Où se trouve le temple de l’Encens accumulé ? Je l’ignore.
Après plusieurs lieues, me voici parmi les pics qui percent les nuages.
Vénérables arbres, pas de sentier frayé par l’homme ;
Dans la montagne profonde, d’où vient cette cloche ?
Le son de la source sanglote contre les rochers escarpés ;
La couleur du soleil se fait froide sur les pins verts.
Le soir tombe sur la courbe du bassin désert —
Ici, dans la paix du dhyâna, on peut dompter le dragon du poison.
Poème chinois
「过香积寺」
王维
不知香积寺,数里入云峰。
古木无人径,深山何处钟。
泉声咽危石,日色冷青松。
薄暮空潭曲,安禅制毒龙。
Explication du poème
Ce poème est l'exemple parfait de la fusion de la poésie paysagère tardive de Wang Wei et de la poésie d'illumination chan, marquant l'ultime élévation de son art poétique de « la poésie et la peinture s'engendrant mutuellement » vers « la fusion parfaite de la poésie et du Chan ». Composé durant ses années de clarté, après s'être pleinement tourné vers les principes bouddhiques et s'être retiré dans les monts Zhongnan, le poète utilise la « visite » (chercher, passer par) comme fil conducteur, relatant non seulement un déplacement en montagne au sens géographique, mais surtout un voyage de pratique spirituelle, de l'égarement à la clarté, de la quête extérieure à la réalisation intérieure. Les huit vers du poème dévoilent couche après couche le monde des apparences, pour finalement atteindre le noyau silencieux de l'essence de l'être, constituant une expression poétique concentrée de la philosophie de vie de Wang Wei : « le paysage est le lieu d'éveil, l'action est la pratique ».
Premier distique : « 不知香积寺,数里入云峰。 »
Bù zhī xiāng jī sì, shù lǐ rù yún fēng.
Je ne savais où se trouvait le temple de l'Esprit Parfumé,
Et j'ai pénétré de plusieurs lieues parmi les pics nimbés de nuages.
L'ouverture débute par « je ne savais », lourd de sens. C'est à la fois l'ignorance de la localisation géographique, et une métaphore de l'illumination non encore atteinte de la vérité ultime (les principes bouddhiques, la nature propre). « Pénétrer de plusieurs lieues parmi les pics nimbés de nuages » est un processus de progression sans but, sans préconception, symbolisant l'attitude de pratique qui consiste à lâcher l'attachement et à avancer au gré des circonstances. Le poète ne se rend pas en pèlerin pressé, mais s'enfonce naturellement comme les nuages, ce qui contient déjà en soi un kōan chan.
Second distique : « 古木无人径,深山何处钟。 »
Gǔ mù wú rén jìng, shēn shān hé chù zhōng.
Vieux arbres, aucun sentier frayé par l'homme ;
Au cœur des monts, d'où vient le son d'une cloche ?
Ce distique constitue le premier grand renversement perceptif et choc spirituel du poème. « Vieux arbres, aucun sentier frayé par l'homme » décrit extrêmement l'isolement et l'antiquité sauvage du lieu, c'est l'interruption de la vue et l'effacement du chemin, symbolisant l'échec de la connaissance conventionnelle et des voies mondaines. Au moment précis de l'égarement, « Au cœur des monts, d'où vient le son d'une cloche ? » brise le silence par un tintement de cloche. La question « d'où vient » ne cherche pas une réponse géographique, mais est l'éveil et la quête de la source du son – cette existence qui transcende les traces et appelle l'âme. Ici, le son de la cloche est un symbole de l'enseignement bouddhique, une opportunité d'illumination ; il ne se manifeste pas aux yeux, mais résonne dans le cœur.
Troisième distique : « 泉声咽危石,日色冷青松。 »
Quán shēng yàn wēi shí, rì sè lěng qīng sōng.
Le chant de la source sanglote contre les rocs escarpés ;
La lumière du soleil glace les pins verts et bleus.
