Le « Chant de l’arbre de jade » s’éteint, l’aura royale prend fin.
À Jingyang, les troupes convergent, les tours de garde sont vides.
Pins et cyprès, au loin, au près, les tombes de mille officiers.
Mil et sorgho, haut et bas, les palais de six dynasties.
Les hirondelles de pierre frôlent les nuages, soleil ou pluie.
Les marsouins du fleuve soufflent les vagues, nuit et vent.
Les héros partis, toute splendeur épuisée.
Il ne reste que les montagnes vertes, semblables à celles de Luoyang.
Poème chinois
「金陵怀古」
许浑
玉树歌残王气终,景阳兵合戍楼空。
松楸远近千官冢,禾黍高低六代宫。
石燕拂云晴亦雨,江豚吹浪夜还风。
英雄一去豪华尽,惟有青山似洛中。
Explication du poème
Ce poème est un chef-d'œuvre de méditation historique et d'évocation du passé du poète de la fin des Tang, Xu Hun. Il fut composé vers la huitième année de l'ère Dahe (834) des Tang, alors que Xu Hun, dans ses vieilles années, voyageait dans le Jiangnan. Face aux ruines désolées de l'ancienne capitale des Six Dynasties, Jinling, son cœur était empli de soupirs sur l'essor et le déclin. Xu Hun est célèbre pour son talent dans les poèmes d'évocation historique, rivalisant avec Du Mu. Ses poèmes revisitent souvent les traces des montagnes et des fleuves, s'émeuvent de l'essor et du déclin de l'histoire, dans un langage clair et élégant, aux significations profondes. Il jouit de la réputation : « Xu Hun aux mille poèmes, Du Fu à la vie de soucis ».
Jinling (actuelle Nankin), autrefois ancienne capitale des Six Dynasties, de Wu de l'Est, Jin de l'Est, jusqu'aux Song, Qi, Liang et Chen, fut pendant plus de trois cents ans la plus florissante et brillante du Jiangnan. Cependant, après la destruction des Chen par les Sui, les remparts et palais de Jinling furent anéantis, les jardins impériaux réduits en ruines, l'aura royale d'antan totalement disparue. Le poète, passant par ce lieu, lève les yeux et regarde autour de lui : sous l'ombrage des pins et catalpas, se trouvent les tombes de mille officiers ; parmi les hauts et bas des champs de millet, s'élèvent les murs des palais de six dynasties. Le palais Jingyang où résonnait autrefois le Jade Tree & Back Courtyard Flowers est désormais désert, sa tour de garde vide ; les héros qui firent trembler ciel et terre, où sont-ils à présent ? Seuls les hirondelles de pierre sur le fleuve et les marsouins dans les vagues continuent de tournoyer sous la pluie et de nager dans le vent nocturne, comme si les vicissitudes de l'histoire ne s'étaient jamais apaisées. Face à ces paysages immuables et à cette prospérité disparue, le cœur du poète s'emplit d'une profonde émotion face à l'inconstance de l'essor et du déclin, mais aussi d'une mélancolie et d'une pitié de soi face à ses propres déconvenues dans la carrière officielle. Le poème entier prend le mot « vide » (空) pour œil, et le mot « épuisé » (尽) pour ossature, fondant en un seul creuset les vicissitudes historiques et les sentiments de la vie humaine, devenant ainsi une œuvre exemplaire parmi les poèmes d'évocation historique de la Chine ancienne.
Premier couplet : « 玉树歌残王气终,景阳兵合戍楼空。 »
Yù shù gē cán wáng qì zhōng, Jǐngyáng bīng hé shù lóu kōng.
Le chant de l'Arbre de Jade s'éteint, l'aura impériale prend fin ;
Les troupes encerclent Jingyang, la tour de garde est vide.
