Soir de lune au pavillon sud de Wang Changling

tong cong di nan zhai wan yue yi shan yin cui shao fu
    Étendu de tout mon long au pavillon sud, j’écarte le rideau : la lune naît.
Sa clarté pure baigne les eaux et les arbres, ondule et miroite à la fenêtre.
Lente, lente, combien de fois s’est-elle emplie, puis vidée ?
Claire, claire, elle a vu passer les âges, jusqu’à ce soir ancien-et-nouveau.
Le noble ami, au bord de la rivière limpide, cette nuit,
Doit fredonner, amer, un chant du pays de Yue.
À mille lieues, que puis-je ? Rien. Mais sache que
La brise porte au loin le parfum des orchidées.

Poème chinois

「同从弟南斋玩月忆山阴崔少府」
高卧南斋时,开帷月初吐。
清辉淡水木,演漾在窗户。
苒苒几盈虚,澄澄变今古。
美人清江畔,是夜越吟苦。
千里其如何,微风吹兰杜。

王昌龄

Explication du poème

Ce poème a été composé par Wáng Chānglíng pendant sa période en poste à Jiāngníng, probablement entre la 28e année de l'ère Kaiyuan (740) et les années Tianbao. À cette époque, il s'était quelque peu stabilisé après les vicissitudes de sa jeunesse marquée par des « négligences de conduite et de multiples rétrogradations », et occupait une fonction dans la région du Jiangnán, menant une vie de fonctionnaire relativement calme. Le « jeune cousin » (从弟) du titre est son cousin germain, et le « magistrat Cui de Shānyīn » (山阴崔少府) désigne Cuī Guófǔ, l'adjoint du magistrat du district de Shānyīn, qui était un ami poète de Wáng Chānglíng. Une nuit de lune, le poète admirait la lune avec son cousin depuis le pavillon sud (南斋) ; face à cette clarté pure, il pensa soudain à son ami lointain à Shānyīn. Il composa alors ce poème pour exprimer sa nostalgie.

Wáng Chānglíng est célèbre pour ses poèmes de frontière, d'un style vigoureux et héroïque. Mais ce poème possède une tonalité claire et élégante, une émotion délicate et retenue, révélant un autre aspect de sa personnalité – le poète qui, assis tranquillement une nuit de lune, pense à ses amis, et celui qui, sur la frontière, chante haut « La lune des Qin, la passe des Han », sont en réalité la même personne. La tendresse et l'héroïsme ont toujours été liés.

Premier distique : « 高卧南斋时,开帷月初吐。 »
Gāo wò nán zhāi shí, kāi wéi yuè chū tǔ.
Lorsque, nonchalamment étendu dans le pavillon sud, / J'ouvris le rideau, la lune commençait à jaillir.

L'ouverture décrit l'apparition de la lune depuis une posture détendue. « Nonchalamment étendu » (高卧) dépeint l'aisance et la sérénité du poète, évoquant aussi un moment intime, sans perturbation. « J'ouvris le rideau, la lune commençait à jaillir » – ouvrir le rideau juste au moment où la lune se lève. Le verbe « jaillir » (吐) est merveilleux, personnifiant la lune, comme si elle exhalait lentement sa clarté, et comme si la nostalgie du poète s'exhalait elle aussi avec la lumière lunaire.

Ce distique réunit temps, lieu, personne, action et scène, sans aucune impression de lourdeur, seulement une fluidité naturelle. D'un pinceau extrêmement sobre, le poète plonge le lecteur dans cette nuit de lune, ce pavillon sud, cet instant d'ouverture du rideau pour contempler la lune.

Second distique : « 清辉淡水木,演漾在窗户。 »
Qīng huī dàn shuǐ mù, yǎn yàng zài chuāng hù.
Sa clarté pure baigne l'eau et les arbres, / Ondule et danse devant la fenêtre.

Ce distique décrit en détail le paysage sous la lune. « Clarté pure » (清辉) est la texture de la lumière lunaire – froide, limpide ; « baigne l'eau et les arbres » (淡水木) est sa projection – l'eau est estompée, les arbres sont estompés, tout est lavé par la lune, léger comme l'eau. « Ondule et danse devant la fenêtre » (演漾在窗户) – cette lumière et ces ombres ne sont pas statiques, mais, portées par la brise nocturne, par les ondulations de l'eau, elles dansent et ondulent devant la fenêtre.

Ces deux vers décrivent la lumière lunaire, mais aussi l'état d'âme. Ces lumières et ombres qui « ondoient et dansent » sont le reflet des pensées intimes du poète – la nostalgie, comme les rides de l'eau, s'étend, impossible à apaiser. Ici, le paysage et l'émotion commencent déjà à fusionner en douceur.

