Col de San, après de Li Shangyin

dao shang hou fu dong shu bi zhi san guan yu xue
                Au-delà des monts, partir en campagne, si loin —
Plus de foyer pour envoyer des vêtements chauds.
Au col de San, trois pieds de neige ;
Dans le rêve qui revient, le métier à brocarts où tissait l’épouse.

Poème chinois

「悼伤后赴东蜀辟至散关遇雪」
剑外从军远,无家与寄衣。
散关三尺雪,回梦旧鸳机。

李商隐

Explication du poème

Ce poème est, parmi les élégies et poèmes d'errance de Li Shangyin, une œuvre de sang et de larmes d'une densité émotionnelle extrême, où la superposition du temps et de l'espace est d'une habileté consommée. Composé peu après la mort de son épouse, née Wang, alors qu'il répondait à l'invitation de Liu Zhongying, gouverneur militaire de Dongchuan, et se rendait à son poste. Le poète fond en vingt caractères la douleur de la perte de son épouse, la tristesse de l'exil lointain, l'amertume de la route glaciale, ces trois souffrances. S'appuyant sur les deux images centrales de « la neige du col de San » et du « vieux métier à tisser 'canards mandarins' », dans le déchirement violent entre rêve et éveil, lointain et proche, froid et chaleur, il accomplit une écriture poignante de la nature solitaire de l'existence.

Premier distique : « 剑外从军远,无家与寄衣。 »
Jiàn wài cóng jūn yuǎn, wú jiā yǔ jì yī.
Parti pour l'armée au-delà de la Passe de l'Épée, un lointain chemin ;
Sans foyer désormais, plus personne pour m'envoyer des vêtements.

Ces dix mots d'ouverture frappent comme deux coups lourds, dessinant une impasse existentielle. « Parti pour l'armée au-delà de la Passe de l'Épée, un lointain chemin » est un double exil – géographique, vers la lointaine frontière sud-ouest, et existentiel, contraint à une carrière solitaire. « Sans foyer désormais, plus personne pour m'envoyer des vêtements » est une double dépossession affective et vitale : « sans foyer » n'est pas seulement la perte d'un lieu physique, c'est l'anéantissement complet du lien affectif et du refuge vital ; la négation de « pour m'envoyer des vêtements » concrétise l'absence des soins quotidiens, le vêtement chaud devenant ici le dernier symbole des attentions chaleureuses de l'épouse de son vivant. Son absence signifie que le poète est désormais exposé, nu, à tous les froids du monde. Ces deux vers établissent le ton glacial d'un isolement absolu et d'un dénuement total.

Second distique : « 散关三尺雪,回梦旧鸳机。 »
Sàn guān sān chǐ xuě, huí mèng jiù yuān jī.
Au col de San, trois pieds de neige ;
En rêve, je retourne, revois l'ancien métier à tisser 'canards mandarins'.

Ce distique juxtapose l'épreuve présente et l'illusion mémorielle, créant une tension émotionnelle déchirante. « Au col de San, trois pieds de neige » est l'environnement objectif, d'un danger extrême : col escarpé, route bloquée par la neige, obstacle au voyage, mais aussi métaphore glacée de l'impasse existentielle. « En rêve, je retourne, revois l'ancien métier à tisser 'canards mandarins' » est l'unique source de chaleur et de douleur du cœur : dans la fragilité du sommeil, la mémoire retourne d'elle-même à la scène la plus chaude – « l'ancien métier à tisser 'canards mandarins' ». Le métier à tisser 'canards mandarins' (symbole de couple) est l'emblème concentré de l'affection conjugale au quotidien et du dévouement de l'épouse au foyer. « En rêve, je retourne » exprime à la fois l'involontaire du rêve et l'obstination du cœur à revenir en arrière. Pourtant, plus le rêve est chaud et réel, plus le réveil est froid et vain. Le rêve et la neige, l'un intérieur, l'autre extérieur, l'un chaud, l'autre froid, l'un illusoire, l'autre réel, déchirent le poète entre la beauté du souvenir et la cruauté de la réalité.

Lecture globale

C'est une « carte du cœur en impasse » à la structure tranchante comme une lame de glace, à l'émotion pareille à une lampe solitaire dans la nuit neigeuse. Le poème suit la structure simple mais fatale du contraste « impasse présente – reflet mémoriel » : les deux premiers vers épuisent le « rien » du présent (sans foyer, sans vêtements, sans envoi), les deux derniers, dans le froid extrême du présent (trois pieds de neige), font soudain un retour flash au « avoir » du passé (elle, le métier à tisser, la chaleur). Cependant, cet « avoir » n'existe que « en rêve », c'est un salut illusoire, et donc un tourment redoublé.

