À la recherche de l’ermite, sans le rencontrer de Jia Dao

xun yin zhe bu yu
    Sous le pin, j’interroge le jeune disciple.
« Le maître, dit-il, est parti cueillir des herbes.
Il est seulement dans cette montagne.
Mais les nuages sont profonds, on ne sait où. »

Poème chinois

「寻隐者不遇」
松下问童子,言师采药去。
只在此山中,云深不知处。

贾岛

Explication du poème

Ce poème célèbre est l'œuvre de Jiǎ Dǎo, un poète de la dynastie Táng, composé probablement durant la période où, après avoir quitté la vie monastique, il voyageait dans les forêts et les montagnes. Moine dans sa jeunesse sous le nom religieux de Wúběn, Jiǎ Dǎo fréquentait assidûment ermites, taoïstes et moines, nourrissant un désir profond pour la vie retirée dans les forêts et les montagnes. Plus tard, bien qu'ayant quitté les ordres grâce à l'estime de Hán Yù, sa carrière fut semée d'embûches, échouant à plusieurs reprises aux examens, sa vie entière marquée par la difficulté. À la mi-fin de la dynastie Táng, la cour était corrompue, les gouverneurs militaires se partageaient le territoire, les guerres étaient fréquentes, et les contradictions sociales s'intensifiaient jour après jour. De nombreuses personnes talentueuses et ambitieuses avaient du mal à réaliser leurs aspirations et se tournaient plutôt vers le renoncement au monde et la vie retirée, confiant leurs sentiments aux paysages. Les poèmes de Jiǎ Dǎo décrivent souvent la solitude des forêts et des montagnes, ainsi que ses échanges avec des ermites et des moines, reflétant précisément son aspiration à cette vie érémitique et son impuissance face à la réalité.

L'ermite que ce poème cherche à visiter est probablement un ami hors du monde commun de Jiǎ Dǎo, vivant au fond des montagnes. Le poète, attiré par sa réputation, s'y rend, mais ne le rencontre pas, n'échangeant que quelques brèves paroles avec un jeune serviteur sous un pin. Ce regret de « ne pas rencontrer » a donné naissance au « vide » le plus célèbre de l'histoire de la poésie – ces cinq mots, « 云深不知处 », dissimulent tout, entre les nuages et la brume, la transcendance de l'ermite, la profondeur des montagnes et la mélancolie du poète.

Premier distique : « 松下问童子,言师采药去。 »
Sōng xià wèn tóng zǐ, yán shī cǎi yào qù.
Sous le pin, j'interroge le jeune serviteur ;
Il dit : « Mon maître est parti cueillir des herbes. »

L'attaque, avec les deux mots « 松下 » (sous le pin), esquisse une atmosphère environnementale calme et retirée. Le pin symbolise souvent la noblesse et la constance ; le poète s'enquiert sous le pin, indiquant déjà son admiration pour le caractère de l'ermite. Le poète omet ses propres questions, ne présentant que la réponse du jeune serviteur – « 言师采药去 » (Il dit : « Mon maître est parti cueillir des herbes »). Ces deux mots « 采药 » (cueillir des herbes) sont à la fois le reflet de la vie quotidienne de l'ermite et sous-entendent son mode de vie transcendant, en compagnie de la nature. Entre la question et la réponse, le poète arrive alors que l'ermite est déjà parti, le sentiment de regret germe déjà en silence.

Second distique : « 只在此山中,云深不知处。 »
Zhǐ zài cǐ shān zhōng, yún shēn bù zhī chù.
« Il est seulement dans cette montagne, »
Mais les nuages sont profonds, on ne sait où. »

Ce distique poursuit le sens poétique grâce à la réponse continue du jeune serviteur. Le vers « 只在此山中 » (Il est seulement dans cette montagne) laisse au poète une lueur d'espoir – l'ermite n'est pas parti loin, il est dans cette montagne. Pourtant, le suivant « 云深不知处 » (Mais les nuages sont profonds, on ne sait où) efface doucement cet espoir. Les mots « 云深 » (les nuages sont profonds) décrivent à la fois le spectacle réel des nuages et de la brune enveloppant la montagne, et évoquent symboliquement le monde spirituel transcendant de l'ermite. Ces nuages séparent l'ermite du monde profane, et séparent aussi le poète de l'ermite ; ce « 不知处 » (on ne sait où) est à la fois l'inconnaissable de la localisation et l'inaccessible de l'état d'être. Bien que le poète n'ait pas rencontré l'ermite, c'est dans l'atmosphère de « 云深不知处 » qu'il rencontre l'esprit de l'ermite.