Troisième distique : « 苒苒几盈虚,澄澄变今古。 »
Rǎn rǎn jǐ yíng xū, chéng chéng biàn jīn gǔ.
Lentement, que de fois pleine et défaite ! / Pure et claire, elle voit passer les âges.

Ce distique passe de la description du paysage à la réflexion philosophique. « Lentement » (苒苒) évoque l'écoulement lent du temps ; « que de fois pleine et défaite » (几盈虚) sont les multiples cycles de la lune. Levant les yeux vers la lune brillante, le poète songe qu'elle s'est maintes fois arrondie puis amoindrie, amoindrie puis arrondie, et que le temps des hommes s'écoule imperceptiblement dans ces cycles lunaires.

« Pure et claire, elle voit passer les âges » (澄澄变今古) – Cette clarté pure de la lune a éclairé toutes les choses du passé et du présent. La lune est toujours la même lune, mais ceux qui la contemplent ont changé, génération après génération. Ce contraste entre le « changement » et l'« immuable » suscite chez le poète une profonde réflexion sur la vie, sur l'amitié. Face à l'éternité de la nature, la vie individuelle est si brève, et une amitié brève en devient d'autant plus précieuse.

Quatrième distique : « 美人清江畔,是夜越吟苦。 »
Měi rén qīng jiāng pàn, shì yè Yuè yín kǔ.
Mon ami, homme de bien, est au bord d'une eau pure ; / Cette nuit, il fredonne avec douleur un air de Yuè.

Ce distique passe de la réflexion philosophique à l'évocation. « Homme de bien » (美人) désigne souvent dans la poésie ancienne un homme de talent et de vertu ; ici, il s'agit du magistrat Cui. Le poète imagine : en ce moment, son ami doit aussi être au bord d'une eau pure, songeant à ceux qui sont loin sous la lune ? « Cette nuit, il fredonne avec douleur un air de Yuè » (是夜越吟苦) – « Air de Yuè » (越吟) est une allusion littéraire : Zhuāng Xì, bien qu'occupant une charge dans l'État de Chǔ, fredonnait dans sa maladie des airs de son pays natal, Yuè, exprimant ainsi la douleur de la nostalgie. Se mettant à la place de son ami, le poète imagine que cette nuit, lui aussi fredonne avec douleur, lui aussi pense à lui, si loin.

Ce distique transforme une nostalgie unidirectionnelle en une résonance bidirectionnelle. Ce n'est pas « moi qui pense à toi », mais « nous qui pensons l'un à l'autre » ; ce n'est pas seulement moi qui suis seul, mais nous qui partageons cette solitude. Cette imagination d'une « simultanéité » rend la nostalgie plus profonde, et l'amitié plus touchante.

Cinquième distique : « 千里其如何,微风吹兰杜。 »
Qiān lǐ qí rú hé, wēi fēng chuī lán dù.
Mille lieues nous séparent, qu'importe alors ? / La brise légère apporte le parfum des orchidées et des gardénias.

Le distique final répond par une question, exprimant le réel par l'immatériel. « Mille lieues nous séparent, qu'importe alors ? » – Mille lieues de distance, qu'est-ce que cela change ? C'est une question rhétorique, mais aussi une réponse : la distance ne peut rien changer, une véritable amitié peut la transcender.

« La brise légère apporte le parfum des orchidées et des gardénias » – « Orchidées » (兰) et « gardénias » (杜) sont deux plantes aromatiques, évoquant le caractère noble et pur de l'ami, ainsi que l'élégance de ses écrits. Le poète dit que dans la brise légère, il semble percevoir son parfum, sentir sa présence. Bien sûr, il ne le « sent » pas vraiment, c'est une perception spirituelle – de vrais amis, même séparés de mille lieues, peuvent ressentir la présence l'un de l'autre, peuvent trouver, dans le vent, dans la lune, en tout lieu, la trace laissée par l'autre.

Lecture globale

Ce poème prend « l'admiration de la lune » comme fil conducteur, déployant couche après couche l'émotion et la réflexion dans la description du paysage. Le premier distique décrit l'apparition de la lune, avec le mot « jaillir » comme point d'orgue ; le second distique décrit le paysage sous la lune, utilisant « ondoie et danse » pour décrire la lumière, les ombres et les pensées ; le troisième distique, partant des cycles de la lune, évoque des sentiments sur la vie, d'une réflexion profonde ; le quatrième distique évoque l'ami lointain, utilisant « fredonne avec douleur un air de Yuè » pour exprimer l'empathie ; le distique final conclut avec « la brise légère apporte le parfum des orchidées et des gardénias », élevant la nostalgie à une résonance spirituelle.

