Du temple sur la terrasse de Wu, un jour d’automne, de Liu Zhangqing

qiu ri deng wu gong tai shang si yuan tiao
    L’antique terrasse, après le dépérissement.
Jour d’automne, cœur qui regarde vers le pays.
Temple sauvage, les hommes y viennent rares.
Pic dans les nuages, les eaux l’en séparent, profondes.
Le soleil couchant, face aux vieux remparts.
Le gong froid, emplit la forêt vide.
Mélancolie, les affaires des dynasties du Sud.
Seul, le Long Fleuve, jusqu’à aujourd’hui.

Poème chinois

「秋日登吴公台上寺远眺」
古台摇落后,秋日望乡心。
野寺人来少,云峰水隔深。
夕阳依旧垒,寒磬满空林。
惆怅南朝事,长江独至今。

刘长卿

Explication du poème

Ce poème fut composé par Liu Changqing pendant son séjour à Yangzhou, alors qu'il gravissait la terrasse de Wu Gong par un jour d'automne. La terrasse de Wu Gong est située au nord-ouest de Jiangdu (actuelle Yangzhou, Jiangsu). À l'origine, il s'agissait d'une plateforme d'arbalètes construite par Shen Qingzhi des Song du Sud lors de l'attaque du prince Liu Dan de Jingling, puis renforcée par le général Chen Wu Mingche lors de l'attaque contre le Qi du Nord, d'où son nom de « terrasse de Wu Gong ». C'est un ancien champ de bataille imprégné de l'histoire sanglante, témoin des vicissitudes de plusieurs décennies de changements de régime et de guerres incessantes sous les dynasties du Sud.

Toute sa vie, Liu Changqing fut « inflexible et offensant ses supérieurs, exilé deux fois ». À cette période, bien qu'il eût été transféré de son lieu d'exil, il n'était toujours pas pleinement employé, confiné dans la région du Jianghuai, pris entre l'avance et le recul. Gravissant l'ancienne terrasse, juste en automne, alors que toute la nature se flétrissait, le regard était rempli de désolation. Le poète, debout seul sur la terrasse, avait devant lui un temple sauvage, une terrasse délabrée, le soleil couchant sur des remparts en ruine, et à ses oreilles résonnait le froid son de la cloche de pierre, faisant écho dans la forêt vide. Les événements de la prospérité et de la chute des dynasties du Sud semblaient revivre dans ce vent d'automne ; tandis que les eaux du fleuve au pied de l'ancienne terrasse continuaient de couler vers l'est, indifférentes aux affaires humaines. À cet instant, la tristesse personnelle de sa propre vie et les soupirs sur l'essor et le déclin de l'histoire s'entrelaçaient et se faisaient écho dans le cœur du poète – ses propres vicissitudes d'une demi-vie étaient comme le sort d'innombrables talents sous les dynasties du Sud ; l'ancienne terrasse était encore là, mais les hommes et les événements avaient changé, seul le Long Fleuve coulait jour et nuit comme avant.

Le vers « Tristesse pensant aux affaires des dynasties du Sud » (惆怅南朝事) dans le poème est précisément le point de convergence émotionnel de tout le poème. Ce qui attriste le poète, ce ne sont pas seulement les événements déjà disparus des dynasties du Sud, mais aussi toutes les vies et destins qui, dans le long fleuve de l'histoire, traversent comme des météores pour finalement être oubliés. Et les cinq mots « Seul le Long Fleuve est parvenu jusqu'à aujourd'hui » (长江独至今), opposent l'éternité de la nature à la brièveté des affaires humaines, élevant la mélancolie personnelle en un questionnement profond sur l'histoire et l'existence.

Premier couplet : « 古台摇落后,秋日望乡心。 »
Gǔ tái yáo luò hòu, qiū rì wàng xiāng xīn.
Après avoir gravi l'antique terrasse, dans le déclin de toute chose, Par un jour d'automne, le cœur aspire au pays natal.

Dès l'ouverture, le poème établit avec « antique terrasse » (古台) et « déclin » (摇落) le ton de désolation de l'ensemble. « Antique terrasse », vestige historique, porte les souvenirs de la prospérité et de la chute des dynasties du Sud ; « déclin », spectacle automnal, implique secrètement la désolation de toute la nature qui se flétrit. Les placer côte à côte présente simultanément au lecteur les deux dimensions du temps – la profondeur historique et le changement des saisons. Le vers suivant, « Par un jour d'automne, le cœur aspire au pays natal » (秋日望乡心), passe du paysage à l'émotion, pointant le sentiment central de cette ascension. « Le cœur aspire au pays natal » (望乡心), ces trois mots expriment à la fois la nostalgie du pays natal et la soif d'un lieu de retour spirituel. À ce moment, le poète se trouve en terre étrangère, découragé dans sa carrière, gravissant la terrasse et contemplant au loin, le regard rempli de désolation, la nostalgie naissant spontanément dans ce paysage automnal.

