Chanson du sud du fleuve de Li Yi

jiang nan qu
    Mariée à un marchand des Gorges de Qutang,
Jour après jour, il manque le rendez-vous promis.
Si j’avais su que la marée a sa fidélité,
Je me serais mariée avec le dompteur de marée.

Poème chinois

「江南曲」
嫁得瞿塘贾,朝朝误妾期。
早知潮有信,嫁与弄潮儿。

李益

Explication du poème

Ce poème est né à l'époque de prospérité commerciale des Tang, relevant du thème des « doléances du gynécée ». Il esquisse l'humeur mélancolique d'une épouse de marchand, gardant seule le gynécée vide, attendant en vain le retour de son mari. Son auteur, Li Yi, est célèbre pour ses poèmes de frontière, mais ses œuvres sur les doléances du gynécée ont également un style propre – il excelle à saisir les sentiments subtils, exprimant avec une plume concise des émotions infinies, capable de décrire aussi bien la souffrance du guerrier que le ressentiment de l'épouse de marchand.

Depuis la fondation des Tang, le commerce a progressivement prospéré, atteignant son apogée à l'ère médiane des Tang. Les voies commerciales du fleuve Bleu étaient tissées de navires, des métropoles commerciales comme Yangzhou et Yizhou s'épanouissaient successivement. Le « Qutang » mentionné dans le poème désigne les gorges de Qutang, l'une des Trois Gorges du fleuve Bleu, un carrefour stratégique entre le Ba-Shu et le Jing-Chu, passage obligé pour les marchands allant vers l'est ou l'ouest. D'innombrables marchands erraient constamment sur les fleuves et lacs, poursuivant profit et richesse, tandis que leurs épouses ne pouvaient que rester enfermées dans le gynécée profond, jour après jour, espérant le retour de leur mari. La femme du Chant du Pipa de Bai Juyi n'était-elle pas précisément celle qui, parce que « le marchand accorde plus d'importance au profit qu'à la séparation », gardait seule le bateau vide ? Ce n'est pas un cas isolé, mais un portrait d'époque. Dans la généalogie des poèmes de doléances du gynécée, il y a la tristesse aiguë de celle qui pense au guerrier, et aussi l'impuissance de celle qui se plaint du marchand, ce poème est un chef-d'œuvre de cette dernière catégorie.

Dans sa jeunesse, Li Yi a beaucoup voyagé sur les fleuves et lacs, il a donc dû entendre et voir des choses sur les affaires des marchands et les sentiments de leurs épouses. Toute sa vie, il fut souvent malade, errant et dans la gêne dans ses vieux jours ; c'est peut-être cette compréhension de l'impermanence de la vie qui lui permit de se mettre à la place de l'épouse de marchand pour écrire la souffrance de l'attente : « 朝朝误妾期 » (chaque jour il déçoit mon attente). Avec un langage épuré et simple, il dépeint de manière percutante le ressentiment de l'épouse de marchand, et avec des métaphores ingénieuses, il rend la poésie encore plus profonde et touchante. Le poème entier ne compte que vingt caractères, mais possède la grâce naturelle des chansons populaires des dynasties du Sud ; en ouvrant le rouleau, on semble entendre sa voix, en le refermant, on croit voir sa personne. Mille ans plus tard, en lisant ce poème, on semble encore entendre ce soupir traversant le temps et l'espace.

Premier distique : 嫁得瞿塘贾,朝朝误妾期。
Jià dé Qútáng gǔ, zhāozhāo wù qiè qī.
Épousée à un marchand de Qutang, chaque jour il déçoit mon attente.

Dès l'ouverture du poème, ce sont des paroles de ressentiment exprimées directement, sans affectation. La déception et le reproche de l'épouse de marchand se révèlent dans l'opposition entre « 嫁得 » (épousée à) et « 朝朝误 » (chaque jour déçoit). « 嫁得 » (épousée à) dit tout sur le caractère inéluctable du destin – elle n'a pas épousé un homme, mais un mode de vie fait de rares retrouvailles et de longues séparations. Et « 朝朝误 » (chaque jour déçoit) compresse ensemble la longueur de l'attente et l'accumulation de la déception : ce n'est pas un rendez-vous manqué, pas un retard occasionnel, mais jour après jour, un échec répété. Ce mot « 误 » (décevoir) est à la fois l'écoulement du temps et l'échec de l'espérance, portant le chagrin et le ressentiment accumulés jour après jour, comme un léger soupir venant du gynécée vide d'il y a mille ans, qui ne s'est toujours pas dissipé.

Dernier distique : 早知潮有信,嫁与弄潮儿。
Zǎo zhī cháo yǒu xìn, jià yǔ nòngcháo ér.
Si j'avais su que la marée est fidèle, j'aurais épousé le garçon qui joue avec les vagues.

