Du Pavillon de la Sommet Mystique de Zhu Qingyu

deng xuan dou ge
    Paysage sauvage, par temps clair, à voir du haut du pavillon.
L’ombre des arbres, au loin, se reflète dans le fossé impérial, froid.
La vieille maison des riches, personne n’y habite plus.
En vain on voit la porte vermillon qui emprisonne des pivoines.

Poème chinois

「登玄都阁」
野色晴宜上阁看,树阴遥映御沟寒。
豪家旧宅无人住,空见朱门锁牡丹。

朱庆馀

Explication du poème

Ce poème est un célèbre chef-d'œuvre allégorique (fěng yù) de Zhū Qìngyú, un poète de l'époque médiane de la dynastie Táng. La poésie de Zhū Qìngyú est réputée pour sa clarté et son élégance ; il excelle particulièrement à dépeindre avec une touche délicate la psychologie féminine, cependant ses œuvres allégoriques possèdent également un style unique, révélant leur tranchant dans la simplicité. Ce poème fut composé lorsque Zhū Qìngyú gravit le pavillon Xuándū à Cháng'ān. Situé à Cháng'ān, le pavillon Xuándū était un site d'excursion réputé à l'époque des Táng, ainsi qu'un lieu de banquets et de divertissements pour les nobles et les puissants. Durant la période moyenne et tardive de la dynastie Táng, les mœurs sociales évoluèrent vers un luxe croissant ; les nobles et les puissants, s'appuyant sur leur influence, recherchaient le plaisir dans l'excès, tandis que le peuple vivait dans la détresse et l'administration déclinait progressivement. Le poète, gravissant les hauteurs pour contempler le lointain, avait pour but initial d'admirer le paysage, mais voyant l'eau froide du fossé impérial, les anciennes demeures des riches familles, et les fleurs de pivoine enfermées derrière des portes vermillon, ému par le spectacle, il composa ce poème. La sérénité de « 野色晴宜上阁看 », la fraîcheur de « 树阴遥映御沟寒 », la vacuité de « 豪家旧宅无人住 », la désolation de « 空见朱门锁牡丹 », progressant couche après couche, dépeignent avec retenue et acuité l'inconstance de la prospérité et du déclin des puissants, la vanité de la richesse et de la gloire.

Dans la poésie classique, nombreux sont ceux qui, évoquant l'ascension de hauteurs, expriment des pensées nostalgiques sur le passé ; nombreux sont ceux qui, décrivant la prospérité, soupirent sur les vicissitudes de la splendeur et du déclin. Le poème de Zhū Qìngyú fait preuve d'une invention particulière : il s'ouvre sur le « 晴野 », opère un revirement avec le « 御沟寒 », décrit le déclin par le « 无人住 », et conclut l'ensemble par le « 锁牡丹 ». Ces cinq mots, « 朱门锁牡丹 », sont le trait d'esprit qui donne vie à tout le poème — la pivoine est la fleur de la richesse, la porte vermillon est la demeure des puissants, la porte est close, la fleur est là mais vide, où donc est la richesse ? Ce caractère « 锁 » (enfermer) est à la fois un verrou de porte, et un verrou du cœur ; il est à la fois la désolation de la réalité, et la révélation froide et lucide par le poète de l'inconstance de la prospérité et du déclin des puissants. L'ensemble du poème ne comporte pas un seul mot d'ironie directe, mais chaque vers recèle implicitement une pointe acérée. C'est un modèle de la poésie allégorique de l'époque médiane des Táng, qui « exprime le sentiment par le paysage, et le sens par l'objet ».

Premier distique : « 野色晴宜上阁看,树阴遥映御沟寒。 »
Yě sè qíng yí shàng gé kàn, shù yīn yáo yìng yù gōu hán.
Par temps clair, le paysage des champs se prête à être contemplé depuis le pavillon ;
L'ombre lointaine des arbres se reflète dans le froid du fossé impérial.

Dès l'ouverture, le poème débute par « 野色晴宜 », semblant décrire le loisir de gravir les hauteurs pour admirer le paysage. « 野色晴宜上阁看 », le caractère « 宜 » (se prêter à) exprime l'harmonie entre le temps et l'état d'esprit, et sous-entend également la profonde intention, en gravissant les hauteurs pour contempler le lointain, d'observer le monde. Le vers suivant, « 树阴遥映御沟寒 », opère un revirement, passant de la sérénité au froid. « 御沟 » (fossé impérial) désignait à l'origine le canal de la cité interdite, symbolisant le pouvoir impérial et la richesse ; le caractère « 寒 » (froid) décrit la fraîcheur de la couleur de l'eau, mais sous-entend aussi le regard froid et distant que porte le poète sur ce lieu de pouvoir. Ce « 寒 » est la première anticipation de tout le poème — il ne décrit pas un paysage, mais un état d'esprit ; il ne parle pas de l'eau, mais du monde.

