Au bord de l’étang, après l’éclaircie, maints paysages limpides ;
Sous le pont, la fraîcheur venue, un bon vent à suffisance.
Une paire de grues d’automne, un seul bateau,
Au cœur de la nuit, ils se tiennent compagnie dans le clair de lune.
Poème chinois
「舟中夜坐」
白居易
潭边霁后多清景,桥下凉来足好风。
秋鹤一双船一只,夜深相伴月明中。
Explication du poème
Ce poème, dont la date de création est difficile à déterminer avec précision, relève par son atmosphère sereine et limpide, et son état de fusion avec la nature, des œuvres de la maturité et de la vieillesse de Bai Juyi, période où son état d'esprit s'était tourné vers la paix et la détachement. Le poète, ayant alors pleinement assimilé la voie de la « retraite discrète » (zhongyin), était loin des troubles de la cour, s'adonnant aux paysages et à la nature. Ce poème ressemble à une peinture à l'encre de lettré, aux traits simples et profonds, où l'esquisse de scènes presque photographiques contient une acceptation profonde de la solitude, un choix actif de la quiétude, et une atteinte sereine à l'état d'union entre le Ciel et l'Homme.
Premier distique : « 潭边霁后多清景,桥下凉来足好风。 »
tán biān jì hòu duō qīng jǐng, qiáo xià liáng lái zú hǎo fēng.
Bord d'étang après l'éclaircie, multiples clairs paysages ; Sous le pont, fraîcheur venue, brise bonne et suffisante.
L'ouverture, d'un ton simple et posé, déploie l'environnement et les sensations de la veillée nocturne. « Bord d'étang » et « Sous le pont » indiquent un lieu concret et modeste, non des monts et rivières célèbres, mais des étendues d'eau ordinaires, révélant l'état d'esprit du poète, satisfait de paysages communs. « Après l'éclaircie » précise le moment — une averse vient de cesser, l'air est purifié, les choses sont comme lavées, fournissant la base physique et psychologique à la « clarté » des « clairs paysages ». Dans « brise bonne et suffisante », le caractère « suffisante » (足) est particulièrement subtil : il exprime une forme de contentement et de satiété. Cette brise n'est ni trop forte ni trop faible, juste ce qu'il faut, parfaitement à son goût. Ces deux vers, sans la moindre emphase, transmettent avec précision un sentiment de confort et de satisfaction, celui d'être apaisé par la nature de façon juste et complète, corps et esprit en harmonie.
Second distique : « 秋鹤一双船一只,夜深相伴月明中。 »
qiū hè yī shuāng chuán yī zhī, yè shēn xiāng bàn yuè míng zhōng.
Une paire de grues d'automne, une seule barque, Au plus profond de la nuit, compagnes dans la clarté lunaire.
Ce distique fait passer de la description de l'environnement à la présence du sujet, et construit l'atmosphère essentielle du poème. Le poète, d'une touche extrêmement calme et objective, aligne trois images : « une paire de grues d'automne », « une seule barque », « dans la clarté lunaire ». Le contraste des quantificateurs (« paire » et « une ») semble évoquer la solitude, mais le verbe « compagnes » (相伴) renverse complètement cette tristesse potentielle. « Compagnes », qui accompagne qui ? Les grues accompagnent-elles la barque ? Le poète accompagne-t-il les grues et la lune ? Ou tous les éléments sous la lune — y compris le poète lui-même — forment-ils ensemble un monde harmonieux où chacun accompagne l'autre, fusionnant en un tout ? La réponse est clairement la dernière. La noblesse et la solitude retirée des grues d'automne, l'errance sans attaches de la petite barque, l'éclat éternel et pur de la lune, en cette nuit profonde, transcendent les limites entre l'objet et le moi, fusionnant en une communauté de vie tranquille et autosuffisante. « Au plus profond de la nuit » renforce le sentiment de silence temporel, tandis que « dans la clarté lunaire » est comme une scène baignée d'une douce lumière, conférant à cette rencontre silencieuse une lumière sacrée et poétique.
Appréciation globale
Ce quatrain heptasyllabique est une œuvre exemplaire de la poésie de « quiétude et d'aise » (xianshi) de Bai Juyi, atteignant le sommet artistique du « plus c'est simple, plus c'est profond ; plus c'est sobre, plus c'est lointain ». La structure du poème ressemble à la composition « en perspective aplatie » de la peinture chinoise : le premier distique crée une atmosphère de base, vaste et paisible, comme l'arrière-plan et le plan moyen d'un tableau, après la pluie le vent est frais, l'esprit et le paysage sont limpides ; le second distique est le point focal et l'âme du tableau, quelques images épurées (grues, barque, lune) juxtaposées sous l'égide de la lune claire, formant des relations spatiales et une signification philosophique profondes. Le poète ne fait pas que « s'asseoir la nuit » pour contempler le paysage, il fait de son « assise nocturne » une partie intégrante du paysage, réalisant la sublimation de « l'observation des choses » à « la fusion avec les choses ». Aucun vers n'exprime directement de sentiment, pourtant le sentiment de quiétude, la beauté de la solitude, la pensée de l'harmonie débordent du papier ; aucun endroit ne discourt de raison, pourtant la philosophie de vie de l'unité entre l'objet et le moi, du contentement apportant le bonheur, y est tout entière contenue.
