Ce cheval n’est pas un cheval ordinaire.
L’étoide de la chambre, à l’origine, était une étoile.
Avance, frappe ses os maigres :
Ils rendent encore un son de bronze.
Poème chinois
「马诗 · 其四」
李贺
此马非凡马,房星本是星。
向前敲瘦骨,犹自带铜声。
Explication du poème
Chant du cheval forment un ensemble de poèmes dédiés aux objets que Li He composa progressivement pendant son service à Chang'an. Voici le quatrième. Li He aimait écrire sur les chevaux. Sous sa plume, il y a le cheval affamé « Dans le douzième mois, les racines d'herbe sont sucrées, Sur la Voie Céleste, la neige est comme du sel », le cheval renommé « Le Lièvre Rouge, personne ne l'utilise, Il faut Lü Bu pour le monter », et aussi le cheval maigre « En avançant, on frappe ses os décharnés, Qui résonnent encore d'un son de bronze ». Ces chevaux ont des formes variées, mais la plupart partagent un point commun : être talentueux sans avoir trouvé sa chance. « 房星 » (l'étoide de la Demeure) est l'une des vingt-huit constellations, les anciens pensant que le cheval en était l'essence. Le Livre des Jin - Traité d'Astronomie rapporte : « Les quatre étoiles de la Demeure... Sont aussi appelées Quadrige Céleste, représentent le cheval céleste, président aux attelages. » Quand le poète dit de ce cheval « 房星本是星 », il souligne sa lignée : il vient du ciel, n'était pas à l'origine une créature ordinaire.
Il est notable que le cheval dans le poème n'est pas majestueux, mais au contraire décharné. Mais la combinaison « os décharnés » et « son de bronze » crée une tension esthétique unique – extérieurement délabré, intérieurement dur. Cette façon d'écrire n'est pas rare chez Li He. Lui-même était faible et maladif, de petite stature, mais fier et hautain, refusant de se conformer à la masse. Le cheval dans le poème est, dans une certaine mesure, un autoportrait. À l'époque, Li He occupait le poste d'officier des rites, fonction modeste et bas rang, situation similaire à celle de ce cheval « hors du commun » tombé dans le monde des hommes.
Premier distique : « 此马非凡马,房星本是星。 »
Cǐ mǎ fēi fán mǎ, fáng xīng běn shì xīng.
Ce cheval n'est pas un cheval ordinaire,
L'étoile de la Demeure était à l'origine une étoile.
L'attaque utilise successivement deux fois « cheval » et deux fois « étoile », créant un rythme singulier. « 非凡马 » (n'est pas un cheval ordinaire) est une affirmation catégorique, ne tolérant aucun doute. « 房星本是星 » (L'étoile de la Demeure était à l'origine une étoile) semble redondant, mais est en réalité une progression – l'étoile de la Demeure fait partie des vingt-huit constellations, préside aux attelages, est à l'origine une étoile du ciel. Le poète indique ainsi la lignée de ce cheval : il vient du ciel, n'était pas à l'origine une créature ordinaire. Cependant, les trois mots « 本是星 » (était à l'origine une étoile) cachent un mystère. « 本是 » (était à l'origine) implique que « maintenant ce n'en est plus une ». Il fut une étoile, mais aujourd'hui il est tombé dans le monde des hommes, devenu un cheval ordinaire que personne n'apprécie. Combien d'amertume y a-t-il là, le poète ne le dit pas, mais le lecteur le ressent déjà.
Deuxième distique : « 向前敲瘦骨,犹自带铜声。 »
Xiàng qián qiāo shòu gǔ, yóu zì dài tóng shēng.
En avançant, on frappe ses os décharnés,
Qui résonnent encore d'un son de bronze.
Ce distique est un vers célèbre pour l'éternité. « 瘦骨 » (os décharnés) décrit son état actuel – ce cheval est si maigre que la peau colle aux os, tout dépenaillé. Mais l'action « 向前敲 » (avancer et frapper) comporte une intention de tester, une attente. Le poète semble vouloir vérifier quelque chose : ce cheval maigre en apparence ordinaire, cache-t-il encore quelque chose dans ses os ? La réponse est « 犹自带铜声 » (résonnent encore d'un son de bronze). En le frappant, ce n'est pas le bruit sourd du bois pourri, ni le son creux d'os malades, mais un tintement métallique. Le bronze est dur, clair, durable. Ce son est celui des os, mais aussi celui de l'ossature morale.
Les deux mots « 犹自 » (encore) sont les plus dignes de réflexion. Ils signifient : bien qu'il soit si maigre, bien qu'il soit tombé si bas, bien que personne ne s'intéresse à lui, ce qu'il a dans les os est toujours là. C'est la noblesse innée, la ténacité de la nature, une assurance inaltérable.
