Sieste d’un jour d’été de Liu Zongyuan

xia zhou ou zuo
    Au Sud, la moiteur de l’été enivre comme le vin.
Accoudé à la table, je dors profondément, la fenêtre du nord est ouverte.
À midi, seul je m’éveille, plus aucun bruit.
Le jeune garçon des collines, derrière les bambous, frappe le mortier à thé.

Poème chinois

「夏昼偶作」
南州溽暑醉如酒,隐几熟眠开北牖。
日午独觉无馀声,山童隔竹敲茶臼。

柳宗元

Explication du poème

Ce poème fut composé par Liǔ Zōngyuán durant son exil à Yǒngzhōu. En 805, l'année Yongzhen, à trente-trois ans, pour avoir participé à la « Réforme de Yongzhen » qui échoua, Liǔ Zōngyuán passa du poste de vice-ministre des Rites à celui de Sima (fonctionnaire subalterne) de Yǒngzhōu. Ce désastre politique le projeta aux marges de la société et fit bifurquer sa vie – des hauteurs de la cour aux lointaines rivières et lacs, du centre du pouvoir aux confins sauvages du Sud.

Yǒngzhōu était situé dans le sud du Hunan, l'été y était étouffant et humide, complètement différent de la sécheresse du Nord. À son arrivée, Liǔ Zōngyuán devait non seulement supporter la souffrance morale de l'échec politique, mais aussi s'adapter à l'épreuve physiologique de la « chaleur humide » du Sud. Ce poème décrit précisément un fragment de vie lors d'un tel après-midi d'été : une chaleur accablante, il ouvre la fenêtre nord et s'endort, appuyé sur sa table ; à son réveil, un silence absolu règne, seul le bruit d'un enfant de la montagne pilant du thé parvient de l'autre côté du bosquet de bambous. Cet instant quotidien en apparence tranquille contient en réalité la solitude de la vie d'exil et une profonde observation de la vie du peuple. Ce son du qiao chá jiù (pilant le thé) est à la fois le bruit réel de la vie montagnarde, mais aussi comme une question qui frappe au cœur sensible du poète.

Premier vers : « 南州溽暑醉如酒,隐几熟眠开北牖。 »
Nánzhōu rù shǔ zuì rú jiǔ, yǐn jī shú mián kāi běi yǒu.
Dans le Sud, la chaleur humide enivre comme un vin fort ; / J'ouvre la fenêtre nord, m'appuie sur la table et m'endors profondément.

L'ouverture utilise une comparaison étrange pour décrire la chaleur du Sud. Rù shǔ désigne un temps à la fois chaud et humide, caractéristique typique du Sud ; et les trois mots zuì rú jiǔ (enivre comme un vin fort) transforment la sensation physiologique en expérience psychologique – cette chaleur humide n'est pas une simple chaleur, mais comme l'ivresse, elle rend étourdi, somnolent, la conscience trouble. Ce mot zuì (ivre) décrit à la fois l'intensité de la chaleur et suggère un certain état de stupeur dans l'esprit du poète : après sa disgrâce, n'était-il pas dans une sorte d'« ivresse » de la vie ?

Le second vers décrit la manière dont le poète affronte la chaleur accablante : ouvrir la fenêtre nord pour aérer, s'appuyer sur la table et s'endormir profondément. Yǐn jī (s'appuyer sur la table) est la posture des anciens s'appuyant sur leur table, avec une part de nonchalance, une part de paresse ; shú mián (s'endort profondément) décrit un sommeil profond, dû à la fatigue causée par la chaleur, mais aussi à l'absence d'occupation. Ce vers décrit une routine quotidienne, mais révèle l'oisiveté de la vie d'exil – un fonctionnaire autrefois déterminé à réformer ne peut désormais que sombrer dans le sommeil en pleine chaleur de l'après-midi.

Deuxième vers : « 日午独觉无馀声,山童隔竹敲茶臼。 »
Rì wǔ dú jué wú yú shēng, shān tóng gé zhú qiāo chá jiù.
À midi, seul je m'éveille, plus aucun autre son, / Un enfant de la montagne, au-delà des bambous, pile du thé.

