Chant de l’expédition IV de Wang Changling

cong jun xing IV
    Sur le lac Bleu, de longs nuages assombrissent les monts de neige.
Une ville isolée veille seule, face aux lointaines Portes de Jade.
Les sables jaunes, cent batailles, ont percé la cuirasse d’or.
Nous ne rentrerons pas sans avoir abattu Loulan !

Poème chinois

「从军行 · 其四」
青海长云暗雪山,孤城遥望玉门关。
黄沙百战穿金甲,不破楼兰终不还。

王昌龄

Explication du poème

Wáng Chānglíng vécut à l'apogée de la dynastie Táng, période où la puissance nationale et les succès militaires aux frontières étaient à leur zénith. De Táng Tàizōng à Táng Xuánzōng, les Táng menèrent contre les Tibétains, les Turcs et autres peuples voisins une lutte de cent ans pour le contrôle des frontières du Nord-Ouest. La région du lac Qinghai et du col de Yùmén était précisément l'une des zones de conflit les plus fréquentes à cette époque. Dans sa jeunesse, Wáng Chānglíng voyagea dans les marches du Nord-Ouest, expérimentant directement la vie aux frontières. Ses sept Chant de l’expédition sont le fruit de cette expérience. Ce poème, le quatrième du cycle, adopte le point de vue des soldats en garnison pour exprimer leur détermination à servir la patrie jusqu'à la mort. Les noms de lieux comme « 青海 », « 雪山 », « 玉门关 » esquissent l'immensité et la désolation de cette frontière nord-occidentale ; les images comme « 黄沙百战 », « 金甲 », « 楼兰 » condensent l'austérité de la vie de garnison et la brutalité des combats.

Il est important de noter que Wáng Chānglíng, dans ses poèmes de frontière, n'élude jamais la dureté de la guerre, mais n'en fait pas non plus l'apologie de l'horreur. Les soldats qu'il dépeint, tout en reconnaissant cette dureté, choisissent malgré tout de tenir bon, de combattre. Cet héroïsme lucide est précisément la caractéristique la plus touchante de la poésie de frontière de l'apogée des Táng.

Premier distique : « 青海长云暗雪山,孤城遥望玉门关。 »
Qīnghǎi cháng yún àn xuě shān, gū chéng yáo wàng Yùmén Guān.
Sur le lac Qinghai, de longs nuages assombrissent les montagnes enneigées ; / Une cité isolée regarde au loin vers le col de Yùmén.

Dès l'ouverture, de vastes images géographiques esquissent l'immensité et la désolation de la frontière nord-occidentale. « 青海 » (lac Qinghai), situé dans l'actuelle province du Qinghai, était la ligne de front dans la lutte contre le Tibet ; « 雪山 » (montagnes enneigées) désigne les monts Qílián, perpétuellement enneigés ; « 玉门关 » (col de Yùmén), à l'ouest de Dūnhuáng dans le Gānsù, était une forteresse stratégique sur la route vers l'Ouest. Trois lieux distants de milliers de li, mais que le poète compresse en une seule image, créant un sentiment d'espace resserré et d'immensité désolée.

« 青海长云暗雪山 » – De longs nuages obscurcissent les montagnes enneigées. C'est une description du paysage, mais évoque aussi la tension des conflits, l'ombre pesant sur la situation. « 孤城遥望玉门关 » – Une cité isolée regarde au loin vers le col de Yùmén. Le mot « 孤 » (isolé) exprime l'isolement et le dénuement de la ville frontalière ; « 遥望 » (regarder au loin) exprime le regard fixe des soldats vers l'intérieur des passes, vers leur foyer. Ce distique utilise un cadre immense pour exprimer un sentiment de solitude ; plus le cadre est vaste, plus la solitude est profonde.

Second distique : « 黄沙百战穿金甲,不破楼兰终不还。 »
Huáng shā bǎi zhàn chuān jīn jiǎ, bú pò Lóulán zhōng bù huán.
Dans les sables jaunes, cent batailles ont transpercé l'armure d'or ; / Sans avoir détruit Lóulán, à jamais nous ne reviendrons.

