Ça grésille, tout bas, sous la fenêtre obscure ;
Ça stridule, là-bas, dans les hautes herbes.
En automne, voilà ce que pense une femme seule ;
La nuit, sous la pluie, voilà ce qu’entend un cœur triste.
Poème chinois
「秋虫」
白居易
切切暗窗下,喓喓深草里。
秋天思妇心,雨夜愁人耳。
Explication du poème
Le temps précis de la composition de ce poème est difficile à déterminer. De par ses caractéristiques de concision, de profondeur et d'expression subtile, il appartient à la période de maturité artistique de Bai Juyi. Ce quatrain pentasyllabique hérite de la tradition des chants folkloriques des Dynasties du Sud et de la poésie de cour dépeignant les ressentiments des gynécées, mais il en lave tout fard, capturant, avec des images d'une extrême simplicité et un langage d'une pureté extrême, une pulsation émotionnelle humaine universelle dans le son de la pluie nocturne d'automne. Il ne déploie pas de descriptions fastueuses, ne cherche pas d'allusions, et avec seulement vingt caractères, il établit une relation de résonance essentielle entre le chant des insectes et le cœur chagrin, révélant l'art poétique extraordinaire de Bai Juyi, capable de tirer l'extraordinaire de l'ordinaire.
Premier distique : « 切切暗窗下,喓喓深草里。 »
qiè qiè àn chuāng xià, yāo yāo shēn cǎo lǐ.
Sous la sombre fenêtre, « qieqie » ils crient, Au fond de l'herbe haute, « yao-yao » ils bruissent.
L'ouverture construit un monde uniquement par le son, rejetant toute interférence d'image visuelle. « Qieqie » et « yao-yao » sont deux mots redoublés onomatopéiques soigneusement choisis : le son « qieqie » est pressé, menu, comme s'il avait d'infinies peines à raconter ; le son « yao-yao » est relativement clair, prolongé, comme venant d'un lieu plus vaste et profond. Ces deux sons, l'un proche, l'autre lointain, l'un serré, l'autre lâche, s'entremêlent pour former un filet sonore invisible enveloppant la nuit d'automne. « Sous la sombre fenêtre » et « au fond de l'herbe haute » indiquent non seulement la source des sons, mais rendent aussi l'environnement obscur, profond et insondable, insufflant aux sons une texture spatiale et une tonalité émotionnelle. Sans voir les insectes d'automne, on n'entend que leurs cris, l'ouïe est infiniment amplifiée, devenant le seul passage vers le monde intérieur.
Second distique : « 秋天思妇心,雨夜愁人耳。 »
qiū tiān sī fù xīn, yǔ yè chóu rén ěr.
Cœur de femme esseulée en automne alangui, Oreille en nuit de pluie où chagrin s'aigrit.
Ce distique est l'âme du poème, passant brusquement de la description objective à l'interprétation directe, accomplissant un saut périlleux du physique au psychologique. Le poète indique clairement que ces chants d'insectes d'automne ne sont plus de simples sons naturels ; ils ont été imprégnés par la tonalité austère de la saison « automne » et l'état d'esprit mélancolique du rôle de « femme esseulée », se transformant en manifestation audible du « cœur ». Et la situation particulière de la « nuit de pluie » agit comme un catalyseur, portant la perception de cette oreille déjà sensible de la « personne chagrine » à un degré douloureux. Les deux vers forment une chaîne logique ingénieuse : l'automne (saison) engendre le cœur de la femme esseulée (un sentiment typique), cette humeur s'externalise (ou est perçue) en chant des insectes d'automne (image naturelle), et la nuit de pluie (environnement) achève et renforce finalement cette perception de ce son, de ce sentiment, à travers l'oreille de la personne chagrine (sujet perceptif).
