À l’âme en peine I de Yuan Zhen

qian bei huai I
    Fille cadette de la maison Xie, celle qu’on chérissait le plus.
Depuis qu’elle m’a épousé, moi, Qian Lou, le pauvre lettré, tout a été contrariant.
Voyant que je n’avais pas de vêtement, elle fouillait le coffre d’herbe.
Je la suppliais d’acheter du vin, elle arrachait l’épingle d’or de ses cheveux.
Légumes sauvages pour le repas, elle trouvait douces les longues feuilles de haricot.
Feuilles tombées pour ajouter au combustible, elle comptait sur le vieux sophora.
Aujourd’hui, mon salaire dépasse cent mille pièces.
Pour toi, je célèbre messe sur messe, j’offre l’aumône sur l’aumône.

Poème chinois:

「遣悲怀 · 其一」
谢公最小偏怜女,自嫁黔娄百事乖。
顾我无衣搜荩箧,泥他沽酒拔金钗。
野蔬充膳甘长藿,落叶添薪仰古槐。
今日俸钱过十万,与君营奠复营斋。

元稹

Explication du poème

Ce cycle de poèmes est l'œuvre de Yuan Zhen, poète de la mi-Tang, en deuil de son épouse défunte Wei Cong, composée environ un an après le décès de Wei Cong, vers 810, la cinquième année de Yuanhe, alors que Yuan Zhen exerçait la fonction de censeur impérial. Wei Cong, issue d'une famille noble, était la plus jeune fille de Wei Xiaqing, précepteur du prince héritier, la perle précieuse la plus chérie de la famille. En 806, la première année de Yuanhe, Wei Cong, âgée de vingt ans, épousa Yuan Zhen. À cette époque, Yuan Zhen n'avait encore ni titre ni renommée, leur vie était modeste et difficile, mais Wei Cong ne méprisa pas cette pauvreté, se contentant d'une vie simple et frugale. Le couple s'entraida dans l'épreuve, leur affection était profonde et sincère. Cependant, le ciel ne leur accorda pas d'années ; en 809, la quatrième année de Yuanhe, Wei Cong mourut de maladie, à seulement vingt-sept ans. À ce moment, Yuan Zhen, pour s'être attiré la colère des eunuques, avait déjà été exilé à Jiangling, sa carrière était décevante, son corps et son esprit épuisés. La douleur d'avoir perdu son épouse s'ajoutant à cela, on peut imaginer sa peine.

Ce cycle comprend trois poèmes, constituant un souvenir profond et affectueux de Yuan Zhen pour toute la vie de son épouse défunte. Celui-ci est le premier, prenant comme fil conducteur le souvenir de la vie difficile après le mariage, à travers des détails de vie concrets et minutieux, dépeignant le caractère de Wei Cong, sereine dans la pauvreté, vertueuse et prévenante, formant un contraste saisissant entre le "tout allait de travers" d'autrefois et le "mes appointements dépassent cent mille pièces" d'aujourd'hui, exprimant la profonde nostalgie et l'immense culpabilité du poète envers son épouse défunte. Le poème entier exprime l'émotion la plus profonde avec un langage simple et clair, révèle l'affection la plus sincère à travers des détails triviaux, c'est un chef-d'œuvre exemplaire de la poésie de deuil, montrant "un charme subtil dans la simplicité".

Premier couplet : « 谢公最小偏怜女,自嫁黔娄百事乖。 »
Xiègōng zuì xiǎo piān lián nǚ, zì jià Qiánlóu bǎi shì guāi.
Comme la jeune fille préférée de M. Xie, tu étais la plus chérie ;
Mais depuis ton mariage avec ce pauvre Qiánlóu, cent choses allaient de travers.

Dès l'ouverture, le poème utilise deux allusions pour souligner l'identité de Wei Cong et sa situation après le mariage. « 谢公最小偏怜女 » fait référence à l'affection particulière de Xie An des Jin orientaux pour sa nièce Xie Daoyun, comparant Wei Cong à une jeune fille issue d'une noble famille, profondément aimée de son père ; « 自嫁黔娄百事乖 » utilise l'allusion du pauvre lettré Qiánlóu de la période des Royaumes combattants, se comparant à la pauvreté, décrivant que depuis son mariage avec lui, rien ne se passait comme prévu. Ce contraste entre la « jeune fille préférée » et « Qiánlóu » est celui entre l'origine et la situation — elle, qui aurait dû vivre dans l'opulence, accepta volontiers de partager sa pauvreté ; elle, qui aurait dû être choyée, dut tout faire de ses propres mains. En un couplet, le poète, à travers deux allusions, juxtapose la noblesse de Wei Cong et les difficultés de la vie conjugale, établissant pour tout le poème un ton à la fois profondément affectueux et empli de culpabilité.

