Un quatrain I de Du Fu

jue ju er shou du fu i
                Le soleil tardif embellit fleuves et monts ;
Le vent printanier parfume herbes et fleurs.
La terre dégelée accueille l’hirondelle ;
Le sable tiédoie où dort le canard mandarin.

Poème chinois

「绝句二首 · 其一」
迟日江山丽,春风花草香。
泥融飞燕子,沙暖睡鸳鸯。

杜甫

Explication du poème

Cette œuvre fut composée au printemps 764, sous le règne de l'empereur Daizong des Tang, alors que Du Fu résidait dans sa chaumière près du ruisseau Huanhua à Chengdu. Après de longues années d'errance dues à la révolte d'An Lushan, le poète jouissait enfin d'une période de vie relativement paisible. Le retour de son vieil ami Yan Wu pour gouverner le Sichuan apportait la stabilité à la région, et la chaumière qu'il avait lui-même construite lui offrait un refuge. C'est à ce moment, face au paysage printanier exubérant devant sa chaumière, que Du Fu, dans le langage le plus simple et le plus frais, saisit et fixa cette quiétude et cette joie si précieusement acquises. Ce quatrain est un intermède rare et lumineux dans la vie tourmentée du poète.

Premier couplet : « 迟日江山丽,春风花草香。 »
chí rì jiāng shān lì, chūn fēng huā cǎo xiāng.
Sous le soleil lent, les monts et les eaux sont beaux ; Dans la brise de printemps, fleurs et herbes sont parfumées.

Le début présente une vision vaste, ouvrant l'ensemble avec « soleil lent » (expression venant du Livre des Odes), indiquant la lenteur et la luminosité caractéristiques des jours de printemps. « Les monts et les eaux sont beaux » est une synthèse visuelle panoramique, le soleil donnant aux dix mille choses une tonalité unifiée et claire. « Dans la brise de printemps, fleurs et herbes sont parfumées » passe à une expérience sensorielle plus subtile : le vent est le toucher, le parfum l'odorat. En dix caractères seulement, les éléments les plus représentatifs du printemps — lumière, couleur, vent, senteur — fusionnent, sans artifice, et la plénitude du printenvient à la rencontre, établissant le ton chaleureux et joyeux.

Deuxième couplet : « 泥融飞燕子,沙暖睡鸳鸯。 »
ní róng fēi yàn zi, shā nuǎn shuì yuān yāng.
La boue fondue, les hirondelles volent ; Le sable tiède, les mandarins dorment.

Le plan passe du panorama naturel étendu à deux gros plans vivants de vie. « La boue fondue » et « le sable tiède » sont les résultats concrets du retour du yang printanier, en lien direct avec le « soleil lent ». « Les hirondelles volent » est une scène animée et affairée, « les mandarins dorment » une scène paisible et douce. Un « volent », un « dorment », l'un affairé, l'autre oisif, créent non seulement un rythme pictural harmonieux entre mouvement et repos, mais révèlent plus profondément les deux états fondamentaux de la nature au printemps : l'éveil de la vitalité (les hirondelles bâtissant leur nid, engendrant une nouvelle vie) et la jouissance de la quiétude (les mandarins se reposant, profitant de la chaleur). Ces deux petites scènes sont l'annotation la plus douce et la plus harmonieuse de la vitalité printanière.

Analyse globale

Ce quatrain heptasyllabique est l'un des mouvements les plus vifs et mélodieux de l'œuvre de Du Fu. Tout entier description, pas un mot n'exprime directement l'émotion, pourtant l'état d'âme du poète est entièrement fondu dans les couleurs et les souffles du paysage. Le poème entier est comme une esquisse printanière soigneusement composée mais d'une parfaite naturalité, suivant une logique esthétique claire : De la grande beauté du ciel et de la terre (monts et eaux beaux, fleurs et herbes parfumées) à l'harmonie de la vie (hirondelles volant, mandarins dormant).

