La lumière du soleil, pâle, rougeoyante, se répand.
Un givre mince ne fond pas sous les rameaux de cannelier.
Une tiédeur incertaine écarte la rigueur de l’hiver.
Déjà, le long jour dit adieu à la longue nuit.
Poème chinois
「河南府试十二月乐词」
李贺
日脚淡光红洒洒,薄霜不销桂枝下。
依稀和气排冬严,已就长日辞长夜。
Explication du poème
Ce poème est l'œuvre de Lǐ Hè, un poète de la mi-dynastie Táng, et fait partie d'un cycle de poèmes. Lǐ Hè eut une vie brève, décédant prématurément à seulement vingt-sept ans, mais il se distingua dans le monde poétique par un style merveilleux et étrange, étant surnommé par le monde « le Démon de la poésie ». Ce cycle de poèmes est son œuvre d'examen lorsqu'il participa aux épreuves préfectorales du Hénán ; il célèbre en douze poèmes, selon les mois, les transformations phénologiques des quatre saisons.
D'un talent exceptionnel, Lǐ Hè fut pourtant calomnié parce que le nom de son père, « Jìn Sù », était proche en son de « Jìnshì » (Docteur présenté), et fut contraint d'abandonner les examens impériaux, passant sa vie dans le mécontentement et sans réaliser ses ambitions. Pourtant, dans ce cycle de poèmes d'examen, il ne laisse pas transparaître de ressentiment, mais capture avec une observation aiguë les changements subtils de la nature, décrivant avec fraîcheur et vivacité l'écoulement des saisons et des mois. Ce poème célèbre le paysage hivernal du douzième mois (le mois de là du calendrier lunaire) – la première lumière de l'aube, le givre léger pas encore dissipé, le froid encore présent, mais le changement des jours qui s'allongent progressivement et des nuits qui raccourcissent, annonçant déjà en silence l'arrivée prochaine du printemps.
Dans la poésie classique, décrire l'hiver insiste souvent sur le froid rigoureux et la désolation ; le poème de Lǐ Hè, lui, porte un regard unique, capturant dans la « lumière pâle » et le « givre léger » du matin d'hiver l'opportunité subtile de « la douce chaleur repoussant la rigueur hivernale », et plaçant dans l'alternance jour-nuit des « longs jours prenant congé des longues nuits » l'attente du changement des saisons, de la fin de l'hiver et de l'arrivée du printemps. Cette technique, qui voit la chaleur dans le froid et la vitalité dans le silence, est précisément l'incarnation du charme unique de la poésie de Lǐ Hè.
Premier distique : « 日脚淡光红洒洒,薄霜不销桂枝下。 »
Rì jiǎo dàn guāng hóng sǎ sǎ, báo shuāng bù xiāo guì zhī xià.
Le pied du soleil, une lumière pâle rougeoyante se répand ;
Sous les branches de cassier, le givre léger ne fond pas.
L'attaque, avec les deux mots « 日脚 » (pied du soleil), personnifie la lumière solaire, comme si le soleil avançait pas à pas, lentement, d'une manière nouvelle et vivante. Les cinq mots « 淡光红洒洒 » (une lumière pâle rougeoyante se répand) décrivent parfaitement les caractéristiques de la lumière matinale hivernale – une lumière douce, avec une lueur rougeâtre pâle, pas aussi ardente qu'en été ni aussi claire qu'en automne, mais une clarté tiède et nonchalante. La répétition « 洒洒 » (se répandant) exprime à la fois l'étendue de la lumière qui se déverse et donne une sensation de mouvement à l'image. Le vers suivant « 薄霜不销桂枝下 » (Sous les branches de cassier, le givre léger ne fond pas), dirige le regard du ciel vers le sol. Le givre léger sous les branches de cassier n'est toujours pas fondu, indiquant que la saison est au cœur de l'hiver, le froid matinal pas encore retiré. Ces deux mots « 不销 » (ne fond pas) forment un contraste subtil avec le « 淡光 » (lumière pâle) du vers précédent – la lumière est arrivée, mais le givre n'a pas fondu, c'est précisément la scène caractéristique du matin d'hiver : la lumière et le froid coexistent, la chaleur et la rigueur hivernale luttent.
Second distique : « 依稀和气排冬严,已就长日辞长夜。 »
Yī xī hé qì pái dōng yán, yǐ jiù cháng rì cí cháng yè.