Le poème s'ouvre en entrant directement dans le fait historique de la destruction des Chen par les Sui, établissant le ton de tristesse et d'émotion de l'ensemble. « 玉树歌残 » (Yù shù gē cán) utilise l'allusion au Jade Tree & Back Courtyard Flowers du dernier souverain des Chen ; la musique lascive résonne encore à l'oreille, mais la dynastie s'est déjà effondrée. Le mot « 残 » (cán, s'éteindre, s'interrompre) signifie à la fois l'interruption du chant et l'anéantissement de l'aura impériale. Le vers suivant, « 景阳兵合戍楼空 » (Jǐngyáng bīng hé shù lóu kōng), décrit l'urgence des troupes aux portes de la ville et la désolation de la tour vidée de ses occupants. Ce mot « 空 » (kōng, vide) est le premier « œil » du poème – la tour de garde est vide, car les hommes sont partis à cause de l'encerclement des troupes ; l'aura impériale prend fin, car le royaume est détruit avec l'interruption du chant. Un « 残 » et un « 空 » figent l'instant où la dynastie Chen passe de la prospérité au déclin, et ouvrent le prélude aux méditations historiques du poème entier.
Deuxième couplet : « 松楸远近千官冢,禾黍高低六代宫。 »
Sōng qiū yuǎn jìn qiān guān zhǒng, hé shǔ gāo dī liù dài gōng.
De près comme de loin, sous pins et catalpas, les tertres de mille officiers ;
Hauts et bas, parmi millet et sorgho, les palais de six dynasties.
Ce couplet passe des faits historiques au paysage réel, utilisant la désolation présente pour confirmer les vicissitudes de l'histoire. « 松楸 » (Sōng qiū) sont des arbres souvent plantés dans les cimetières ; « 远近 » (yuǎn jìn, de près comme de loin) décrivent la multitude et l'étendue des tombes ; « 千官冢 » (qiān guān zhǒng, les tertres de mille officiers), trois mots expriment toute la splendeur passée de la cour et la désolation actuelle – la foule de mille officiers d'antan n'est plus aujourd'hui qu'un peu de terre jaune. Le vers suivant, « 禾黍高低六代宫 » (hé shǔ gāo dī liù dài gōng), utilise « 高低 » (gāo dī, hauts et bas) pour décrire l'état de délabrement des murs du palais et la prolifération des herbes. La prospérité de six dynasties, trois cents ans d'élégance, sont aujourd'hui abandonnés à ces herbes folles ondoyantes. Le poète n'exprime pas directement la douleur, il la laisse seulement transparaître à travers ces images de pins, de catalpas, de millet et de sorgho, et la douleur est déjà là.
Troisième couplet : « 石燕拂云晴亦雨,江豚吹浪夜还风。 »
Shí yàn fú yún qíng yì yǔ, jiāng tún chuī làng yè huán fēng.
Les hirondelles de pierre frôlent les nuages, le temps clair peut aussi apporter la pluie ;
Les marsouins soufflent sur les vagues, la nuit ramène encore le vent.
Ce couplet passe du paysage réel au symbolisme, utilisant les changements imprévisibles de la nature comme métaphore des vicissitudes tumultueuses de l'histoire. « 石燕 » (Shí yàn, hirondelles de pierre), des pierres légendaires qui s'envolent au vent et à la pluie, frôlant les nuages même par beau temps, comme si elles pouvaient à tout moment susciter le vent et la pluie ; « 江豚 » (jiāng tún, marsouins), mammifères du fleuve, émergeant souvent dans les vagues, la légende dit que leur apparition présage le vent. Ces six mots « 晴亦雨 » (qíng yì yǔ, le temps clair peut aussi apporter la pluie) et « 夜还风 » (yè huán fēng, la nuit ramène encore le vent) utilisent l'imprévisibilité de la nature pour évoquer implicitement les vicissitudes imprévisibles, l'inconstance de l'essor et du déclin de l'histoire. Ces héros qui firent trembler ciel et terre, ne sont-ils pas comme ces hirondelles de pierre et ces marsouins, agitant un temps la tempête pour finalement se dissiper en fumée ? Le poète, à travers le paysage, exprime une vérité, intégrant le soupir sur l'essor et le déclin dans l'immensité du ciel et de la terre.
Quatrième couplet : « 英雄一去豪华尽,惟有青山似洛中。 »
Yīng xióng yī qù háo huá jìn, wéi yǒu qīng shān sì luò zhōng.
Les héros partis, ne reviennent plus, la splendeur est épuisée ;
Il ne reste que les montagnes vertes, semblables à celles de Luoyang.