Sa signification profonde est que ce n'est pas seulement une description du paysage printanier naturel, mais l'extériorisation du « printemps intérieur » du poète. Après des années de guerre et d'errance difficile, cette scène de quiétude, de chaleur, pleine de vitalité, a pour Du Fu une signification de réconfort spirituel extraordinaire. Dans le poème, les hirondelles bâtissant leur nid font écho à sa propre construction de la chaumière ; les mandarins reposant en paix métaphorisent sa vie momentanément stable. Ainsi, sous l'apparence vive, cette œuvre contient l'aspiration et le chérissement les plus profonds d'un poète en temps troublé pour la paix, la stabilité et la vie au foyer.

Caractéristiques stylistiques

  • Parallélisme rigoureux, signification naturelle : Les deux couplets forment un parallélisme exquis. « Soleil lent » s'oppose à « brise de printemps », « monts et eaux beaux » à « fleurs et herbes parfumées », complétant le vaste et le menu ; « boue fondue » s'oppose à « sable tiède », « hirondelles volent » à « mandarins dorment », harmonisant le mouvement et le repos. Le parallélisme apporte non seulement une beauté formelle, mais constitue aussi une présentation complète des différents aspects du printemps.
  • Expérience poétique de tous les sens : Le poète mobilise la vue (beau, volent, dorment), le toucher (brise, tiède), l'odorat (parfum) et même la perception de la température (tiède) et de la texture (fondue), créant un printemps tridimensionnel, sensible, palpable, odorant, donnant au lecteur une forte sensation d'immersion.
  • Combinaison d'images hautement condensée : Avec seulement quatre images d'arrière-plan — « soleil lent », « brise de printemps », « boue fondue », « sable tiède » — et quatre images principales — « monts et eaux », « fleurs et herbes », « hirondelles », « mandarins » —, il construit un monde printanier plein de vitalité et d'harmonie parfaite. Le langage est extrêmement simple, mais l'atmosphère est extrêmement riche.
  • Écrire le sentiment profond par une scène joyeuse, retenu et riche de sens : Pas un mot de joie dans tout le poème, mais la joie déborde sur le papier ; pas un mot de plainte sur la peine, mais les vicissitudes passées sont implicites derrière les mots. Cette manière pure d'« exprimer l'émotion par le paysage » rend l'expression émotionnelle plus retenue et profonde, d'une saveur durable.

Réflexions

Ce petit poème en apparence simple et vif contient un pouvoir de guérison transcendant le temps. Il nous dit que la beauté et l'espoir se cachent souvent dans les scènes naturelles les plus ordinaires. Après avoir traversé les épreuves, Du Fu pouvait encore saisir avec acuité et se délecter de la beauté infime des « hirondelles volant dans la boue fondue » et des « mandarins dormant sur le sable tiède ». Cela montre une résilience spirituelle extrêmement précieuse : la capacité de garder l'amour de la vie après en avoir discerné la vérité.

Dans la vie moderne au rythme rapide et pleine de pressions, cette œuvre nous invite à nous arrêter un moment, comme Du Fu, à ressentir la chaleur du « soleil lent », à respirer le parfum des « fleurs et herbes », à observer l'état de vie des hirondelles et des mandarins. Elle nous rappelle que la quiétude et la satisfaction de l'âme ne viennent pas toujours de grandes réalisations, mais proviennent précisément de la perception et de la valorisation de la beauté ordinaire autour de soi. Ce chef-d'œuvre est comme une fenêtre lumineuse, à travers laquelle nous voyons non seulement le printemps d'il y a mille ans, mais aussi un idéal de vie, à rechercher en toute époque, d'harmonie avec la nature et de paix intérieure et de plénitude.

À propos du poète

Du Fu

Du Fu (杜甫), 712 - 770 après J.-C., originaire de Xiangfan, dans la province de Hubei, est un grand poète réaliste de l'histoire chinoise. Du Fu a eu une vie difficile, et sa vie de troubles et de déplacements lui a fait ressentir les difficultés des masses, de sorte que ses poèmes étaient toujours étroitement liés aux événements actuels, reflétant la vie sociale de l'époque d'une manière plus complète, avec des pensées profondes et un horizon élargi.

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