Une douce chaleur vague repousse la rigueur hivernale ;
Déjà les longs jours prennent congé des longues nuits.
Ce distique passe de la vision au toucher et à la sensation, de la scène devant les yeux aux changements profonds de la saison. « 依稀和气排冬严 » (Une douce chaleur vague repousse la rigueur hivernale) – les deux mots « 依稀 » (vague) sont extrêmement ingénieux, exprimant que cette chaleur ne vous frappe pas de plein fouet, mais est comme présente et absente, à peine perceptible, nécessitant d'être ressentie avec attention. Le mot « 排 » (repousser) est encore plus raffiné et puissant, comme si cette faible douce chaleur menait un combat silencieux avec la rigueur hivernale, bien que temporairement faible, elle avance déjà en secret. Le vers suivant « 已就长日辞长夜 » (Déjà les longs jours prennent congé des longues nuits), avec le changement de longueur des jours et des nuits, indique la loi naturelle que le solstice d'hiver est passé et que le yang commence à naître. Le mot « 辞 » (prendre congé) donne une personnalité à la nuit, comme si la longue nuit prenait congé à regret, tandis que le jour revenait progressivement.** Ce vers est à la fois une description réaliste et un symbole – la longue nuit finira par passer, la lumière finira par arriver.
Lecture globale
Ceci est une excellente œuvre de Lǐ Hè sur le thème des phénomènes naturels phénologiques. L'ensemble du poème, en quatre vers et vingt-huit caractères, prend comme point d'entrée le matin d'hiver, fusionnant la lumière et l'ombre visuelles, la température tactile, et les changements saisonniers, montrant l'observation aiguë et la perception profonde du poète des phénomènes naturels.
Structurellement, le poème présente une progression du dehors vers l'intérieur, de la surface au fond. Le premier distique décrit ce que l'on voit – la lumière qui se répand, le givre qui ne fond pas, c'est la scène extérieure ; le second distique décrit ce que l'on ressent intérieurement – la douce chaleur qui affleure, l'alternance jour-nuit, c'est la perception intime. Entre les quatre vers, on passe du paysage à l'émotion, de l'émotion à la raison, s'approfondissant couche par couche, formant un tout harmonieux.
Du point de vue de l'intention, le cœur de ce poème réside dans le mot « changement ». Le matin d'hiver est par nature un moment froid et silencieux, mais le poète y capture les signes du changement – la lumière, bien que pâle, chasse déjà les ténèbres ; la douce chaleur, bien que faible, repousse déjà le froid rigoureux ; le jour, bien que court, s'allonge déjà progressivement. Ce regard qui voit le changement dans l'immuable, le mouvement dans le calme, est précisément la saisie profonde par le poète des lois de la nature, et aussi l'écho implicite d'une philosophie de la vie.
Du point de vue de la technique artistique, ce qu'il y a de plus touchant dans ce poème réside dans « voir le grand dans le subtil ». Le poète ne décrit pas le vent glacial de l'hiver, ni la neige à gros flocons emplissant le ciel, il ne décrit qu'une lueur pâle de lumière matinale, une couche de givre léger, un souffle vague de douce chaleur, un allongement progressif du jour. Ce sont précisément ces détails subtils qui constituent les véritables signes du changement de saison. Cette technique qui voit le grand dans le petit, qui connaît l'important par le menu, est le plus haut niveau de la poésie classique chinoise, « un monde dans une fleur ».
Spécificités stylistiques
- Observation délicate, capture précise : Des descriptions comme « 日脚淡光 » (le pied du soleil, lumière pâle), « 薄霜不销 » (givre léger ne fondant pas), « 依稀和气 » (douce chaleur vague), capturent avec précision l'atmosphère unique du matin d'hiver, que seuls ceux qui l'ont vécu peuvent exprimer. Dans les détails subtils se voit la maîtrise, dans la précision se révèle le talent.
- Choix des mots raffiné, sens riche : Le mot « 排 » (repousser) décrit la lutte entre la douce chaleur et la rigueur hivernale, le mot « 辞 » (prendre congé) décrit l'alternance de la nuit et du jour, en un seul mot réside une tension infinie. Chaque mot pèse mille livres, laissant à réfléchir.