Le dernier couplet conclut l'ensemble par un contraste, portant les émotions historiques vers l'éternité. « 英雄一去豪华尽 » (Yīng xióng yī qù háo huá jìn), sept mots expriment tout – ces figures héroïques, ces temps de splendeur, sont partis pour ne plus revenir, devenus vide. Le vers suivant, « 惟有青山似洛中 » (wéi yǒu qīng shān sì luò zhōng), utilise « 惟有 » (wéi yǒu, il ne reste que) pour opérer un revirement, soulignant l'immuabilité des montagnes et des fleuves. Les montagnes vertes de Jinling sont toujours verdoyantes, semblables aux paysages montagneux des environs de Luoyang. Ces trois mots « 似洛中 » (sì luò zhōng, semblables à celles de Luoyang) sont à la fois une description du paysage et une expression des sentiments – Jinling et Luoyang, les Six Dynasties et les Han-Tang, les paysages se ressemblent, mais les affaires humaines ont changé. Le poète, contemplant ces montagnes immuables, pensant à cette prospérité disparue, sent monter dans son cœur un profond soupir face à l'implacabilité de l'histoire, et aussi une conscience lucide de la brièveté de la vie.
Lecture globale
C'est un joyau parmi les poèmes d'évocation historique de Xu Hun. Le poème entier, en huit vers et cinquante-six caractères, prend comme point de départ la méditation sur le passé de Jinling, fusionnant en un tout faits historiques, paysages réels, symbolisme et contrastes, montrant la profonde émotion du poète face à l'inconstance de l'essor et du déclin, et sa conscience lucide de la brièveté de la vie.
D'un point de vue structurel, le poème présente une progression de l'histoire au paysage, du paysage à la réflexion, de la réflexion au sentiment. Le premier couplet s'ouvre sur le fait historique de la destruction des Chen par les Sui, pointant l'instant de l'essor et du déclin ; le deuxième couplet passe au paysage réel de Jinling, utilisant pins, catalpas, millet et sorgho pour décrire la désolation ; le troisième couplet utilise les hirondelles de pierre et les marsouins comme métaphores, intégrant le soupir sur l'essor et le déclin dans les métamorphoses de la nature ; le quatrième couplet oppose héros et montagnes vertes, portant les émotions historiques vers l'éternité. Entre les quatre couplets, on passe de l'antique au présent, du réel au virtuel, de l'homme au ciel, s'approfondissant couche par couche, formant un tout harmonieux.
D'un point de vue de l'intention, le noyau de ce poème réside dans l'écho entre le mot « 空 » (vide) et le mot « 尽 » (épuisé). Le « 戍楼空 » (la tour de garde est vide) du premier couplet, c'est le vide sous les yeux ; le « 千官冢 » (les tertres de mille officiers) du deuxième couplet, c'est le vide des affaires humaines ; le « 晴亦雨 » (le temps clair peut aussi apporter la pluie) et « 夜还风 » (la nuit ramène encore le vent) du troisième couplet, c'est l'inconstance de l'histoire ; le « 英雄一去豪华尽 » (les héros partis, la splendeur est épuisée) du quatrième couplet, c'est le néant final. Entre ce « 空 » et ce « 尽 » se cache toute la perception du poète face aux vicissitudes historiques : tout finira par devenir vide, tout finira par s'épuiser. Pourtant, ce « 似 » (semblable) dans « 青山似洛中 » (les montagnes vertes semblables à celles de Luoyang) introduit une part d'immuabilité dans ce néant – les montagnes et fleuves restent, éternels et silencieux.
D'un point de vue artistique, ce qui est le plus touchant dans ce poème est la structure grandiose de la « mise en contraste de l'ancien et du présent, de l'homme et du ciel ». Le poète place côte à côte événements historiques et paysages actuels, oppose figures héroïques et montagnes naturelles, permettant au lecteur, dans ce contraste saisissant, de ressentir la brièveté des affaires humaines et l'éternité des montagnes et fleuves. Le contraste entre « 英雄一去 » (les héros partis) et « 青山依旧 » (les montagnes vertes toujours là) est le noyau tragique le plus profond de ce poème – l'homme peut créer l'histoire, mais ne peut vaincre le temps ; il peut laisser une légende, mais ne peut se retenir lui-même.
Spécificités stylistiques
- Structure rigoureuse, progression claire : De l'histoire au paysage, du paysage à la réflexion, de la réflexion au sentiment, les quatre couplets s'enchaînent et progressent couche par couche.