Deuxième couplet : « 顾我无衣搜荩箧,泥他沽酒拔金钗。 »
Gù wǒ wú yī sōu jìn qiè, nì tā gū jiǔ bá jīn chāi.
Voyant que je n'avais pas de vêtements, elle fouillait malles et coffres ;
Cédant à mes cajoleries pour acheter du vin, elle retirait son épingle d'or.

Ce couplet, à travers deux détails de la vie quotidienne, décrit le dévouement désintéressé de Wei Cong envers son mari. « 顾我无衣搜荩箧 » montre qu'en voyant son mari sans vêtements, elle fouillait fébrilement malles et coffres ; ce mot « 搜 » (fouiller) révèle sa prévenance, son empressement. « 泥他沽酒拔金钗 » décrit le mari cajolant pour avoir du vin, et elle retirant sa seule épingle d'or pour en acheter. Ce « 泥 » (cajoler) est la câlinerie du mari, mais aussi l'indulgence de l'épouse ; ce « 拔 » (retirer) est son absence d'hésitation, son don sans réserve. Ces deux vers, l'un parle de vêtements, l'autre de vin ; l'un évoque les besoins quotidiens, l'autre la "convoitise" du mari. Pourtant, quoi que le mari demande, elle donne tout ce qu'elle a, sans plainte. Avec un pinceau extrêmement délicat, le poète dépeint la vertu et l'abnégation de Wei Cong comme si elle était sous nos yeux.

Troisième couplet : « 野蔬充膳甘长藿,落叶添薪仰古槐。 »
Yě shū chōng shàn gān cháng huò, luòyè tiān xīn yǎng gǔ huái.
Des herbes sauvages pour repas, elle trouvait douces les longues tiges ;
Des feuilles mortes pour alimenter le feu, elle comptait sur le vieux sophora.

Ce couplet poursuit la description des difficultés de la vie conjugale, mais révèle davantage la sérénité de Wei Cong dans la pauvreté. « 野蔬充膳甘长藿 » dit qu'elle se contentait d'herbes sauvages pour se nourrir, mais trouvait ces tiges délicieuses — ce « 甘 » (doux, délicieux) n'est pas le goût des herbes, mais son état d'esprit : pourvu d'être avec toi, tout est doux. Le vers suivant, « 落叶添薪仰古槐 », dit qu'elle comptait sur les feuilles mortes du vieux sophora pour le feu — ce « 仰 » (compter sur) est sa dépendance envers la nature, mais aussi son acceptation de la vie. Elle ne se plaint jamais, ne méprise rien, supporte tout en silence, et trouve même de la douceur dans l'adversité. Ce couplet dépeint de manière incisive le caractère heureux, résigné et persévérant de Wei Cong.

Quatrième couplet : « 今日俸钱过十万,与君营奠复营斋。 »
Jīnrì fèngqián guò shí wàn, yǔ jūn yíng diàn fù yíng zhāi.
Aujourd'hui, mes appointements dépassent cent mille pièces ;
Mais pour toi, je ne puis qu'offrir des sacrifices, encore et encore, des offrandes.

Le dernier couplet conclut l'ensemble par un contraste saisissant, portant la tristesse et l'émotion de tout le poème à leur paroxysme. « 今日俸钱过十万 » décrit la richesse actuelle du poète — il occupe une haute fonction, ses appointements sont considérables, il n'a plus à s'inquiéter pour le vêtement et la nourriture ; le vers suivant, « 与君营奠复营斋 », avec « 与君 » (pour toi) souligne le vide de cette richesse — l'épouse n'est plus de ce monde, il ne peut que lui offrir des sacrifices et des offrandes pour le repos de son âme. Ces « 营奠 » (offrir des sacrifices) et « 营斋 » (offrandes) sont la seule chose que le poète puisse faire pour son épouse ; ce « 复 » (encore et encore) exprime toute l'impuissance et la tristesse de ces offrandes répétées. Autrefois, dans les jours de « herbes sauvages pour repas », elle y trouvait de la douceur ; aujourd'hui, dans la richesse des « appointements dépassant cent mille pièces », elle ne peut en jouir. Ce contraste entre la « pauvreté d'autrefois » et la « richesse d'aujourd'hui » rend la culpabilité et la nostalgie du poète envers son épouse défunte encore plus indélébiles.