Lecture globale

Ceci est un chef-d'œuvre absolu dans la poésie de Jiǎ Dǎo, et un modèle dans l'histoire de la littérature chinoise pour maîtriser la complexité par la simplicité, et vaincre le multiple par le peu. L'ensemble du poème, en quatre vers et vingt caractères, commence par une « question », se poursuit par une « réponse », opère un revirement avec « être là », et conclut par « ne pas savoir », élevant une simple expérience de visite infructueuse en un éloge du monde de l'érémitisme.

Structurellement, le poème présente une technique unique de « dissimuler la question dans la réponse ». Le poète omet ses propres questions, permettant au lecteur de les déduire naturellement à travers les trois réponses du jeune serviteur – « cueillir des herbes », « dans cette montagne », « nuages profonds, on ne sait où ». Cette omission rend le sens poétique plus implicite et plein de sens, laissant aussi un riche espace à l'imagination. Les trois réponses progressent couche par couche : la première informe de la direction, la seconde confirme la zone, la troisième pourtant conclut par « ne pas savoir », dissipant doucement l'espoir des deux premières.

Du point de vue de l'intention, le cœur de ce poème réside dans la « rencontre » au sein du « ne pas rencontrer ». Le poète n'a pas rencontré l'ermite, mais dans l'atmosphère de « 云深不知处 », il a rencontré le monde spirituel de l'ermite ; il n'a pas pu le voir, mais dans l'échange sous le pin, il a perçu la transcendance et la noblesse de l'ermite. Cette « rencontre dans la non-rencontre » est plus suggestive qu'une rencontre ordinaire, et correspond mieux à la nature même de l'ermite qui « ne cherche pas à être connu ». Tout comme Táo Yuānmíng disait : « 此中有真意,欲辨已忘言 », le poème de Jiǎ Dǎo dissimule, lui aussi, cette aspiration à l'érémitisme et cette impuissance face à la réalité, dans la profondeur des nuages.

Du point de vue de la technique artistique, ce qu'il y a de plus touchant dans ce poème réside dans l'implicite de « dire sans dire ». Le poète n'exprime pas un seul sentiment, ne dévoile pas une seule émotion, se contentant d'enregistrer sobrement un échange de questions et réponses. Pourtant, c'est précisément dans cet enregistrement sobre que l'admiration, l'aspiration, la mélancolie, la sérénité du poète apparaissent l'une après l'autre. Cette silhouette sous le pin, cette réponse du jeune serviteur, ces nuages dans la montagne, forment ensemble un monde émotionnel complet, dans lequel le lecteur peut s'attarder et se perdre.

Spécificités stylistiques

  • Dissimuler la question dans la réponse, implicite et plein de sens : Le poète omet les questions, ne faisant avancer le sens poétique qu'à travers les trois réponses du jeune serviteur, permettant au lecteur de déduire naturellement les questions, une technique ingénieuse, au charme durable. Sans écrire un mot de question, on obtient toute l'élégance.
  • Réel et symbolique s'engendrent, atmosphère profonde et lointaine : « 云深不知处 » est à la fois une description réaliste et un symbole ; c'est un langage de paysage, mais aussi un langage d'émotion. Entre réel et symbolique, l'atmosphère se déploie entièrement. Le réel contient le symbolique, le symbolique contient le réel.
  • Langage concis, sens riche : Vingt caractères en tout, pourtant contenant tout le processus de la visite, l'image de l'ermite, la profondeur des montagnes, les émotions du poète. Brièveté et concision, chaque mot est un joyau.
  • Progression par étapes, revirement habile : Les trois réponses vont de « parti » à « être là » puis à « ne pas savoir », progressant couche par couche, pour finalement conclure par « ne pas savoir », approfondissant le sens poétique dans le revirement. Dans la progression, on voit les niveaux ; dans le revirement, se révèle l'ingéniosité.
  • Conclure les émotions par le paysage, résonance durable : Le dernier vers « 云深不知处 » conclut par un langage de paysage, dissimulant une mélancolie et une aspiration infinies entre les nuages et la brume, laissant un goût infini. Conclure les émotions par le paysage, l'écho résonne longtemps.