Second distique : « 豪家旧宅无人住,空见朱门锁牡丹。 »
Háo jiā jiù zhái wú rén zhù, kōng jiàn zhū mén suǒ mǔ dān.
L'ancienne demeure des riches familles, personne n'y habite plus ;
En vain, on voit la porte vermillon verrouillée enfermer les pivoines.

Ce distique est l'âme de tout le poème, passant du paysage à l'émotion, décrivant directement l'inconstance des relations humaines. « 豪家旧宅无人住 », avec « 旧宅 » (ancienne demeure) évoquant la prospérité passée, et « 无人住 » (personne n'habite plus) décrivant la désolation actuelle. Le poète ne parle pas directement de déclin, mais avec ces trois mots « 无人住 », il transforme instantanément la gloire d'antan en vide et en silence. Le vers suivant, « 空见朱门锁牡丹 », conclut l'ensemble d'un trait. « 朱门 » (porte vermillon) est le symbole des puissants ; « 牡丹 » (pivoine) est le symbole de la richesse ; « 锁 » (enfermer) est la porte close, mais aussi le cœur fermé ; « 空见 » (voir en vain) est ce que voit le poète, mais aussi ce que voient les gens du monde. La porte vermillon est close à clé, les pivoines s'épanouissent seules, la richesse est présente, mais personne n'en jouit. Ce caractère « 锁 » est « l'œil du poème » de l'ensemble — il est à la fois la désolation de la réalité, et la révélation froide et lucide par le poète de l'inconstance de la prospérité et du déclin des puissants : la richesse finira par n'être que vide, la prospérité finira par se flétrir, et derrière cette porte vermillon, il n'y a qu'un jardin de pivoines que personne n'admire.

Lecture globale

Ceci est un joyau absolu parmi les poèmes allégoriques de Zhū Qìngyú. L'ensemble du poème, en quatre vers et vingt-huit caractères, prend l'ascension d'un lieu élevé pour admirer le paysage comme fil conducteur, juxtaposant la campagne sereine et le fossé froid, l'ancienne demeure et la porte vide, la porte vermillon et les pivoines. Dans ce jeu de contrastes successifs, il dépeint l'inconstance de la prospérité et du déclin des puissants, ainsi que la vanité de la richesse et de la gloire.

Structurellement, le poème présente une progression du paysage à l'émotion, de l'extérieur vers l'intérieur. Le premier distique s'ouvre sur « 野色晴宜 », décrivant le loisir de gravir les hauteurs pour admirer le paysage, et opère un revirement avec « 御沟寒 », sous-entendant un regard froid et distant ; le second distique conclut avec « 豪家旧宅 » et « 朱门锁牡丹 », transformant le regard froid évoqué précédemment en une révélation froide et lucide. Entre les quatre vers, on passe du paysage à l'émotion, de l'extérieur à l'intérieur, progressant couche par couche, formant un tout parfaitement cohérent.

En termes d'intention, le cœur de ce poème réside dans le caractère « 锁 ». Ce « 锁 » de « 朱门锁牡丹 » est un verrou de porte, mais aussi un verrou du cœur ; il est la désolation de la réalité, mais aussi la révélation froide et lucide par le poète de l'inconstance de la prospérité et du déclin des puissants. Il nous dit : la richesse est comme la pivoine, si éclatante soit-elle, elle finira par se flétrir ; le pouvoir est comme la porte vermillon, si noble soit-elle, elle finira par se fermer à clé. Ce caractère « 锁 » condense en un point toute l'intention ironique du poème, avec retenue et acuité, laissant une résonance durable.

D'un point de vue artistique, ce qui est le plus touchant dans ce poème réside dans le pinceau retenu de « exprimer le sentiment par le paysage, et le sens par l'objet ». Le poète ne pratique pas l'ironie directe, il se contente de décrire le « 御沟寒 », le « 无人住 », le « 锁牡丹 » ; il n'exprime pas directement ses sentiments, il se contente de conclure par ces deux mots, « 空见 ». Ce caractère « 寒 » est le froid de l'eau, mais aussi le froid du cœur ; ce caractère « 空 » est le vide que voient les yeux, mais aussi le vide des affaires du monde ; ce caractère « 锁 » est le verrou de la porte, mais aussi le verrou de la richesse. Ce pinceau exprimant le sentiment par le paysage et le sens par l'objet est précisément l'idéal suprême de la poésie classique chinoise : « 不着一字,尽得风流 » (sans écrire un seul mot, obtenir toute l'élégance).