Spécificités stylistiques
- Unité du procédé de description réaliste et de la profondeur de l'atmosphère : Le langage du poème est d'une simplicité extrême, proche de la langue parlée, n'utilisant que la juxtaposition de noms et de verbes simples (bord d'étang, sous le pont, grues, barque, lune), presque sans ornement ni hyperbole. Pourtant, c'est précisément cet art de la « réduction du trait », comme les vides laissés dans la peinture à l'encre, qui offre un espace infini à l'imagination du lecteur et à la génération de l'atmosphère, atteignant le plus haut niveau du « retour à la simplicité après l'extrême splendeur ».
- Sélection et art de la juxtaposition des images : « Grues d'automne », « barque solitaire », « clarté lunaire » sont toutes des images riches de sens dans la poésie classique. La grue symbolise la noblesse, la longévité et l'érémitisme ; la barque symbolise l'errance, la liberté et le voyage ; la lune symbolise l'éternité, la clarté et la nostalgie. Le poète les extrait de leur contexte traditionnel souvent empreint de mélancolie, et les rejuxxtapose dans la structure actuelle de la « compagnie nocturne », leur conférant une relation nouvelle, pleine de quiétude et de complicité, renouvelant ainsi leur connotation.
- Signification philosophique du contraste numérique : Le contraste entre « une paire » et « une seule », à première vue, est une différence, mais dans le contexte de « compagnes » et de « dans la clarté lunaire », la différence est estompée, transformée en une harmonie de coexistence plurielle et de satisfaction de sa condition. Cela reflète la capacité du poète à transcender le sentiment de solitude des affaires humaines mondaines, pour atteindre le niveau philosophique de l'échange spirituel avec tous les êtres de l'univers.
- Conclusion des sentiments dans le paysage, résonance prolongée : Le poème s'achève sur l'image claire et éternelle de « dans la clarté lunaire », englobant tous les paysages clairs, la brise fraîche, les grues d'automne, la barque solitaire évoqués précédemment, dans une lumière indifférenciée et silencieuse. Les sentiments et les pensées ne sont pas exprimés directement, mais se diffusent avec cette clarté lunaire, prolongée et inépuisable, réalisant véritablement le « vers fini mais le sens inépuisable ».
Éclairages
Cette œuvre révèle une solitude supérieure et une quiétude profonde, accessibles seulement après l'expérience de la vie. La « solitude » (la barque unique) dans le poème n'est pas la désolation de l'isolement, mais un calme activement choisi ; la « compagnie » (avec les grues, avec la lune) n'est pas non plus une chaleur bruyante, mais une reconnaissance et une complicité au niveau spirituel. Elle révèle une vérité : Lorsqu'une personne a suffisamment de richesse intérieure et de clarté, elle peut transformer sa propre « solitude » en point de départ d'une « coexistence » avec une existence plus vaste.
À travers ce petit poème, Bai Juyi nous dit que la joie et la satisfaction de la vie peuvent provenir des dons les plus infimes de la nature (« brise bonne et suffisante »), peuvent provenir des moments de solitude les plus silencieux de la nuit profonde. La véritable quiétude n'est pas l'oisiveté, mais la capacité, dans les situations les plus simples, de maintenir la sensibilité et l'ouverture de l'esprit, pour ainsi atteindre la résonance avec le rythme de l'univers. Cet état de « compagnes dans la clarté lunaire » au plus profond de la nuit est une sagesse qui consiste à se fondre dans l'univers tout en reconnaissant sa propre petitesse. Il nous rappelle que, dans un monde agité, nous pouvons peut-être occasionnellement faire une pause, nous asseoir tranquillement dans notre propre « barque » une nuit, pour ressentir cette « claire scène », cette « bonne brise », et la « compagnie » silencieuse de tous les êtres sous la clarté lunaire. Cette abondance dans le silence est peut-être ce dont l'âme moderne manque le plus, et aussi ce qui la nourrit le plus précieusement.
À propos du poète

Bai Juyi (白居易), 772 - 846 après J.-C., est le poète le plus prolifique de la dynastie Tang, avec des poèmes dans les catégories des oracles satiriques, de l'oisiveté, du sentimentalisme et des rythmes divers, et le poète le plus influent après Li Bai Du Fu (李白杜甫).