Sur le fleuve, indifférente, inconnue des hommes,
Dix ans hors des nuages, corps enivré de solitude.
Elle dénoue avec grâce les nœuds du lilas,
Libérant les rameaux foisonnants, éclatant le printemps.
Poème chinois
「白莲」
陆龟蒙
素蘤多蒙别艳欺,此花端合在瑶池。
无情有恨何人觉,月晓风清欲堕时。
Explication du poème
Lu Guimeng, ermite de Wu Zhong à la fin des Tang, forma avec Pi Rixiu le duo des "Deux Reclus de Songling". En ces temps d'instabilité politique et de carrières périlleuses, maints lettrés peinaient à réaliser leurs aspirations. Se comparant souvent aux rivières et lacs, Lu exprimait ses idéaux through les choses ; ce Lilas utilise l'image traditionnelle du "bouton de lilas" (丁香结), symbole de mélancolie et d'entraves, pour incarner son isolement et son désir de libération : la première moitié décrit les "nœuds" existentiels, la seconde l'épanouissement floral, using les transformations physiques pour manifester les mouvements intérieurs, suggérant aussi une coupure d'avec les affaires du temps et une préservation de son authenticité.
Premier distique : « 江上悠悠人不问,十年云外醉中身。 »
Jiāng shàng yōu yōu rén bù wèn, shí nián yún wài zuì zhōng shēn.
"Errance fluviale, personne ne s'enquiert ;
Dix ans au-delà des nuages, corps ivre."
"Errance fluviale" (江上悠悠) peint la dérive des traces et de l'âme, "personne ne s'enquiert" (人不问) souligne la distanciation ; "dix ans au-delà des nuages" (十年云外) exprime la durée et la distance de l'exil auto-imposé. "Corps ivre" (醉中身) contient la résignation lettrée des Wei-Jin face aux aléas du destin.
Second distique : « 殷勤解却丁香结,纵放繁枝散诞春。 »
Yīn qín jiě què dīng xiāng jié, zòng fàng fán zhī sǎn dàn chūn.
"Avec empressement défais le nœud de lilas,
Libère les rameux foisonnants, dispense un printemps débridé."
On passe des "nœuds existentiels" à la "résolution florale". "Défaire" (解却) associe l'éclosion du bouton à l'apaisement des tourments intérieurs ; "libère" (纵放) et "débridé" (散诞) dépeignent le lilas se déployant librement, débordant de vitalité printanière, transformant l'oppression en fluidité, incarnant l'auto-libération spirituelle "du nœud à la délivrance".
Lecture globale
Le poème tisse une double ligne "existentielle-florale" : d'abord l'ombre solitaire sur le fleuve pour les "nœuds", puis le lilas s'épanouissant pour la "résolution", créant une arcée émotionnelle de la retenue à l'élévation. Lu Guimeng, habitué à porter de profondes émotions dans des paysages simples, here confie un grand destin à un petit lilas : deux vers pour l'homme, deux pour la fleur, se reflétant mutuellement, faisant du poème autant une évocation florale qu'un autoportrait. Le sens ne réside pas dans la précision botanique mais dans l'art de l'âme — la capacité à se libérer et ranimer la vie en des temps désolés.
Spécificités stylistiques
- Expression through les choses, symbolisme continu : Le "bouton de lilas" porte le chagrin, le "défaire" incarne l'apaisement, faisant du poème un récit symbolique complet de l'entrave à la libération.
- Tension temporelle : Les "nuages" et "ivre" de la première strophe créent une distance temps-psychologie, contrastant violemment avec le "libère" et "débridé" de la seconde.
- Langage dense, mots précis : "Errance", "ne s'enquiert", "défaire", "débridé" sont des pivots clés, denses et exacts.
- Alliance d'esprit Wei-Jin et de fin des Tang : Libertinage ("corps ivre") et dépression ("personne ne s'enquiert") coexistent, reflétant la lucidité et la résignation des lettrés fin Tang.
- Scène et sentiment mutuellement éclairants, empathie envers les choses : L'épanouissement floral equals l'ouverture du cœur, le sentiment dans la scène, réalisant une génération esthétique de "fusion chose-moi".
Éclairages
La vie comporte souvent des "nœuds de lilas" — entraves et désillusions ; le vrai chemin n'est pas la fuite mais le "défaire" poétique : d'une manière tendre mais ferme, laisser la vie à nouveau "libérer ses rameux foisonnants". Dans l'instabilité et l'incertitude, garder la capacité d'ajuster son âme et la foi en la vitalité permet de transformer les "nœuds de chagrin" en "lumière printanière".
À propos du poète
Lu Guimeng (陆龟蒙 ?- c. 881 apr. J.-C.) , Écrivain et agronome de la fin de la dynastie Tang, originaire de Suzhou dans le Jiangsu. Après avoir échoué à l'examen impérial jinshi, il se retira à Puli (Songjiang) où il forma un célèbre duo littéraire avec Pi Rixiu, connu sous le nom de "Pi-Lu". Sa poésie, souvent satirique envers les réalités sociales, se caractérise par une clarté austère et une élégance sobre. Inscrit dans le Recueil des Talents Poétiques des Tang, Lu Xun qualifia ses essais de "lueur et tranchant au milieu d'un bourbier confus", faisant de lui une voix unique dans le paysage littéraire de la fin des Tang.