Éclairages

Ce poème, à travers l'expérience d'une visite infructueuse, exprime l'expérience universelle de la vie de « chercher sans obtenir », et offre aussi des enseignements profonds aux générations futures. Il nous fait réfléchir à la relation dialectique entre « rencontre » et « non-rencontre ». Le poète, plein d'attente, se rend rendre visite, mais ne peut le rencontrer. Un homme ordinaire aurait peut-être été déçu, se serait plaint. Mais Jiǎ Dǎo, dans cette « non-rencontre », a rencontré la brise fraîche sous le pin, a rencontré la réponse du jeune serviteur, a rencontré l'atmosphère de « 云深不知处 ». Il nous enseigne : beaucoup de « non-rencontres » dans la vie sont peut-être une autre forme de « rencontre ». Ce que l'on cherche sans obtenir n'est pas nécessairement le plus précieux ; ce que l'on obtient par hasard peut au contraire devenir une poésie éternelle.

L'atmosphère de « 云深不知处 » dans le poème nous fait réfléchir à la relation entre « distance » et « aspiration ». L'ermite est dans la montagne, mais ne peut être vu à cause de l'obstacle des nuages. Cet état de « visible mais inaccessible » stimule précisément une aspiration plus profonde chez le poète. Ces nuages sont à la fois un obstacle et une protection – ils séparent l'ermite du monde profane, protégeant cette quiétude transcendante. Il nous dit : certaines beautés brillent justement parce qu'elles maintiennent une distance ; certains états font justement rêver éternellement parce qu'on ne peut les atteindre facilement.

Plus profondément, ce poème nous fait aussi voir la véritable signification de l'esprit érémitique. L'ermite « cueille des herbes » dans la montagne, non pour fuir, mais pour chercher ; non pour se cacher, mais pour fusionner avec la nature. Il est « 只在此山中 », mais « 云深不知处 » – c'est un état d'être dans le monde profane tout en le transcendant. Il nous enseigne : le véritable érémitisme ne réside pas dans l'endroit où l'on se trouve, mais dans l'état d'esprit. Même au milieu de l'agitation de la ville, tant qu'on a dans son cœur la clarté de « 云深不知处 », on peut rencontrer spirituellement l'ermite.

À propos du poète

Jia Dao

Jia Dao (贾岛 779 - 843), originaire des environs de l'actuelle Pékin, fut un célèbre poète de la dynastie des Tang Moyens. Dans sa jeunesse, il devint moine bouddhiste sous le nom dharma Wuben. Plus tard, il retourna à la vie laïque pour se présenter aux examens impériaux, mais il ne les réussit jamais de toute sa vie. Dans ses dernières années, il servit comme Registraire du comté de Changjiang, gagnant le surnom de « Jia Changjiang ». Il était célèbre pour sa « composition laborieuse » (ku yin), et avec Meng Jiao, ils étaient connus sous le nom de « le froid de Meng, la maigreur de Jia ». Sa poésie recherchait le raffinement méticuleux de chaque mot et vers. Ses poèmes dépeignent souvent des paysages désolés, arides et solitaires, excellant dans la forme du vers régulé de cinq caractères. Il exerça une profonde influence sur les poètes ultérieurs de la « composition laborieuse », tels que Li Dong des Tang Tardifs et les « Quatre Lings » des Song du Sud.

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