En sortant de la passe de Wang Wei

chu sai zuo wang wei
                Hors des murs de Juyan, les orgueilleux chassent, fiers comme le ciel,
L’herbe sèche à l’infini brûle dans l’incendie de la steppe.
Sous les nuages du soir, dans le désert vide, ils galopent sans trêve ;
En ce jour d’automne, sur la plaine, ils percent les aigles.

Le colonel qui garde les Qiang, à l’aube, monte à la barricade ;
Le général qui anéantit l’ennemi, dans la nuit, traverse le Liaodong.
Cible de jade, arc cornu, cheval au mors perlé —
Voilà ce que la maison des Han donnera à Huo le Foudroyant.

Poème chinois

「出塞作」
居延城外猎天骄,白草连天野火烧。
暮云空碛时驱马,秋日平原好射雕。
护羌校尉朝乘障,破虏将军夜渡辽。
玉靶角弓珠勒马,汉家将赐霍嫖姚。

王维

Explication du poème

Ce poème fut composé à l'automne de la 25e année de l'ère Kaiyuan (737) de l'empereur Xuanzong des Tang. Au printemps de cette année, Cui Xiyi, gouverneur militaire de Hexi, avait remporté une grande victoire contre les Tibétains à l'ouest du Qinghai. Wang Wei, alors censeur impérial, fut envoyé en mission à Liangzhou pour porter les réconforts de l'empereur, avec le titre de juge militaire, et resta pour assister le commandement. Ce poème fut écrit durant ce voyage, mais ce qu'il décrit n'est pas un paysage réel sous ses yeux ; c'est plutôt une carte de la situation de l'ennemi et de nos forces, ainsi qu'un hymne à la bravoure des armées Tang, peinte par le poète avec un pinceau vigoureux, synthétisant ses expériences frontalières et son imagination historique. Le poème entier utilise les procédés typiques de la poésie de frontière de l'âge d'or des Tang : la « narration symétrique » et la « métaphore des Han pour évoquer les Tang ». Dans une tension de confrontation intense, il met en valeur la vigueur et l'élan des exploits militaires de l'empire.

Premier couplet : "居延城外猎天骄,白草连天野火烧。"
jū yán chéng wài liè tiān jiāo, bái cǎo lián tiān yě huǒ shāo.
Hors des murs de Juyan, chasse le Fier du Ciel ; / Herbe blanche liée au ciel, feu de brousse qui brûle.

Dès l'ouverture, le poète adopte le point de vue ennemi, avec une vigueur et une ampleur impressionnantes. Les trois mots « chasse le Fier du Ciel » (猎天骄) sont ingénieux : « Fier du Ciel » (天骄) désignait à l'origine les Xiongnu, ici il désigne par métaphore les Tibétains, comparant leur chef au « Fils du Ciel », montrant à la fois leur arrogance et leur puissance. « Herbe blanche liée au ciel » décrit l'âpreté du paysage automnal hors de la frontière ; « feu de brousse qui brûle » donne à cette scène une dynamique de violence sauvage et d'agressivité, métaphorisant l'élan des troupes tibétaines comme un feu dévorant, menaçant. Ces deux vers exaltent au maximum l'arrogance de l'ennemi, accumulant une tension pour la réponse des Tang qui va suivre.

Deuxième couplet : "暮云空碛时驱马,秋日平原好射雕。"
mù yún kōng qì shí qū mǎ, qiū rì píng yuán hǎo shè diāo.
Nue vespérale sur le désert vide, par moments ils poussent leurs chevaux ; / Jour d'automne sur la plaine vaste, propice pour tirer les aigles.

Ce couplet poursuit en détaillant davantage la maîtrise équestre et la fréquence d'activité des Tibétains. « Nue vespérale sur le désert vide » et « Jour d'automne sur la plaine vaste » élargissent les dimensions spatiale et temporelle, la scène est vaste et pleine de mouvement. « Pousser leurs chevaux » (驱马) montre leur mobilité et leur rapidité ; « tirer les aigles » (射雕) manifeste leur haut niveau d'habileté martiale (l'aigle est un rapace puissant, le tirer nécessite une grande maîtrise). Ces quatre vers dépeignent le camp tibétain comme robuste, féroce, plein de menace sauvage, construisant pour tout le poème un puissant antagoniste.

Troisième couplet : "护羌校尉朝乘障,破虏将军夜渡辽。"
hù qiāng xiào wèi zhāo chéng zhàng, pò lǔ jiāng jūn yè dù liáo.
Le Colonel Protecteur des Qiang, au matin, monte aux remparts ; / Le Général Briseur de Barbares, la nuit, traverse le Liao.

La plume tourne soudain, le point de vue revient à l'armée Tang. Ce couplet, avec son antithèse rigoureuse des titres officiels (Colonel Protecteur des Qiang / Général Briseur de Barbares) et des temps (matin / nuit), montre la défense et la contre-attaque des Tang, strictes, efficaces et pleines d'initiative stratégique. « Monter aux remparts » (乘障) signifie monter sur les tours de défense frontalière, soulignant la rigueur de la défense ; « traverser le Liao » (渡辽) est une action offensive traversant des eaux lointaines, montrant la résolution de l'attaque. L'un défend, l'autre attaque ; l'un au matin, l'autre la nuit, dépeignant de manière vivante l'image d'une armée imposante des Tang, calme, vigilante jour et nuit, réagissant rapidement, formant avec les actions tibétaines de « chasse », « pousser », « tirer » une situation d'opposition directe, mais d'un niveau supérieur.

