À Han Donglang I de Li Shangyin

han dong lang er shou i
                À dix ans, il ciselait le vers, plus prompt que le cheval lancé,
La braise éteinte, la cire agonisante, attisaient la cendre de nos adieux.
Sur la route de cinabre, à perte de monts, où s’effeuillent les sterculiers,
Du jeune phénix, le cri est de pur cristal ; du vieux, la voix n’est qu’écho.

Poème chinois

「韩冬郎二首 · 其一」
十岁裁诗走马成,冷灰残烛动离情。
桐花万里丹山路,雏凤清于老凤声。

李商隐

Explication du poème

Ce poème est le premier d'un recueil composé par Li Shangyin en réponse au jeune Han Wo (dit Donglang), écrit lorsque le poète, de retour à la capitale depuis Dongchuan, relut les poèmes d'adieu que celui-ci lui avait jadis dédiés. L'œuvre exprime non seulement son admiration pour le talent précoce de cet enfant prodige de dix ans, mais forge surtout, à travers lui, un symbole classique de la transmission littéraire, du dépassement générationnel et de la vitalité culturelle. Se prenant lui-même pour le « vieux phénix », Li Shangyin, dans le contexte des sentiments d'adieu évoqués par les « cendres froides et bougies consumées », perçoit distinctement l'écho de la « voix pure du jeune phénix » et, prenant cette voix pour point de repère, esquisse une lignée spirituelle traversant le temps et l'espace, débordante de vie.

Premier distique : « 十岁裁诗走马成,冷灰残烛动离情。 »
Shí suì cái shī zǒu mǎ chéng, lěng huī cán zhú dòng lí qíng.
À dix ans, il taillait déjà des vers, achevés d'un trait comme au galop ;
Les cendres froides, les bougies consumées, émouvaient alors les cœurs à l'adieu.

L'ouverture, par la juxtaposition d'images aux forts contrastes, établit la tension du poème. « Dix ans » et « achevés d'un trait comme au galop » soulignent la précocité et l'aisance du talent de Han Wo, l'éclat d'une vitalité juvénile ; tandis que « cendres froides, bougies consumées » évoquent la solitude et la mélancolie de la scène d'adieu passée, la marque de l'écoulement du temps et de la sédimentation des sentiments. Les trois mots « émouvaient les cœurs à l'adieu » opèrent un lien subtil : ils désignent à la fois la manière dont les vers de Han Wo avaient touché les cœurs lors du banquet d'adieu d'alors, et aussi comment aujourd'hui, à leur relecture, ces sentiments résiduels sont encore remués. Entre ces deux vers s'étend l'intervalle de plusieurs années, pourtant instantanément comblé par l'existence du rouleau de poèmes.

Second distique : « 桐花万里丹山路,雏凤清于老凤声。 »
Tóng huā wàn lǐ dān shān lù, chú fèng qīng yú lǎo fèng shēng.
Sur la route des monts de cinabre, à dix mille lieues, s'épanouissent les fleurs de paulownia ;
La voix du jeune phénix est plus pure encore que celle du vieux phénix.

Ce distique, l'un des plus célèbres de Li Shangyin, élève l'admiration personnelle en une philosophie de la vie à la portée universelle. « Sur la route des monts de cinabre, à dix mille lieues, s'épanouissent les fleurs de paulownia » construit un espace culturel sublime, éclatant, aux teintes mythiques – les monts de cinabre sont le lieu de rassemblement des phénix, les fleurs de paulownia leur habitat et nourriture, symbolisant ensemble le terreau fertile de la noble tradition littéraire. « La voix du jeune phénix est plus pure encore que celle du vieux phénix » est l'âme du poème : ce n'est pas un simple « le bleu dépasse le vert », il insiste sur « plus pure encore »en clarté de ton, en pureté et en fraîcheur, le successeur possède un avantage inné. Ce n'est pas un déni du « vieux phénix », mais la perspicace et joyeuse célébration de la loi selon laquelle la lignée culturelle s'actualise dans la transmission, se sublime dans la continuité.

Appréciation globale

Ce poème est une « allégorie littéraire des générations » à la structure ingénieuse et à la signification profonde. Le poème tout entier prend le « poème » pour lien, reliant trois dimensions temporelles : le premier vers évoque l'« acte d'écriture » passé (à dix ans, il taillait déjà des vers) ; le second, le « contexte » passé et le « sentiment » présent (cendres froides… émouvaient les cœurs) ; les deux derniers vers traitent de la « vérité » intemporelle (la voix pure du jeune phénix). Ces quatre vers passent du concret à l'abstrait, de l'événement au principe, accomplissant le saut d'un événement et d'une personne particuliers à une loi culturelle universelle.