Deuxième couplet : « 野寺人来少,云峰水隔深。 »
Yě sì rén lái shǎo, yún fēng shuǐ gé shēn.
Au temple sauvage, rares sont les visiteurs ; Les pics nuageux, au-delà des eaux, semblent si lointains et profonds.

Ce couplet décrit le paysage vu depuis la terrasse, l'ambiance est vaste et lointaine. « Au temple sauvage, rares sont les visiteurs » (野寺人来少), décrit la désolation proche – le temple dans la nature sauvage, déjà peu fréquenté, le mot « rares » (少) accentue encore plus sa solitude et son abandon ; « Les pics nuageux, au-delà des eaux, semblent si lointains et profonds » (云峰水隔深), décrit la profondeur lointaine – les pics enveloppés de nuages et de brume, séparés encore par les eaux du fleuve, comme un autre monde, visible mais inaccessible. Ce mot « profond » (深) est à la fois la profondeur des montagnes et des eaux, et la profondeur de l'état d'esprit. Le poète, debout seul sur la terrasse, regardant de tous côtés l'immensité, personne à qui parler, aucun chemin praticable, seul ce temple sauvage, ces pics nuageux, ces eaux du fleuve, lui font face en silence.

Troisième couplet : « 夕阳依旧垒,寒磬满空林。 »
Xī yáng yī jiù lěi, hán qìng mǎn kōng lín.
Le soleil couchant caresse encore les anciens remparts ; Le froid son de la cloche de pierre emplit la forêt déserte.

Ce couplet, combinant mouvement et immobilité, décrit un paysage mélancolique où temps et espace s'entrecroisent, c'est le trait de génie de tout le poème. « Le soleil couchant caresse encore les anciens remparts » (夕阳依旧垒), décrit la vision – le soleil couchant est par nature insensible, mais le mot « caresse » (依) lui donne une nuance d'attachement et de réticence, comme s'il lui-même ne voulait pas quitter ces anciens remparts, tardant à se coucher ; « Le froid son de la cloche de pierre emplit la forêt déserte » (寒磬满空林), décrit l'ouïe – le son de la cloche de pierre vient du temple, le mot « emplit » (满) le fait se diffuser, emplissant toute la forêt déserte. Ce son de cloche est « froid » (寒), froid de l'automne, mais aussi froid de l'état d'esprit ; cette forêt est « déserte » (空), déserte dans la forêt de montagne, mais aussi vide dans le cœur. Le soleil couchant s'attache aux anciens remparts, le froid son de cloche emplit la forêt déserte, l'un chaleureux, l'autre froid, l'un immobile, l'autre sonore, construisant ensemble un monde artistique à la fois désolé et éthéré.

Dernier couplet : « 惆怅南朝事,长江独至今。 »
Chóu chàng nán cháo shì, Cháng Jiāng dú zhì jīn.
Tristesse pensant aux affaires des dynasties du Sud ; Seul le Long Fleuve est parvenu jusqu'à aujourd'hui.

Le dernier couplet passe du paysage à l'histoire, de l'histoire à la réflexion, concluant l'ensemble. « Tristesse pensant aux affaires des dynasties du Sud » (惆怅南朝事), ces cinq mots épuisent la tristesse face à l'essor et au déclin de l'histoire – les héros, les entreprises, les guerres, les hommes de talent et les beautés des dynasties du Sud, où sont-ils aujourd'hui ? Il ne reste que cette ancienne terrasse, ce temple sauvage, debout en silence dans le vent d'automne. Le vers suivant, « Seul le Long Fleuve est parvenu jusqu'à aujourd'hui » (长江独至今), oppose l'éternité de la nature à la brièveté des affaires humaines. Ce mot « seul » (独) pèse mille livres : le Long Fleuve coule seul, l'ancienne terrasse est seule, le poète monte seul, l'histoire s'est évanouie seule – toute chose est « seule », et dans cette solitude, la plus difficile à supporter est la lucidité et l'impuissance du cœur humain. Face au Long Fleuve, le poète pense : depuis des millénaires, combien de héros sont venus et repartis comme ces eaux, tandis que le Long Fleuve coule toujours jour et nuit vers l'est, ne s'arrêtant pour personne, ne changeant pour aucun événement. Ce vers est à la fois un soupir sur l'histoire et une illumination sur la vie.

