Regarder les fleurs avec un ami de Zhu Qingyu

tong you ren kan hua
    Chercher les fleurs sans demander si le printemps est profond ou léger.
Fût-ce une rougeur fanée, elle aussi entre dans le poème.
À chaque arbre, faire le tour une fois.
Dans le jardin de qui, c’est le moment où il y en a le plus ?

Poème chinois

「同友人看花」
寻花不问春深浅,纵是残红也入诗。
每个树边行一匝,谁家园里最多时。

朱庆馀

Explication du poème

Ce poème fut composé par Zhū Qìngyú pendant ses années de retraite à Yuèzhōu. Après avoir démissionné et regagné son pays natal, libéré des tracas mondains, il avait coutume de partir en excursion dans les montagnes avec quelques amis, à la recherche de fleurs et de lieux paisibles. À cette époque, il avait complètement abandonné toute attache à sa carrière officielle, et ne comptait plus l'écoulement des ans. En repensant au passé, lui aussi, comme tous les lettrés sous le ciel, s'était jadis acharné à la quête de titres et d'honneurs, préoccupé par les gains et les pertes, cherchant toujours le « moment optimal » pour chaque chose : les examens impériaux devaient être tentés jeune, entrer dans l'administration le plus tôt possible, et même admirer les fleurs, il fallait le faire au pic de leur floraison. Cependant, après des décennies de vicissitudes dans le monde administratif, il comprit enfin : la vie a-t-elle tant de moments « parfaitement opportuns » ? Plutôt que d'attendre avec peine le soi-disant meilleur moment, mieux vaut se mettre en route à tout instant, et apprécier à tout instant.

Un jour de printemps, il partit en excursion avec des amis. Sans choisir délibérément la date, ni s'enquérir à l'avance de l'endroit où les fleurs seraient les plus éclatantes, ils partirent simplement au gré de leur humeur. Traversant bois après bois de fleurs, ils virent que certaines étaient déjà sur le déclin, leurs pétales tombant en nombre, ce qui aux yeux des autres n'était que « fleurs fanées et saules flétris ». Zhū Qìngyú n'en éprouva pourtant nul regret, s'arrêtant au contraire pour observer attentivement cette apparence de fleurs prêtes à tomber mais ne l'étant pas encore, allant même jusqu'à proposer de les inclure dans un poème. Cette attitude de « ne pas s'enquérir de la profondeur du printemps » est le reflet fidèle de son état d'esprit de ses dernières années : ne plus s'attacher au moment « le meilleur », ne plus compter les gains et pertes ni la perfection ou l'imperfection, mais s'accommoder des circonstances, découvrir et chérir la beauté dans chaque instant présent. Avec ses amis, à chaque pied d'arbre en fleurs, ils faisaient le tour lentement, le contemplant longuement, allant même jusqu'à comparer dans quel jardin les fleurs duraient le plus longtemps, étaient les plus éclatantes. Ce geste en apparence puéril était en réalité, après avoir connu les hauts et les bas de la vie, avoir enfin appris à faire la paix avec le temps — les fleurs ont leur heure pour s'épanouir, leur heure pour tomber, il faut apprécier l'épanouissement comme la chute, tout est juste comme il faut.

Premier distique : « 寻花不问春深浅,纵是残红也入诗。 »
Xún huā bù wèn chūn shēn qiǎn, zòng shì cán hóng yě rù shī.
Chercher les fleurs sans s'enquérir si le printemps est avancé ou tardif,
Même si ce n'est que rouge fané, on peut encore l'introduire dans un poème.

Dès l'ouverture, le poème révèle l'attitude unique du poète face à la contemplation des fleurs. « 寻花不问春深浅 », un « 不问 » (ne pas s'enquérir) rejette complètement l'esprit utilitaire commun — les gens ordinaires admiraient les fleurs en choisissant toujours la meilleure saison, la plus belle forme ; le poète, lui, s'en moquait, début du printemps ou fin du printemps, du moment qu'on partait à la recherche, c'était significatif. Le vers suivant, « 纵是残红也入诗 », va plus loin : le rouge fané (cánhóng), c'est lorsque la fleur est sur le point de faner sans l'être encore, aux yeux des gens ordinaires c'est déjà quelque chose de « gâchant le plaisir » ; le poète dit pourtant « 也入诗 » (on peut encore l'introduire dans un poème) — ces pétales fanés ont aussi leur beauté, méritent aussi d'être décrits, d'être gardés en mémoire. Ces deux mots, « 纵是 » (même si), sont « l'œil » de tout le poème : il ne s'agit pas d'aimer seulement la splendeur de la pleine floraison, mais aussi d'accepter le déclin ; il ne s'agit pas d'apprécier seulement la perfection, il y a aussi de la poésie dans l'imperfection.