Ce distique passe de la description à l'expression lyrique et à l'affirmation de résolution, c'est l'apogée du poème. « 黄沙百战 » – Quatre mots qui épuisent toute l'austérité de la vie aux frontières : les sables jaunes qui voltigent, l'environnement hostile ; cent batailles, la fréquence des combats. « 穿金甲 » – La solide armure de métal, elle est transpercée ! Ce mot « 穿 » (transpercer) exprime à la fois l'usure physique et l'épuisement de la vie. Il nous dit que ces soldats ne combattent pas un jour ou deux, mais année après année, dans ces sables, jusqu'à ce que l'armure soit transpercée, jusqu'à l'épuisement de la vie.

Et pourtant, immédiatement après : « 不破楼兰终不还 » – « Lóulán » est un ancien royaume de l'Ouest, utilisé ici pour désigner les Tibétains. Les soldats disent : Sans avoir vaincu l'ennemi, nous ne reviendrons jamais. Ce serment, d'une fermeté retentissante, déborde d'héroïsme. Il nous montre que même après « 黄沙百战 », même lorsque « 金甲 » est « 穿 », ils ne changent pas d'idéal, ils sont toujours prêts à mourir pour la patrie. Cet héroïsme, qui choisit de tenir bon en pleine conscience de la dureté, est plus touchant qu'un quelconque optimisme de façade.

Lecture globale

Dans ce poème, les deux premiers vers décrivent le paysage, les deux derniers expriment les sentiments ; la structure est claire, les niveaux distincts. Les deux premiers vers, avec leurs vastes images géographiques, esquissent l'immensité et la désolation de la frontière nord-occidentale, fournissant l'arrière-plan au serment héroïque des deux derniers vers. Ces derniers, dans un langage concis, expriment la détermination des soldats à servir la patrie jusqu'à la mort, donnant une destination spirituelle à l'immensité désolée des premiers vers.

Le langage du poème est concis, les images sont vives. « 青海 », « 长云 », « 雪山 », « 孤城 », « 玉门关 », « 黄沙 », « 金甲 », « 楼兰 » – huit images, chacune porteuse de la riche tradition de la poésie de frontière, forment ensemble un paysage poétique à la fois désolé et sublime. En particulier, le vers « 黄沙百战穿金甲 », utilisant un détail concret (l'armure transpercée) pour exprimer une qualité abstraite (la ténacité), est un trait de génie.

Contrairement aux œuvres qui exaltent l'horreur de la guerre ou célèbrent la violence guerrière, ce poème n'élude pas la dureté de la guerre, n'en fait pas l'apologie de la brutalité, mais se concentre sur la ténacité des soldats face à l'austérité, sur leur serment au cœur de la brutalité. Cet héroïsme lucide est la qualité la plus précieuse de la poésie de frontière de l'apogée des Táng.

Spécificités stylistiques

  • Compression spatiale, cadre vaste : Placer trois lieux distants de mille li – le lac Qinghai, les monts enneigés, le col de Yùmén – dans une même image crée un sentiment de compression spatiale et d'immensité désolée, un cadre vaste et âpre.
  • Expression des sentiments par le paysage, fusion de la scène et de l'émotion : L'immensité désolée des deux premiers vers fournit le contexte émotionnel au serment héroïque des deux derniers, scène et sentiment sont en parfaite unité.
  • Langage concis, images vives : Les sept mots de « 黄沙百战穿金甲 » condensent toute l'austérité de la vie aux frontières ; les sept mots de « 不破楼兰终不还 » épuisent toute la détermination des soldats.
  • Parallélisme rigoureux, rythme martelé : Entre les deux distiques, le premier décrit, le second exprime le sentiment ; à l'intérieur de chaque distique, le parallélisme est rigoureux, le rythme est martelé, en parfaite harmonie avec le contenu.