Quatrième couplet : "玉靶角弓珠勒马,汉家将赐霍嫖姚。"
yù bǎ jiǎo gōng zhū lè mǎ, hàn jiā jiāng cì Huò piāo yáo.
Poignée de jade, arc de corne, cheval à rênes perlées, / La Maison des Han va en faire don au Preux Huo.

Le couplet final s'élève des actions militaires concrètes à l'éloge des mérites et à la certitude de la victoire. « Poignée de jade », « arc de corne », « cheval à rênes perlées » sont des récompenses royales précieuses hautement symboliques, représentant un honneur suprême. Le poète compare le commandant en chef Cui Xiyi au célèbre général des Han Huo Qubing (霍嫖姚), ce qui est un éloge, mais surtout une métaphore de la puissance militaire des Tang par celle des Han, plaçant ce conflit frontalier dans la glorieuse lignée historique, élevant le ton et la portée du poème à la majesté et à la splendeur.

Lecture globale

Ce poème est un modèle de « l'esthétique de la confrontation écrite en structure symétrique » dans la poésie de frontière de l'âge d'or des Tang. La structure du poème est ingénieuse : les quatre premiers vers exaltent au maximum la « puissance » et le « mouvement » de l'ennemi (chasser le Fier du Ciel, feu de brousse brûlant, pousser les chevaux, tirer les aigles) ; les quatre derniers vers exaltent au maximum la « rigueur » et la « victoire » de notre camp (monter aux remparts, traverser le Liao, récompenser les mérites). Les deux ensembles d'images sont comme deux armées face à face, les positions clairement définies ; dans le fort contraste et la confrontation, l'avantage écrasant de l'armée Tang — discipline stricte, réactions vives, dignité imposante — est mis en relief. Le poète ne décrit pas directement la scène de bataille, mais, à travers la présentation de la situation avant la bataille et la préfiguration des récompenses après, il encadre le « processus » par l'« accumulation de tension » et le « résultat », laissant un immense espace à l'imagination du lecteur, ce qui est une méthode très habile. Le poème entier est d'une ampleur grandiose, l'antithèse est rigoureuse, l'utilisation des allusions classiques est précise et pertinente, débordant de l'atmosphère confiante et exaltante de l'âge d'or des Tang.

Spécificités stylistiques

  • Structure narrative binaire et antagoniste : Ennemi/nous, mouvement/calme, sauvage/civilisé, attaque/défense, matin/nuit, le poème entier est construit sur de multiples oppositions binaires, sa structure est rigoureuse comme une formation de combat, et c'est dans le contraste et la confrontation qu'éclate une énorme tension artistique.
  • Système symbolique de la « métaphore des Han pour évoquer les Tang » : Les appellations « Fier du Ciel » (Xiongnu), « Colonel Protecteur des Qiang », « Général Briseur de Barbares », « Preux Huo » (Huo Qubing) proviennent toutes de la dynastie Han. Le poète construit ainsi un système de référence historique glorieux, historicisant et modélisant le conflit actuel, élevant considérablement le ton et la signification du poème.
  • Vigueur des images et splendeur des couleurs : Les images des deux premiers couplets penchent vers le rustique et le naturel (herbe blanche, feu de brousse, nue vespérale, désert vide, plaine), tandis que celles des deux derniers couplets se tournent vers l'humain et le somptueux (poignée de jade, arc de corne, cheval à rênes perlées). De la sauvagerie naturelle aux exploits civilisés, la transformation des images accompagne habilement le changement de perspective narrative et l'élévation du thème.
  • Force des verbes et sens de la situation : « Chasser » (猎), « brûler » (烧), « pousser » (驱), « tirer » (射), « monter » (乘), « traverser » (渡), « faire don » (赐) — une série de verbes pleins de force et de direction — dessinent avec précision la dynamique des actions et le rapport de force entre les deux camps, la scène est pleine de mouvement et de tension.

Éclairages

Cette œuvre montre la vision grandiose, la grande confiance et l'ingéniosité artistique particulières aux lettrés de l'âge d'or des Tang traitant de grands thèmes militaires. Elle nous dit que : lorsqu'on dépeint une confrontation ou un conflit, l'art le plus élevé n'est peut-être pas de représenter directement le sang et le chaos, mais plutôt, à travers la composition de la structure, la création d'une situation et l'élévation de l'esprit, de mettre en valeur l'ordre, la sagesse et la conviction ultime de la victoire du camp juste.

Dans le monde d'aujourd'hui, face à diverses formes de compétition et de défi, ce poème peut apporter un autre éclairage : la véritable force ne réside pas seulement dans la puissance elle-même, mais aussi dans la capacité à disposer calmement ses forces face à un adversaire puissant (monter aux remparts au matin), à agir avec détermination (traverser le Liao la nuit), et dans la reconnaissance de la valeur de la victoire et de l'honneur (faire don au Preux Huo). Avec son ton grandiose et magnifique, ce poème de Wang Wei transforme un conflit frontalier en une épopée éternelle sur la force, la sagesse et la gloire. C'est là l'écho le plus exaltant de l'esprit de l'âge d'or des Tang dans la poésie.

À propos du poète

Wang Wei

Wang Wei (王维), 701 - 761 après J.-C., était originaire de Yuncheng, dans la province de Shanxi. Ses poèmes de paysages et d'idylles, aux images d'une grande portée et aux significations mystérieuses, ont été largement appréciés par les lecteurs des générations suivantes, mais Wang Wei n'est jamais vraiment devenu un homme de paysages et d'idylles.

Total
0
Shares
Prev
Assis seul, une nuit d’automne de Wang Wei
qiu ye du zuo

Assis seul, une nuit d’automne de Wang Wei

Assis seul, je m’attriste de mes tempes grisonnantes ; Dans la salle vide, la

You May Also Like