Le génie de Li Shangyin est d'avoir placé un échange littéraire concret et une appréciation poétique dans le système symbolique mythique du « chant du phénix sur les monts de cinabre », leur conférant ainsi une signification classique transcendant le temps et l'espace. Le « jeune phénix » Han Wo et le « vieux phénix » qu'est le poète lui-même (représentant sa génération) constituent ensemble, dans la tradition littéraire, une relation dialectique de continuité et de perpétuel renouveau : le « vieux phénix » a tracé « la route des monts de cinabre, à dix mille lieues » et a nourri l'environnement où s'épanouissent « les fleurs de paulownia » ; le « jeune phénix » insuffle, par sa voix « plus pure », une nouvelle vitalité et une nouvelle direction à cette voie. C'est à la fois un éloge généreux, une conscience lucide, et une ferme foi en la vitalité de la culture.

Spécificités stylistiques

  • Reploiement et liaison des images temporelles : « Dix ans » est un point dans le passé, « cendres froides, bougies consumées » est la trace mémorielle, dans le présent, d'une scène passée, « la route des monts de cinabre, à dix mille lieues » est l'espace culturel intemporel. Par le lien du « poème » et du « sentiment », le poète reploie habilement ces couches temporelles, créant une profondeur historique saisissante.
  • Codage culturel du système métaphorique : « Phénix – Monts de cinabre – Fleurs de paulownia » est un ensemble d'images hautement culturel et symbolique, issu des Classiques comme le Classique des Monts et des Mers, symbolisant la prospérité, la noblesse et le talent. Li Shangyin active ce système, évitant ainsi que l'éloge de Han Wo ne tombe dans le lieu commun, et lui conférant une profonde résonance culturelle et une dimension sacrée.
  • Complexité et sublimation de la tonalité émotive : Le poème contient la vague évocation d'un sentiment d'adieu passé (cendres froides…), la joie sincère face au talent du cadet (achevés d'un trait…), et surtout, transcendant l'émotion personnelle, la sereine satisfaction et la solennelle reconnaissance macrocosmique de la transmission culturelle (voix du jeune phénix). Ces émotions multiples s'entrelacent pour finalement se fondre dans l'éclat de la raison et de la philosophie.
  • Ingéniosité de la syntaxe et de la prosodie : Les deux derniers vers utilisent un parallélisme rigoureux et une mélodie fluide, « dix mille lieues » et « plus pure encore » créant un contraste entre l'espace et la qualité, une récitation aisée, des images vives, une transmission aisée, ce qui explique aussi pourquoi ce distique est devenu un vers célèbre à travers les âges.

Éclairages

Cette œuvre est comme un hymne pur à la transmission culturelle, dépassant le simple encouragement à un cadet pour toucher au mécanisme central de la continuité et de l'innovation civilisationnelles. Elle nous révèle : une véritable prospérité culturelle nécessite non seulement l'accumulation et l'ouverture du « vieux phénix » (route des monts de cinabre, fleurs de paulownia), mais aussi que le « jeune phénix » fasse courageusement entendre sa voix « pure » authentique, formant même un dépassement de la voix précédente. Ce « plus pur encore » n'est pas une négation, mais une actualisation et un enrichissement, la croissance nécessaire et attendue de la tradition dans une nouvelle ère.

Dans tout domaine, surtout dans l'éducation, la recherche et la création artistique, ce poème nous rappelle de chérir la « voix pure du jeune phénix » – ces expressions, peut-être encore immatures mais pleines d'une vitalité neuve et d'une qualité différente, venant des jeunes générations. Il encourage les aînés à offrir, avec la largeur de vue de la « route des monts de cinabre, à dix mille lieues », un terreau fertile, et encourage aussi les successeurs à émettre avec confiance leur propre « voix pure ». En cette époque de changement rapide, cette attente et reconnaissance du « plus pur encore » sont la clé pour lutter contre l'immobilisme et maintenir la vitalité de l'intelligence collective.

L'admiration que Li Shangyin exprima il y a mille ans pour cette voix « plus pure encore que celle du vieux phénix » reste à ce jour la définition poétique la plus saine et la plus vivifiante des relations intergénérationnelles : ce n'est pas un simple remplacement, mais une résonance pure et un écho lointain, composant ensemble l'éternel mouvement de la civilisation.

À propos du poète

li shang yin

Li Shangyin (李商隐), oriundo de la ciudad de Jiaozuo, provincia de Henan, 813 - 858 d. C., fue un joven en circunstancias extremadamente difíciles. En literatura, Li Shangyin fue un gran poeta de la Dinastía Tang Tardía, cuyos poemas estaban a la altura de los de Du Mu. Sus poemas estaban escritos en forma de canciones y poemas, atacando los males de la época, recitando historia y enviando despedidas a los amigos.

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