Au bord du fleuve VII de Du Fu

jue ju man xing jiu shou ⅶ
                Sur le sentier, les chatons de peuplier forment un tapis blanc ;
Sur le ruisseau, les feuilles de lotus s’empilent comme des pièces vertes.
Près des pousses de bambou, les faisandeaux restent invisibles ;
Sur le sable, les canetons dorment contre leur mère.

Poème chinois

「绝句漫兴九首 · 其七」
糁径杨花铺白毡,点溪荷叶叠青钱。
笋根雉子无人见,沙上凫雏傍母眠。

杜甫

Explication du poème

Cette œuvre est le septième poème de la série de Du Fu Neuf Caprices poétiques en quatrains, composé au début de l'été 761, sous le règne de l'empereur Suzong des Tang, alors que le poète résidait dans sa chaumière près du ruisseau Huanhua à Chengdu. Après de longues années de guerre et d'errance, la vie à la chaumière offrit à Du Fu une période précieuse de quiétude. La série, intitulée Caprices poétiques, signifie « écrit au gré de l'inspiration ». Ce poème saisit précisément quelques instantanés de paysage du début d'été sous les yeux du poète lors d'une promenade aux alentours de sa chaumière. Ce n'est pas un grand récit, mais une immersion de l'âme dans de menus êtres vivants et de fins détails, révélant une quiétude rare en temps troublé et une attention profonde pour la beauté tranquille de la vie.

Premier couplet : « 糁径杨花铺白毡,点溪荷叶叠青钱。 »
sǎn jìng yáng huā pū bái zhān, diǎn xī hé yè dié qīng qián.
Sur le sentier, fleurs de peuplier, semées, étendent un tapis blanc ; Sur le ruisseau, feuilles de lotus, ponctuées, empilent des sapèques vertes.

Le poète, par un changement de perspective entre regard vers le bas et vers le haut, esquisse une peinture en deux dimensions du début d'été. Le mot « semées » (糁) est extrêmement ingénieux : il décrit à la fois la forme des fleurs de peuplier, fines comme des grains de riz, et imite leur façon de tomber en pluie, pleine de sensation tactile et de mouvement. La métaphore « étendent un tapis blanc » donne à la chose naturelle une délicatesse et une chaleur artisanales, ajoutant de la poésie à un sentier ordinaire. « Sur le ruisseau, ponctuées » et « empilent des sapèques vertes » passent du sol à la surface de l'eau. « Ponctuées » est léger, décrivant la naissance des feuilles de lotus, clairsemées et adorables ; la métaphore des « sapèques vertes » (monnaie ancienne) a à la fois la similarité de couleur et de forme, et révèle un intérêt de vie simple et rustique. Un blanc, un vert ; l'un étendu, l'autre ponctué ; l'un statique, l'autre dynamique, formant un parallélisme rigoureux sans perdre en vivacité.

Deuxième couplet : « 笋根雉子无人见,沙上凫雏傍母眠。 »
sǔn gēn zhì zi wú rén jiàn, shā shàng fú chú bàng mǔ mián.
À la racine des pousses, le jeune faisan, nul ne le voit ; Sur le sable, le canneton nouveau, contre sa mère dort.

Le regard passe des plantes aux animaux, du paysage statique à une scène plus dynamique, et plus encore, riche de chaleur vitale. « À la racine des pousses, le jeune faisan, nul ne le voit » est le trait le plus retenu et profond du poème : le jeune faisan se cache à la racine des pousses de bambou, un coin secret, sûr, plein de vitalité. « Nul ne le voit » décrit le réel, mais crée surtout une atmosphère profonde d'observation tranquille où les dix mille choses sont à leur aise, non dérangées, illustrant le respect et la découverte par le poète de l'existence de la vie infime. « Sur le sable, le canneton nouveau, contre sa mère dort » est à l'opposé, l'image est chaude et claire, débordante d'affection familiale. « Contre sa mère dort » saisit l'instant le plus doux et paisible de la nature : protection, dépendance, et surtout, la quiétude de la génération ininterrompue de la vie. Un « se cache », un « s'appuie », dépeignant de manière frappante les deux états d'existence de la vie naturelle.

Analyse globale

Cette œuvre est comme une page exquise d'album, capturant et enchaînant, avec un cœur de « caprice », quatre gros plans instantanés du début d'été. Pas un mot n'exprime directement l'émotion dans tout le poème, pourtant l'état d'âme du poète est entièrement imprégné dans le choix des images, l'agencement des symboles et la chaleur des mots.