Le poème est d'une structure naturelle, d'une émotion sincère. Du proche au lointain (pavillon sud → bord de l'eau pure), du concret à l'immatériel (clair de lune → réflexion → imagination → esprit), il progresse par étapes, s'approfondissant à chaque pas. Le langage est clair et élégant, sans artifice, mais l'ambiance est profonde, la résonance longue. Comparé aux poèmes de frontière vigoureux et héroïques de Wáng Chānglíng, ce poème est plus délicat et retenu, mais tout aussi émouvant. Il nous montre que le poète qui chantait haut sur la frontière « Après cent combats dans les sables jaunes, l'armure est transpercée » avait aussi ces moments de tendresse ; le poète qui écrivait « La lune des Qin, la passe des Han » pouvait aussi, une nuit de lune, penser tranquillement à son ami lointain. Cette unité de la tendresse et de l'héroïsme constitue l'ensemble de Wáng Chānglíng.

Spécificités stylistiques

  • La lune comme fil conducteur, fusion de la scène et de l'émotion : Tout le poème s'articule autour de la « lune », qui est à la fois paysage, sentiment et pensée ; le paysage contient le sentiment, le sentiment contient la pensée, formant un tout homogène.
  • Allusions naturelles, sens profond : « Fredonne avec douleur un air de Yuè » utilise l'allusion à Zhuāng Xì pensant à son pays, de manière discrète mais approfondissant le thème de la nostalgie.
  • Langage clair et élégant, rythme sinueux : L'alternance de vers de quatre et cinq caractères crée un rythme varié, une harmonie mélodique, se lisant comme un écoulement de clair de lune.
  • Conclusion ingénieuse, résonance longue : « La brise légère apporte le parfum des orchidées et des gardénias » conclut avec une image olfactive, élevant la nostalgie à une résonance spirituelle, laissant une impression durable.

Éclairages

Ce poème nous enseigne d'abord comment réaliser une communion spirituelle dans la nostalgie. Wáng Chānglíng et le magistrat Cui étaient séparés de mille lieues, incapables de se voir. Mais par l'imagination, il place son ami aussi « au bord d'une eau pure », lui aussi « fredonnant avec douleur un air de Yuè », transformant la nostalgie d'unidirectionnelle en bidirectionnelle, de solitude en résonance. Plus subtil encore, le dernier vers « 微风吹兰杜 » – il semble percevoir dans le vent le parfum de son ami, sentir sa présence. Cela nous dit : La véritable nostalgie n'est pas une préoccupation unidirectionnelle, mais une résonance spirituelle. Lorsque vous pensez à quelqu'un, cette personne, quelque part, d'une certaine manière, pense aussi à vous. Cette imagination d'une « simultanéité » est l'aspect le plus touchant de la nostalgie.

La réflexion philosophique de « 苒苒几盈虚,澄澄变今古 » nous invite aussi à réfléchir à la relation entre le temps et l'éternité. La lune s'arrondit et s'amenuise, le temps s'écoule, mais la clarté lunaire reste pure. Ce contraste entre le « changement » et l'« immuable » fait prendre conscience au poète de la brièveté de la vie, et le pousse à chérir davantage l'amitié du moment présent. Cela nous révèle : C'est précisément parce que la vie est brève qu'il faut chérir chaque sentiment vrai ; c'est précisément parce que le temps passe vite qu'il faut ressentir pleinement chaque nuit de lune, chaque pensée.

La posture détendue de « 高卧南斋时 » nous invite aussi à réfléchir à comment créer un espace-temps pour la nostalgie. Le poète ne pense pas à son ami dans la hâte, mais dans la posture « nonchalamment étendu », au moment « d'ouvrir le rideau », dans l'instant de contemplation tranquille de la lumière lunaire, laissant la nostalgie naître naturellement. Cela nous dit : La nostalgie a besoin de temps, d'espace, d'un état d'esprit serein. Dans la vie moderne trépidante, nous n'avons souvent pas le temps de nous souvenir, pas d'espace pour nous asseoir tranquillement. Le poème de Wáng Chānglíng nous rappelle : réservez un peu de temps pour vous, un peu d'espace pour la nostalgie, laissez l'amitié croître dans la clarté de la lune.

Enfin, l'image de « 微风吹兰杜 » est particulièrement émouvante. Ce n'est pas une odeur réelle, mais une perception spirituelle. Cela nous dit : Une amitié vraiment profonde peut être ressentie par tous les sens – on peut la voir dans la lumière de la lune, la sentir dans le vent, l'entendre dans le silence de la nuit. Lorsque la nostalgie est assez profonde, le monde entier devient l'incarnation de l'ami.

À propos du poète

Wang Chang-ling

Wang Changling (王昌龄) était originaire de Xi'an, Shaanxi, vers 690 - vers 756 de notre ère. Il a été admis au rang de jinshi en 727. Les poèmes de Wang Changling traitent principalement des lieux frontaliers, des amours et des adieux, et il était très connu de son vivant. Il était connu sous le nom de « Sage des sept poèmes », au même titre que Li Bai.

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