du poète ; chaque mot pèse lourd, aucun n'est superflu.
- Interaction mouvement-calme, images subtiles : « 棕榈花满院 » décrit le mouvement (l'épanouissement), « 苔藓入闲房 » décrit le calme (la croissance) ; mouvement et calme se répondent avec délice.
- Combinaison réel-illusoire, atmosphère éthérée : « 彼此名言绝 » décrit le réel (les moines assis face à face), « 空中闻异香 » décrit l'illusoire (l'expérience méditative) ; le réel et l'illusoire s'engendrent mutuellement, offrant une saveur infinie.
- Le poème contient le zen, le zen contient le poème : Le poème ne comporte aucun terme bouddhique, mais l'esprit zen s'en dégage partout, atteignant l'état d'« union du poème et du zen ».
Éclairages
Ce poème nous enseigne d'abord les modes de communication dans le silence. « 彼此名言绝 » – Les moines face à face sans parole, mais les cœurs se comprennent. Dans la vie moderne bruyante, nous avons l'habitude de combler tous les vides avec des mots, oubliant que la vraie compréhension souvent n'en a pas besoin. Il nous dit : Parfois, ne pas parler permet d'entendre davantage. Dans le silence, nous pouvons sentir plus profondément les autres, nous-mêmes, le monde.
L'image de « 空中闻异香 » nous invite aussi à réfléchir aux expériences qui transcendent les sens. Ce « parfum singulier » n'est pas perçu par le nez, mais ressenti par le cœur. Cela nous révèle : De nombreuses choses dans la vie ne peuvent être perçues par les sens ordinaires, elles doivent être éprouvées par le cœur. Ces expériences en apparence immatérielles – l'amour, la beauté, la vérité, l'intention zen – sont souvent plus réelles et plus durables que l'existence matérielle.
La confrontation entre « 棕榈花满院 » et « 苔藓入闲房 » nous invite aussi à réfléchir aux relations entre l'exubérance et la retenue. Le « 满 » des fleurs de palmier est l'exubérance de la vie ; le « 入 » de la mousse est le silence de la vie. Coexistant dans le temple zen, ils se mettent mutuellement en valeur. Cela nous révèle : La vie a besoin à la fois de moments d'exubérance et de moments de silence. S'exprimer dans l'exubérance, accumuler des forces dans le silence, voilà l'état complet de la vie.
L'image du poète « percevant un parfum singulier » dans le temple zen est particulièrement évocatrice. Il n'est pas moine, pas maître zen, juste un fonctionnaire déçu, un voyageur errant. Mais à ce moment, dans la cour où s'épanouissent les fleurs de palmier, dans la cellule où s'infiltre la mousse, en compagnie du silence des moines, il perçoit ce « parfum singulier » qui transcende les mots. Cette perception est un cadeau qu'il s'offre à lui-même, et aussi un don que la vie lui fait. Cela nous apprend : même dans l'adversité, même le cœur troublé, on peut, à certains moments, en certains lieux, trouver la paix et le détachement intérieurs. Ce « parfum singulier » est toujours là, attendant seulement que nous le « percevions ».
À propos du poète

Wang Changling (王昌龄) était originaire de Xi'an, Shaanxi, vers 690 - vers 756 de notre ère. Il a été admis au rang de jinshi en 727. Les poèmes de Wang Changling traitent principalement des lieux frontaliers, des amours et des adieux, et il était très connu de son vivant. Il était connu sous le nom de « Sage des sept poèmes », au même titre que Li Bai.