Lecture globale
Ce poème ne fait que vingt caractères, mais il raconte l'histoire d'une vie entière. Les deux premiers vers parlent du don inné, les deux suivants de l'épreuve ; les deux premiers de l'origine, les deux suivants de la situation présente ; les deux premiers de la destinée, les deux suivants de l'ossature. Ce cheval était à l'origine une étoile descendue sur terre, mais il est décharné ; pourtant il n'est pas brisé, quand on le frappe, il résonne encore de bronze.
Li He parle d'un cheval, mais aussi de lui-même. Il descendait de la famille impériale Tang, il était de la lignée de « l'étoile de la Demeure » ; mais à cause du tabou onomastique, il ne put se présenter aux examens, ne pouvant qu'être un modeste officier des rites de neuvième rang, traînant ses os décharnés dans Chang'an. Mais il ne s'est pas soumis, n'a pas accepté son destin. Sa poésie est son « son de bronze » – ces images étranges, ce ton froid et dur, cette volonté indomptable, tout cela est le tintement qui résonne après qu'on l'a frappé.
Le langage du poème est extrêmement simple, mais la tension est immense. « Hors du commun » et « os décharnés » forment un contraste, « était à l'origine une étoile » et « résonnent d'un son de bronze » se font écho. Le poète ne se plaint pas, ne se lamente pas, il décrit froidement l'apparence d'un cheval, et le son de ses os. Mais ce calme est plus puissant que n'importe quel cri.
Spécificités stylistiques
- Comparaison de l'homme au cheval, expression de l'idéal à travers l'objet : En surface, il parle d'un cheval, en réalité, il parle de lui-même. L'histoire, la situation, l'ossature morale du cheval sont autant d'autoportraits du poète.
- Contrastes saisissants, tension intense : Les deux premiers vers décrivent sa noble origine, les deux suivants sa situation misérable ; le contraste entre l'origine et la situation présente renforce l'indignation douloureuse du talent inconnu.
- Choix précis des mots, imagerie unique : « 瘦骨 » (os décharnés) décrit la forme, « 铜声 » (son de bronze) décrit la substance, combinant forme et substance, permettant au lecteur de voir sa forme et d'entendre son son.
- Langage concis, sens profond : Vingt caractères, épuisant l'histoire personnelle, les épreuves, l'ossature morale, pas un mot de trop.
- Conclusion puissante, résonance durable : « 犹自带铜声 » (résonnent encore d'un son de bronze) conclut tout le poème, répondant à ce qui précède et proclamant aussi le destin – bien que misérable, l'ossature morale demeure.
Éclairages
Ce poème, en vingt caractères, aborde un thème éternel : la vraie valeur ne change pas avec la situation. Il nous fait voir l'écart entre « l'origine » et « la situation ». Ce cheval était à l'origine une étoile, mais il est décharné (瘦骨) ; Li He était à l'origine un descendant de la famille impériale, mais il vécut une vie difficile. Cet écart est la norme de la vie. Mais le poète ne s'arrête pas à s'apitoyer sur cet écart, il utilise le « 铜声 » (son de bronze) pour dire au lecteur : l'origine n'est qu'un point de départ, la situation n'est que l'instant présent, ce qui définit vraiment une personne, c'est ce qu'elle a dans les os.
L'action de « 敲瘦骨 » (frapper les os décharnés) mérite réflexion. Pourquoi frapper (敲) ? Parce qu'à l'œil nu, on ne le voit pas. Le caractère extraordinaire de ce cheval n'est pas dans son pelage, ni dans sa stature, mais dans ses os. Il faut le frapper (敲) pour qu'il émette un son. Cela nous enseigne : le vrai talent se cache souvent sous une apparence insignifiante ; il faut quelqu'un de perspicace pour le découvrir, le moment opportun pour le vérifier.
Plus profondément, le « 铜声 » (son de bronze) est un son, mais aussi une attitude. C'est le tintement du métal, l'écho des os, la déclaration d'une intransigeance. Par ces deux mots, le poète dit au lecteur : vous pouvez me rendre maigre, pauvre, vous pouvez me laisser à l'abandon, mais frappez-moi (敲), je suis encore du bronze. Cette ossature morale dure plus longtemps que n'importe quel titre ou gloire.
À propos du poète

Li He (李贺 790 - 816), originaire de Yiyang dans le Henan, fut un poète romantique de la période médiane de la dynastie Tang. Descendant de la famille impériale Tang, il se vit interdire de passer l'examen impérial jinshi en raison d'un tabou onomastique (le nom de son père contenait un caractère homophone de "Jin"), ce qui le condamna à une vie de frustrations et de pauvreté. Il mourut à l'âge de vingt-sept ans. Sa poésie, réputée pour sa grandeur étrange, son élégance glaciale et son imagination fantastique, lui valut le titre de "Fantôme de la Poésie". Il fut le pionnier du distinctif "Style Changji" au sein de la poésie Tang, exerçant une influence profonde sur les poètes ultérieurs comme Li Shangyin et Wen Tingyun, et sur l'expansion de l'imaginaire poétique des époques suivantes.