Second distique : « 每个树边行一匝,谁家园里最多时。 »
Měi gè shù biān xíng yī zā, shuí jiā yuán lǐ zuì duō shí.
À chaque arbre faire le tour une fois,
Voir dans le jardin de qui elles sont, à leur apogée, les plus nombreuses.

Ce distique passe de l'attitude à l'action, décrivant l'attitude concrète de la contemplation des fleurs. « 每个树边行一匝 » décrit la concentration avec laquelle lui et ses amis regardaient les arbres en faisant le tour — ce n'était pas un regard distrait, mais ils faisaient le tour de chaque arbre, le contemplant sous différents angles ; ces trois mots, « 行一匝 » (faire le tour une fois), expriment le temps suspendu, et aussi une attention quasi obsessionnelle. Le vers suivant, « 谁家园里最多时 », décrit comment, tout en regardant, ils comparaient, s'intéressant même à savoir dans quel jardin les fleurs étaient les plus éclatantes, duraient le plus longtemps. Ces trois mots, « 最多时 » (les plus nombreuses à leur apogée), semblent compter, mais révèlent en réalité un attachement et un désir de garder la beauté — ce n'était pas une compétition, mais le souhait de se souvenir de la fleur dans son plus bel éclat, de la regarder encore quelques instants avant qu'elle ne tombe. À ce point du poème, la simplicité et l'émotion avec lesquelles sont décrits l'obsession et l'authenticité d'un amateur de fleurs sont touchantes.

Lecture globale

Ceci est un petit poème de la vieillesse de Zhū Qìngyú, extrêmement riche en saveur de la vie quotidienne. L'ensemble du poème, en quatre vers et vingt-huit caractères, prend comme fil conducteur la « recherche des fleurs », fusionnant l'attitude du poète qui, indifférent à la saison, méprisant l'apogée et le déclin, contemple les fleurs, avec l'état d'esprit obsessionnel de celui qui fait le tour des arbres pour les regarder avec attention, s'attardant sans vouloir partir, révélant son état d'esprit de ses dernières années, s'accommodant des circonstances, découvrant la poésie dans l'ordinaire.

Structurellement, le poème présente une progression de l'attitude à l'action. Le premier distique décrit « l'intention de regarder les fleurs » — ne pas s'enquérir de la profondeur du printemps, introduire même le rouge fané dans un poème, c'est la transcendance au niveau spirituel ; le second distique décrit « l'acte de regarder les fleurs » — faire le tour de l'arbre, compter l'apogée, c'est l'engagement au niveau comportemental. Entre les deux vers, on passe de l'intention à l'acte, du principe à l'action, progressant couche par couche, formant un tout cohérent.

En termes d'intention, le cœur de ce poème réside dans l'écho entre « 不问 » (ne pas s'enquérir) et « 纵是 » (même si). Ce « 不问春深浅 » (ne pas s'enquérir si le printemps est avancé ou tardif) est l'abandon de l'attachement au « moment optimal » ; ce « 纵是残红也入诗 » (même si ce n'est que rouge fané, on peut encore l'introduire dans un poème) est l'ouverture d'esprit qui accepte l'imperfection. Entre ce « 不问 » et ce « 纵是 » se cache l'attitude du poète face à la vie : il ne s'agit pas d'aimer seulement la force de l'âge, le crépuscule a aussi son paysage ; il ne s'agit pas de rechercher seulement l'accomplissement, l'imperfection aussi est réalité.

D'un point de vue artistique, ce qui est le plus touchant dans ce poème réside dans le pinceau simple de « décrire un cœur paisible par une chose ordinaire ». Le poète ne décrit pas de fleurs ou d'herbes rares, rien d'extraordinaire, seulement la banale contemplation des fleurs avec des amis ; il n'exprime pas d'émotions exaltées, seulement avec des expressions familières comme « 行一匝 » (faire le tour) et « 最多时 » (les plus nombreuses à leur apogée). Pourtant, c'est précisément cette banalité et cette simplicité qui rendent l'état décrit dans le poème particulièrement réel, particulièrement familier. La sérénité de ce « 纵是残红也入诗 », l'obsession de ce « 每个树边行一匝 », dépeignent l'image d'un vieil homme qui, après avoir traversé des vicissitudes, aime toujours la vie, reste toujours sensible à la beauté, comme s'il était là, devant nous.