Spécificités stylistiques

  • Exprimer le sentiment par le paysage, retenue et profondeur : Utiliser le « 御沟寒 » pour décrire la froideur du pouvoir, le « 无人住 » pour décrire la rapidité du déclin, le « 锁牡丹 » pour décrire le vide de la richesse. Le langage du paysage est aussi langage du sentiment, l'image de l'objet est aussi image du cœur.
  • Contrastes marqués, repoussoir puissant : La campagne sereine et le fossé froid, l'ancienne demeure et la porte vide, la porte vermillon et les pivoines, contrastes successifs, faisant d'autant plus ressortir l'inconstance de la prospérité et du déclin.
  • Choix des mots précis, chaque mot pèse lourd : Le caractère « 宜 » décrit l'harmonie de l'état d'esprit, le caractère « 寒 » décrit le regard froid sur l'état du monde, le caractère « 锁 » décrit la vanité de la richesse. Chaque mot est simple, mais chaque mot frappe au cœur.
  • Ironie implicite, froideur d'autant plus profonde : L'ensemble du poème ne comporte pas un seul mot d'ironie directe, mais chaque vers recèle implicitement une pointe acérée, utilisant le pinceau le plus retenu pour écrire la critique la plus profonde.

Éclairages

Ce poème, à travers une ascension, énonce un thème intemporel et immuable — la prospérité passe facilement, la gloire est difficile à durer ; la richesse est comme une fleur, elle finira par se flétrir.

Il nous fait d'abord voir « l'inconstance de la prospérité et du déclin ». Cette « 豪家旧宅 », autrefois si prospère, est aujourd'hui « 无人住 » ; cette « 朱门牡丹 », autrefois si riche et glorieuse, est aujourd'hui « 锁 » dans la cour, sans que personne ne l'admire. Il nous rappelle : la prospérité du monde n'est qu'une fumée passagère ; richesse et gloire finiront par retourner à la poussière.

Plus profondément, ce poème nous invite à réfléchir à « la valeur de la lucidité ». Le poète, gravissant les hauteurs pour contempler le lointain, voit la campagne sereine, mais aussi le fossé froid ; il voit l'ancienne demeure, mais aussi la porte vide ; il voit la pivoine, mais aussi le verrou. Il n'est pas trompé par les apparences, n'est pas ému par la prospérité, maintient toujours une lucidité de regard froid et distant. Il nous fait comprendre : la véritable sagesse n'est pas de poursuivre la prospérité, mais de discerner la vérité qui se cache derrière la prospérité.

Et ce qui donne le plus à réfléchir, c'est la chaleur qui se cache derrière ce « regard froid » dans le poème. Le poète porte un regard froid sur le monde, mais son cœur n'est pas froid envers les hommes. Il écrit le « 御沟寒 », le « 无人住 », le « 锁牡丹 », non pour se moquer, mais pour avertir — avertir ceux qui poursuivent la richesse, mais aussi avertir les époques qui s'enlisent dans la prospérité. Cette posture de « regard froid, cœur chaud » est précisément la meilleure incarnation de « l'esprit allégorique » des lettrés chinois.

Ce poème décrit le Cháng'ān de l'époque médiane des Táng, mais il permet à toute personne lucide au sein de la prospérité, se maintenant dans la retenue au sein du monde flottant, d'y trouver un écho. Cette ascension de « 野色晴宜 » est la posture de tout être lucide ; ce regard froid de « 御沟寒 » est le regard de tout être perspicace ; cette ancienne demeure « 无人住 » est la conclusion de toute histoire de prospérité et de déclin ; cette porte vermillon « 锁牡丹 » est la dernière note en bas de page de toute époque de prospérité. Telle est la vitalité de la poésie : elle parle de l'ascension de Zhū Qìngyú, mais s'adresse à toutes les époques, à tous ceux qui, au sein de la prospérité, gardent la lucidité, et dans le monde flottant, préservent leur retenue.

À propos du poète

Zhu Qingyu

Zhu Qingyu (朱庆馀 dates de naissance et de mort inconnues), également connu sous son prénom Kejiu, était un poète de la période des Tang moyens, originaire de Yuezhou (actuelle Shaoxing, dans la province du Zhejiang). Il réussit l’examen jinshi la deuxième année de l’ère Baoli (826 ap. J.-C.) et occupa le poste de Collationneur à la Bibliothèque impériale. Sa poésie excella dans le style des vers régulés pentasyllabiques, caractérisée par une élégance raffinée et subtile, avec une habileté particulière à dépeindre les sentiments des femmes de la chambre et des dames de la cour. Dans les Poèmes Complets des Tang, deux volumes contenant 177 de ses œuvres sont conservés. Il était habile dans l’utilisation de techniques allégoriques et métaphoriques, mêlant émotions quotidiennes et aspirations politiques. Bien que peu de ses poèmes aient survécu, son savoir-faire exquis lui assure une place unique dans l’histoire de la poésie des Tang, son poème Sentiments de Chambre devenant un exemple par excellence de la fusion entre la poésie de thème examinatoire et la poésie de chambre dans les générations ultérieures.

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