Lecture globale

Ceci est un joyau parmi les poèmes de deuil de Yuan Zhen, le premier des trois Élégies. Le poème entier, en huit vers et cinquante-six caractères, prend comme point de départ le souvenir de la vie difficile après le mariage, fusionnant la vertu, l'abnégation, la sérénité dans la pauvreté de Wei Cong avec la richesse, la culpabilité, la nostalgie infinie du poète aujourd'hui, montrant la pensée la plus profonde du poète pour son épouse défunte.

D'un point de vue structurel, le poème présente une progression du passé au présent, des faits aux émotions. Le premier couplet juxtapose « Comme la jeune fille préférée de M. Xie » et « depuis ton mariage avec ce pauvre Qiánlóu, cent choses allaient de travers », soulignant l'origine de Wei Cong et sa situation conjugale ; les deuxième et troisième couplets, à travers quatre détails de vie concrets — fouiller les coffres, retirer l'épingle d'or, se contenter d'herbes sauvages, compter sur les feuilles mortes — dépeignent de manière incisive la vertu et la persévérance de Wei Cong ; le quatrième couplet conclut avec « Aujourd'hui, mes appointements dépassent cent mille pièces » et « Mais pour toi, je ne puis qu'offrir des sacrifices », portant l'émotion de tout le poème à son paroxysme par le contraste saisissant entre la pauvreté d'autrefois et la richesse d'aujourd'hui. Entre les quatre couplets, on passe du passé au présent, des faits aux émotions, s'approfondissant couche par couche, formant un tout harmonieux.

D'un point de vue de l'intention, le noyau de ce poème réside dans le contraste entre les mots « 乖 » (aller de travers) et « 甘 » (doux, trouver doux). Ce « 乖 » de « 百事乖 » (cent choses allaient de travers) sont les multiples revers de la vie conjugale ; ce « 甘 » de « 甘长藿 » (trouvait douces les longues tiges) est pourtant l'état d'esprit de Wei Cong face aux difficultés. Entre ce « 乖 » et ce « 甘 » se cache tout l'amour de Wei Cong : elle peut supporter que cent choses aillent de travers, mais y trouve de la douceur ; elle peut endurer mille difficultés, mais ne se plaint jamais. Aujourd'hui, le poète a un haut rang et un bon salaire, mais ne peut plus les partager avec elle ; les jours qu'elle trouvait doux autrefois sont devenus une culpabilité que le poète ne peut apaiser pour le restant de sa vie.

D'un point de vue artistique, ce qui est le plus touchant dans ce poème est la technique de dessin au trait blanc « voir l'affection profonde dans l'ordinaire, transmettre le charme par les détails ». Le poète n'écrit pas de déclarations d'amour fracassantes, ne pousse pas de lamentations déchirantes, il décrit seulement ces détails de vie les plus ordinaires : « fouiller les coffres », « retirer l'épingle d'or », « se contenter d'herbes sauvages », « compter sur les feuilles mortes ». Pourtant, c'est précisément cette banalité qui rend l'affection plus réelle ; ce sont précisément ces détails qui rendent la nostalgie plus indélébile. Cette indulgence des « cajoleries pour avoir du vin », cette sérénité à « trouver douces les longues tiges », cette persévérance à « compter sur le vieux sophora », sont le portrait le plus vrai de toute la vie de Wei Cong. Le poète déploie ces détails un à un, permettant au lecteur de ressentir l'émotion la plus profonde dans l'ordinaire, de goûter l'amour le plus vrai dans le trivial.

Spécificités stylistiques

  • Technique de contraste, opposition nette : Opposant l'origine noble de Wei Cong à sa vertu sereine dans la pauvreté, opposant la pauvreté d'autrefois à la richesse d'aujourd'hui, sous ce double contraste, la culpabilité et la nostalgie du poète deviennent encore plus profondes.
  • Détails évocateurs, voir le grand dans le petit : Des détails comme « fouiller les coffres », « retirer l'épingle d'or », « se contenter d'herbes sauvages », « compter sur les feuilles mortes », à travers de très petits fragments de vie, décrivent le caractère de toute une vie de Wei Cong.
  • Utilisation naturelle des allusions, sans trace d'artifice : Utilisant les allusions de « M. Xie » et « Qiánlóu » pour décrire l'origine de Wei Cong et sa situation conjugale, l'allusion s'accorde avec la personne, fusionne avec l'émotion, sans aucune impression de contrainte.
  • Langage simple, émotion intense : Le poème entier est aussi naturel qu'une conversation entre amis, mais chaque mot vient du plus profond du cœur, exprimant l'émotion la plus sincère avec le langage le plus simple.