Ici, la plume poétique opère soudain un revirement, utilisant la « marée » comme comparaison, d'une ingéniosité éternelle. Le flux et le reflux de la marée ont leur propre régularité, fidèles comme un rendez-vous ; tandis que la date de retour du mari est aussi changeante qu'un nuage flottant, sans aucune certitude. Face à cette attente longue et vide, le cœur de la jeune femme ne peut s'empêcher de produire un regret absurde – plutôt que d'attendre vainement ce marchand infidèle, autant épouser le garçon qui joue avec les vagues, toujours accompagné par la marée. Cette hypothèse semble un délire, mais est en réalité l'expression sincère née d'un ressentiment extrême. En apparence absurde et insensée, intérieurement, elle paraît d'autant plus touchante et vraie à cause de la profondeur du chagrin et du ressentiment, poussant à l'extrême l'impuissance et la mélancolie de la jeune femme. Le garçon qui joue avec les vagues est jour et nuit en compagnie de la marée, le flux et le reflux sont le rythme de sa vie ; tandis que le mari de l'épouse de marchand, poussé par la recherche du profit, erre sans fixité, la laissant se flétrir jour après jour dans l'attente. Le poète utilise la fidélité de la marée pour mettre en contraste l'absence de date certaine de l'homme, le ressentiment est entré dans les os.

Lecture globale

Ce poème est une œuvre originale parmi les poèmes de doléances du gynécée des Tang. Le poète, à travers la voix de l'épouse de marchand, exprime la mélancolie de garder seule le gynécée vide, mais en seulement vingt caractères, il accomplit un saut émotionnel de la plainte directe au regret, de la réalité à l'hypothèse, faisant ressentir au lecteur à la fois son caractère déraisonnable et sa véracité.

Le premier distique « 嫁得瞿塘贾,朝朝误妾期 » (Épousée à un marchand de Qutang, chaque jour il déçoit mon attente) commence par des paroles de ressentiment exprimées directement, sans déguisement. Un « 嫁得 » (épousée à) dit tout sur l'inéluctabilité du destin ; et « 朝朝误 » (chaque jour déçoit) compresse ensemble la longueur de l'attente et l'accumulation de la déception – ce n'est pas un rendez-vous manqué, pas un retard occasionnel, mais jour après jour, un échec répété. Ce mot « 误 » (décevoir) est à la fois l'écoulement du temps et l'échec de l'espérance, portant le chagrin et le ressentiment accumulés jour après jour, comme un soupir venant du gynécée vide d'il y a mille ans, qui ne s'est toujours pas dissipé.

Si les deux premiers vers sont la préparation du ressentiment, alors les deux derniers « 早知潮有信,嫁与弄潮儿 » (Si j'avais su que la marée est fidèle, j'aurais épousé le garçon qui joue avec les vagues) sont l'apogée du ressentiment, et aussi l'endroit le plus inattendu de tout le poème. Le poète oppose la « fidélité de la marée » au « 朝朝误 » (chaque jour déçoit) du marchand : le flux et le reflux de la marée ont leur propre régularité, fidèles comme un rendez-vous ; tandis que la date de retour du mari est aussi changeante qu'un nuage flottant, sans aucune certitude. Face à cette longue attente, la jeune femme produit même l'idée d'« épouser le garçon qui joue avec les vagues » – cette idée semble absurde, mais est en réalité l'expression sincère née d'un ressentiment extrême. Ce n'est pas qu'elle veuille vraiment se remarier, mais dans une déception extrême, elle utilise cette hypothèse irréalisable pour exhaler son amertume intérieure. Cette technique d'écrire le ressentiment par des paroles déraisonnables a plus de profondeur qu'une plainte directe, et est aussi plus touchante.

Du point de vue de la technique artistique, le plus ingénieux de ce poème réside dans « l'écriture détournée utilisant des paroles déraisonnables pour exprimer des sentiments sincères ». En surface, ce sont des paroles d'humeur de la jeune femme, mais intérieurement, elles cachent une profonde impuissance. Le garçon qui joue avec les vagues est jour et nuit en compagnie de la marée, le flux et le reflux sont le rythme de sa vie, tandis que le mari de l'épouse de marchand, poussé par la recherche du profit, erre sans fixité, la laissant se flétrir jour après jour dans l'attente. Le poète ne dit pas directement « comme je suis seule », ne dit pas directement « comme je le hais », il utilise seulement ce revirement léger de l'hypothèse pour déposer toute la tristesse et l'amertume – comme l'ont commenté les anciens : « Une pensée absurde, mais l'expression du ressentiment est sincère. »

De plus, le langage de tout le poème est simple comme une conversation, avec une forte saveur de chanson populaire. Comme si la jeune femme se plaignait au hasard, sans fioritures, mais avec une force qui touche directement le cœur. Le poète n'accumule pas d'ornements, ne cisèle pas délibérément, il utilise seulement le langage le plus simple pour écrire les sentiments les plus vrais, c'est précisément la raison pour laquelle ce poème, après mille ans, reste encore touchant.