Lecture globale

Ceci est une œuvre puissante parmi les poèmes de contemplation historique de Liu Changqing. Le poème entier, huit vers et quarante caractères, prenant comme point d'entrée l'ascension d'une terrasse en automne, fusionne la désolation des vestiges anciens, la mélancolie du paysage automnal, l'essor et le déclin de l'histoire, le destin personnel, révélant le monde intérieur profond et complexe du poète en errance loin de chez lui.

D'un point de vue structurel, le poème présente une progression du proche au lointain, du paysage à l'émotion, de l'ancien au présent. Le premier couplet, avec « antique terrasse » et « déclin », annonce le thème, l'ascension évoque la nostalgie, établissant le ton désolé de tout le poème ; le deuxième couplet décrit la désolation proche du temple sauvage, la profondeur lointaine des pics nuageux, utilisant l'éloignement de l'espace pour écrire la solitude de l'état d'esprit ; le troisième couplet, avec le soleil couchant et le froid son de cloche, esquisse le tableau mélancolique du crépuscule, utilisant l'entrelacement des sons et des couleurs pour exagérer l'atmosphère ; le dernier couplet passe du paysage à l'histoire, avec « tristesse pensant aux affaires des dynasties du Sud » concluant l'émotion accumulée dans les six vers précédents, et « Seul le Long Fleuve est parvenu jusqu'à aujourd'hui » en conclusion, élevant la mélancolie personnelle en un questionnement sur l'histoire et l'existence. Entre les quatre couplets, on va du proche au lointain, du paysage à l'émotion, de l'ancien au présent, approfondissant couche après couche, formant un tout harmonieux.

D'un point de vue de l'intention, le noyau de ce poème réside dans les mots « seul » (独) et « vide/déserte » (空). Premier couplet : « monter seul » sur l'antique terrasse ; deuxième couplet : « seul face » au temple sauvage ; troisième couplet : « seul écouter » le froid son de cloche ; dernier couplet : « seul face » au Long Fleuve – ce mot « seul » traverse tout le poème, il est à la fois la situation de solitude du poète lors de l'ascension, et le sentiment d'isolement de la vie individuelle face au long fleuve de l'histoire. Et ce « vide » de « rares sont les visiteurs » au temple sauvage, ce « vide » de « le froid son de la cloche de pierre emplit la forêt déserte », ce « vide » de « Seul le Long Fleuve est parvenu jusqu'à aujourd'hui », construisent ensemble un monde spirituel à la fois désolé et éthéré. Dans cet entrelacement de « vide » et de « seul », la tristesse du destin personnel acquiert le poids de l'histoire, la mélancolie momentanée s'élève en un questionnement éternel.

D'un point de vue artistique, ce qui est le plus touchant dans ce poème est le double reflet de « l'entrelacement de l'ancien et du présent, décrire l'histoire par le paysage ». Le poète écrit sur l'antique terrasse, sous son pinceau il y a le sang et le feu des dynasties du Sud ; écrit sur le soleil couchant, sous son pinceau il y a les vicissitudes des anciens remparts ; écrit sur le froid son de cloche, sous son pinceau il y a l'écho de l'histoire ; écrit sur le Long Fleuve, sous son pinceau il y a l'essor et le déclin de millénaires. Chaque élément du paysage devant les yeux n'est pas seulement un paysage, mais un témoin de l'histoire, un support du temps. Cette technique qui fusionne l'ascension personnelle et la méditation historique est précisément le plus haut degré de la poésie classique chinoise de « gravir un lieu élevé et se souvenir du passé ».

Spécificités stylistiques

  • Fusion du paysage et de l'émotion, entrelacement de l'ancien et du présent : Le poème entier fusionne le paysage automnal et la pensée historique, chaque trait de pinceau est paysage, et chaque trait de pinceau est histoire ; chaque trait de pinceau est ce qui est vu, et chaque trait de pinceau est ce qui est ressenti dans le cœur.
  • Combinaison des sons et des couleurs, ambiance vaste et indistincte : Le troisième couplet « Le soleil couchant caresse encore les anciens remparts » décrit la vision, « Le froid son de la cloche de pierre emplit la forêt déserte » décrit l'ouïe, l'un chaleureux, l'autre froid, l'un immobile, l'autre sonore, construisant ensemble un monde artistique à la fois désolé et éthéré.
  • Langage concentré, résonance prolongée : Le poème entier n'a aucun mot superflu, surtout le dernier couplet concluant avec les cinq mots « Seul le Long Fleuve est parvenu jusqu'à aujourd'hui », opposant l'éternité de la nature à la brièveté des affaires humaines, les mots ont une fin mais le sens est infini.
  • Structure rigoureuse, progression par couches : De l'ascension à l'aspiration au pays natal, de l'aspiration au pays natal à la description du paysage, de la description du paysage à l'évocation du passé, de l'évocation du passé à l'illumination de la voie, les quatre couplets s'emboîtent parfaitement, formant un tout harmonieux et naturel.