Ce distique est un exemple intemporel dans la poésie des Tang de l'art d'épurer les mots, élevant le paysage naturel au niveau de la synesthésie et de l'image mentale. « Le chant de la source sanglote contre les rocs escarpés » : le mot « sanglote » imite à la fois le son ténu et difficile de l'eau de source traversant les fissures des rochers, et surtout confère à la nature une émotion et une tension vitales, comme si le ciel et la terre exprimaient aussi une certaine difficulté et retenue. « La lumière du soleil glace les pins verts et bleus » : le mot « glace » transforme habilement la perception : la « lumière » visuelle produit la sensation tactile de « froid ». Ce n'est pas seulement la température physique en montagne au crépuscule, c'est surtout le froid de pureté et de solitude hautaine, lavant les soucis mondains, que le poète éprouve intérieurement. Sons et couleurs s'entremêlent, froid et chaud s'engendrent, l'environnement et l'état d'esprit deviennent ici totalement isomorphes.
Quatrième distique : « 薄暮空潭曲,安禅制毒龙。 »
Bó mù kōng tán qū, ān chán zhì dú lóng.
Le soir tombant, au détour d'un étang vide,
En paix dans la méditation, je maîtrise le dragon venimeux.
Ce distique est le retour spirituel et la proclamation d'illumination chan de tout le poème. « Le soir tombant, au détour d'un étang vide » est le point d'arrivée du parcours, et aussi le sommet de l'atmosphère poétique : « le soir tombant » est la fixation du temps, « l'étang vide » est l'extinction de l'espace, « au détour » est l'achèvement et la perfection du chemin. Cet étang vide est à la fois un paysage réel et une métaphore du lac du cœur – seul lorsque le lac du cœur est aussi clair et vide qu'un étang, peut-il refléter la vraie réalité. Le dernier vers, « En paix dans la méditation, je maîtrise le dragon venimeux », utilise un classique bouddhique (dans le Sūtra du Nirvana, le « dragon venimeux » symbolise les afflictions mentales), mais sans aucune pédanterie. « En paix dans la méditation » est la méthode, l'entrée paisible dans la méditation dans l'instant présent au bord de l'étang vide ; « je maîtrise le dragon venimeux » est le résultat, l'apaisement et la transcendance des luttes intérieures. Le poète révèle ici : le « temple de l'Esprit Parfumé » si longtemps cherché n'est pas un édifice physique au fond des pics nimbés de nuages, mais se trouve précisément dans l'état d'esprit présent, semblable à l'« étang vide au détour » ; la vraie pratique n'est pas ailleurs, mais dans l'« entrée en paix dans la méditation » à chaque instant présent.
Appréciation globale
C'est un poème d'illumination dont la structure ressemble à un kōan chan et l'atmosphère à un miroir de sagesse. Le poème suit une progression claire de pratique méditative : « éveiller le doute - entendre le son - contempler le paysage - réaliser l'illumination ». Le premier distique commence par « je ne savais » (ignorance), le second tourne avec « entendre la cloche » (opportunité), le troisième approfondit avec « contemplation » (arrêt et vision), le quatrième réalise l'illumination avec « paix dans la méditation » (stabilité et sagesse). Les quatre distiques forment ensemble une expérience complète d'« illumination ».
Le suprême accomplissement artistique de Wang Wei réside dans le fait qu'il transforme une visite concrète en un récit symbolique de transformation spirituelle. Chaque image du poème porte une double signification : les pics nimbés de nuages cachent mais sont aussi sublimité, les vieux arbres sont obstacle mais aussi refuge, le son de la cloche est appel mais aussi écho, le sanglot de la source est obstruction mais aussi persévérance, le froid du soleil est désolation mais aussi purification, l'étang vide est achèvement mais aussi source. Le poète qui les traverse parcourt en réalité les différents états de son propre cœur. Finalement, il ne « trouve » pas un temple resplendissant d'or et de jade, mais « rencontre » ce soi, plein et complet en lui-même, capable d'« entrer en paix dans la méditation et maîtriser le dragon venimeux ». Cela correspond précisément à l'essence fondamentale du Chan : « le Bouddha est dans le cœur, ne le cherchez pas au loin ».