L'extrême douleur de Li Shangyin réside dans le fait qu'il ne se lamente pas directement, mais à travers deux détails de vie extrêmement simples, extrêmement personnels – « envoyer des vêtements » et le « métier à tisser 'canards mandarins' » – il ancre la grande mort et la séparation dans le besoin de survie le plus concret et la scène familiale la plus intime. Personne pour envoyer des vêtements, c'est l'effondrement du système de protection vitale ; rêver du métier à tisser, c'est la contre-attaque du système de la mémoire affective. Ensemble, ils révèlent : le départ de l'épouse n'emporte pas seulement un être aimé, il détruit un système complet, affectif et quotidien, dont dépendait la survie. Et le froid glacial des « trois pieds de neige » est à la fois l'épreuve extérieure pour le corps, et le reflet fidèle de la désolation et du froid intérieurs après l'effondrement de ce système.

Spécificités stylistiques

  • La poésie cruelle des nombres et de l'espace : L'éloignement de « au-delà de la Passe de l'Épée », l'épaisseur des « trois pieds de neige », utilisent des concepts numériques et spatiaux concrets pour transformer la douleur abstraite en une oppression physique palpable, d'une grande expressivité.
  • L'explosion émotionnelle de l'image privée : « Envoyer des vêtements », le « métier à tisser 'canards mandarins' » ne sont pas des symboles publics, mais des fragments de mémoire hautement personnels, familiaux. C'est précisément cette intimité qui rend la force de l'impact émotionnel qu'ils portent plus directe, plus violente, capable d'émouvoir sans recours à l'allusion.
  • La fonction paradoxale du rêve : Le « retour en rêve », normalement refuge pour fuir la réalité, devient ici un instrument de torture qui exacerbe la douleur présente. La chaleur du rêve reflète le froid cruel de la réalité, la brièveté du rêve souligne l'éternité de la perte. Le rêve accomplit une reviviscence et une confirmation de la souffrance.
  • L'extrême dépouillement du langage et l'extrême densité de l'émotion : Le poème entier ne comporte aucun caractère rare, aucune phrase complexe, c'est presque une description à l'encre claire. Pourtant, des mots comme « sans foyer », « envoyer des vêtements », « métier à tisser 'canards mandarins' », par leur contexte affectif spécifique, pèsent plus que mille livres. La forme langagière dépouillée et le contenu émotionnel dense créent une énorme tension.

Éclairages

C'est un requiem pour toutes les âmes ayant connu la douleur de la perte et de l'isolement absolu. Il nous révèle : la perte la plus profonde se manifeste souvent par l'absence de fonctions vitales concrètes et l'interruption des rituels quotidiens (personne pour envoyer des vêtements), et le souvenir le plus profond se cache aussi souvent dans les objets et scènes du passé les plus ordinaires (l'ancien métier à tisser). La douleur n'est pas abstraite, elle est constituée d'innombrables « ne plus » infimes.

Dans la société moderne, fluide et changeante, nous connaissons peut-être moins ces deuils et errances extrêmes, mais nous rencontrons encore diverses formes de « perte » et d'« exil ». Ce poème nous invite à prêter attention à ces moments de « sans foyer, plus personne pour envoyer des vêtements » – lorsque l'ancien système de soutien (famille, relations, habitudes) s'effondre, comment affronter les « trois pieds de neige » de la vie ? Simultanément, il nous pousse à chérir ces scènes mémorielles comme l'« ancien métier à tisser 'canards mandarins' », elles sont peut-être la seule lueur et source de chaleur intérieure qui ne s'éteint pas lorsque nous traversons les grands froids de l'existence. Avec ce poème écrit de son sang et de ses larmes, Li Shangyin nous dit finalement : la chaleur de la vie, pour avoir existé, est la preuve éternelle pour lutter contre le froid éternel.

À propos du poète

li shang yin

Li Shangyin (李商隐), oriundo de la ciudad de Jiaozuo, provincia de Henan, 813 - 858 d. C., fue un joven en circunstancias extremadamente difíciles. En literatura, Li Shangyin fue un gran poeta de la Dinastía Tang Tardía, cuyos poemas estaban a la altura de los de Du Mu. Sus poemas estaban escritos en forma de canciones y poemas, atacando los males de la época, recitando historia y enviando despedidas a los amigos.

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