Son raffinement réside dans la « philosophie de la perspective d'observation ». Le poète est comme un observateur de la nature retenant son souffle, son regard est à la fois vaste (sentier, ruisseau) et extrêmement subtil (semé, ponctué, racine, contre). Il voit la beauté visible (tapis blanc, sapèques vertes), mais chérit encore plus cette vie cachée, nécessitant patience et amour pour être découverte (le jeune faisan que nul ne voit). Cette observation n'est pas un divertissement condescendant, mais une coexistence égale, une immersion. Dans le poème, le jeune faisan « que nul ne voit » métaphorise peut-être le poète lui-même — dans sa chaumière loin du centre politique, comme caché à la racine des pousses, grandissant seul, possédant aussi sa propre plénitude vitale.

En regardant plus profondément, les quatre images tissent ensemble un monde microscopique « tranquille et autosuffisant ». Les fleurs de peuplier tombant, les nouvelles feuilles de lotus, le jeune faisan caché, le canneton contre sa mère, tous suivent le rythme de la nature, dans un état d'harmonie non perturbée. C'est à la fois le paysage réel autour de la chaumière, et le pur terrain spirituel que Du Fu, après avoir traversé les vicissitudes, désirait profondément et obtenait temporairement — un coin tranquille où la vie peut se reposer, grandir, et l'âme être apaisée.

Caractéristiques stylistiques

  • Parallélisme rigoureux et plein d'intérêt : Les deux couplets sont d'un parallélisme exquis, mais sans aucune raideur. « Sur le sentier » s'oppose à « sur le ruisseau », écho spatial entre terre et eau ; « étendent un tapis blanc » s'oppose à « empilent des sapèques vertes », ingéniosité des métaphores et contraste des couleurs. « À la racine des pousses » s'oppose à « sur le sable », « nul ne le voit » à « contre sa mère dort », passant de la retraite secrète et solitaire à la dépendance chaleureuse, les niveaux émotionnels sont riches.
  • Usage précis des verbes et des classificateurs : « Semées », « étendent », « ponctuées », « empilent », « voit », « dort » décrivent avec précision l'état et le mouvement des choses ; « sentier », « ruisseau », « racine », « sable » (ou classificateurs/localisateurs) construisent clairement les coordonnées spatiales de l'image, rendant le sens poétique concret et sensible.
  • Saveur profonde dans le trait simple : Utilisant tout du long le trait simple, sans ornement, mais grâce aux images choisies, pleines de vie et d'émotion (comme l'adorable « sapèques vertes », la chaleur de « contre sa mère dort »), l'image, dans sa simplicité nette, est saturée d'un intérêt de vie charnu et de chaleur vitale.
  • Manifestation typique du genre « caprice » : Le titre Caprices poétiques signifie saisi au passage, libre de contrainte. Ce poème semble cueillir au hasard quelques fragments, mais en réalité ils sont montés avec soin, unifiés par une quiétude intérieure harmonieuse, atteignant l'union parfaite de l'« insouciance » et de l'« ingéniosité unique ».

Réflexions

Ce chef-d'œuvre nous montre une attitude précieuse face à la vie et une capacité esthétique : Dans un monde agité et incertain, comment, en contemplant la nature et la vie microscopiques, apaiser son âme, et redécouvrir la quiétude et la plénitude de l'existence.

Dans le début d'été à sa chaumière, Du Fu ne voit pas seulement des fleurs de peuplier et des feuilles de lotus, mais l'ordre et la beauté de toutes choses à leur place, grandissant tranquillement. Il nous rappelle que la vraie « quiétude » et « satisfaction » ne viennent pas nécessairement d'œuvres lointaines ou de paysages grandioses, mais se cachent souvent dans le « sentier semé » et le « ruisseau ponctué » les plus ordinaires autour de nous, existent dans la découverte infime du « jeune faisan que nul ne voit », et dans le regard tendre posé sur le « canneton contre sa mère dort ».

Dans la société moderne au rythme pressé et à l'information surabondante, ce poème nous invite à apprendre l'œil du « caprice » de Du Fu : ralentir occasionnellement le pas, se pencher pour observer, laisser l'âme s'immerger dans un chemin de fleurs de peuplier comme un tapis blanc, ou un ruisseau de feuilles de lotus comme des sapèques vertes. Il nous dit que garder la sensibilité et la compassion pour la vie infime est un bon remède pour résister au vacarme extérieur et nourrir la quiétude intérieure. Ce petit poème préserve précisément cette poésie simple, indispensable en toute époque, de coexistence et de respiration commune avec les dix mille choses.

À propos du poète

Du Fu

Du Fu (杜甫), 712 - 770 après J.-C., originaire de Xiangfan, dans la province de Hubei, est un grand poète réaliste de l'histoire chinoise. Du Fu a eu une vie difficile, et sa vie de troubles et de déplacements lui a fait ressentir les difficultés des masses, de sorte que ses poèmes étaient toujours étroitement liés aux événements actuels, reflétant la vie sociale de l'époque d'une manière plus complète, avec des pensées profondes et un horizon élargi.

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