Ce vers est le point d'orgue du poème, écrivant le silence par le son, faisant ressortir la solitude par le mouvement. Rì wǔ dú jué (à midi, seul je m'éveille) indique le moment – midi, l'heure la plus chaude et la plus silencieuse de la journée. Les trois mots wú yú shēng (plus aucun autre son) décrivent pleinement le silence alentour – pas de bruit de char ni de cheval, pas de voix humaine, même le vent semble s'être arrêté. Ce silence est à la fois la réalité de l'environnement et le reflet de l'état intérieur du poète : exclu de la société dominante, placé dans un silence quasi-vide.

Pourtant, dans ce silence absolu, résonne un shān tóng gé zhú qiāo chá jiù (un enfant de la montagne, au-delà des bambous, pile du thé). Qiāo chá jiù est le son du pilage du thé, clair et rythmé ; gé zhú (au-delà des bambous) indique à la fois la distance et ajoute une impression de flou au son. Ce coup frappé brise le silence, mais ne le détruit pas – au contraire, il rend le silence plus palpable, tire le poète de son rêve, et lui fait prendre conscience : dans ce silence de l'après-midi, il y a encore quelqu'un (l'enfant de la montagne) qui travaille sans relâche.

Il est à noter que shān tóng (enfant de la montagne) est un enfant des collines, un membre du peuple laborieux. Il ne se repose pas à cause de la chaleur, il continue de s'affairer pour subsister. Et le poète, en tant que fonctionnaire disgracié, bien que dans la difficulté, a encore la possibilité de yǐn jī shú mián (s'appuyer sur la table et s'endormir profondément). Ce son du pilage du thé constitue involontairement une mise en contraste de deux états d'existence : l'un est le lettré qui s'éveille de la sieste, l'autre l'enfant qui travaille avec diligence ; l'un goûte la solitude dans le calme, l'autre perpétue la vie dans le mouvement. Le poète ne le dit pas explicitement, mais ce contraste apparaît naturellement, insufflant au poème entier une signification profonde.

Lecture globale

Ce petit poème de seulement vingt-huit caractères contient pourtant de nombreuses strates dans un format extrêmement concis. Le premier vers décrit la chaleur, utilisant la comparaison zuì rú jiǔ (enivre comme un vin fort) pour psychologiser la sensation physiologique ; le second vers décrit le sommeil, esquissant avec yǐn jī shú mián l'état de détente du poète l'après-midi ; le troisième vers décrit le réveil, créant avec wú yú shēng un silence absolu ; le dernier vers décrit le son, avec qiāo chá jiù (pile du thé) comme point d'orgue, donnant vie à toute la scène.

Le poème entier va de l'intérieur vers l'extérieur, du calme au mouvement. Les deux premiers vers sont l'état du poète lui-même – chaleur, fatigue, sommeil ; les deux derniers sont la perception du poète à son réveil – silence, son, réflexion. Et ce son de qiāo chá jiù est à la fois une description réelle et un symbole : il brise le silence de l'après-midi, et brise aussi une certaine torpeur dans le cœur du poète ; il tire le poète de son sommeil profond, et lui fait aussi prendre conscience du lien subtil et de la distance qui l'unissent au shān tóng (enfant de la montagne).

Liǔ Zōngyuán n'émet aucun commentaire dans le poème, mais il laisse le lecteur percevoir ses émotions complexes : une résignation acceptée face à la vie d'exil, une observation aiguë des souffrances du peuple, et une certaine autodérision concernant son statut d'« oisif ». Cette méthode suggestive d'exprimer les sentiments par le paysage, de transmettre l'intention par le son est précisément ce qui fait la grandeur de la poésie de Liǔ Zōngyuán.