- Union du réel et du virtuel, sentiments logés dans le paysage : Utiliser pins, catalpas, millet et sorgho pour décrire la désolation, hirondelles de pierre et marsouins pour décrire les changements, le langage du paysage est langage des sentiments, les images matérielles sont images du cœur.
- Choix des mots précis, significations profondes : Les mots « 残 » (cán), « 空 » (kōng), « 尽 » (jìn), « 惟 » (wéi), dans une extrême simplicité, révèlent l'essence de l'essor, du déclin, de la prospérité et de la ruine.
- Contraste saisissant, antithèse puissante : La disparition des héros et l'immuabilité des montagnes vertes forment un contraste frappant, donnant fortement à ressentir l'implacabilité de l'histoire, la brièveté de la vie.
Éclairages
Ce poème, à travers l'essor et le déclin d'une ancienne capitale, exprime un thème éternel et immuable – le pouvoir et la splendeur finiront par s'en aller avec le vent, seules la terre, le ciel, les montagnes et les fleuves demeurent éternels.
Il nous fait d'abord voir « le poids de l'histoire ». Les ossements blancs dans les « 千官冢 », le millet et le sorgho sur les « 六代宫 », furent autrefois des vies vivantes, un passé glorieux. Aujourd'hui, ils ne peuvent qu'à travers tertres et ruines rappeler aux générations suivantes : voilà l'essor et le déclin. Il nous rappelle : chaque époque croit qu'elle sera éternelle, mais chaque époque finit par devenir histoire.
Plus profondément, ce poème nous fait réfléchir au « changement dans l'immuable ». Les montagnes vertes restent, le paysage ne vieillit pas, pourtant les affaires humaines ont changé, les héros ne sont plus. Ces montagnes et fleuves immuables sont précisément les témoins d'innombrables changements ; ces montagnes vertes éternelles ont vu d'innombrables fins. Il nous fait comprendre : le véritable immuable n'est pas d'échapper au changement, mais d'en être le témoin.
Et ce qui est le plus laissé à la réflexion, est dans ce poème cette « tristesse lucide ». Le poète ne sanglote pas, ne se lamente pas contre le ciel, il écrit simplement ces vers avec calme, présentant la vérité de l'histoire aux yeux du lecteur. Cette lucidité est le dépôt après la souffrance, la sérénité après la clairvoyance.
Ce poème décrit le Jinling des Six Dynasties, mais il permet à toute personne se tenant au bord du fleuve du temps d'y trouver un écho. L'écho du « 玉树歌残 » est la résonance de toute fin d'âge d'or ; les herbes folles des « 千官冢 » sont le témoin de la sortie de scène de tout héros ; le soupir du « 青山似洛中 » est le sentiment commun de tout être face à l'éternité. C'est la vitalité de la poésie : elle parle de l'essor et du déclin des anciens, mais on y lit, à toutes les époques, ces cœurs lucides et profonds.
À propos du poète

Xu Hun (许浑 vers 788 - vers 858), originaire de Danyang, dans la province du Jiangsu, fut un célèbre poète de la fin de la dynastie Tang. Son ancêtre était Xu Yushi, chancelier sous le règne de l'impératrice Wu Zetian, et sa famille jouissait d'un statut éminent qui avait déjà décliné à l'époque de Xu Hun. Il obtint le titre de jinshi (docteur) la sixième année de l'ère Taihe (832 ap. J.-C.) et occupa successivement les postes de magistrat des comtés de Dangtu et Taiping, accédant finalement au rang de sous-directeur du Bureau des Forêts et de l'Artisanat. En tant que représentant important du cercle poétique de la fin des Tang, Xu Hun était célébré pour sa maîtrise dans la représentation de l'eau et de la pluie. Sa poésie offre souvent des réflexions nostalgiques sur l'histoire, caractérisée par un style désolé et solennel. Il excellait particulièrement dans la poésie régulée heptasyllabique, avec un langage concis, raffiné et d'un rythme harmonieux. Se distinguant de Du Mu et Li Shangyin, il établit sa propre école distinctive, exerçant une profonde influence sur des poètes ultérieurs tels que Wei Zhuang et Luo Yin.