Spécificités stylistiques

  • Langage concis, signification riche : En vingt-huit caractères, il y a l'attitude, l'action, la passion, l'ouverture d'esprit, chaque mot est simple, mais chaque mot a du goût.
  • Voir le grand à travers le petit, révéler l'extraordinaire par l'ordinaire : À travers la chose banale de la « recherche des fleurs », exprimer une attitude extraordinaire face à la vie, soulever un poids lourd comme avec légèreté, d'une merveille indicible.
  • Choix des mots précis, chaque mot est évocateur : « 不问 » (ne pas s'enquérir) exprime l'abandon, « 纵是 » (même si) exprime l'acceptation, « 行一匝 » (faire le tour) exprime l'obsession, « 最多时 » (les plus nombreuses à leur apogée) exprime l'attachement, chaque mot est ordinaire, mais chaque mot pèse lourd.
  • Sentiment authentique, sans recherche d'artifice : L'ensemble du poème est comme une conversation entre amis, sans rechercher délibérément la perfection mais l'atteignant naturellement, sans rechercher délibérément la profondeur mais l'atteignant naturellement.

Éclairages

Ce poème, à travers une banale contemplation de fleurs, énonce un thème intemporel et immuable — la véritable beauté ne réside pas dans le fait d'être « la meilleure », mais dans votre volonté de regarder ; la véritable vie ne réside pas dans le fait d'être « accomplie », mais dans votre capacité à accepter.

Il nous fait d'abord voir « la liberté après avoir abandonné ses attachements ». « 寻花不问春深浅 » — le poète ne regarde pas le calendrier, ne s'enquiert pas de la saison, il suit simplement son cœur. Ce « 不问 » (ne pas s'enquérir) est l'abandon du « moment optimal », mais aussi la croyance que « tout moment est bon ». Il nous rappelle : dans la vie, il n'est pas nécessaire d'attendre toujours le « meilleur moment », l'instant présent est le meilleur moment.

Plus profondément, ce poème nous invite à réfléchir à la sagesse de « l'acceptation de l'imperfection ». « 纵是残红也入诗 » — les fleurs fanent, le poète ne le déplore pas, il les introduit au contraire dans un poème. Car le rouge fané n'est pas un « échec », mais une autre forme de beauté ; le déclin n'est pas une « fin », mais un autre type d'accomplissement. Il nous fait comprendre : accepter l'imperfection permet de voir l'intégralité ; embrasser le déclin permet de comprendre le renouveau.

Et ce qui est le plus émouvant, c'est cette attention de « faire le tour une fois » dans le poème. Il ne regarde pas négligemment, mais fait le tour de chaque arbre ; il ne jette pas un coup d'œil rapide, il s'arrête, tourne, savoure avec attention. Cette attention est le respect de la beauté, mais aussi l'attachement à la vie. Une personne qui aime vraiment la vie ne se détournera pas parce que « les fleurs sont déjà fanées », elle sera prête à s'arrêter pour chaque fleur.

Ce poème décrit une contemplation de fleurs à l'époque médiane des Táng, mais il permet à toute personne qui, dans la hâte, oublie d'apprécier, qui, en cherchant la perfection, rate l'instant présent, d'y trouver un écho. Ce laisser-aller de « 不问春深浅 » est la liberté de toute personne ayant abandonné l'anxiété ; cette ouverture d'esprit de « 纵是残红也入诗 » est la sagesse de toute personne acceptant l'imperfection ; cette obsession de « 每个树边行一匝 » est l'attitude de toute personne prête à s'arrêter pour la beauté ; cette comparaison de « 谁家园里最多时 » est l'attachement tendre de toute personne qui chérit l'instant présent. Telle est la vitalité de la poésie : elle parle de la contemplation des fleurs par Zhū Qìngyú, mais s'adresse à toutes les époques, à tous ceux qui, dans les jours ordinaires, vivent encore avec attention, dans les paysages banals, découvrent encore de la poésie.

À propos du poète

Zhu Qingyu

Zhu Qingyu (朱庆馀 dates de naissance et de mort inconnues), également connu sous son prénom Kejiu, était un poète de la période des Tang moyens, originaire de Yuezhou (actuelle Shaoxing, dans la province du Zhejiang). Il réussit l’examen jinshi la deuxième année de l’ère Baoli (826 ap. J.-C.) et occupa le poste de Collationneur à la Bibliothèque impériale. Sa poésie excella dans le style des vers régulés pentasyllabiques, caractérisée par une élégance raffinée et subtile, avec une habileté particulière à dépeindre les sentiments des femmes de la chambre et des dames de la cour. Dans les Poèmes Complets des Tang, deux volumes contenant 177 de ses œuvres sont conservés. Il était habile dans l’utilisation de techniques allégoriques et métaphoriques, mêlant émotions quotidiennes et aspirations politiques. Bien que peu de ses poèmes aient survécu, son savoir-faire exquis lui assure une place unique dans l’histoire de la poésie des Tang, son poème Sentiments de Chambre devenant un exemple par excellence de la fusion entre la poésie de thème examinatoire et la poésie de chambre dans les générations ultérieures.

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