- Combinaison de mouvement et de calme, niveaux distincts : Le « 洒洒 » (se répandant) de la lumière solaire est mouvement, le « 不销 » (ne fond pas) du givre léger est calme ; le « 排 » (repousser) de la douce chaleur est mouvement, le « 辞 » (prendre congé) de la longue nuit est un calme dans le mouvement. Mouvement et calme s'engendrent, les niveaux sont riches.
- Logique implicite dans le paysage, implicite et profond : À travers le changement de longueur des jours et des nuits, sont sous-entendues les lois naturelles de l'alternance des saisons, de la fin de l'hiver et de l'arrivée du printemps, et est aussi placée une réflexion philosophique sur les circonstances de la vie. Le paysage contient la raison, la raison contient l'émotion.
- Langage frais, atmosphère lointaine et paisible : Le poème entier ne contient pas un mot ou une phrase obscurs, pourtant il décrit de manière exhaustive la quiétude et la vitalité du matin d'hiver, à la lecture on se sent comme baigné de lumière matinale, comme présent sur les lieux. Dans la fraîcheur se voit la profondeur, dans le lointain paisible se révèle le niveau.
Éclairages
Ce poème, à travers les changements subtils du matin d'hiver, exprime les lois naturelles de l'alternance des saisons, de la fin de l'hiver et de l'arrivée du printemps, et offre aussi des enseignements profonds aux générations futures. Il nous apprend à découvrir les signes de chaleur dans le froid. Face au matin d'hiver, le poète ne se plaint pas du froid rigoureux, mais capture avec acuité cette « 依稀和气 », perçoit le changement des jours qui s'allongent. Ce regard qui voit l'espoir dans l'adversité, qui perçoit la vitalité dans le silence, est précisément l'état d'esprit le plus nécessaire lorsque nous faisons face aux creux de la vie. Il nous enseigne : quel que soit le « 冬严 » dans lequel on se trouve, tant qu'on perçoit avec attention, on peut toujours découvrir l'existence de cette « 依稀和气 » ; quelle que soit la longueur de la « 长夜 » traversée, tant qu'on attend patiemment, on finira par accueillir l'arrivée des « 长日 ».
L'image de « 已就长日辞长夜 » dans le poème nous fait réfléchir à la relation dialectique entre « prendre congé » et « accueillir ». La longue nuit prend congé, les longs jours reviennent, c'est par nature la loi de la nature, mais le poète lui a aussi donné une couleur émotionnelle. Chaque prise de congé signifie un nouveau commencement ; chaque fin présage un nouveau départ. Il nous dit : chaque « 辞 » dans la vie est pour un meilleur « 就 » ; chaque perte peut donner naissance à un nouvel acquis. Tout comme l'hiver fait place au printemps, tout comme après la nuit vient nécessairement l'aube.
Plus profondément, ce poème nous fait aussi voir un autre aspect de Lǐ Hè en dehors du « Démon de la poésie ». Ces poèmes merveilleux et étranges sont certes étonnants ; mais ce petit poème frais et naturel, implicite et plein de sens, montre également un autre niveau de son état de poète – capable à la fois de monter au ciel et de descendre sur terre, de donner libre cours à l'imagination, et aussi d'observer tranquillement les dix mille êtres, de percevoir avec finesse. Il nous enseigne : le véritable talent ne réside pas seulement dans la capacité à écrire des œuvres étranges et extraordinaires qui étonnent le monde, mais aussi dans la capacité à découvrir la poésie la plus profonde dans les paysages les plus ordinaires.
À propos du poète

Li He (李贺 790 - 816), originaire de Yiyang dans le Henan, fut un poète romantique de la période médiane de la dynastie Tang. Descendant de la famille impériale Tang, il se vit interdire de passer l'examen impérial jinshi en raison d'un tabou onomastique (le nom de son père contenait un caractère homophone de "Jin"), ce qui le condamna à une vie de frustrations et de pauvreté. Il mourut à l'âge de vingt-sept ans. Sa poésie, réputée pour sa grandeur étrange, son élégance glaciale et son imagination fantastique, lui valut le titre de "Fantôme de la Poésie". Il fut le pionnier du distinctif "Style Changji" au sein de la poésie Tang, exerçant une influence profonde sur les poètes ultérieurs comme Li Shangyin et Wen Tingyun, et sur l'expansion de l'imaginaire poétique des époques suivantes.