Éclairages

Ce poème, prenant comme fil conducteur l'ascension d'une terrasse en automne, exprime un thème intemporel – la vie humaine entre ciel et terre, soudain comme un voyageur au loin ; seul le paysage de rivières et montagnes demeure, les hommes et les événements ont déjà changé.

Il nous fait d'abord voir « le poids du temps ». Cette antique terrasse, autrefois lieu de batailles enflammées sous les dynasties du Sud, ne reste aujourd'hui qu'une terrasse délabrée et un temple sauvage ; ces héros et leurs entreprises, ces hommes de talent et ces beautés, où sont-ils aujourd'hui ? Seul le soleil couchant demeure, le froid son de cloche demeure, le Long Fleuve demeure. Le poète nous dit : le temps est le sculpteur le plus impitoyable, il transforme toute gloire en poussière, toute prospérité en fumée. Debout au bord du long fleuve du temps, la vie individuelle est minuscule comme une fourmi, éphémère.

Plus profondément, ce poème nous fait réfléchir à la relation entre « éternité et brièveté ». Le Long Fleuve « est parvenu jusqu'à aujourd'hui », symbole de l'éternité ; tandis que les affaires des dynasties du Sud sont depuis longtemps tombées dans l'oubli. Face à ces eaux éternelles, ce qui monte dans le cœur du poète n'est pas seulement une émotion sur l'histoire, mais surtout une illumination sur son propre destin : Mes vicissitudes, mes déceptions, mes joies et mes peines d'une vie, que représentent-elles dans le long fleuve de l'histoire ? Cette illumination est à la fois libératrice et mélancolique – libératrice car les gains et pertes personnels sont en fait si insignifiants ; mélancolique car la vie est si brève et sans fondement.

Et le plus émouvant, est cette conscience du « seul » dans le poème. Le poète monte seul sur l'antique terrasse, seul face au soleil couchant, seul écoute le froid son de cloche, seul contemple le Long Fleuve. Ce mot « seul » contient de la solitude, mais aussi de la lucidité ; de l'impuissance, mais aussi de la transcendance. La vraie lucidité est souvent solitaire ; la vraie profondeur nécessite souvent de faire face seul. Ce « seul » de « Seul le Long Fleuve est parvenu jusqu'à aujourd'hui » est à la fois la solitude du Long Fleuve, la solitude du poète, et le destin de chaque personne lucide dans le long fleuve de l'histoire.

Ce poème parle d'une ascension sous les Tang, mais il permet à chaque personne s'arrêtant pour méditer dans le long fleuve du temps d'y trouver un écho. Cette silhouette sur l'antique terrasse est la silhouette de chaque personne méditant face à l'histoire ; cette forêt déserte dans le son froid de la cloche est le reflet de chaque âme solitaire ; cette direction vers l'est du Long Fleuve est l'endroit où se porte le regard de chaque personne interrogeant l'éternité. C'est là la vitalité de la poésie : elle écrit l'émotion d'une personne, mais se lit comme les soucis de tous.

À propos du poète

Liu zhangqing

Liu Zhangqing (刘长卿 vers 726 – vers 786), originaire de Xuancheng, dans la province de l'Anhui, fut un poète de la dynastie des Tang moyens. Il obtint le titre de jinshi (docteur) vers la fin de l'ère Tianbao et occupa successivement des postes officiels tels que shérif de Changzhou et censeur investigateur. En raison de son caractère intègre et inflexible, il fut exilé à deux reprises. Sa poésie, en particulier ses vers pentasyllabiques, atteignit la plus haute distinction, dépeignant souvent la mélancolie de l'exil et les plaisirs de la vie recluse au sein des paysages naturels. Son style poétique est raffiné, élégant et éthéré, mêlant une nuance désolée à la méticulosité caractéristique des Dix Poètes Talentueux de l'ère Dali. Il excellait dans l'utilisation de l'esquisse simple pour créer une atmosphère de vide serein et de lointain profond. En tant que poète clé de la transition entre le haut Tang et les Tang moyens, son œuvre hérite du charme idyllique de Wang Wei et Meng Haoran, tout en annonçant l'élégance sombre et froide de la poésie Dali. Il exerça une certaine influence sur des poètes tardifs comme Yao He et Jia Dao, appartenant à l'"école de la quête douloureuse".

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