Caractéristiques d'écriture
- Intériorisation et sublimation progressive de la perception : La perception poétique va de l'égarement visuel (« je ne savais », « aucun sentier frayé par l'homme »), à l'éveil auditif (le son de la « cloche », le « sanglot » de la source), puis à la fusion synesthésique (« la lumière du soleil glace »), pour finalement aboutir au silence introspectif (« paix dans la méditation »). C'est un processus complet de purification perceptive, allant de l'expansion extérieure au recentrement intérieur, de la dispersion à la concentration.
- Conférence d'une nature divine et profondeur psychologique de l'épure des mots : Les mots « sanglote » et « glace » sont des exemples exemplaires de ce que Wang Guowei appelait l'« épure des mots ». Ils dépeignent avec précision l'état des choses, et surtout émotionnalisent et psychologisent le paysage naturel, faisant du paysage extérieur une correspondance exacte de l'univers intérieur, atteignant l'état ultime où « toutes choses portent ma couleur ».
- Isomorphisme de la narration spatiale et de la carte mentale : Le déplacement spatial dans le poème (pénétrer parmi les pics nimbés de nuages, lieu où l'on entend la cloche, près des rocs escarpés et des pins verts, détour de l'étang vide) est en réalité la trace de la quête de l'âme. Ce chemin se contracte de l'extérieur vers l'intérieur, de l'égarement vers la clarté, de l'agitation vers la paix, aboutissant finalement à ce « détour » – le coin le plus profond, le plus essentiel de l'âme.
- État de fusion de l'allusion et unité parfaite du thème : L'allusion au « dragon venimeux » est utilisée avec une grande naturalité, sans aucune pédanterie. Elle n'est plus un principe bouddhique abstrait, mais l'expérience de vie personnellement réalisée par le poète dans ce temps et cet espace concrets que sont le « détour de l'étang vide ». L'allusion fusionne complètement avec l'atmosphère poétique, servant le thème de l'illumination.
Éclairages
Cette œuvre est comme une ancienne lampe de sagesse, éclairant le sentier secret qui va de « l'ignorance » à « la paix dans la méditation » dans l'esprit humain. Elle nous révèle : la véritable quête commence souvent par lâcher l'attachement à la destination (« je ne savais ») ; le véritable guide peut venir d'un son inattendu (« d'où vient la cloche ») ; la véritable pratique réside dans cette perception profonde et cette retenue lors de la coexistence avec les dix mille choses (« sanglote contre les rocs escarpés », « glace les pins ») ; et le véritable retour et la véritable force proviennent finalement de ce « lac vide » intérieur, capable de tout refléter et de tout purifier.
Dans la société moderne, orientée vers les objectifs et l'efficacité, nous avons l'habitude de « savoir » la destination et d'y aller directement. Ce poème nous invite à essayer une autre manière de « passer » : nous permettre de « ne pas savoir », de flâner dans les « pics nimbés de nuages », d'écouter ces sons de cloche venant « du cœur des monts, on ne sait d'où », de sentir les infimes vibrations du « sanglot » de la source et du « froid » du soleil, pour finalement, peut-être à l'heure du « soir tombant », rencontrer notre propre « lac vide » intérieur, et apprendre à y « entrer en paix dans la méditation », maîtrisant les dragons venimeux modernes que sont l'anxiété, le désir et le néant. Ce n'est pas seulement une habitation poétique, c'est aussi un profond sauvetage de l'âme et un art de vivre.
À propos du poète

Wang Wei (王维), 701 - 761 après J.-C., était originaire de Yuncheng, dans la province de Shanxi. Ses poèmes de paysages et d'idylles, aux images d'une grande portée et aux significations mystérieuses, ont été largement appréciés par les lecteurs des générations suivantes, mais Wang Wei n'est jamais vraiment devenu un homme de paysages et d'idylles.