Spécificités stylistiques

  • Comparaison étrange, sensation forte : Les cinq mots rù shǔ zuì rú jiǔ (la chaleur humide enivre comme un vin fort) décrivent de façon frappante la chaleur humide de l'été dans le Sud, la faisant ressentir au lecteur.
  • Écrire le silence par le son, calme et mouvement s'engendrent : Le dernier vers shān tóng gé zhú qiāo chá jiù utilise un coup frappé pour faire ressortir le silence de l'après-midi, rendant le calme encore plus profond.
  • Contraste implicite, sens au-delà des mots : La détente de la sieste du poète et l'âpreté du labeur de l'enfant de la montagne forment un contraste discret, qui donne à réfléchir.
  • Langage simple, atmosphère profonde : Le poème entier ne comporte pas de mots difficiles, il parle comme dans la conversation, mais contient une riche dimension psychologique et un souci social.

Éclairages

Ce poème nous enseigne d'abord la capacité à découvrir l'extraordinaire dans l'ordinaire. Un après-midi d'été, un réveil de sieste, un bruit de pilage du thé – ces fragments de vie des plus ordinaires deviennent sous la plume de Liǔ Zōngyuán une œuvre qui traverse les siècles. Cela nous dit : la poésie n'est pas dans le lointain, elle est dans les détails de la vie quotidienne. Pour peu que nous ressentions et observions avec attention, les moments les plus banals peuvent contenir les émotions les plus profondes.

Le son de shān tóng gé zhú qiāo chá jiù dans le poème nous invite aussi à réfléchir à la relation dialectique entre le son et le silence. Le poète utilise un coup frappé pour faire ressortir le silence absolu de l'après-midi ; et ce silence est précisément l'extériorisation de la solitude intérieure du poète. Dans la vie moderne bruyante, nous craignons souvent le silence, comblant le temps de toutes sortes de sons. Mais le poème de Liǔ Zōngyuán nous rappelle : le silence n'est pas le vide, c'est l'espace où l'âme peut se déposer. Ce n'est que dans le silence que nous pouvons vraiment entendre les battements de notre cœur, et aussi entendre la signification profonde de ce lointain qiāo chá jiù.

Ce poème nous enseigne aussi à prêter attention à ceux qui sont négligés. Shān tóng (l'enfant de la montagne) n'est qu'une image furtive dans le poème, sans visage, sans parole, seulement un bruit de pilage du thé. Mais c'est précisément cette silhouette floue qui donne toute sa profondeur au poème – elle nous rappelle qu'en dehors de la détente de la sieste du poète, il y a des gens qui travaillent sans relâche ; en dehors du monde spirituel des lettrés, il y a la vie matérielle du peuple. Liǔ Zōngyuán ne développe pas, mais ce coup frappé suffit à faire prendre conscience au lecteur attentif du contraste entre deux états d'existence, et de la signification sociale sous-jacente à ce contraste.

Cette acuité et cette chaleur maintenues au sein de la difficulté sont particulièrement émouvantes. Liǔ Zōngyuán, exilé à Yǒngzhōu, avait toutes les raisons d'être abattu, insensible, de se plaindre du sort. Mais il ne l'a pas fait, il a conservé une sensibilité aiguë au monde – il a ressenti la sensation physique de rù shǔ zuì rú jiǔ, il a entendu le son de shān tóng qiāo chá jiù, et de ce son, il a perçu une autre vie. Cette capacité à garder les sens ouverts, à rester connecté au monde même dans la souffrance, est la meilleure façon de résister au désespoir. Cela nous rappelle : quel que soit notre situation, ne fermons pas nos sens, n'arrêtons pas de ressentir et de nous soucier du monde.

À propos du poète

liu zong yuan

Liu Zongyuan (柳宗元 773 - 819), originaire de Hedong (aujourd'hui Yuncheng, dans la province du Shanxi), il fut un éminent promoteur du Mouvement pour la prose ancienne sous la dynastie des Tang. Il obtint le titre de jinshi (docteur) la neuvième année de l'ère Zhenyuan. Sa prose se distingue par un style vigoureux et épuré, tandis que sa poésie est marquée par une sobriété et une mélancolie singulière. Avec Han Yu, il forme le duo célèbre "Han-Liu" et figure parmi les "Huit grands maîtres des dynasties Tang et Song". La postérité loue en lui l'adage : "Son écriture reflète sa personnalité : sobre, raffinée et profonde."

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