Éclairages

Ce poème, à travers le souvenir d'un couple pauvre, énonce un thème intemporel et immuable – L'amour le plus profond ne se trouve souvent pas dans la prospérité qui ajoute de l'éclat, mais dans les détails qui apportent du secours dans le besoin.

Il nous fait d'abord voir « l'affection profonde dans l'ordinaire ». Cette prévenance de « fouiller les coffres », cette indulgence de « retirer l'épingle d'or », cette sérénité à « trouver douces les longues tiges », cette persévérance à « compter sur le vieux sophora », sont le quotidien le plus banal, mais cachent l'amour le plus profond. Il nous rappelle : la véritable affection profonde n'est souvent pas une déclaration fracassante, mais dans ces détails apparemment insignifiants, un don et un accompagnement jour après jour.

Plus profondément, ce poème nous invite à méditer sur la valeur des « couples pauvres ». Wei Cong, issue d'une famille noble, accepta volontiers de partager la pauvreté avec Yuan Zhen. Ces jours de « se contenter d'herbes sauvages », elle y trouvait de la douceur ; ces difficultés de « compter sur les feuilles mortes », elle les supportait sans regret. Il nous fait comprendre : le véritable amour n'est pas de partager la richesse, mais de traverser ensemble les épreuves ; ce n'est pas ajouter de l'éclat à la prospérité, mais apporter du secours dans le besoin.

Et ce qui est le plus émouvant, c'est ce regret de « aujourd'hui la richesse, mais toi déjà partie » dans le poème. Autrefois dans la pauvreté, elle partageait ses peines et ses joies avec lui ; aujourd'hui dans la richesse, elle n'est plus de ce monde. Le poète ne peut que « offrir des sacrifices, encore et encore, des offrandes », tenter ainsi de combler ce qu'il lui doit. Ce regret de « vouloir nourrir ses parents quand il est trop tard » rend la nostalgie de tout le poème plus indélébile, et fait que quiconque le lit ne peut s'empêcher de chérir les proches qui sont encore là.

Ce poème décrit un deuil de la mi-Tang, pourtant il permet à quiconque a connu la pauvreté, a chéri une affection profonde, d'y trouver un écho. Cette silhouette qui « fouille les coffres » est le portrait de toute épouse vertueuse ; cette absence d'hésitation à « retirer l'épingle d'or » est l'instinct de tout être aimant ; cette attitude à « trouver douces les longues tiges » dans la pauvreté partagée est celle de tous ceux qui traversent ensemble les épreuves ; ce regret des « appointements dépassant cent mille pièces » d'aujourd'hui est le soupir commun de tous ceux qui ne savent apprécier qu'après avoir perdu. Telle est la vitalité de la poésie : elle écrit la nostalgie de Yuan Zhen pour Wei Cong, mais c'est à toutes les époques, pour tous ceux qui s'aiment dans l'ordinaire, qui se souviennent après avoir perdu, qu'elle s'adresse.

À propos du poète

Yuan Zhen

Yuan Zhen (元稹 779 - 831), originaire de Luoyang, dans la province du Henan, était un descendant de la famille impériale des Wei du Nord, ainsi qu’un célèbre poète et homme d’État de la dynastie des Tang moyens. Figure importante de l’histoire littéraire des Tang, Yuan Zhen cofonda le Mouvement du Nouveau Yuefu avec Bai Juyi. Ses réalisations poétiques les plus remarquables se trouvent dans le style yuefu (Bureau de Musique) et dans la poésie érotique. Sa relation amoureuse avec une femme nommée Yingying inspira le récit légendaire L’Histoire de Yingying. Le style poétique de Yuan Zhen se caractérise par sa clarté accessible, entrecoupée occasionnellement d’expressions audacieuses et surprenantes. Lors de la transition entre les Tang moyens et les Tang tardifs, son style accessible exerça une influence profonde, jetant les bases de l’École poétique Yuan-Bai.

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