Analyse globale
Le charme de ce petit poème réside dans son haut degré d'abstraction et de concision, et l'immense espace d'interprétation qui en découle. Il présente un modèle parfait de trinité « image (chant des insectes) - émotion (cœur chagrin) - situation (nuit de pluie d'automne) ». Le poète semble extraire les personnages, événements et intrigues concrets, ne conservant que les éléments émotionnels et le mode de perception les plus essentiels. Les deux premiers vers « créent l'atmosphère », utilisant une description sonore des plus pures pour créer un espace auditif empli de suggestions mélancoliques ; les deux derniers vers sont le « point décisif », révélant directement la nature affective de ce son et son mécanisme de réception. Le poème entier est comme un micro-drame psychologique, révélant comment les sons naturels extérieurs sont saisis, interprétés par la structure émotionnelle intérieure humaine, pour finalement devenir des « équivalents objectifs de l'émotion ». Il ne décrit pas seulement la « femme esseulée », mais aussi toutes les « personnes chagrines » enveloppées par une tristesse sans raison dans le silence de la nuit de pluie.
Spécificités stylistiques
- Écrire le silence par le son, souligner le recueillement par le mouvement : L'ensemble se concentre sur le son, faible mais continu, du « chant des insectes », mettant ainsi en relief le silence profond et la solitude sans bornes de la nuit de pluie d'automne. C'est l'application magistrale de la technique de contraste de la poésie classique chinoise : « Le bourdonnement des cigales rend la forêt plus silencieuse, le chant des oiseaux rend la montagne plus recueillie. »
- Utilisation affective des onomatopées : « Qieqie », « yao-yao » ne sont pas seulement des imitations ; leur prononciation même porte une coloration émotionnelle de tristesse aiguë et de mélancolie. Le poète utilise les particularités phonétiques de la langue chinoise pour faire coïncider la forme sonore des mots avec le contenu émotionnel à exprimer.
- Structure abstraite à progression logique : Du « chant des insectes » (chose) au « cœur d'automne » (condensation de la saison et de l'émotion), puis à l'« oreille chagrine » (perception subjective), il existe entre les vers une relation claire de cause à effet et de progression, donnant à ce petit poème intuitif une tension rationnelle interne.
- Universalisation du thème : Le poète fait passer rapidement l'image spécifique de la « femme esseulée » à la désignation générale de la « personne chagrine », élevant ainsi le poème d'un chant de gynécée à une expression philosophique sur l'expérience émotionnelle universelle de l'humanité à une saison et dans un environnement spécifiques, élargissant son horizon.
Éclairages
Ce petit poème nous montre comment Bai Juyi a transformé un thème traditionnel délicat, voire légèrement intime, en un chef-d'œuvre à la portée esthétique et philosophique universelle. Il révèle un secret essentiel de la création artistique : les émotions les plus profondes n'ont souvent pas besoin d'intrigues complexes ni d'images prolixes ; il suffit de trouver le déclencheur le plus précis (comme ici le chant des insectes d'automne) pour réveiller tout un monde émotionnel.
Ce poème nous amène aussi à réfléchir sur la nature de l'écoute.
Le même chant d'insectes peut être une symphonie champêtre pour une oreille joyeuse, et un son de détresse insupportable pour l'oreille d'une « personne chagrine ». Il nous dit que le monde que nous percevons n'est jamais objectif, mais profondément filtré et façonné par notre « cœur » et notre « oreille » (c'est-à-dire nos émotions subjectives et notre attention). Le poète, avec sa perspicacité, a saisi cet instant subtil d'interaction entre la perception et l'émotion.
À notre époque de surabondance d'informations et de bruits, Insectes d'automne offre une révélation sur l'« écoute intérieure » : faire une pause, fermer certains canaux, peut-être pourrons-nous alors, dans le bruissement ténu des « qieqie-yaoyao », véritablement entendre la saison et le temps qu'il fait en notre for intérieur, comprendre ces mélancolies modernes, sans lieu où se poser, semblables au « cœur de femme esseulée en automne ». La valeur de ce poème réside dans le fait qu'il aborde, de la manière la plus classique, la question la plus moderne de l'âme : dans le tumulte et la solitude, comment identifier et apaiser la voix émotionnelle, ténue et vraie, de soi-même.
À propos du poète

Bai Juyi (白居易), 772 - 846 après J.-C., est le poète le plus prolifique de la dynastie Tang, avec des poèmes dans les catégories des oracles satiriques, de l'oisiveté, du sentimentalisme et des rythmes divers, et le poète le plus influent après Li Bai Du Fu (李白杜甫).