Spécificités stylistiques

  • Contraste net, mettant en relief le ressentiment : Utiliser la « fidélité » de la marée pour opposer le « 朝朝误 » (chaque jour déçoit) du marchand, dans ce contraste, le ressentiment devient encore plus profond et touchant.
  • Paroles déraisonnables exprimant le ressentiment, sentiments exprimés de manière détournée : Utiliser l'hypothèse absurde d'« épouser le garçon qui joue avec les vagues » pour transmettre de manière détournée le chagrin et le ressentiment dans le cœur, ne pas exprimer directement la souffrance, mais la souffrance transparaît déjà à travers le papier.
  • Langage simple, charme de chanson populaire : Le poème entier est court et percutant, le langage semble familier, mais la saveur est longue, saisissant profondément l'essence des chansons populaires de la musique bureau.
  • Voir grand à travers le petit, sens profond : Ce poème n'est pas seulement le ressentiment d'une seule personne, mais l'épitomé du destin d'innombrables femmes oubliées par leur époque, possédant une sollicitude humaine universelle.

Éclairages

Ce poème, à travers les paroles de ressentiment d'une épouse de marchand, exprime le destin commun d'innombrables femmes à l'époque féodale – leur attente était souvent considérée comme allant de soi ; leur solitude était souvent négligée avec désinvolture.

Il nous fait d'abord voir le poids de l'« attente ». Ces deux mots « 朝朝 » (chaque jour) représentent combien de levers et de couchers de soleil, combien de fois se pencher à la porte pour regarder au loin. Le mari court aux quatre coins du monde pour le profit, tandis que sa vie se fige dans l'attente jour après jour. Chaque fois qu'elle entend un bruit de pas, chaque fois qu'elle aperçoit une silhouette au loin, elle croit que c'est le revenant, mais c'est chaque fois une déception. Une telle attente consume non seulement le temps, mais aussi l'enthousiasme de la vie. Le poète utilise vingt mots pour concrétiser cette attente pesante, nous faisant presque voir cette silhouette debout devant la porte scrutant l'horizon, entendre ces soupirs à peine audibles.

Ce poème nous fait réfléchir à la valeur de la « fiabilité ». La marée est fiable parce que c'est le rythme de la nature, elle ne vient pas pour le profit, ne s'en va pas pour le profit ; tandis que le marchand est infidèle parce qu'il est poussé par l'intérêt, contraint par la réalité. Le ressentiment de la jeune femme n'est pas seulement dirigé contre son mari personnellement, mais aussi contre un mode de vie – elle ne se plaint pas de cet homme, mais de cette position qui la place toujours après le profit. Cette phrase « 早知潮有信,嫁与弄潮儿 » (Si j'avais su que la marée est fidèle, j'aurais épousé le garçon qui joue avec les vagues), en apparence absurde, est en réalité l'aspiration et l'appel à la qualité de la « fiabilité ». Dans une société commerciale où le profit prime, les besoins affectifs sont mis de côté, l'attente intérieure est négligée, c'est la racine de la tragédie de l'épouse de marchand.

Et ce qui est le plus digne de réflexion, ce sont les mots « 早知 » (si j'avais su) dans le poème. Si j'avais su plus tôt, à quoi bon au début. Mais la vie n'a pas de « si j'avais su », une fois le destin choisi, on ne peut que le subir. Ce n'est pas la bêtise de la jeune femme, mais la limite de l'époque – à une époque où le mariage n'était pas autonome, leur destin était souvent scellé au moment du « 嫁得 » (épousée à). L'hypothèse en apparence capricieuse dans le poème est précisément l'accusation de ce sentiment d'impuissance : elle ne peut se rebeller que dans l'imagination, se libérer que dans le fantasme, et dans la réalité, elle doit continuer à attendre.

À propos du poète

Li Yi

Li Yi (李益 748 - 829), originaire de Wuwei, dans la province du Gansu, fut un poète représentatif de l'École de la poésie des frontières sous les Tang moyens. Il obtint le titre de jinshi (docteur) la quatrième année de l'ère Dali (769 ap. J.-C.) et servit sous les règnes des empereurs Xianzong et Wenzong, accédant au poste de Ministre des Rites. Sa poésie est particulièrement renommée pour ses quatrains heptasyllabiques, caractérisés par un style à la fois solennel et mélancolique, mêlant la grandeur de la poésie des frontières du haut Tang à l'élégance plaintive de l'époque médiane. Héritier de la tradition de Wang Changling et source d'inspiration pour des poètes ultérieurs comme Li He, ses œuvres sur les thèmes frontaliers ont taillé une place unique et distinctive dans le paysage littéraire des Tang moyens.

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