Éclairages

Ce poème nous enseigne d'abord ce qu'est le véritable héroïsme. Les soldats des « 黄沙百战 » ne méconnaissent pas la dureté, ne méconnaissent pas le danger. Ils savent que l'armure peut être transpercée, que la vie peut s'épuiser, mais ils choisissent quand même de « 不破楼兰终不还 ». Cet héroïsme n'est pas un optimisme aveugle, pas une impulsion ignorante, mais le choix de tenir bon en pleine conscience du prix à payer. Il nous dit : La véritable bravoure, ce n'est pas l'absence de peur, mais d'avancer malgré elle ; le véritable attachement, ce n'est pas ignorer la difficulté, mais ne pas abandonner en son sein.

Le « 遥望 » (regarder au loin) de « 孤城遥望玉门关 » nous invite aussi à réfléchir au rôle de soutien de la foi. Cette cité isolée, dénuée de soutien, mais les soldats « regardent au loin » vers le col de Yùmén, regardent dans la direction de leur foyer. Ce « regard au loin » est la raison pour laquelle ils tiennent, la motivation pour laquelle ils combattent. Cela nous révèle : Quelle que soit l'adversité, il faut avoir une direction vers laquelle « regarder au loin » – un avenir qui mérite d'être attendu, une conviction qui mérite d'être maintenue. Avec cette direction, les jours les plus amers peuvent être supportés ; avec cette conviction, la situation la plus difficile peut être surmontée.

Le mot « 暗 » (assombrir) dans « 青海长云暗雪山 » nous invite aussi à réfléchir au choix de perspective dans l'adversité. Ces montagnes enneigées devraient être blanches, mais sous l'obscurcissement des longs nuages, elles s'« assombrissent ». C'est une réalité objective, mais aussi un choix de perspective subjectif. Le poète n'élude pas cet « assombrissement », mais il ne s'y attarde pas. Il écrit ensuite « 黄沙百战穿金甲 », il écrit « 不破楼兰终不还 », faisant de cet « assombrissement » l'arrière-plan de l'émergence des héros. Cela nous révèle : L'adversité est réelle, mais nous pouvons choisir comment y faire face. On peut ne voir que l'« assombrissement », ou on peut, dans cet « assombrissement », voir ces silhouettes qui tiennent bon malgré tout, entendre ces serments qui résonnent malgré tout.

Enfin, le serment de « 不破楼兰终不还 » est particulièrement émouvant. Ce n'est pas une confiance aveugle dans la victoire, mais une promesse à soi-même – je serai là, jusqu'à l'accomplissement de ma mission ; je tiendrai, jusqu'au dernier moment. Cette fidélité à la promesse faite à soi-même est plus précieuse que n'importe quelle victoire. Il nous apprend : le véritable succès n'est pas le résultat, mais le processus ; la véritable valeur n'est pas la victoire, mais la ténacité. Même si l'« armure d'or » doit finalement être « transpercée », même si « Lóulán » n'est peut-être pas « détruit », ce serment de « ne jamais revenir » définit déjà qui vous êtes.

À propos du poète

Wang Chang-ling

Wang Changling (王昌龄) était originaire de Xi'an, Shaanxi, vers 690 - vers 756 de notre ère. Il a été admis au rang de jinshi en 727. Les poèmes de Wang Changling traitent principalement des lieux frontaliers, des amours et des adieux, et il était très connu de son vivant. Il était connu sous le nom de « Sage des sept poèmes », au même titre que Li Bai.

Total
0
Shares
Prev
Le Dépit de l’Automne au Palais de l’Ouest de Wang Changling
xi gong qiu yuan

Le Dépit de l’Automne au Palais de l’Ouest de Wang Changling

Le lotus n’égale pas le fard de la Belle

Suivant
La Neige sur le Mont du Sud de Zu Yong
zhong nan wang yu xue

La Neige sur le Mont du Sud de Zu Yong

O que les monts neigeux sont beaux!

You May Also Like